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Le 2 mai^ au moment même où le district prenait cet arrêté, plusieurs habitants de Châtillon-le-Duc se présentèrent devant lui pour le prévenir qu'ils étaient menacés des plusgraves désordres par les prétendus patriotes des communesvoisines, à cause des prêtres réfractaires qui venaient dire la messe dans la maison de M. Roux de Raze. Le directoire' arrêta que MM. Bonard et Daclin se rendraient le dimanche suivant à Ghâtillon , pour prévenir et dissiper tout rassem* blement.
Les prêtres fidèles , surveillés par des espions aux gages des clubs et traqués de tous côtés , ne pouvaient plus , en effet , remplir les devoirs les plus secrets de leur ministère sans les plus grandes précautions. Le 30 mai, on écrivait de Pouilley-les-Vignes à la Vedette: «J'ai l'honneur de vous^ prévenir que nos saints prêtres ont imaginé une nouvelle mascarade pour porter leur Dieu aux malades. Us s'habiUent,
comme l'abbé Riv , en gardes nationaux, et vous savez
que la ci-devant demoiselle de D a fait faire douze uniformes pour ce pieux besoin. Ils s'accostent d'un chirurgien patriote, tel qu'un M , qui reste dans la rue de
l'Abreuvoir, puis, sous la qualité de carabins, ils vont administrer les malades en cet équipage , puis dîner chez des juges de paix qui ressemblent assez à d'autres. Je vous prie de donner à ma lettre la plus grande publicité^ et suis votre frère et ami, »
Le 9 avril , un ecclésiastique fut arrêté dans Fexercice de ce pieux ministère. « Les patriotes de Mamirolle, dit la Vedette^ sont venus hier exposer à la vénération du pubhc papiste et contre-révolutionnaire un très saint prêtre, le sieur Vergey, que l'on dit vicaire de Foucherans. Ce saint homme , pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes, était venu, à la tête d'un détachement de fanatiques, faire une expédition militaire à Mamirolle ; les patriotes de ce village, qui n'entendent pas raillerie sur la constitution, ont eu l'impiété de riposter aux exhortations touchantes des fanatiques et de se saisir de leur chef. Quel a été leur étonnement, lorsqu'on examinant de plus près leur prisonnier, ils ont reconnu M. l'abbé Vergey en habit bourgeois, décoré
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d'une superbe fausse queue, et armé de pistolets qui étaient dans ses poches à côté du bon Dieu. Alors leur fureur s'est changée en un respect vraiment édifiant , et comme ils ont pensé que les talents et le courage de M. Vergey ne doivent pas être enfouis dans un village , ils nous l'ont amené , hier soir, bien escorté. MM. du département, en présence desquels l'homme de Dieu a répandu de saintes larmes , lui ont , à l'instant, assigné un logement national dans la maison d'arrêt, en attendant que MM. les jurés, et MM. du tribunal après eux, déterminent le genre de récompense qui doit lui être accordé. Comme le tribunal criminel du Doubs est composé de citoyens très suspects aux saints prêtres, nous croyons devoir recommander d'avance M. Vergey au zèle et au catholicisme du tribunal criminel de Vesoul. » Cette arrestation aurait-elle été jugée trop illégale pour qu'il y fût donné suite? On serait porté à le croire en n'en trouvant aucune trace dans les actes administratifs ou judiciaires.
Les enfants eux-mêmes , trop fidèles imitateurs de leurs aînés, commençaient à copier les actes de violence qu'ils avaient sous les yeux. A Bregille, trois jeunes garçons de treize, quatorze et quinze ans furent traduits en police correctionnelle, le 12 mai, pour avoir coupé, de force, la chevelure d'un autre jeune homme nommé Chamois, qui refusait d'aller à la messe de l'intrus, et pour avoir promené dans tout le village cette chevelure attachée à un balai. Les deux plus âgés furent condamnés à dix jours de prison, et le troisième fut absous à raison de son âge. Quelques jours après, un nommé J.-B. Chevalier fut condamné à trois jours de prison pour avoir insulté et menacé de tondre l'exmoine Pelay, vicaire constitutionnel à Velotte. Rien dans le jugement n'indique si c'était un zèle religieux mal entendu ou un ressentiment particulier qui avait inspiré ces menaces.
Cependant l'anarchie arrivait visiblement à son comble. Des citoyens honnêtes et paisibles se voyaient continuellement menacés, et l'autorité, en les abandonnant, leur contestait jusqu'à la faculté de se défendre eux-mêmes. Usaientils du droit , commun à tous les citoyens , de porter des
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armes, on déclarait que cette précaution de leur part était injurieuse pour les magistrats chargés de leur sécurité, et inquiétante pour les bons patriotes. Le comité inquisiteur des jacobins de Besançon ayant appris que six ou sept anciens magistrats ou jurisconsultes de cette ville, MM. Lange, Fenouillot, Dechevrand, Blanchot, Russin, etc., devaient aller passer la journée du dimanche i3 mai à Moncley, chez M. de Terrier, leur ami, dépêcha un exprès à la municipalité révolutionnaire de ce village, qui les arrêta au château, en quahté de brigands, et les fît reconduire à Besançon, après les avoir dépouillés de leurs fusils de chasse. Cet attentat reçut les félicitations les plus vives du district et du département. Ce dernier eut môme Timpudence d'engager la municipalité villageoise à traduire en justice les citoyens paisibles qu'elle avait si indignement maltraités. Le district accabla d'injures les amis de M. de Terrier, mais il convint du moins qu'il n'y avait aucun délit ou contravention à leur reprocher.
Tandis qu'ils faisaient ainsi désarmer les honnêtes gens, les jacobins de Besançon armaient de vrais brigands et les envoyaient à Paris pour renverser le trône constitutionnel. « J'ai été, écrivait Pajot quelque temps après, un des principaux moteurs pour envoyer, d'après l'invitation de nos frères de Paris, des sans-culottes à la fédération de 1792. Lambert, procureur de la commune, cinq ou six autres sociétaires et moi, avons fait toute la besogne. Lambert ramassait les fonds, et il mérite cette justice que sans son activité on n'aurait pas pu envoyer la moitié du nombre qui partit armé de piques. »
XIX. Ce fut au milieu de ces circonstances que l'ex-bénédictin Grappin, chef réel et secret de l'Eglise schismatique du Doubs, se détermina à rompre encore une fois le silence et pubUa sous le voile de l'anonyme un nouveau pamphl» t intitulé : La grande colère des Aristocrates. (8 juillet, 7 pages in-8*; impr. Simard.) Pendant qu'on démolissait si rapidement autour de lui toutes les bases du christianisme, cet érudit janséniste , dont toute la reUgion semblait concentrée dans la haine de la papauté, écrivait: « Notre saint-père va dam-
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ner sans miséricorde, le 19 de ce mois, tous les Français assez impies pour ne vouloir pas que Rome ait leur argent, et pour ne point regarder comme articles de foi: 1* que le pape est souverain d'Avignon et qu'il doit l'être toujours ; 2* qu'il n'y a de véritables pasteurs que ceux qu'il institue ; 2^ qu'on n'est plus de la religion catholique, apostolique et romaine, quand il ne vent plus qu'on en soit ; 4" que le concordat, traité aussi odieux qu'irrégulier, est la base de nos croyances; 5" que jusqu'à ce fameux traité, l'Eglise a été constamment dans l'erreur Nous voilà donc prochainement excommuniés, c'est-à-dire dans Tinimitié du souverain temporel de Rome , mais non pas hors de TEglise, qui est notre mère comme la sienne. Elle sera bien éloignée de rejeter des enfants qui suivent mieux l'Evangile et les règles de l'Eglise que ne le font les mécontents furieux qui ont mis dans les mains du saint-père un tonnerre impuissant. Eh bien, que Pie VI dise tant qu'il voudra : J'excommunie tous les bons Français. Qu'aurions-nous donc à redouter? Rien de plus que saint Cyprien et saint Firmilien, qui ne se sont pas moins sanctifiés, quoique le pape Etienne eût lancé contre eux une excommunication. S'il fut plaisant de voir Eugène IV excommunier le concile de Bâle, qui réformait les abus de la cour de Rome, il ne le sera pas moins de voir Pie Vï nous frapper de censures, parce que nous avons réduit en lois les réformes décrétées par ce concile et par d'autres. Au surplus, personne en France ne doit redouter les foudres du pape, quand les bulles fulminatoires n'y sont pas reçues et publiées du consentement du souverain. Je finis en proposant ce problème à résoudre, si c'en est un : Lesquels des prélats et des prêtres français méritent le mieux d'être excommuniés, ou ceux qui, dans le fol espoir d'une contre-révolution et de rentrer dans leurs places, ont lâchement déserté la religion, qu'ils exposaient à n'avoir plus de culte public en France, ou ceux qui, pour servir l'Eglise et empêcher sa ruine, ont bravé courageusement les injures, les poisons, les massacres, ces armes si familières à leurs ennemis, quelque manie qu'aient ceux-ci de crier à la persécution, lorsqu'on tolère presque partout leurs fureurs? »
XX. A Baume, les jacobias, divisés entre l'abbé Gaulard, maire de la ville, et Tavocat Blondeau , que la jalousie du commandement avait transformés en ennemis implacables, se déchiraient réciproquement , ce qui procurait un peu de répit aux catholiques. Le 7 juin, les officiers municipaux prirent une délibération pour se plaindre « de la violence et de Taristocratie de leur chef Gaulard, qui, disaient-ils, ne fait que jurer et dire des b..gre, des f..tre, etc. »
Le reste de ce district paraît avoir été assez tranquille. Il y eut seulement à Mésandans , dans les premiers jours de juillet , quelques troubles dont le sujet est resté inconnu. Le district, rappelantla municipalité à ses devoirs, lui écrivait le 7 juillet : «Nous avons appris avec douleur que, dimanche dernier, il s'est fait un attroupement considérable à Mé« sandans et que Ton s'est porté à des excès très répréhensibles, sans que ni la municipalité, ni le procureur, ni le juge de paix, aient fait aucune démarche pour dissiperl'attroupement.
XXI. On remarquait plus d'agitation dans le district d'Ornans. Au chef-Ueu, le désordre était en permanence; les jeunes gens, après avoir passé toute la nuit à jouer et à boire dans les cafés, se hvraient au tapage et commettaient toutes sortes de déUts contre les cathoUques , arrachant les bancs qui bordaient leurs demeures , comme celles de l'abbé Belin et d'une respectable veuve, M"* Billerey, et allant jusqu'à dépaver les rues devant ces maisons. Dans la journée, des gens armés parcouraient la ville , ne parlant que de tuer et de piller. De graves attentats avaient eu lieu pendant le séjour de M. Goguillot dans la prison d'Ornans, et le 7 avril, la municipalité, voyant que Témeute ne discontinuait pas, se vit forcée de prendre un nouvel arrêté, sinon pour punir les coupables, au moins pour les engager à cesser les scènes de violence dont le prétexte, comme elle nous l'apprend, était de défendre et de venger la religion constitutionnelle.
Les jacobins trouvaient un renfort puissant dans les volontaires de Rhône-et-Loire , envoyés à la demande du district pour contenir les catholiques ; et ces jeunes soldats de la Révolution, livrés à toute la licence des passions, ne respectaient pas même les charitables hospitalières d'Ornans, qui se dé-
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vouaient à soigner leurs maladies. Le 17 mars, le président de Tadministration de Thôpital se vit forcé de se plaindre officiellement de leurs mauvais procédés, et M. Grandjacquet fut nommé pour entendre les soldats et les sœurs, ou plutôt pour trancher révolutionnairement le différend. Sur ces entrefaites, le général en chef ayant donné ordre au détachement en garnison à Ornans de rentrer le 26 avril à Besançon, la municipaUté d'Omans convoqua à la hâte le directoireet les tribunaux, sous prétexte des troubles qui pourraient renaître après le départ des soldats, et le surlendemain, à la demande de toutes ces administrations réunies, le département déclara u que les troubles et les désordres n'étant pas encore entièrement apaisés dans le district d'Ornans, à cause de la fermentation qui existait dans plusieurs tètes remphes de fanatisme, et les électeurs devant s'assembler le dimanche suivant pour procéder à l'élection des cures vacantes, il imr portait de réunir une force armée capable d'imposer aux citoyens des campagnes qui pourraient élever des troubles lors de l'installation des nouveaux curés ; que la force armée avait déjà rendu de grands services à cet égard, et qu'en •conséquence M. de la MorUère, général de la 6' division, serait invité et au besoin requis de remplacer les trois compagnies de volontaires qu'il se disposait à retirer d'Ornans. »
L'intrus de Guyans- Venues, M. Baverel, n'ayant absolument rien à faire dans sa paroisse , s'occupait à faire la pohce des environs. Le S7 juin, il écrivit au district qu'il était informé qu'un particuher de Guyans-Dumes avait tenu à Fallerans, dans une réunion, des propos tendants à inspirer le mépris pour les prêtres constitutionnels et à exciter le désordre; qu'il venait également d'apprendre qu'il se faisait un rassemblement de prêtres insermentés dans la maison de X. Petitcuenot , à Grandfontaine-lez-Domprel, où ils célébraient la messe, confessaient et exerçaient toutes les fonctions pastorales, ce qui produisait le plus mauvais effet sur les environs. Le district arrêta que M. Millot irait informer à Grandfontaine et à Fallerans , mais il ne paraît pas j avoir trouvé matière à répression.
A Hautepierre, le maire et le procureur de la commune,
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en désaccord complet avec une grande partie des habitants^ écrivaient le 10 juin au district: « Aujourd'hui, nous avons fait lire par notre grefiSer , après le chapelet que Ton a coutume de dire le dimanche dans la chapelle , l'adresse du directoire du département du U mai , concernant l'union et la concorde, et lorsqu'on en a commencé la lecture, une partie des assistants est sortie et a tinté la cloche en manière de raillerie. Nous vous prions d'avoir la bonté d'écrire des réprimandes et menaces à nos concitoyens. »
Des troubles plus graves éclatèrent à Bolandoz, non pas entre les habitants de la commune, à peu près unanimes dans leur foi religieuse, mais entre eux et les schismatiques du voisinage, qui par bravade venaient former un auditoire ou une escorte à l'intrus d'Amancey, chargé. de desservir constitutionnellement l'église de Bolandoz. Le 4 juillet, le district d'Omans écrivit au département : « La sortie foit^e du curé de Bolandoz a excité la fureur des fanatiques, au point qu'ils maltraitent tous ceux des villages voisins qui osent assister l'administrateur de la cure. Déjà ils ont ou- « vert un puits perdu, qui est dans leur village, pour y précipiter les patriotes, comme ils le disent ouvertement. Le jour de la Saint-Pierre, ils empêchèrent le curé de dire les vêpres, parce qu'ils avaient coupé les cordes des cloches, action qu'ils ont malicieusement attribuée aux personnes des villages voisins, suivant qu'il en conste par un procès-verbal qu'ils se hâtèrent de remettre au directoire. Pour mieux réussir dans leur mauvais projet, comme s'il y avait eu une insurrection, ils publièrent la loi martiale et battirent la générale, ce qui fit prendre la fuite au desservant et aux personnes qui étaient avec lui. Ces faits sont constatés par le procès-verbal ci-joint du sieur Monnier, desservant. Gomme ces faits étaient fort graves, nous avons député M. Vaitepour les vérifier sur les Ueux, et en ce moment, non-seulement il nous en assure la vérité, mais il ajoute i« que le jour de la Saint-Pierre, deux particuliers de Bolandoz attaquèrent, sur le territoire d'Amancey, le sieur Ordinaire , chirurgien, sous prétexte qu'il était la cause du départ de leur vicaire en chef. Ils le terrassèrent et le laissèrent presque pour mort ; scène
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qui s'est passée vers onze heures du soir et dans le chemin public ; 2* le dimanche 1" courant, deux particuliers de Reugney, venant d'entendre la messe à Bolandoz, furent attaqués par des individus masqués, qui les frappèrent à coups de couteau ; l'un d'eux a eu l'oreille coupée. Toutes ces horreurs ne permettent pas de garder le silence; nous pensons qu'il est temps de sévir contre les habitants de ce lieu et d'y envoyer des gardes nationaux à discrétion. Les dénonciations^ ne peuvent rien opérer, puisque le juge de paix autorise le désordre. Le remède doit être d'autant plus prompt que ce^ village est une branche de communication entre SaUns et Déservillers, et que les patriotes craignent d'y passer. »
L'intrus s'exprimait ainsi dans le procès-verbal qui avait motivé la mission de M. Vaite : « Je m'étais rendu à Bolandoz pour y célébrer la messe paroissiale, et, étant sorti de la sacristie revêtu des habits sacerdotaux pour demander un servant, plusieurs femmes et filles qui étaient à l'éghse prirent la fuite en tenant des propos méprisants contre moi. Après ma messe, ayant demandé au maire Vernier de me remettre les clefs de la sacristie, avec promesse de les lui rendre après les vêpres, il s'y est refusé. Le même jour, vers midi, étant sorti de la curepour faire sonner le premier coup des vêpres, et ayant trouvé que la corde de la cloche avait disparu, j'ai invité les citoyens des communes voisines venus pour assister aux vêpres, à monter au clocher pour sonner, ce qu'ils ont fait; mais une foule d'habitants, le maire et un officier municipal à leur tête, se sont opposés à ce que les étrangers sonnassent les> coups suivants, en disant que les cloches ne leur appartenaient pas. Ces citoyens , qui étaient d'Amancey, Flagey, Silley et Ghantrans, et qui avaient déjà assisté à la messe, ont ététraités par ceux de Bolandoz comme des gens attroupés et dangereux; un des ofSciers municipaux a dit qu'il fallait pubUerla loi martiale; un instant après on a entendu battre la générale, et les étrangers, contraints de prendre la fuite, ont été poursuivis par les habitants de Bolandoz armés de fusils. »
Le procureur général du département répondit le même jour au district d'Omans : « Nous avons été surpris de ne
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pas trouver joint à votre lettre le procès-verbal que votre commissaire a dû dresser sur les événements qui ont eu lieu (à Bolandoz), le jour de la Saint-Pierre, et à vue duquel nous nous serions déterminés à prendre un parti de rigueur. Vous n*avez sans doute pas fait attention que le procès-verbal de la municipalité ne peut être détruit que par un acte contraire, et qui prouve que l'attroupement dangereux qu'ils supposent avoir été formé par les habitants d'Amancey, était ^ au contraire^ composé de citoyens paisibles, qui ne s'étaient déterminés à venir à Bolandoz avec leur curé, que pour y entendre les offices qu'il venait y célébrer, et assurer sa personne. Et comment constater ce fait autrement que par le dire des particuliers qui en ont été témoins? Comment pouvoir assurer que les habitants de Bolandoz ont mal à propos pris les armes, battu la générale et poursuivi ceux d'Amancey, si ces faits ne sont pas consignés dans un procès-verbal dressé sur les Ueux ? » M. Billot terminait en invitant le district à envoyer un commissaire avec deux gendarmes pour interroger les sectateurs des deux partis.
Le district, qui avait d'abord affecté d'attribuer à cette affaire la plus haute gravité, se montra peu empressé d'y donner suite, car ce fut seulemwt le 10 juillet qu'il envoya M. Millot, l'un de ses membres, à Bolandoz, pour informer sur tous les attentats imputés aux catholiques. Le commissaire du district étendit beaucoup son enquête et se rendit même dans les villages qui entourent Bolandoz ; mais, suivant la coutume des hommes et des temps passionnés, il ne recueillit partout que les témoignages d'un seul parti, ou pour mieux •dire lesî dépositions des premiers accusateurs. Il ne songea même pas à interroger les officiers municipaux inculpés, ou le conseil général de la commune, et se borna à adresser au maire quelques questions sur un ton qui dénotait moins le désir de découvrir la vérité, que celui de trouver des ennemis à chfttier.
A Amancey, l'intrus et ses consorts ne firent que lui répéter ce qu'ils avaient écrit ou rapporté à M. Vaite, sans ajouter aucun éclaircissement ni aucun détail aux vagues renseignements déjà connus. A Silley, on lui apprit que les
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habitants de Bolandoz étaient venus armés dans cette commune et avaient menacé les patriotes de mettre leur village à feu et à sang, parce qu'ils avaient forcé une femme de Bolandoz à embrasser leur arbre de la liberté ; que Tofficier municipal Marion avait même dit que quand il viendrait quinze cents hommes à Bolandoz, ils n'en auraient pas peur, parce qu'ils avaient pour eux les villages de Levier, Déservillers, Labergement^ Montmahoux^ et qu'ils étaient pourvus d'armes, de munitions et de couteaux. A Chantrans>on accusa les habitants de Bolandoz d'avoir dit hautement, en voyant des particuliers du voisinage venir à la messe de Tintrus : <( Ahl les voici, les b.....s, qu'ils viennent, ils ne s'en retourneront pas. )> A Reugney, on attribua à M. Marion les mêmes menaces contre les chantres amenés par le curé, et on accusa quatre particuliers masqués, d'avoir traîné derrière une haie deux habitants de Reugney, de les avoir frappés à coups de bâton et d'avoir blessé l'un d'eux à l'oreille, pendant qu'un rassemblement criait : « Tuez-les, tuez-les I »
A Bolandoz, M. Millot ne vit absolument que le maire, et le dialogue suivant s'établit entre eux :
Q. Pourquoi est-il arrivé des troubles?
R. A raison d'un attroupement de citoyens des communes -voisines, composé de sept ou huit d'Amancey, trois de Reugney et deux de Silley, qui venaient chanter dans notre •église et sonner nos cloches, ce qui répugnait aux habitants.
Q. Pourquoi avez-vous refusé de procurer un servant à M. Monnier?
R. Parce que je ne croyais pas que ce servant fût à la charge de la commune.
Q. Pourquoi avez-vous permis des attroupements pour insulter M. Monnier?
R. J'ignorais ces attroupements.
Q. Pourquoi lui avez-vous refusé les clefs de la sacristie?
R. Parce que j'en ai été personnellement chaîné par le directoire du district.
Q. Pourquoi vous ètes-vous opposé à ce qu'on sonnât les
vêpres ?
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R. Parce que c'étaient des étrangers qui voulaient sonner.
Q. Pourquoi avez-vous permis qu'on traitât ces citoyens d'espions et de traîtres à la patrie ?
R. Je n'ai pas donné cette permission.
Q. Pourquoi avez-vous permis qu'on ouvrît un précipice qui avait été comblé par ordre du ci-devant intendant delà province?
R. C'était pour y enfouir les animaux morts, et il est faux que j'aie permis de dire que c'était pour y jeter les patriotes.
Q. Pourquoi avez-vous coupé ou fait couper les cordes de vos cloches ?
R. Je ne les ai ni coupées ni fait couper, et j'ignore qui l'a fait.
Q. Pourquoi, lorsque les citoyens des communes voisines n'apportaient aucun trouble, avez-vous fait publier la loi martiale pour les faire retirer ?
R. Je n'ai pas ordonné cette publication; seulement l'ofBcier municipal Gl.-Fr. Salomon a donné ordre de battre la générale pour faire dissiper le rassemblement.
Au moment où ce procès-verbal était transmis au département, le directoire recevait une protestation des officiers municipaux de Bolandoz, par laquelle ils déclaraient que l'œuvre du commissaire du district n'était qu'un tissu de fables qu'on lui avait débitées et qu'il avait acceptées sans contrôle. Mais, sans s'arrêter à ces réclamations et sans chercher à s'éclairer davantage, le conseil général du département, réuni depuis quelques jours, déclara, le 6 aoi\t, « que les troubles survenus à Bolandoz étaient l'effet du fanatisme ; que les officiers municipaux en étaient les principaux auteurs; que c'était par leurs propos et leurs refus que les désordres étaient arrivés; qu'en conséquence, les sieurs Vemier, maire, Marion et Salomon, officiers municipaux, demeureraient suspendus de leurs fonctions pendant six mois ; que le précipice rouvert serait bouché sans délai aux frais des officiers municipaux; que la municipalité remettrait au district toutes les armes qui existaient dans la commune, et fournirait au
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sieur Monnier un servant, ainsi que les objets nécessaires au culte, et enOn que cet anêté serait imprimé aux frais des sieurs Yernier, Marion et Salomon, et affiché dans toutes les communes du département. »
Le préambule de cet arrêté contenait une longue et diffuse reproduction de toutes les accusations atroces si légèrement portées contre les habitants de Bolandoz, et si peu fondées, aux yeux du département lui-même, qu'il ne pensa pas un seul instant à les déférer aux tribunaux.
XXII. Dans le district de Pontarlier, les passions semblaient être encore plus vives, et la lutte y prenait déjà les <^aractères d'une guerre civile. La municipalité d'Aubonne, animée d'une haine implacable contre M. Marguier, son ancien seigneur, et soutenue dans les tracasseries qu'elle ne cessait de lui susciter, par les haines du district et du département, ne gardait plus aucune mesure. Au mépris de la loi An 19 juillet 1791, qui défendait formellement les visites domiciliaires„elle soUicita des corps administratifs l'autorisation de faire dans la maison de M. d'Aubonne « telles perquisitions qu'elle trouverait convenables et lorsqu'elle le jugerait à propos, pour y constater la présence des prêtres non conformistes qui s'y rassemblaient, notamment les sieurs Lyme et Hème, bannis d'Aubonne, et enfin d'intimer à l'abbé Boyer, hôte habituel du château, l'ordre de s'éloigner d'Aubonne, comme y propageant l'incivisme »
A cette requête, M. d'Aubonne en opposa aussitôt une autre et pria les corps administratifs de rappeler la municipahté au respect des lois qui lui interdisaient toute perquisition de cette espèce. Le district de Pontarlier, sanctionnant par ses éloges l'illégalité la plus flagrante, répondit audacieusement, le 1*' avril : « Le sieur Marguier, non-conformiste avéré, est dans la dangereuse habitude de donner retraite à des prêtres féfractaires; le sieur Beurey, très disposé à fanatiser, conséquemment à désunir les citoyens, s'y était réfugié; enfin il est très urgent de déjouer les manœuvres nobihaires et sacerdotales, ainsi que de poursuivre les perturbateurs de l'ordre public dans tous les repaires sans distinction ; car si les domiciles sont sacrés, ce
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n'est point pour les délits et les coupables, la loi et la sûreté publique exigeant impérieusement qu'on arrête ceux-ci dans <iuel asile que ce soit. Nous estimons en conséquence qu'il n'écbet de délibérer sur la demande en nullité de l'arrêté de la municipalité d'Aubonne^ et enjoignons au sieur Ant. Marguier de s'y conformer. »
Le 4 avril, sur le rapport de M. Renaud (de Quingey), le département déclara qu'il applaudissait lui-même au zèle des officiers municipaux et qu'il n'y avait pas lieu de délibérer smr la réclamation de M. d'Aubonne. On ne peut vraiment s'habituer à voir tous ces fougueux amis de la constitution et de la liberté fouler aux pieds, avec cette incroyable sérénité, tous les droits et tous les principes de 1789, pour assouvir leur haine contre les prêtres. Quelle constitution, quelles lois, quelle liberté, entendaient-ils donc sauver alors, en poursuivant par la violation môme de la constitution, des lois et de la liberté, tant de prêtres qui les respectaient mille fois mieux qu'eux?
Dans le canton de Montbenoît, Tanimosité réciproque des deux partis avait atteint les dernières limites. Les lois ayant perdu tout empire, les fonctionnaires, tout sentiment de leur mission, chacun se faisait justice à soi-même et les différends se vidaient à coups de bâton. A la demande des jdotriotes^ le district arrêta qu'on monterait la garde jour et nuit et qu'on ferait des patrouilles à Montbenoît et à Lièvremont; mais cette mesure lui parut presque aussitôt insuffisante. (( Le fléau du fanatisme, disait-il dans son arrêté du U avril, est porté au point qu'on craint à tout moment une insurrection ; le sieur Guillet, procureur de la commune de la Longeville, patriote zélé, a été victime de cette fureur rehgieuse, puisqu'il est mort assassiné de la manière la plus indigne, dans le temps même qu'il procurait à un de nos arrêtés son exécution. Sans le secours' des gardes nationaux des Maisons-du-Bois, le sieur Vuillemin, chirurgien à Lièvremont, distingué par son civisme, aurait éprouvé un pareil sort. La précaution la plus sûre pour arrêter le désordre et contenir les agents du fanatisme, étant de placer dans plusieurs communes des volontaires nationaux, le directoire
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arrête que MM. Custine et Lasalle, commandants militaires du département, sont requis d'envoyer cinq ou six compagnies de volontaires pour être distribués tant à Pontarlier qu'à Ouhans, Goux, Frasne, Levier, la Grand'Gombe, les Hôpitaux, etc., afin de prévenir les insurrections et procurer l'exécution de nos arrêtés sur les prêtres insermentés. »
Le meurtre du procureur de la Longeville, malgré les causes qui lui étaient attribuées par le district, et malgré tout l'intérêt que la passion irréligieuse avait de mettre au jour la culpabilité des catholiques, s'ils eussent été réellement coupables, est demeuré entouré du plus grand mystère. En effet, par une circonstance inexplicable, cet événement, si grave, si odieux, et surtout si propre à être exploité dans un pareil moment, ne se trouve pas mentionné une seule fois de plus, soit dans les actes, soit dans la correspondance du district. Les registres et papiers du département ou des tribunaux et les journaux de l'époque, si prompts à recueillir les moindres nouvelles, sont complètement muets sur cette affaire. Sept ans après, à la suite d'une dernière explosion du terrorisme, on voit seulement le commissaire du gouvernement directorial à Morteau, J.-Fr. Courpasson, écrire au citoyen Nodier, commissaire du même gouvernement près les tribunaux du Doubs : « 30 frimaire an vt. Je vous adresse ci-jointune liste de trente-sept témoins qui m'aété fournie par la veuve et les héritiers du citoyen Guillet, du Bassignet, mort assassiné en avril 1792, procureur de la commune de la Longeville. Suivant tous les indices , ce malheureux républicain a été assassiné par les premières fureurs du fanatisme et de Taristocratie et avec la cruauté des scélérats les plus consommés. Le soupçon tombe sur un ex-étudiant qui s'est jeté dans la chirurgie et qui est actuellement à l'armée d'ïtalie en qualité d'officier de santé, ainsi que sur un autre étudiant, présentement à Morteau. Il y a même présomption qu'ils étaient trois. On persiste à penser que le citoyen Morand, pour lors et encore aujourd'hui juge de paix du canton de Montbenoit, n'a point mis tous ses soins à découvrir et poursuivre les auteurs de ce crime. C'était déjà l'opinion de beaucoup de personnes en 1793, lorsque j'étais au district de Pontarlier.
992 CHAPITRE XXYII.
11 en résulte que la veuve, les enfants et les amis du malheureux Guillet, disent tout bonnement que si Ton ne peut changer de juge de paix, pour faire suivre ou reprendre de nouvelles informations sur cette affaire, ils n'ont presque aucune espérance de réussir. Tout consiste donc, pour obtenir succès dans les poursuites, à faire en sorte qu'un autre juge de paix puisse reprendre cette procédure. Encore faut-il un républicain prononcé, car vous savez combien le parti dominant du fanatisme a d'influence sur les âmes peu civiques et faibles. Celui qui serait le plus capable de faire une information serrée serait le citoyen Bourdenet Juge de paix du canton d'Orchamps, et encore faudrait-il que, pour engager plus efficacement ces timides et idiots campagnards, il flt prêter serment aux témoins de dire toute la vérité. Car certains ont laissé entendre qu'ils savaient quelque chose sur cet attentat; mais ils ont dit que lorsqu'on n'exigeait point de serment, ils ne se croyaient point obligés de dire tout ce qu'ils pouvaient savoir. D'ailleurs, vous ne pouvez comprendre jusqu'à quel point les prêtres réfractaires ont corrompu la morale. Au nom de l'humanité, de la justice, de la veuve et des enfants du malheureux Guillet, dont les mânes demandent vengeance, je vous prie de vous occuper sans retard des moyens de reprendre promptement les poursuites. »
L'auteur de cette lettre était visiblement de bonne foi, mais entraîné par une passion dont l'aveuglement se trahit dans les accusations si invraisemblables portées contre l'intégrité judiciaire de M. Morand, père d'un des plus ardents généraux de la république, et lui-même serviteur constant de la révolution et de l'Eglise constitutionnelle , mais en même temps magistrat loyal et d'une impartialité à toute épreuve. Il ne parait pas, du reste, que M. Nodier, encore tout couvert du sang des prêtres, et assez connu en l'an yi pour être à l'abri de tout soupçon, ait jugé cette affaire autrement que l'estimable juge de Largillat, car on ne voit pas qu'il y ait donné aucune suite.
Le 27 avril, une patrouille de la garde nationale de Pontariier, commandée par l'avocat Lerebours, amena devant le juge de paix un étranger dont les allures cléricales lui avaient