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fait est faux. Le peuple Ta seulement prié, avec les plus^ vives instances, de ne pas s'obstiner dans un refus dont la prolongation pourrait l'exposer à une guerre civile, et, je vous demande, l^onsieur, si des représentations aussi raisonnables peuvent être imputées à crime à ceux qui les ont faites. 0 L'aristocrate démagogue parlait ensuite sur le même ton des courageux efforts de la princesse Elisabeth pour écarter du roi le flot des émeutiers y et après avoir cité ces nobles paroles : Arrêtez, Messieurs ^ vous me passerez tous sur le corps avant que d'arriver à mon frère , il ajoutait à ce cri d'une sainte et d'une martyre des commentaires et des plaisanteries tellement dégoûtants et tellement obscènes, que la plume se refuse absolument à les transcrire. « C'est aujourd'hui, disait-il en finissant, que les ministres doivent rendre compte des mesures prises ou à prendre par le pouvoir exécutif pour apaiser les troubles qui désolent toutes les parties du royaume, et c'est dans cette explication que leur ignorance ou leur mauvaise foi parai^on/ dans le plus grand jour, n
Ces ministres étaient les hommes courageux et sincèrement libéraux qui, sur l'appel du roi, n'avaient pas hésité à venir affronter avec lui l'impopularité et la mort. Celui d'entre eux qui avait accepté le portefeuille de l'intérieur,. M. de Terrier de Montciel, président du département du Jura, était à peine arrivé depuis six jours à Paris, que l'Assemblée le traînait à sa barre pour lui demander quellesmesures il avait déjà prises contre les prêtres, à la place de la déportation dont le roi ne voulait pas. La réponse in ministre franc-comtois fut pleine de modération, de fermeté et de raison.
/Le 15 juillet, M. Michaud retraçât ainsi à M. Seguinla fête de la veille : « La cérémonie du serment s'est passée }iier au Champ-de-Mars avec beaucoup d'ordre. Au diable La-fayetiel A bas le département de Paris I Vivent les fédérés I Vivmt les Jacobins f Vive Pétionl étaient les acclamations presque continuelles. Malgré que le roi était présent, malgré qu'il avait prêté son serment d'assez bonne grâce et d'une voix de Stentor, il n'y à pas eu un Vive le roil Puisse-t-i|[ profiter de cette grande leçon I La reine a été spectatrice de cette cérémo-
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nie. Sa fille, qui est très jolie, était à sa gauche, la sœur du roi ensuite , et le reste des personnes qui entouraient Marie- Antoinette étaient de vieilles courtisanes qui n*en ont imposé à qui que ce soit par les rubans tricolores dont elles étaient chamarrées. » Ce récit est navrant, il fait pressentir Téchafaud déjà bien proche. Dans une lettre ultérieure, le député Michaud nous fera connaître lui-même les moyens mis en œuvre par les jacobins pour étouffer les acclamations des amis du roi et les glacer d'épouvante.
IX. Le journal de l'abbé Dorraoy continuait avec une activité désastreuse son œuvre de démoralisation et de subversion dans le département. Il ne se gênait déjà plus pour attaquer les prêtres soumis et assermentés avec les autres. « Les prêtres de tous les siècles , disait-il le 6 avril , de toutes les sectes et de toutes les religions, ont cherché à endormir les pauvres peuples avec leurs dogmes rehgieux ; tout le monde sait aussi que leurs moyens pour parvenir à une domination universelle ont toujours été Terreur, le? mensonge et Timposture, armes dangereuses autrefois pour les simples, mais aujourd'hui émoussées par la philosophie, qui a éclairé nos campagnes comme nos villes, et qui aélectrisé si puissamment les esprits depuis le commencement de notre Révolution. »
La coutume fraternelle d'offrir à tour de rôle le pain destiné à être partagé entre les fidèles, à la messe de paroisse , avait conservé un tel empire sur quelques personnes orthodoxes, qu'elles se croyaient encore obligées de s'y soumettre, comme à une sorte de devoir social, tout en se tenant éloignées elles-mêmes des autels schisraatiques. La Vedette, dont l'impiété avait conservé un certain goût de sacristie, publia les observations suivantes à leur adresse : « On doit plaindre sincèrement les aristo-dindes qui ne méprisent point les lois, qui ne troublent pas la société, lorsqu'on ne peut les guérir de leur aristocratie ; mais lorsque leur conduite peut devenir contagieuse, il faut livrer au mépris public ces béates aristo-bêtes, qui, en insultant la rehgion des intrus, n'inspirent que l'incréduUté pour la leur. Quelle idée peuton en effet avoir de la religion d'une vieille demoiselle qui,
au lieu de venir elle-même offrir à sa paroisse le pain bénit, envoie, trois heures à l'avance, six livres de pain bis et un cierge de deux onces, qu'on étale pompeusement sur un guéridon, sans nappe ni serviette?... Le mépris qu'on a pour cette tète folle a fait qu'on n'a pas même pensé à elle ; bien plus^ son pain bénit a été traité comme elle , personne n'a osé y toucher. Etait-ce crainte et prévention?... Il est vrai que le fanatisme s'est porté à tant d'horreurs dans les siècles derniers, dans le nôtre, et même depuis notre Révolution, qu'on est pardonnable d'avoir une défiance excessive des personnes dont la tête est égarée par ce monstre infernal. Le pain bénit du dimanche précédent avait été accueilli à peu près de même. »
L'aboUtion des congrégations et confréries et l'interdiction du costume ecclésiastique, ayant causé quelques rumeurs au sein même du parti révolutionnaire, à Besançon, on lut aussi- M>t dans la Vedette : « Instruits que des malveillants cherchent, au moyen du décret relatif à la suppression des confréries, à troubler les consciences des personnes timorées, nous allons leur offrir un antidote à l'épreuve de tous les poisons d'Italie. Nous leur prouverons d'abord que rien n'est plus inconstitutionnel qu'une confrérie de la Croix pénitente ou impénitente ; et ensuite, que rien n'était plus contraire à la sainte égalité que Thabit distinctif des prêtres. Toute association dont l'administration est exclusivement confiée à certaines personnes dont quelques-unes, à l'aide des bienfaisances d'autrui, peuvent se former un parti redoutable pour arriver aux dignités populaires, dont ils ne sont que trop souvent indignes, une telle association , disons-nous, doit être proscrite par un peuple Ubre. D'ailleurs, tout le bien qui se fait par l'entremise d'une association quelconque, peut avoir également Ueu sans elle ; car tel qui a l'intention de faire un acte de bienfaisance, peut le faire directement et sans l'intermédiaire d'une confrérie. Donc, on a pu éteindre toutes les confréries pénitentes de la France, et notamment celles de notre ville. Et puis, que voulaient dire toutes ces mascarades (les confrères de la Croix se revêtaient , dans leurs assemblées, d'une sorte d'habit monastique)? N'était-
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ce pas une dérision que d'autoriser le sac du pénitent, et de proscrire le domino d'une jolie femme... Prêtres, vous qui prêchiez une si singulière doctrine, taisez-vous, et ne vous affichez plus les chevaliers d'un habit exécrable, qui n'a fait qu'efirayer le genre humain sans aucun but d'utilité. Il nous reste à prouver que rien n'est plus contraire aux principes d'égalité que l'habit distinctif des prêtres ; cette tâche ne sera pas difficile à remplir. Qu'est-ce qu'un prêtre ? c'est un citoyen fonctionnaire pubhc. Comment s'habille un citoyen? comme tous les autres. Quel doit être l'habit du fonctionnaire public? celui désigné par la loi et l'usage. Donc toute, couleur doit être indifiërente au citoyen prêtre, comme au simple citoyen ; donc la forme de son habillement doit ressembler à celle des citoyens, autrement il se distinguerait d'eux et chercherait à s'isoler de la société commune. Donc aussi l'habillement du prêtre fonctionnaire pubUc pourra être (dans le Heu indiqué par la loi) cette longue jaquette ou fourreau, symbole de l'enfance dans laquelle ses pachas l'ont retenu si longtemps. Nous nous attendons bien aux grandes criailleries de petites gens : Que les ministres d'une religion sainte ont besoin d'être distingués de la foule impure des fidèles par des signes extérieurs , qui inspirent à la fois le respect et la confiance,... A qui conte-t-on de pareilles histoires? Est-ce qu'un prêtre n'est pas homme? S'il l'est, il en a toutes les faiblesses, et sous ce rapport pourquoi le distinguer de la foule impure?... Mais qui est-ce qui crie tant contre le décret destructif des jaquettes? une partie de notre ci-devant bétail violet, qui se permettait néanmoins d'étaler sous d'élégants habits courts, les modes de nos petitsmaîtres... Ce sera ce saint prêtre qui, en queue et en sabre, porte aujourd'hui dans cet équipage son Dieu, qu'il traite sans façon, puisqu'il le loge dans ses goussets. Le décret, vont dire nos modérés, est impolitique et prématuré, parce que le peuple n'est pas encore mûr pour ces sortes de changements. Et en supposant que le peuple ne soit pas encore mûr, n'est-il pas temps de le mûrir? Le peuple est toujours mûr lorsqu'on lui parle raison. Si de froids spéculateurs avaient voulu, en 1789, calculer les suites de la Ré-
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volution sur l'esprit pubbc de 1787 et 1788, quel est celui qui eût été assez hatdi pour oser prononcer le premier le mot sacré de Liberté ! » Ce dernier mot fait une étrange figure dans l'apologie d'un décret qui ôtait aux prêtres rinofiensive liberté de porter un habit plus long et d'une nuance moins brillante que les autres.
Le 19 juin, la Vedette publia une diatribe d'une violence extrême contre le roi, due selon toute apparence à la plume de M. Briot. On y lisait, entre autres invectives : « Louis, lorsque contre le vœu clairement exprimé de la nation, l'intrigue et la lâcheté te replacèrent sur le trône que tu avais perdu (après la fuite de Varennes) , Tami de la liberté conserva dans son cœur encore un espoir, c'est de le voir combler la itiesure de tes crimes. » Comme l'infortuné monarque n'avait pas encore été mis hors de la constitution et de la loi, les commissaires du roi près les tribunaux ne pouvaient , sans trahir ouvertement leur devoir, favoriser l'impunité de pareils outrages, et ils traduisirent en justice l'éditeur responsable du journal. La Vedette rendait compte ainsi de son procès, le 29 juin : « Le public, qui nous a montré jusqu'ici le plus vif intérêt, n'apprendra pas sans indignation la suite de la dénonciation des Ordinaire et des Goisset. M. l'accusateur pubhc, à qui ces messieurs avaient adressé leur dénonciation, l'a renvoyée devant M. Ramboz , juge de paix. Celui-ci, après avoir ouï plusieurs témoins, a lâché un mandat d'amener contre A.-J. Simard, imprimeur, et, sur les aveux de ce dernier , a converti le mandat d'amener en un mandat d'arrêt. En conséquence, notre imprimeur aurait été écroué, si M. Janson , officier municipal, ne s'était sur-lechamp porté sa caution. »
Le 10 juillet, la Vedette^ se tournant contre M. Goisset, le menaçait en ces termes : « Tu peux t' éloigner des regards du public; mais dans peu, tes prévarications recevront leur récompense. La loi tient son glaive, elle t'a fixé et elle va te frapper, te punir et nous venger. »> Bientôt en effet , la loi du plus fort ou, pour mieux dire, du plus audacieux , allait jeter les magistrats en prison, et les insulteurs de la royauté constitutionnelle à la tête du pouvoir.
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Le 27 juin, la Vedette défendait ainsi, contre l'indignation publique, un de ses articles précédents : <( Quand nous avons peint le fanatisme sous les couleurs les plus noires et cependant les plus vraies, quand nous avons dit que les. prêtres de toutes les sectes avaient été de tout temps les fauteurs et adhérents de ce monstre sanguinaire, quand nous citions une foule de personnes devenues victimes des préjugés religieux , nous avons été accusés de calomnie et. même d'exagération par de bons patriotes. Qu'on lise ce qui suit, et si quelqu'un doute de la vérité du fait, nous le renvoyons à l'opinion publique, qui vient de nous en instruire. Une femme de Pirey, tbéocratisée depuis quelque temps par nos saints prêtres, disait à qui voulait l'entendre qu'elle était damnée, et dès cette époque, elle a été presque continuellement en état de démence. Lui aurait-on promis le paradis si elle parvenait à quitter son mari patriote ou à s'en défaire? Quoi qu'il en soit, cette infortunée créature a plongé un couteau dans le cœur de son mari, qu'on dit être mort du coup. Ce sont des prêtres qui occasionnent de pareiUes atrocités. Oui, ce sont des prêtres, nous le répétons. Qui a voulu la cause a voulu l'effet..., et Louis XVI le sait, et il appose son veto paralysant sur les décrets dn corps législatif! Ah! dussent tous les commissaires royaux nous faire <^ndamner au poteau, rien au monde ne sera capable de nous faire avouer que le roi marche dans le sens de la loi, -et que nous l'avons avili en démasquant sa conduite irrégulière.... Vous, administrateurs, à qui la loi a conliéla sûreté publique, dormirez-vous à côté de ce décret insanctionné? Jusqu'ici vous avez montré du courage et de l'énergie, et tout vous prouve que vous n'avez pas encore assez fait. Agissez ; l'opinion publique vous en impose la nécessité, et vos commettants sont là, prêts à ratifier et à applaudir aux mesures violentes, mais nécessaires, que vous adopterez. »
X. La Vedette trouvait des auxiliaires dignes d'elle dans les clubs, et n'épargnait rien pour propager cette institution jusque dans les moindres communes rurales. Sans doute, on y parlait moins bien qu'à la ville , mais on y avait des poignets plus vigoureux, et, si on y injuriait moins, on vio-
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lentait davantage les catholiques pour les forcer à abjurer leurs prétendues erreurs. « Les loups, disait la Vedette du i" mai, vivent des agneaux qu'ils étranglent, et nos prêtres réfractaires, des troubles qu'ils suscitent. Les corbeaux aiment les voiries, et nos saints prêtres, les lieux propres au fanatisme, tels que MamiroUe, Foucherans, Trepot, Vercel, Flangebouche surtout. Que vont devenir ces pieux personnages, aujourd'hui qu'on vient de bannir la théocratie de ces pays montagneux? Ils se répandront, sans doute, dans les villages de nos plaines, mais le fanatisme vient d'y expirer dans les embrassements sincères des deux partis. A Moncley, les fanatisés ont payé une amende de cent et quelques livres pour rentrer dans l'Eglise constitutionnelle ; à Saint-Vit, à Recologne , à Placey, à Pouilley et dans tous les autres villages circonvoisins, on a juré de ne plus reconnaître que le curé constitutionnel. Nous devons cette heureuse réconciliation au zèle des patriotes et à rétablissement des sociétés patriotiques, si malignement calomniées par les aristocrates de cette ville et si victorieusement défendues par les ministres patriotes et la saine partie du corps législatif. Les curés constitutionnels ont senti le besoin d'éclairer les peuples et de propager les principes de la constitution. Or, pour parvenir à des succès si désirés, il fallait un rassemblement paisible de citoyens, et c'est ce qui a eu lieu dans un grand nombre de villages. Nous invitons MM. les curés qui n'ont pas encore pris ces mesures utiles à les prendre le plus tôt possible, et si nous pouvons les aider dans les commencements, nous le ferons avec la pins vive satisfaction. Nous promettons de leur faire passer gratuitement notre journal. »
Le 25 mai, la Vedette annonçait encore avec la plus vive satisfaction a que les théocrates de Busy et des environs s'étaient sincèrement réunis aux patriotes et qu'ils avaient tous assisté, le 19, à une messe solennelle à l'issue de laquelle ils avaient bu et mangé fraternellement ensemble. » Malheureusement, le même numéro de la Vedette rapportait des scènes de violence qui avaient eu heu à Busy, deux jours avant cette messe solennelle, et qui rendaient biea