‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 48 sur 60 · TBOUBLBS JUSQU*AUX PREMIERS REVERS DE L*AR11ÉE. S · texte numérisé non relu

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suspectes la spontanéité et même la sincérité de ces conversions. Deux gendarmes qui passaient à Busy, ayant voulu mettre Tordre dans un cabaret où buvaient un grand nombre de jeunes gens, furent repoussés et jetés à la porte: ayant voulu mettre le sabre à la main pour se défendre, ils furent démontés, désarmés et contraints de déclarer par écrit « qu'ils avaient eu tort et frappé mal et méchamment des citoyens paisibles. » Que pouvaient faire de timides cultivateurs lorsque les agents de la force publique eux-mêmes étaient ainsi traités impunément?

XI. Quant aux clubs déjà établis, la Vedette^ n'ayant pas besoin d'exciter leur zèle, se contentait d'être leur organe. Dans celui de Besançon, les scènes ridicules alternaient avec les scènes odieuses. On avait soin ordinairement de choisir des prêtres pour les présider. M. Robert, supérieur du séminaire, les grands vicaires Tournier et Marlet , les abbés Baverel et Beuque, siégeaient presque constamment à la tête du bureau. Le premier y expliqua un jour que le mot de royauté ne signifiait pas autre chose qu'une régie, et que l6 Roi des rois lui-même aimait mieux être traité en patriote qu'en souverain, puisqu'il voulait qu'on l'appelât notre Père,. pater.

Les instituteurs démagogues conduisaient leurs élèves à ces assemblées tumultueuses et y faisaient affilier les plus âgés de ces bambins. Un enfant de douze ans^ nommé Charles Nodier, prononça, lors de sa réception, le discours suivant, qui obtint les honneurs de l'impression, bien qu'il ne méritât guère de servir de préface aux charmants écrits de son auteur, a Etemel I exauce les vœux que je t'adresse. Fais que le fanatisme et la féodalité, ces monstres qui ont coûté tant de pleurs à l'humanité et à la raison, expirent sous les ruines de ces temples gothiques que leur élevèrent l'esclavage et l'ignorance. » Le jeune orateur recommandait ensuite aux citoyennes l'exemple de Glélie et des femmes cimbres, et prévenait Louis XVI qu'égaré par les menées autrichiennes, il ne mériterait plus que le titre honteux de dernier tyran des Français. «Prêtres hypocrites et séditieux, ajoutait-il, ce n'est pas la religion que vous regrettez, mais

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bien les richesses d'autrui et les largesses qui soutenaient votre faste. Vous regrettez le règne de la superstition, les siècles d'ignorance, les arpents de terre qu'on vous donnait pour aller en paradis. Et vous, barbouilleurs de papier (chansonniers royalistes), craignez la force de quelques bras patriotiques, qui, lassés de vos poétiques fredaines, pour* raient fort bien payer à votre omoplate un tribut mérité par votre maligne muse. » Gomme si ce dernier trait ne sentait pas suffisamment son pédant, le magister, découvrant l'oreille entière, finissait par mettre ces paroles dans la bouche de son élève : « Messieurs, un instituteur sage, patriote, zélé, plein d'ardeur pour former de ses élèves autant de bons citoyens, M. Mathieu, maître de pension à Besançon, m'a pénétré des principes que vos leçons et vos exemples développeront. »

Un autre professeur, voulant surpasser son confrère, tout en le copiant , profita de la réception de M. Proudhon fils, âgé de douze ans aussi , et frère cadet du prêtre terroriste Melchior Proudhon, pour lui faire débiter le discours suivant, qui fut également imprimé, sans doute à titre de prospectus : (( Messieurs, j'ai projeté de laver la tète aux fanatiques, mais comme j'ai vu qu'ils sortaient toujours de cette lessive plus couverts d'ordure qu'auparavant, et que, d'ailleurs, je ne sais ce que c'est qu'un fanatique , il a fallu abandonner cette partie de mon discours... Messieurs, je vous promets d'être ce que vous voudrez. Voilà ce que m'enseigne l'instituteur sage, patriote, zélé, plein d'ardeur, de qui je prends des levons, M. Léglise, professeur au collège. Il m'a dit de vous dire que quand je serai plus raisonnable, je vous promettrai d'être comme vous. »

Ces scènes misérables rappellent involontairement certaines tribus sauvages qui, au dire des voyageurs, avant d'achever leurs victimes, les livrent aux amusements et aux essais cruels de leurs enfants. Mais le club de Besançon avait aussi ses exercices sérieux. Dans un rapport fait au nom de son comité de surveillance , M. Briot lui disait : « Des hommes dangereux et flétris par l'opinion publique tiennent des conciliabules secrets et nocturnes dans l'intérieur de vos murs, et dans plusieurs maisons situées hors de la ville. Là,

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