‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 5)Chapitre 53 sur 60 · II · texte numérisé non relu

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délits pourront être saisis sur-le-champ et conduits devant le juge de paix. »

Il fallait compter beaucoup sur le tribunal pour espérer qu'il trouverait dans ces dispositions si claires et si étrangères aux faits du procès , de quoi condamner M. Emery. Le tribunal, composé de MM. Mauvaiset , juge de paix, Ch.-Jos» Battandieret L. Perron, assesseurs, ne trompa point cependant cette espérance et prononça le jugement suivant : a Considérant i<^ que la loi interdit la publication de monstruosités de l'espèce de ceUes dont il s'agit au procès, puisqu'elle soumet l'écrivain , l'imprimeur, à la responsabilité des abus qui en peuvent résulter; V qu'il n'est pas toujours nécessaire que le mal*' se soit réalisé, ensuivi, pour être répréhensible et condamnable. Il est un principe certain et avoué de tous les criminalistes, c'est que la machination d'un attentat est punie comme l'attentat , lorsqu'il n'a pas tenu au machinateur qu'il n'ait eu lieu. Un complot contre l'Etat, par exemple, quoique déjoué , ne serait pas moins punissable que s'il eût réussi. L'Assemblée nationale nous rassure sur cette ^ doctrine par la quantité de décrets d'accusation qu'elle a rendus contre les ennemis du bien pubUc dans nombre de cas analogues. Se peut-il quelque chose de plus condamnable , de plus formellement réprouvé par les lois, que les écrits incen» diaires, excitant la rébellion, provoquant la guerre civile, etc. Tel est celui du sieur Emery , auquel il n'a manqué que la publication , l'impression , mais qui y était si bien destiné qu'on y trouve une note ou avertissement à l'imprimeur. L'intention y est clairement manifestée de donner à cet écrit toute la publicité nécessaire à l'exécution des desseins destructeurs et parricides de l'auteur. S'il restait le plus léger doute à cet égard , ne serait-il pas levé par la réponse dans laquelle il dit que son intention, en faisant cet ouvrage, était de démontrer à ses ci-devant paroissiens de Colonne, à qui il le destinait^ qu'il était toujours leur seul et légitime pasteur, leur prêchant cette croyance comme article de foi, sous les peines de l'Eglise, et même celle de réprobation en cas de croyance contraire; le tribunal déclare qu'Emery est convaincu d'avoir été nanti d'un écrit incendiaire qu'il a

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dit avoir écrit lui-même, et qui a pour titre : La foi du peuple, ou principes catholiques tirés des Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, pour guider les simples fidèles dans les affaires du temps ^ et d'une Adresse à la paroisse de Colonne, avec rintention manifeste de les faire imprimer , publier et divulguer ; pour réparation de quoi, il condamne ledit Emery à être renfermé dans la maison de correction de cette ville , pendant un mois à compter du jour de son arrestation ; le condamne en outre à cinquante livres d'amende et aux dépens ; ordonne que tous les feuillets du manuscrit seront supprimés ; permet enfin au procureur de la commune de faire imprimer et afficher partout où besoin sera, le présent jugement, au nombre de quarante exemplaires et aux frais du sieur Emery. » ,

A Morteau , les jacobins avaient recours à une procédure plus expéditive et tout aussi efficace. H y avait dans cette ville un vieillard respectable, M. Cb. -Félix Roussel, prêtre retiré depuis longtemps et que son patriotisme avait fait élire membre de la municipalité au commencement de la Révolution. Le spectacle de son inébranlable fidélité religieuse exaspérant les jacobins , ils eurent recours aux volontaires cantonnés dans ce pays, pour le réduire, à force de mauvais traitements , à abandonner son paisible foyer. Le 5 juin , ces jeunes soldats indisciplinés envahirent sa maison , le sabre nu à la maîn, le rançonnèrent sans pitié et menacèrent de l'égorger. M. Roussel, malgré ses soixante-dix ans et ses infirmités, se vit forcé de s'enfuir au Lac-ou-Villers, d'où la persécution ne devait pas tarder à le chasser plus loin.

La commune de Rochejean , plongée tout entière dans la désolation par l'arrestation de son respectable pasteur , ne pouvait se résoudre à livrer son égUse et ses enfants au schisme. Le prêtre Faivre, nommé administrateur de la cure, se plaignit « que les officiers municipaux, par l'effet de leur fanatisme, s'étaient emparés des vases sacrés, linges, ornements et registres de l'église paroissale, ce qui était une révolte contre les arrêtés du district ; qu'au mépris des mêmes arrêtés, ils souffraient encore des maîtres et maîtresses d'école remplis des principes les plus fanatiques , et le sieur David>

prêtre, élève du curé Boillon, entaché du même incivisme. »> Le directoire arrêta en conséquence, le 5 juin, aque les officiers municipaux rendraient les vases sacrés, ornements et registres, en présence du notaire Valiton, nommé commissaire, sous peine de contrainte par corps; qu'ils nommeraient, dans le délai de trois jours, des maîtres et maîtresses constitutionnels, sans quoi le desservant en choisirait lui-même et fixerait leur traitement , et enfin que le prêtre David quitterait la paroisse de Rochejean dans le délai de trois jours, sous peine d'y être contraint par corps, et conduite Besançon comme perturbateur de Tordre public. »

Le 6 juin, les prêtres insermentés de PontarUer, insultés et maltraités journellement par la lie du parti jacobin, surtout lorsqu'ils parvenaient à célébrer la messe dans quelque église ou chapelle , ayant sollicité en vain le secours des officiers municipaux pour faire cesser les insultes et les violences dont ils étaient victimes, s'adressèrent au district sans plus de succès. Le district se borna à répondre qu'il n'y avait pas même heu de déhbérer sur leur demande.

Les prêtres et les fidèles de l'extrême frontière, absolument privés des exercices les plus chers à leur piété, avaient imaginé de se réunir pour entendre la messe dans des métairies situées à peu de distance de leurs villages, sur le territoire helvétique. Le district de Pontarlier, pressé de leur arracher cette dernière ressource, écrivit le 19 juin au maire de la Brevine en Suisse : « Nous avons l'honneur de nous adresser à vous pour empêcher et dissiper les rassemblements de prêtres réfractaires et fanatiques qui se retirent sur votre juridiction , dans les endroits dits Au Pasquier et Chez Blaisel, Nous avons la plus entière confiance que vous voudrez bien accéder à notre invitation, qui n'a pour but que ia tranquiUité des deux Etats. D'ailleurs, nous vous faisons cette demande d'après les assurances les plus positives du conseil souverain de Neuchatel , qu'il donnerait les ordres nécessaires pour faire disparaître ces rassemblements , qui attirent les partisans de ces prêtres fanatiques et fomentent les divisions dans les familles et parmi les citoyens. »

Le district s'était en effet adressé déjà au gouvernement

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deNeuchatel, et M. de Sandoz-Rollin, conseiller d'Etat, lui avait répondu le Sjuin au nom du conseil, « qu'il avait donné des ordres pour qu'il fût pris des informations exactes au sujet d'un rassemblement de prêtres mal intentionnés qui était annoncé comme devant avoir lieu à la ferme de Chez Blatsetf et que dès que les informations nécessaires lui seraient parvenues, il était très disposé à prendre les mesures les plus efficaces pour prévenir toutes les mauvaises suites que ce rassemblement pourrait occasionner. '» Il y avait loin de cette réponse à celle que le district faisait supposer. Mais l'essentiel était de réussir.

La réponse du maire de la Brevine fut tardive, mais de nature à satisfaire complètement le district. Le magistrat suisse écrivit le 12 août: «Aussitôt que j'eus reçu votre première lettre, je m'empressai de faire partir tous les curés et prêtres qui pouvaient être dans le ressort de ma juridiction, surtout dans l'endroit que vous m'indiquiez, à Charopey, vers chez Blaiset. Quant à Chez Lebrand, qui dépend des Verrières, et aux Places Jeannin , qui dépendent du Val de Travers, n'ayant aucune juridiction dans ces deux endroits^ j'envoyai de suite votre lettre au gouvernement. J'ai tardé à répondre, parce que je voulais examiner la conduite de ces prêtres. Us se sont comportés d'une manière qui m'a tout à fait déplu. Ils m'assuraient n'avoir plus de demeure chez Blaiset, et cependant j'étais informé qu'on y en voyait souvent. A une certaine heure, il paraissait y avoir un rendez-vous. Ils entraient dans une chambre , s'y enfermaient , et j'ai ignoré Touvrage qu'on y faisait. On m'a assuré que c'était pour recevoir les vivres qu'on leur apportait. Je me suis vu dans le cas de leur faire une troisième défense , en les menaçant d'aller les dénoncer au gouvernement comme réfractaires à mes ordres réitérés ; ce que j'ai fait. Le gouvernement, sans hésiter, vient de donner les ordres les plus précis pour les éloigner des frontières, ne voulant y souffrir aucun rassemblement qui puisse donner de l'ombrage à nos voisins. Ainsi, je ne crois pas, Messieurs, qu'il y ait aucun prêtre sur la frontière ni dans le comté de Valengin. Si cependant vous appreniez le contraire , vous m'obligeriez de m'en informer,

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car j'ai ordre de les faire partir de gré ou de force.» Plus les flots de la révolution montaient , plus le gouvernement helvétique se montrait obséquieux envers son redoutable voisin.

Quand le directoire de Pontarlier eut ainsi fait le vide nonseulement au.dedans, mais encore au delà des frontières , il lui parut que le moment était opportun pour appeler des intrus à venir le combler. Le 5 juillet , il écrivit à Tévêque constitutionnel : « Prière instante d'envoyer des desservants à la Grand*Gombe , qui est sans pasteur et où les femmes enterrent les morts, et à Levier, où le curé est mort et où le vicaire est le plus réfractaire , le plus fanatique, le plus dangereux, qu'on puisse imaginer. Vous pouvez compter sur notre zèle pour les appuyer. C'est dans ce moment que les ecclésiastiques patriotes doivent se montrer en bravant tous les obstacles. Agissons de concert, et nous aurons l'avantage de voir notre cause triompher des préjugés ultramontains et des manœuvres de ses ennemis. »

XXIIl. Le district de Quingey, quoique composé d'une population exclusivement agricole et peu nombreuse , n'était pas plus tranquille que les autres. Dans les premiers jours de mai, un prêtre nommé Vannoz, s'y trouvant sans passeport, fut arrêté par la municipalité de Quingey en vertu d'une loi récente et très sévère qui astreignait rigoureusement à cette formalité tous les voyageurs. Comme il se trouva dans l'impossibilité de fournir caution, on le retint en prison pendant un mois. On chercha même à l'inculper dans un projet d'enrôlement pour les émigrés, mais les informations commencées par le juge de paix ne permirent pas de donner suite à cette accusation.

Les anarchistes, ne trouvant pas toujours des prêtres à captu rer , s'en dédommageaient en pillant les maisons des honnêtes gens. Une lettre adressée au département le 45 mai, par les admiiiistrateurs de Quingey, jette une vive et triste lumière sur Tétat de dissolution dans lequel la société était déjà tombée et sur les désordres auxquels les jacobins pouvaient se hvrer partout impunément, a Ayant été informés, écrivait le district, de quelques rassemblements accompagnés de voies de fait , violences et extorsions de denrées , qui

TROUBLES JUSQU^AUX PRBMIBBS REVERS DE L'àRMÉB. fSQ9

avaient eu lieu dans le courant d'avril, nous avons adressé une circulaire aux municipalités pour les rappeler à leurs devoirs, en les prévenant que nous enverrions au besoin des commissaires sur les lieux. Le 21 avril, prévenus d'un rassemblement de ce genre qui devait avoir lieu à Lombard le lendemain, nous chargeâmes Tun de nous, M. Roze, de s'y rendre pour empêcher le désordre ; mais, loin d'y réussir, il fut maltraité lui-même. Une trentaine de mauvais sujets s'étaient introduits par force chez la veuve de Simon Bassand et y battaient et maltraitaient les personnes de la maison. Sommés par M. Roze de mettre fin à ces attentats, ils lui répondirent qu'ils avaient des ordres , l'assaillirent à coups de pierre, dont plusieurs le blessèrent grièvement, et ils lui volèrent son chapeau. Quand il fut éloigné, ils continuèrent leur brigandage, et de là se transportèrent au domi- <^ile de plusieurs particuliers, où ils firent de même jusqu'au lendemain matin. Ayant encore été prévenus d'un rassemblement qui devait se faire le 13 mai, dans la paroisse de Ron- <^haux, nous nous empressâmes d'envoyer M. Roze, le plus connu d'entre nous. Il arriva à Montfort , au domicile des héritiers Tramut, à quatre heures du soir. Presque au même instant se présentèrent environ trois cents personnes des communes du canton, qui, trouvant les portes fermée», commencèrent par les frapper violemment pour les forcer ; ensuite, à l'aide d'échelles apportées par les voisins, un grand nombre passèrent par les fenêtres et ouvrirent toutes les portes. La foule s'y introduisit en si grand nombre qu'il n'était plus possible de se remuer dans la maison. Ils demandaient avec toutes sortes d'injures et d'imprécations

qu'on leur donnât du vin, ou sinon M. Roze les invita i

sortir, pour qu'on pût les satisfaire. On dressa des tables dehors ; ils se firent servir du vin à leur gré et se retirèrent ensuite sans fracture ni pillage. A sept heures, d'autres particuculiers de Montfort, Ronchaux et Point^^llers, ayant avec eux plusieurs officiers municipaux et notables de ces communes, revinrent en nombre et essayèrent de nouveau de forcer les portes. Alors M. Roze parlementa avec J.-B. Hugues^ fils du juge de paix de Ronchaux, qui était à leur tète, et obtint

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qu'ils se contenteraient de boire dehors le vin qu'on leur apporterait ; mais dès que la porte fut ouverte , ils se précipitèrent en foule dans la maison , en chassèrent plusieurs personnes qui s'y trouvaient , en disant qu'ils n'avaient pas besoin de témoins , et se firent donner à boire et à manger à leur gré , au point que , ne se connaissant plus les uns les autres, ils se maltraitèrent entre eux, brisèrent, cassèrent plusieurs meubles, et emportèrent, en sortant, une partie du linge , les verres , les couteaux , les livres et autres objets. Ils se retirèrent vers minuit, en disant que cela n'était qu'un à-compte et qu'au premier jour ils voulaient boire de meilleur vin. La seconde mission de M. Roze n'ayant pas eu plus de succès que la première , nous sommes obligés , Messieurs, d'implorer votre secours pour arrêter le progrès des désordres enfantés par l'anarchie. Nous venons en conséquence solliciter un arrêté qui pourra également servir à toutes les communes du département, parce que le même mal vigne dans toutes ses parties. »

Quelque odieuses que paraissent les scènes sauvages si vivement retracées par le district de Quingey , il y eut encore quelque chose de mille fois plus odieux : ce fut le silence absolu , l'inaction complète du directoire du département en présence de pareils attentats. Il ne trouva pas un seul mot pour les flétrir, pas une seule mesure pour les réprimer, lui qui ne tarissait pas en invectives et en rigueurs contre les prêtres et les fidèles les plus inoffensifs. C'est que les auteurs de ces brigandages étaient ses appuis et ses maîtres, et qu'ils régnaient non pas seulement dans toutes les parties du département, comme le disait si ingénument le district de Quingey, mais sur la France entière.

Le département montra bientôt après qu'il était disposé à tout accepter de leur main. Les constitutionnels de Montrond, trouvant que l'Assemblée législative ne se pressait pas assez de les démembrer de la paroisse de Villers , prononcèrent eux-mêmes cette séparation, en refusant de contribuer à tous autres frais de culte qu'à ceux de leur propre chapelle. La commune de Villers, non moins patriote , en ayant porté plainte, le département lui donna gain de cause

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et condamna celle de Montrond à continuer de payer son contingent à réglise deVillers. Un huissier fut chargé d'aller signifier cet arrêté à la municipalité de Montrond, mais lorsqu'on le vit arriver dans le village , la population ayant à sa tête le procureur de la commune s'ameuta contre lui et le roua de coups. Le district d'Omans réclama vainement la suspension de la municipalité de Montrond et l'envoi des coupables devant la justice. Sept mois après, le département ratifia la séparation accomplie à coups de bâton, et renvoya rhuissier assommé en accompHssant son devoir, à s'adresser personnellement aux tribunaux pour en obtenir réparation.

XXIV. Pendant que le district de Quingey se plaignait des excès révolutionnaires, celui de Saint-Hippolyte, en proie aux mêmes désordres et à la même impuissance, se voyait forcé, le ^i mai, d'écrire à la fois aux municipalités de onze communes W : « Nous apprenons que l'on soupçonne certaines maison^ de vos environs de recevoir des réunions de personnes suspectes, ce qui excite des mouvements prêts à éclater. La loi ayant prévu ce cas, nous croyons devoir vous la rappeler : c'est l'article 32 de la loi du 3 août 4791 relativement à la force pubhque contre les attroupements tumultueux. Vous devez savoir que toute violence, toute voie arbitraire, sont proscrites par la loi. C'est à vous à vous y opposer et à requérir la force publique pour les empêcher. Point de bons citoyens s'ils ne se soumettent aux décrets. Il faut suivre la loi, rien que la loi, et non des mouvements impétueux et désordonnés, ou sinon l'on deviendrait les vrais ennemis de la constitution et du repos public. »

Ces honnêtes remontrances n'obtinrent pas le moindre succès. Au nombre des maisons dont les patriotes éprouvaient le plus vif désir de forcer les portes ou de vider les caves, se trouvait le château de M. de Matche. Quatre agitateurs, le maire de la Lizerne, le sieur Péquignot, officier municipal à Damprichard, les sieurs Mairot, maire, et Morel^ procureur de la commune des Bréseux, adressèrent efirontément une

(1) Fessevillers, Damprichard, Belfays, Charquemont, Friolais, Battenans, Nancenans, Matche, les Bréseux, les Plains et les Ecorces.

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requête au district pour demander « qu'on établît un poste de gardes nationaux devant la demeure de M. de Mdchey afin que rien n'y pût entrer sans être visité, et qu'il fût fait une perquisition dans toute cette maison , où l'on soupçonnait, disaient-ils, qu'il y avait des armes, des munitions et des réunions continuelles de gens du parti aristocratique. )) Le district , au lieu de pei*mettre l'irruption si vivement désirée , renvoya au juge de paix l'examen des faits allégués contre M. de Maiche. Mais, comme cette sage mesure était bien loin de remplir les vues des anar- -chistes, quelques jours après, quarante d'entre eux se transportèrent tumultueusement au château, le fouillèrent de fond en comble, et quand leurs insolentes passions furent satisfaites, ils se retirèrent, comme dliabitude, sans avoir pu découvrir ni une seule arme ni un seul ennemi, mais non sans avoir souillé les appartements et outragé les habitants de la maison.

Le directoire de Saint-Hippolyte, aux abois, s'empressa de signaler ces excès au département, qui lui répondit par une lettre d'une insignifiance et d'une nullité calculées. Après une longue et fort inutile analyse de la dépèche du district : « Vous finissez, disait le département, par annoncer que ces rassemblements tumultueux ne proviennent que de l'intolérance du culte, et que c'est à cette intolérance que vous aurez à imputer toutes les querelles de votre district. L'intolérance peut sans dout6 exciter des troubles et elle est contraire à la constitution. Mais vous sentez que nous ne pouvons, sur ces simples termes, vous indiquer des remèdes particuliers et propres aux circonstances où vous vous trouvez, puisque vous ne nous les faites pas connaître. A l'égard du rassemblement qui a eu lieu dans le domicile de M. Guyot, TOUS avez sans doute pris les mesures suffisantes pour le faire dissiper. Nous vous prions de nous instruire incessamment du succès qu'elles ont eu. Nous ne pouvons que vous inviter à vous conformer à la loi du 3 août (contre les attroupements tumultueux). » Il était difficile au département de montrer plus d'indifférence et de refuser plus nettement tout concours au district.

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Celui-ci eut bientôt, il est vrai, pour auxiliaire un bataillon de volontaires du Bas-Rhin; mais le remède se trouva pire que le mal. Le district écrivait le 48 juin au général de Wimpfen, commandant la 6« division : a Vous verrez par la délibération ci-jointe des habitants du Russey, que la force armée commande aux autorités constituées dans nos cantons. Une foule de plaintes verbales du même genre qu'on nous adresse nous font sentir les suites fâcheuses du peu d'influence que les lois ont eu jusqu'ici sur la conduite de ces volontaires. La crainte seule de leur voisinage et de leurs violences, nous ne le savons que trop, suspend les plaintes plus formelles et plus graves des citoyens sur leurs vexations. ))

Le district ayant adressé les mêmes plaintes au département, celui-ci lui répondit le 27 juin : « Vous vous plaignez des pillages et déserdres auxquels les volontaires du Bas- Rhin se sont livrés dans vos campagnes, dans tous les endroits où ils passent et où ils sont cantonnés, et vous demandez avec instance qu'ils aient à évacuer votre ressort. Nous en sommes d'autant plus surpris que la ville et le district de Pontarlier se louent beaucoup d'eux et désirent vivement les avoir pour le maintien de Tordre et de la tranquillité. Nous voudrions pouvoir vous contenter les uns et les autres, mais le placement des troupes n'est pas à notre disposition. »

Le district, craignant encore d'avoir été induit en erreur sur la conduite des volontaires, envoya des gendarmes pour la vérifier, et le procureur syndic écrivit, le 3 juillet, au département : « Il n'est résulté jusqu'à présent des patrouilles de la gendarmerie que la confirmation du pillage et du brigandage des volontaires du Bas-Rhin. Leur établissement dans notre district lui est plus préjudiciable que l'orage le plus désastreux. Hier, dix-sept de ces messieurs se sont transportés aux Bréseux, où ils ont cassé les portes pour s'introduire chez les citoyens ; ils ont pillé les viandes cuites et crues qu'ils ont trouvées et ont commis toutes sortes d'autres dégâts. » Trois jours après, le procureur syndic écrivait encore : « 11 devient chaque jour plus pressant de mettre un

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terme aux désordres de cette troupe indisciplinée. Le landemain du pillage des Bréseux, la même troupe s'est transportée à Montandon, où elle s'est conduite de même chez, le sieur Darceot. Hier, ces messieurs, presque tous officiers, sont arrivés à Saint-Hippolyle, à cheval, et l'un d'eux, à qui un factionnaire demanda son passe-port, a voulu le frapper en tirant son sabre. Si une pareille conduite est tolérée plus longtemps, il est à craindre que les citoyens révoltés ne cherchent à se rendre eux-mêmesjustice, et que ces brigands ne parviennent ainsi au but qu'ils se proposent^ et qui est évidemment d'exciter le trouble et l'anarchie. »

Le district, craignant toujours que son témoignage ne fût suspecté, envoya les procès-verbaux dressés par plusieurs municipalités dont le jacobinisme offrait de meilleures garanties. Le département, mis au pied du mur, se décida enfin à dénoncer au général deWimplen l'incon^uite des jeunes soldats alsaciens.

A force de chercher des armes dans les châteaux et les presbytères, on finit cependant par en trouver quelques-unes, s'il faut en croire un prétendu procès-verbal envoyé à la Vedette par le commandant des volontaires du Bas-Rhin ; et l'abbé Dormoy en tira parti pour accuser les prêtres fidèles d'être prêts à égorger les patriotes. D'après ce procès-verbal , on aurait, dans une visite domiciliaire opérée chez l'abbé Blanchard, vicaire en chef au Russey, trouvé un véritable arsenal de guerre : quatre fusils, deux couteaux de chasse, vingtcinq pistolets, deux moules à balles, quatre hallebardes bien aiguisées, vingt-cinq cornets à poudre, trois sachets remplis de plomb et de balles et quatorze Uvres de poudre. Ce procèsverbal , adressé au journaliste par les volontaires , au nom de la municipalité du Russey, au moment même où cette municipalité se plaignait de la tyrannie des mêmes volontaires, et sans qu'il reste aucune trace officielle d'une pareille pièce , était-il bien authentique ? Le vieil abbé Blanchard avait-il réellement chez lui tout cet attirail meurtrier? Il serait difficile de le dire ; mais ce qui est parfaitement constant, c'est que, loin d'être un chef de conspiration royaliste ou catholique , c'était un homme excessivement timide, à

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qui la vue des désordres révolutionnaires avait fait perdre la tête, et que ses extrêmes frayeurs finirent par amener tout tremblant aux pieds de Tévêque constitutionnel.

XXV. Si le département n'avait plus aucune force de répression contre les anarchistes ou refusait absolument de s'en servir , en revanche il continuait de frapper à outrance tout cequi restait encore d'institutions catholiques. L'intrépide fondateur des Fontenelles, M. Receveur, avait vu les préventions qui avaient entouré les commencements de son apostolat se dissiper au souftle de l'orage révolutionnaire ; et le 1"' février 1791 , il avait reçu, dans une première approbation de M. de Durfort, la récompense de son inaltérable soumission à toutes les épreuves successivement imposées à son zèle. Mais une institution telle que la Retraite chrétienne, rendue plus florissante parles malheurs mêmes delà religion, devait être trop odieuse aux jacobins pour qu'ils ne travaillassent pas de toutes leurs forces à la détruire. Si les lois avaient eu encore quelque empire , l'entreprise eût été impossible. L'établissement de Tabbé Receveur était à l'abri delà loi qui avait aboli les couvents, parce qu'on n'y contractait absolument aucun vœu ; il était à l'abri du décret récemment porté contre les simples congrégations rehgieuses, parce que le roi avait refusé de sanctionner cette mesure. Enfin, comme l'industrie et le travail des mains formaient la principale occupation des solitaires , sous un régime vraiment Ubéral il n'aurait pu être considéré que comme une manufacture ordinaire , aux habitants de laquelle il avait plu d'adopter un costume et un régime intérieur appropriés à leurs goûts particuliers. Mais comme depuis longtemps la question de légalité n'entrait plus en compte lorsqu'il s'agissait des catholiques, décidément mis hors la loi, le département prit, le 29 mai, l'arrêté suivant : « Instruit que dans la commune des Fontenelles existe un établissement de personnes de diÔ'érent sexe rassemblées principalement par des vues religieuses; qu'à la tête de cet établissement se trouve un prêtre connu par ses principes fanatiques ; considérant que, sous tous les aspects , cet étabhssement forme une de ces 4îorporatipng réprouvées par la loi; instruit d'ailleurs qu'il

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8*y fait de firéquent s- rassemblements de prêtres insermeotés et de leurs adhérents; que Ton y exerce publiquement des fonctions réservées par les lois aux seuls fonctionnaires ecclésiastiques assermentés, et que l'on y prêche contre le gouvernement que vient de se donner la France , le directoire , voulant vérifier les faits et avoir des renseignements certains, arrête que M. Mathieu Lambert, Tun de ses membres, se transportera aux Fontenelles en qualité de commissaire. »

Tout le monde était alors philosophe, mais on laissait volontiers le stoïcisme aux vaincus, etl'avocat Lambert, comme la plupart des vainqueurs, appartenait à l'école épicurienne. Il fit ainsi, le 7 juin, le rapport de son excursion aux Fontenelles: ((Arrivés, mon collègue Renaud, du Russey, et moi, nous entrâmes chez le prêtre directevir de la maison. Sa servante nous apprit qu'il était absent depuis quelques jours et qu'il courait les bois , dans la crainte d'être saisi par la gendarmerie et conduit à Besançon, où Ton devait réunir tous les prêtres insermentés. Cette erreur , que des malveillants s'étaient plu à répandre pour calomnier les intentions du directoire et peindre comme injuste son arrêté, qui ne frappait que les prêtres perturbateurs (M. Lambert oubliait que le moindre exercice de leur ministère les faisait tous considérer comme tels), avait parfaitement rempli le but de ceux qui la propageaient dans cette partie de notre département. Presque partout les prêtres insermentés et non remplacés avaient semé l'alarme en abandonnant leurs églises, en fuyant et en courant dans les fermes isolées ou dans les bois , pour se soustraire à une prétendue persécution qui n'existait pas. Il n'en fallait pas tant pour faire grand effet sur des hommes vivant dans toute la simplicité de la vie pastorale. Partout où je vis cette erreur accréditée, je m'empressai d'éclairer ces hommes crédules , intéressantes victimes du fanatisme de leurs prêtres.

dNous demandâmes à parler au supérieur; il était aussi absent. Mais bientôt on nous amena un grand jeune homme, vêtu d'une robe blanche longue et pUssée. Il avait pour ceinture une longue corde d'où pendaient un grand chapelet, une croix de bois et une tête de mort. Ce soUtaire, car c'est

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