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642 CHAPITRE XXYIII.
volontaire. » M. Brachotte était un ardent jacobin, que Ton
retrouve aussi un peu plus tard faisant la guerre aux
catholiques de son canton.
Si le patriotisme des jacobins d'Ornans avait peu brillé dans répreuve solennelle qui leur avait été ménagée le 29 juillet par le conseil général du district , ils tinrent à manifester leur ardeur d'une manière plus conforme à leurs goûts, et, le même jour, M. Pergaud, commandant en chef de la garde nationale, fit conduire en prison trois laïques , MM. Simon Juret, Etienne Roland, J.-Cl,Cassard, et trois prêtres, MM. Poulain , Guenot et Laloue , pour avoir contrevenu à l'arrêté du district, en manquant à la réunion de la garde nationale ou en s'y présentant trop tard. A cette époque, les prêtres, n'étant pas exempts de la garde nationale, se trouvaient obligés de prendre part au tirage comme les autres citoyens. Le lendemain , le conseil du district , jugeant que les prisonniers seraient suffisamment punis par vingt-quatre heures de détention, déclara « que, dans l'intérêt de la paix et de l'union qu'il importait de maintenir entre les citoyens, le commandant serait invité à élargir les six particuliers, mais seulement à la fin de la journée. »
Cette inique transaction ne pouvait satisfaire les émeuliers; ils s'en dédommagèrent en accablant de mauvais traitements les prêtres élargis et en les forçant à prendre la fuite. M. Laloue, injustement accusé, puisqu'il avait obéi à l'appel du tambour, alla se cacher à Guyans-Durnes, au sein de sa parenté.
VU. Pendant que les gardes nationaux d'Ornans ajoutaient ce nouvel exploit à leurs campagnes de Cléron, Bolandoz, etc. , de nouvelles dénonciations contre les prêtres étaient arrivées au district. Le 28 juillet, M. Goguillot cadet, membre du conseil général du département, qui avait quitté momentanément son poste pour venir soigner à Flangebouche ses affaires privées , qu'il savait parfaitement faire prospérer, écrivait au procureur syndic Bailly : « Je dois vous dire que les prêtres commettent les plus affteux désordres tant à Avoudrey qu'à Passonfontaine et dans tout notre voisinage. 11 y en a même qui maltraitent les patriotes quand ils peuvent
les rencontrer seuls. Il convient de donner de nouveaux ordres à la gendarmerie. Quoique je ne sois ici que nioraentanément , je voudrais bien pouvoir en faire arrêter quelques-uns. Il y avait de grandes vues au département lorsque je l'ai quitté. »
Le même jour, M. Millot, membre du district , reçut la lettre suivante du vicaire Hugon , resté seul à la tête de la paroisse d'Orchamps depuis le décès du curé Guilloz, ancien membre de l'Assemblée constituante, qui était mort vers le mois d'avril, entouré du mépris des catholiques et de l'oubli indifférent des démagogues: «L'abbé Courtot, vicaire auLuisans, a abandonné sa cure depuis environ deux mois; il ne laisse pas pour cela de faire toutes les semaines quelques excursions dans ces cantons ; il confesse , communie, baptise, porte les sacrements, etc., en un mot tous les petits jeux que vous savez qu'ils font. 11 va même jusqu'à' attaquer les constitutionnels et les charge de coups lorsqu'il le peut faire impunément. C'est un homme dangereux. Il a arrêté X. Roussel, secrétaire de la municipalité, et plusieurs autres, et les a chargés de coups. Peut-être que s'il me rencontrait seul, il m'attaquerait aussi. Vous sentez les mesures qu'il faudrait prendre. Sa cure n'est point encore évacuée, ses sœurs y restent , c'est un point de ralliement, un centre de contre-révolution ; il faut le vider au plus vite. Je suis allé lundi dernier au Luisans, je m'y suis présenté avec la nmnicipalité pour avoir les registres qui me sont nécessaires ; on nous a dit que l'on ne savait pas où ils étaient. Et moi, je sais qu'on en abuse, que l'abbé Courtot, vicaire ambulant, s'en sert pour enregistrer les baptêmes qu'il fait tous les jours, non-seulement du Luisans , mais encore d'Orchamps, des Fournets et autres endroits. Il faut prendre les moyens les plus prompts pour les faire rendre. Ne négligez pas les articles que je vous détaille , ils importent extrêmement à la tranquillité de ce canton. Vous pouvez vous servir de cette lettre pour obtenir du district les arrêtés y relatifs. »
Sur ces deux lettres , dont l'une n'était que l'abrégé de l'autre , et où les prétendues agressions de l'abbé Courtot apportaient une utile et curieuse variante aux griefs ordinaires,
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M. Bailly bâtit le réquisitoire suivant , qu'il lut le 30 juillet au conseil du district : « De jour à autre je reçois des plaintes contre les prêtres insermentés de ce district et des districts voisins, qui se répandent dans les campagnes et emploient des émissaires et gens affidés pour jeter de l'effroi dans les consciences et faire croire que dans peu la contre-révolution aura lieu, et persuader au peuple, qu'ils entretiennent dans l'ignorance, de ne pas renoncer aux principes dans lesquels ils le bercent. Je viens de recevoir différentes lettres de citoyens dignes de foi, qui attestent ces faits et même que ces prêtres, pour mieux réussir dans leursprojets, se déguisent et vont jusqu'à arrêter et maltraiter les patriotes qu'ils rencontrent, ils distribuent des libelles et des chansons incendiaires et tendant à inspirer la révoUe contre les lois et les autorités constituées. Je ne vois d'autre moyen pour réprimer les démarches clandestines et les propos séditieux de ces intolérants, que de les faire arrêter , non-seulement au moment où ils sèment la discorde , mais encore lorsqu'on les voit s'écarter de leurs résidences ordinaires, avec d'autant plus de raison qu'ils ne s'en éloignent que pour séduire des âmes faibles qui ont plus de confiance dans les discours de ces missionnaires anti-évangéliques que dans ceux qui leur prêchent la reUgion catholique, apostolique et romaine. »
A l'appui de ce réquisitoire, M. Bailly déposa les deux lettres qui précèdent et une chanson très mordante, dirigée contre les évêques constitutionnels et la rehgion du jour. Cette chanson, d'origine parisienne, était depuis longtemps déjà dans le domaine puWic, et quelque paysan catholique du district de Pontarlier y avait ajouté les deux couplets suivants, de sa façon : •
Tochot, Ravier, vils intrus
Et fiers hypocrites, Sans pouvoirs et sans vertus,
Aussi sans mérites :
Tous les deux se sont perdus, Tous les deux seront pendus.
Le perfide Jeanmonnot Fait des prosélytes
Par ci, par là; le nigaud
Prêche sans principes :
11 craint de manquer de pain^ Mais il crèvera de faim.
Le conseil général, après avoir pris lecture de ces lettres et de cette chanson, arrêta que tous les prêtres insermentés qui seraient trouvés travestis en laïques, hors de la commune de leur résidence; tous ceux qui seraient trouvés n'importe où, excitant ou occasionnant des troubles , et enfin tous ceux qui ne se seraient pas rendus aux assemblées du tirage, devenant par là même perturbateurs de Tordre et en révolte contre les autorités, seraient arrêtés et conduits à leurs frais à Besançon, pour y rester jusqu'à ordre contraire. Les gendarmes et les gardes nationaux étaient requis de mettre cette mesure à exécution, dans tous les cas où ils le jugeraient eux-mêmes à propos. Cet arrêté, qui inventait un nouveau crime pour les prêtres, celui de s'absenter des assemblées de recrutement, fut accordé aux vives instances des patriotes de la garde nationale d'Ornans, qui brûlaient de déployer contre deux ou trois ecclésiastiques de la ville l'énergie dont ils s'étaient montrés si dépourvus à l'égard des Autrichiens. Us n'attendaient que ce mot d'ordre , et tandis que le district envoyait son aiTêté au département pour en obtenir l'approbation, le commandant de la garde civique, sans se soucier de la réponse, commençait par faire traîner en prison les trois prêtres les plus odieux au parti, et dressait ainsi le procès- verbal de cette expédition anarchique : « 11 est de notoriété publique que les sieurs Cuenot et Poulain troublent l'ordre, soit en attirant à leurs messes les âmes faibles, soit en disant des vêpres dans leurs chambres, où ils reçoivent aussi différentes personnes, soit en parcourant diflTérentes maisons, afin de propager le fanatisme ; que le sieur Labretonnière, demeurant sur le territoire du château, trouble également Tordre public en disant la messe dans son domicile, où se rendent plusieurs personnes des environs, et en souffrant chez lui des rassemblements de prêtres réfractaires, rassemblements qui ont été dispersés sur les ordres de la municipalité : en conséquence, pour ob-
6i6 CHAPITRE &XV1U.
vier à tous ces désordres, lesdits sieurs Labretonnière, Cuenot et Poulain ont été arrêtés et déposés dans la maison d'arrêt d'Ornans. »
Le 1 " août, ces trois prêtres, dont la prudence constante n'était qu'un grief de plus aux yeux des jacobins, furent escortés jusqu'à Besançon comme des criminels, et M. Hébert, commandant en second de la garde nationale d*Oruans,les livra en triomphateur au conseil général du département. Ce conseil, après les avoir interrogés, décida qu'ils resteraient à Besançon jusqu'à nouvel ordre, en vertu de l'arrêté du 2 avril.
Vin. Le conseil général du district de Pontarlier ouvrit sa session le 27 juillet, par trois arrêtés qui trahissaient bien moins un noble amour de la patrie qu'une passion haineuse et subversive. Le premier invitait les municipalités à procéder à des visites domicihaires , illégales et vexatoires , sous prétexte de vérifler l'exactitude des déclarations que chaque citoyen était tenu de faire des armes qu'il possédait au moment où la patrie était déclarée en danger. Le second avait pour objet d'établir une correspondance suivie avec le département et les districts, pour les informer des mesures à prendre contre les prêtres réfractaires. Le troisième approuvait et adoptait une adresse à l'Assemblée législative, rédigée par M. Bévalet et demandant « que pour briser le sceptre du fanatisme et fixer le pouvoir exécutif dans le sens de la révolution, on suspendît le veto qui détruisait la volonté générale. Cette demande, audacieux outrage à la constitution, était accompagnée des déclamations classiques les plus ridicules. L'auteur s'élevait contre a ces Catilina, ces Lentulus, ces CélhéguSy coaUsés avec le clergé, mentionnait, en passant, Manlim^ Philippe de Macédoine et Démosthènes, assurait qu'on trouverait aisément, pour mettre à la tête des armées, des Fabricius, des Marias, des Guillaume Tell, et terminait par ces paroles, d'une bêtise solennelle : a Quoique placés dans les hautes montagnes du Jura, nous brûlons d'un patriotisme ardent et pur. Environnés des ravages du fanatisme, nous sommes éclairés des lumières de la philosophie, j)
RfiCLL'SION DES PRÊTRES. FIN DE LA MONARCHIE. 647
Telles furent, dans un moment si grave et si critique pour la France, les seules inspirations que trouvèrent ces hommes , dont le patriotisme , la philosophie et le talent étaient vraiment au même niveau.
Leurs séides, très peu empressés d'aller défendre les frontières, se créèrent, au sein même de la ville, une occupation plus conforme à leur genre de patriotisme. Ils allèrent assiéger dans leurs maisons les prêtres fidèles restés à Pontarher, brisèrent leurs vitres, et firent endurer à ces hommes paisibles les plus grands outrages. M. Claudet fut promené dans toutes les rues par une troupe de soldats armés qui l'accablaient d'injures et de menaces. La municipaUté et le district , complices de ces attentats , refusèrent tout secours aux victimes, qui furent contraintes, la nuit suivante, d'aller chercher un refuge dans les campagnes. M. le curé CoUn se cacha dans la ferme de Germinaud, qui appartenait à ses parents , M. P. -Baptiste Claudet, dans la ferme de la BanUère, et M. J.-F. Claudet , aux Etraches; M. Duplessis, resté à PontarUer, trouva un asile secret chez les frères Berthet, menuisiers.
IX. A Saint-Hippolyte, M.Pourcelot, procureur syndic, exposa au conseil général la situation du district dans un rapport intéressant et habile, où il tenait encore d'une main ferme le drapeau du feuillantisme , c'est-à-dire de la modération et du juste milieu entre les partis extrêmes. C'était à ce parti qu'appartenaient presque tous les administrateurs du district , et à travers les reproches officiels qu'ils se croyaient obligés de distribuer de temps en temps aux catholiques, leur sympathie pour eux perçait très visiblement.
a A l'époque de votre session dernière , dit M. Pourcelot, le directoire s'applaudissait encore d'avoir éloigné les troubles dont les ennemis du bien public avaient agité presque toutes les parties du royaume, et il espérait dissiper l'orage que le fanatisme semblait préparer. Cet espoir trop flatteur a été déçu. Des troubles de différents genres ont agité plusieurs communes du district ; et le directoire voit chaque jour, avec la plus grande douleur, les succès nouveaux des agitateurs du peuple. Pour arriver à leur but, les ennemis de la constitu-
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tion paraissent avoir adopté deux systèmes également dangereux: d'une main ils s'arment des poignards du fanatisme et de l'intolérance, tandis que de l'autre ils cherchent à ébranler et renverser toutes les autorités, et le succès rapide des agitateurs coaUsés est tel qu'il faut un remède aussi prompt que violent pour arrêter l'effet de leurs manœu\Tes et de leurs calomnies. Déjà les menaces, le pillage, le meurtre, s'exercent par celui des partis religieux qui veut dominer dans chaque commune. Mais, sans nous effrayer de notre état, examinons d'abord quelle est la disposition générale des esprits relativement au culte , quels sont les ahus qui amènent les désordres causés par les opinions reUgieuses, et par quels moyens on peut les réprimer.
)) Les mécontents, les hommes qui n'aiment ni le nouveau régime ni les lois relatives au clergé , ont depuis longtemps entretenu avec soin l'aversion du peuple contre tous ceux qui concourent à l'exécution de ces lois. Depuis longtemps, fls fortifient par tous les moyens qui sont en leur pouvoir le crédit des prêtres insermentés , et affaiblissent le crédit des autres. L'indigent n'obtient de secours, l'artisan ne peut espérer l'emploi de ses talents et de son industrie, qu'autant qu'ils s'engagent à ne pas aller à la messe des prêtres constitutionnels, et c'est par le concours de la confiance aux anciens prêtres d'une part , des menaces et de la séduction de l'autre, qu'en ce moment les églises desservies par les prêtres constitutionnels sont désertes, et qu'on court en foule dans celles où le défaut de sujets n'a pas encore permis d'effectuer le remplacement des curés. Rien n'est plus commun que de voir, dans des paroisses considérables , dix ou douze personnes seulement aller à la messe des prêtres assermentés. Les jours de dimanche et de fête, on voit des villages entiers déserter leurs foyers pour aller , à deux ou trois lieues, entendre la messe d'un prêtre insermenté. Ces déplacements habituels nous ont paru la cause la plus puissante de la fermentation, tantôt sourde, tantôt ouverte, qui existe dans la plus grande partie des paroisses desserries par des prêtres constitutionnels.
» On conçoit aisément qu'une multitude d'individus, qui
se croient obligés par leur conscience d'aller au loin chercher les secours spirituels qui leur conviennent, doivent voir avec aversion , lorsqu'ils rentrent chez eux , excédés de fatigues, les cinq ou six personnes qui trouvent à leur portée le prêtre de leur choix. La comparaison qu'ils font entre la facilité qu'ils avaient autrefois de trouver à côté d'eux des prêtres revêtus de leur confiance, et l'embarras, la fatigue et la perte de temps qu'occasionnent ces courses répétées , diminuent beaucoup leur attachement pour la constitution, à laquelle ils attribuent maladroitement tous les désagréments de leur position nouvelle. C'est à cette cause générale, plus active peutêtre en ce moment que la provocation secrète des prêtres insermentés , que nous croyons devoir attribuer surtout l'état de discorde intérieure où nous voyons la plus grande partie des paroisses desservies par des prêtres assermentés.
» Plusieurs pétitions, tendant à obtenir l'autorisation d'exercer un culte particuher , sous le titre de non-conformistes , ont été présentées au directoire , qui les a toujours appuyées d'un avis favorable, parce qu'il a toujours pensé que la liberté la plus entière dans l'exercice de tous les cultes était le seul moyen de désarmer le fanatisme. Mais le département , pensant sans doute que les pétitions cachaient un système plus général et plus secret que celui qu'elles présentaient naturellement, n'a pas cru devoir statuer sur une séparation rehgieuse qui renfermait à ses yeux tous les caractères d'une scission civile entre les citoyens. Malheureusement, malgré les craintes et la prévoyance du département, cette division religieuse s'est établie et elle a produit une séparation poUtique. Cette séparation se fortifie encore par la dénomination attribuée à chacun des partis. Le petit nombre de personnes qui assistent aux offices des prêtres constitutionnels s'appellent et sont appelées patriotes. Ceux qui ne reconnaissent que les prêtres insermentés, sont appelés aris" tocrates. Ainsi, pour les pauvres habitants des campagnes, l'amour ou la haine de la patrie consiste aujourd'hui , non point à obéir aux lois, à respecter les autorités légitimes, mais à aller ou à ne pas aller à la messe d'un prêtre assermenté. La séduction , l'ignorance et le préjugé ont jeté à cet égard
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de si profondes racines , que nous n'avons pu jusqu'ici leur faire entendre que la constitution politique de TEtat n'était point la constitution civile du clergé ; que la loi ne tyi^annisait pas les consciences ; que chacun était maître d'aller à la messe qui lui convenait davantage et vers le prêtre qui avait le plus sa confiance; qu'ils étaient tous égaux aux yeux de la loi, et qu'elle ne leur imposait à cet égard d'autres obligations que de vivre en paix et de supporter mutuellement la différence de leur opinion religieuse.
)> Plus des deux tiers des habitants manifestent une constance à toute épreuve dans leur affection religieuse et dans leur confiance illimitée aux prêtres insermentés auxquels ils étaient habitués. Les mesures rigoureuses jugées nécessaires par le département contre les prêtres supposés perturbateurs, leur paraissent une persécution plutôt qu'un châtiment infligé par la loi ; et ce mot de persécution, dans la bouche de leurs prêtres, anime, excite leur enthousiasme reUgieux au point qu'au moindre signal ils seraient peut-être tous prêts à sacrifier leurs biens et leur vie. Telle est, Messieurs, daus ce district, la disposition générale des esprits relativement au culte. Pour prévenir une guerre , la plus cruelle de toutes , une guerre rehgieuse , quelle prudence ne faut-il pas employer î La douceur, l'instruction, sont les armes de la vérité. Mais la religion n'est pas la seule arme dont se servent les ennemis de l'ordre et le seul adversaire que vous ayez à combattre.
)) Des hommes pervers ou ambitieux , se parant du faux nom de patriotes, se sont répandus et semblent se multiplier pour agiter et soulever le peuple contre les autorités constituées. C'est en les accusant faussement de ne pas servir la cause de la liberté, qu'ils cherchent à leur enlever l'estime et la confiance du peuple. Ainsi donc , pour assurer la tranquilUté de l'intérieur , vous avez , d'un côté , à éteindre le feu dévorant du fanatisme et de l'intolérance, et de l'autre, à poursuivre avec rigueur et faire tomber sous le glaive de la loi les factieux destructeurs de toute autorité. Dites aux prêtres de toutes les religions et de toutes les sectes, qu'aux yeux de la loi, ils ne sont que citoyens, et qu'elle ne distingue plus ni prêtre cathoUque, ni ministre protestant, ni
rabbia.... Rappelez aux prêtres assermentés que la tolérance est une des bases essentielles de la constitution; dites-leur à tous que vous allez poursuivre avec une égale vigilance les perturbateurs religieux, de quelque secte qu'ils puissent être. Annoncez aux sociétés populaires qui se forment dans notre district , qu'elles ne peuvent avoir dans TEtat aucune existence politique , sans quoi le précieux mot de ralliement : ami de la constitution, n'est plus qu'un cri d'agitation destiné à troubler l'exercice des autorités légitimes. »
Le procureur syndic rappelait ensuite les désordres commis par les volontaires du Bas-Rhin, séduits, disait-il, et dirigés par les factieux du pays; les attributs sanguinaires attachés aux arbres de la hberté à Maîche, Trévillers et Damprichard, et les outrages publics que le commissaire du district avait essuyés à cette occasion. Pour montrer jusqu'où pouvait aller l'audace des factieux , il donna lecture de la lettre suivante, adressée le 24 juillet au directoire par le capucin Morey, desservant de Provenchère:
« Messieurs du district , je ne sais pas pourquoi vous souffrez tant de prêtres réfractaires vraiment hérésiarques, dans votre district, et pourquoi vous n'empêchez pas leurs assemblées inconstitutionnelles. Les tolérez-vous? Ignorezvous les arrêtés du département ? Je vous demande l'exécution des lois, vous devez les savoir. Délivrez les campagnes de ces perturbateurs continuels du repos public. Envoyez la gendarmerie dissiper les attroupements qu'ils font sans cesse. Est-ce en agissant comme vous faites que vous croyez mériter l'estime du peuple? Non, mais c'est en remphssant votre tâche comme un Pétion et un Brissot. Je vous dénonce M. Maillot, ci-devant vicaire à Rosières, les deux abbés Roch, Roussey , vicaire en chef à Belleherbe. Si vous ne les envoyez pas à Besançon , qui est leur destinée , dans peu je ferai imprimer votre conduite et la mienne pour les envoyer à M.M. Brissot et Carra. S'il le faut, j'irai moi-même à Paris vous y dévoiler tout entiers, etc. »
M. Pourcelot conclut en proposant un arrêté portant a qu'aussitôt qu'un citoyen aurait cherché par des discours calomnieux et incendiaires, soit à exciter le trouble , soit à
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enlever aux corps constitués Tinfluence et l'autorité que la loi leur donnait, il serait appelé à comparaître devant le conseil pourrendre compte de sa conduite.» Le district, pressentant bien que sa mission était finie et que le lendemain ne lui appartenait plus , ne paraît pas même avoir pris la peine de délibérer sur la proposition de son procureur syndic.
X. Pendant que le département élaborait , d'après Tinjonction des jacobins , un nouvel arrêté contre les prêtres, les menaces de mort et de massacre général proférées ouvertement contre eux dans tous les clubs et réalisées quelques jours après par les hécatombes de Paris , de Lyon , de Reims, de Meaux, etc., jetaient l'effroi dans tous les cœurs. La moitié des ecclésiastiques internés à Besançon s'enfuirent de cette ville , pendant que leurs confrères se résignaient à y attendre la mort, et que d'autres même y accouraient pour échapper aux dangers qui les menaçaient ailleurs. Les arrestations se multipliaient de tous côtés. Le 29 juillet , les gardes nationaux de Montrond arrêtèrent .M. P.-Fr. Montrichard, ermite à Malans, et l'ayant trouvé porteur d'une lettre cachetée adressée au receveur municipal de Lizine , ils violèrent le cachet de cette lettre et y trouvèrent un mandement de révêque de Lausanne. M. Montrichard protesta en vain qu'il ignorait le contenu de cette lettre, il fut conduit sur-lechamp à la maison d'arrêt de Besançon Le département le renvoya par-devant le tribunal correctionnel, qui reconnut son innocence et le fit élargir.
Le 31 juillet, les gardes de la porte de Battant à Besançon, ayant remarqué un particulier vêtu d'habits gris qui hésitait à entrer en ville, l'arrêtèrent. Cet étranger, interrogé, déclara qu'il s'appelait J.-Ant. Demontrond, qu'il était prêtre et vicaire insermenté de Saint-Ylie dans le Jura , qu'il se rendait chez un de ses oncles, du côté de Baume, et de là chez ses parents , dans la montagne , et enfin qu'il avait oublié son passe-port. Conduit par les soldats du poste à la municipalité et interrogé s'il ne connaissait personne à Besançon qui pût répondre de lui, il répondit qu'il connaissait MM. Baille frères, négociants. M. J.-Fr. Baille, appelé à Thôtel de ville, déclara qu'à la vérité il connaissait cet ecclé-
siastique, qui avait été précepteur chez lui pendant deux ans et s'y était conduit honnêtement, mais qu'il ignorait la conduite qu'il avait tenue ensuite et ne jugeait pas à propos de répondre de sa personne. La municipalité fit en conséquence incarcérer M. Demoutrond. Le lendemain, M. Faivre fils, négociant , se présenta à Thôtel de ville , déclara qu'il connaissait M. Demoutrond et offrit de payer caution pour lui. Mais la municipalité ayant eu la barbarie d'élever jusqu'à trois mille livres le versement à opérer immédiatement, et M. Faivre n'étant pas en mesure de satisfaire à cette exigence, M. Demoutrond fut condamné à demeurer en prison.
Le i" août, des gardes nationaux deCourtetain amenèrent au conseil général du district de Baume M. Colard , curé de Saint-Juan, qu'ils avaient arrêté habillé en séculier et armé d'un sabre, et M. Daigney , vicaire en chef à Glamondans, trouvé en sa compagnie. Le conseil féUcita vivement les patriotes de Courtetain , enflamma encore leur zèle contre les prêtres, et envoya sur-le-champ M. Colard à Besançon sous bonne escorte. M. Daigney, contre lequel aucun grief particulier n'était articulé, paraît avoir été rendu à la liberté.
Le bruit s'étant répandu à Mouthier que tous les prêtres allaient être incarcérés, plusieurs des nombreux ecclésiastiques originaires de cette commune qui s'y étaient retirés, voulant éviter la prison, se revêtirent d'habits laïques et se dirigèrent du côté de la frontière par difiérents chemins. Deux d'entre eux, MM. P.-L. Gourmand, famiUer, et Nic.-F. Guignet, curé de Vésigneux, furent arrêtés le i*^ août, par une patrouille d'Arc-sous-Cicon, encompaghie d'un habitant de Mouthier qui les guidait. Les gardes nationaux ayant reconnu, d'après leurs passe-ports, qu'ils étaient prêtres, les fouillèrent rigoureusement sans trouver dans leurs poches autre chose que quelques écus de six livres, et les déclarèrent en état d'arrestation sous prétexte que le département avait écrit d'arrêter ces sortes de gens. L'officier municipal Théodore Brutillot ordonna, par un nouvel attentat à la loi, qu'ils seraient transférés dans les prisons de PontarUer.
Dans la nuit suivante, une patrouille commandée par C- Fr. Edme, capitaine de la garde nationale de Doubs, ren-
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contra, à minuit, sur le pont de cette commune, trois autres prêtres de Mouthier, MM. J.-Nic. Mermot, familier, Cl.-Ign.- Phil. Loys, bénédictin, et Cl.-Fr. Outhenin, ancien vice-président du district d'Ornans. Ils étaient accompagnés d'un frère de M. Mermot, d'un domestique nommé Jos. Mille, et d'un vigneron de Mouthier, M. P.-Sim. Truche, qui avaient voulu les escorter. Malgré les passe-ports dont ces ecclésiastiques étaient pourvus, la garde nationale de Doubs déclara qu'ils lui étaient suspects, les arrêta et les conduisit arbitrairement à la municipalité de Pontarlier. Là, ils furent interrogés et fouillés de la manière la plus brutale. M. Mermot portait vingt-un louis, M. Outhenin neuf louis et un exemplaire des Obsei^ations sur la lettre dite pastorale de M. Seguin. Le frère de M. Mermot était armé d'un sabre et d'un pistolet chargé. L'officier municipal Simon, après l'interrogatoire, fit conduire les trois prêtres à la maison d'arrêt.
A peu près au même moment, une patrouille des gardes nationaux de Boujeon rencontrait trois voyageurs et les requérait d'exhiber leurs passe-ports. Les étrangers ayant satisfait à cette formalité, la garde nationale ne les en arrêta pas moins, sous prétexte qu'ils paraissaient suspects, et les amena devant le juge de paix de Mouthe. Ils étaient vêtus tous les trois en laïques, mais munis chacun d'un bréviaire, et l'un d'eux portait en outre deux pistolets Le premier interrogé déclara qu'il s'appelait Ant.-Jos. Rainboz, qu'il était prêtre, originaire de Ghâteau-Chalon , et allait à Pontarlier porter à sa sœur une somme de cent livres avec une montre d'or. Le magistrat lui ayant demandé pourquoi il n'était pas vêtu en ecclésiastique, il répondit que rien, dans la constitution, ne lui avait paru l'y obliger. Le second déclara qu'il s'appelait J. -Cl. Ramboz, était prêtre et frère du premier, et allait avec lui à PontarUer. Interrogé aussi pourquoi il avait pris un déguisement, il répondit que dans les circonstances présentes, les ecclésiastiques étaient trop exposés à être insultés, et que d'ailleurs son déguisement ne cachait guère sa profession. Ces deux prêtres étaient les frères du juge de paix Ramboz, de Besançon. Le troisième répondit qu'il s'appelait Cl.-Fr. Dumont, était prêtre et originaire du même
pays que ses compagnons de voyage, et avait acheté ses pistolets en route pour rendre service à un homme qui disait avoir besoin d'argent. Le juge de paix, ne sachant trop quel parti prendre à l'égard de ces trois prêtres, les renvoya devant la municipalité de Mouthe, qui, sous le faux prétexte que leurs passe-ports n'étaient pas en règle, arrêta qu'ils seraient retenus en prison pendant un mois et conduits sous bonne escorte dans la maison d'arrêt de Pontarlier, sauf aux tribunaux à statuer sur leurs réclamations.
Une patrouille de Doubs rencontra encore, le 2 août, M. J. -Simon Savary, prêtre de Fraisans. Quoiqu'il eût un passe-port parfaitement en règle, les gardes nationaux déclarèrent qu'il était suspect de fuir pour éviter le tirage au sort, l'arrêtèrent, le conduisirent à la municipalité de Doubs, puis à celle de Pontariier, qui le fit fouiller et lui prit dixhuit livres en numéraire et quelques assignats trouvés dans ses poches. Des parents qu'il avait à Pontarlier se présentèrent en vain pour lui servir de caution ; il n'en fut pas moins maintenu en prison, et conduit le soir même au fort de Joux, pour plus de sûreté, ainsi que tous les prêtres arrêtés ce jour-là et la veille, dans les environs de Pontarlier, au nombre de quatorze. En effet, à ceux qui viennent d'être mentionnés il faut encore ajouter un religieux cordelier de Vuillecin, M. Jeannin; six prêtres du Jura, MM. J. -Denis Braillard, curé des Planches ; Joseph Maîtresse, d'Arbois ; P.- J. Vivot, des Poids-de-Fiole ; Alex.-Jos.-Léopold Maréchal, bénédictin, de Poligny; Ant. -Désiré Saunot, curé du Fied; Fr. Martinet, de Saint-Laurent-la-Roche, et un prêtre de la Haute-Saône, M. Lefebvre, vicaire à Vauvillers, dont les procès-verbaux d'arrestation ne se sont point conservés.
Le 4 août, un piquet de la garde nationale d'Ornans, commandé par l'officier Ant. Bassand, arrêta M. Vallet, de Reugney, vicaire insermenté à Trepot, qui traversait la ville. Ce prêtre était muni d'un passe-port en règle, mais on trouva aisément d'autres griefs contre lui. La garde nationale, « considérant : 1° qu'il était prêtre réfractaire; 2** qu'il n'avait point mis de cocarde ; 3** qu'il ne portait aucun hvret de la garde nationale; 4* que le tirage avait heu ce jour -là;
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5"* qu'il allait du côté de Trepot, sans doute pour semer la discorde et empêcher le tirage, » décida qu'il serait écroué dans la maison d'arrêt. Le lendemain il fut conduit à Besançon entre deux gendarmes et livré au département. Le conseil général ayant décidé qu'il serait entendu, M. Vallet prouva péremptoirement que, bien loin de s'opposer àl'exécution de la loi sur le recrutement, il ne faisait que s'y conformer lorsqu'on l'avait arrêté. N'étant pas inscrit sur les cadres de sa commune natale, il avait pris un passe-port pour se rendre à Trepot, dans le cas où il se serait encore trouvé compris parmi les citoyens actifs de son ancienne paroisse. Il présenta au département un certificat très favorable de l'intrus de Trepot, M. Oudot-Guerrissot, qui, le 5 janvier précédent, lui permettait de dire la messe même paroissiale, pour le bien et la tranquillité. Mais, malgré son caractère évidemment pacifique et les justes motifs de son voyage, le conseil général, considérant qu'il avait contrevenu à un arrêté inquisi tonal et abusif du directoire (du 16 juillet) en ne portant point de cocarde ou autre signe aux couleurs nationales, décida qu'il serait tenu de demeurer à Besançon pendant huit jours et de payer les frais de son escorte. M. Vallet déclara qu'il établissait son domicile chez M. Archeret.
M. Vuillier, d'Orchamps, malgré tout l'emportement de sa haine, montra plus de respect pour la Uberté et la loi. Il écrivait le 6 août au district d'Ornans : « Un prêtre nommé Marion, domicilié à Chevigney, ci-devant aumônier de l'hôpital de Bellevaux, m'a été amené par deux grenadiers. Il était muni d'un excellent passe-port pris à Besançon et allait à Charquemont, heu de son origine. Je l'ai laissé aller, je ne pouvais faire autrement, mais nos grenadiers ont trouvé qu'un prêtre réfractaire n'avait pas besoin de pistolets, ils s'en sont emparés, me les ont présentés, et j'ai été de leur avis. J'ai retenu les pistolets pour les rendre à son retour. Comme ils me seraient plus utiles qu'à lui, y aurait-il un gros péché, serais-je damné sije ne les rendais pas?» M.Vuilher appartenait à cette classe de libres penseurs qui aimaient a rire, et qu'on vit quelques mois plus tard aiguiser à la fois des épigrammes et le couperet du bourreau.
RÉCLUSION DES PRfrTRBS. FIN DB LA MONARCHIE. 857
A Besançon 9 Taudace des jacobins ne trouvait pins de l>omes. Leur club retentissait des Tociférations de M. Briot contre Louis XYI^ et on y signait une adresse inconstitn* lifonnelle du violent orateur pour demander à TAssemblée législative la déchéance du roi. Un des principaux griefs ap* tkulés contre le malheureux prince était cehri d'avoir favorisé les prêtres insermentés, a Deux fois , disaient les péti^ tionnaires, il s'est opposé à l'exécution des mesures que vous avez jugé de prendre contre eux. 11 a défendu, appelé dans sa maison , rallié à son nom et pour sa défense, les prêtres, les ci-devant nobles et les conspirateurs ; et s'il est vrai de dire que tous ces homn^s sont les ennemis de la nation, <|ue leurs forces sont dirigées contre elle, s'il est constant que les ennemis intérieurs sont les plus dangereux , qui doutera que le roi ait été le chef d'une force armée contre la nation? n
XL Les jacobins pouvaient compter sur l'activité de M. Blondeau pour ne pas laisser languir leur demande d'emprî* sonnement général contre les prêtres. Il n'y avait pas en^ core deux jours que leur pétition avait été présentée , que déjà M. Blondeau Usait au consul général le rapport et le projet d'arrêté qui suivent :
« Messieurs , jusqu'ici vous vous êtes occupés des moyens de sûreté à l'extérieur , mais vous auriez trop peu fait pour le salut delà patrie, pour la sûreté et la tranquillité de notre département, si vous n'avisiez pas aux moyens de coup«r les fils de la conjuration qui existe dans l'intérieur , de déjoua les complots de ces scélérats qui nourrissent dans leurs ■âmes l'espoir criminel de voir la France livrée aux horreurs d'une guerre intestine. Le zèle des bons citoyens de cette ville a appelé votre attention sur cet important objet. Chargé de vous faire le rapport d'une pétition qui vous a été adressée sur les mesures à prendre contre les prêtres réfractaires, je me renfermerai pour le moment dans les bornes de cette discussion. Pour vous pénétrer mieux des motifs qui les ont déterminés à demander la réclusion des prêtres, il me parait qu'il faut vous faàre lecture de la pétition : l'analyse que je vous en présenterais ne pourrait qu'affaiblir l'énergie des sentiments qui y sont exprimés. »