LBTTRB DE M. LE COMTE DE MONTALEMBERT. YII
-sommes encore loin d*être complètement délivrés. Elle s'est précipitée dans cet abîme de maux avec une ignorance^ une étourderie et un aveuglement incompréhensibles ; et jusqu'à- son dernier jour elle a persévéré dans cette faute capitale avec une obstination inexcusaï>le. Vous avez démontré sans réplique que^ en Franche-Comté comme dans tout le reste de la France^ les populations avaient accepté, souvent avec enthousiasme et partout
- sans résistance, toutes les réformes politiques et sociales.' Personne ne s'était soulevé pour défendre la royauté absolue ni les privilèges de la noblesse et du clergé. Personne même n'avait protesté en leur fayeur, et le clergé moins que personne. Parmi tant de vertus civiles, ce clergé (et spécialement le clergé franccomtois) n'en avait déployé aucune avec plus d'intensité que le patriotisme, ou ce que nous appellerions aujourd'hui le libéralisme. Nos bons curés avaient applaudi avec un enthousiasme quelque peu exagéré aux premiers actes de l'Assemblée. Ils avaient salué avec bonheur tout ce qui s'accomplissait ou se préparait pour le soulagement des classes laborieuses et indigentes. Ils avaient béni les drapeaux de la garde nationale, publié en chaire tous les décrets des nouvelles autorités, glorifié avec autant de persévérance que d'unanimité les nouvelles destinées de là France. Ils aimaient, comme vous l'avez si bien établi, ils aimaient la Révolution; ils l'avaient accueillie comme une victoire, nonseulement pour le peuple, auquel ils tenaient par tous les liens du sang, mais même pour leur saint ministère, trop souvent compromis ou humilié par les vieux abus qui étaient la plaie de l'Eglise (I). Bien plus, lorsque l'Assemblée commit l'insigne folie d'inscrire en tête de nos lois nouvelles l'utilité de la confiscation et la légalité de la spoliation^ en déclarant que les biens de l'Eglise étaient à la disposition de la nation, le clergé garda presque partout le silence le plus généreux sur l'iniquité dont il était victime. Vous avez constaté que, parmi tant de documents authentiques et de discussions quotidiennes, on ne rencontre que trois vestiges d'opposition de la part du dergé du Doubs à la vente de ses biens. Il aurait donné, comme le disait encore en Janvier 1791, le vicaire de la Cluse, « jusqu'à la dernière goutte de son sang pour soutenir une constitution purement civile, en exceptant seulement les objets qui dépendaient essentiellement de l'autorité spirituelle. » Plus tard, lorsque la lutte éclata, ce ne fut pour aucun privilège, pour aucune immunité, pour aucune
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institutioii snraimée ou superflue, C[u41 prêcha et pratiqua I» résistànoe à TEtat. Ce ne fut pas même, répétons-le sans cesse^ pour le principe si légitime et si essentiel de la propriété ecclésiastique. Ce fiii uniquement et exclusiyement pour défendre les bases fondamentales de 1* autorité sfârituelle et de la hiérarchie catholique.
Les fidèles suivaient dooilement T exemple de leurs pasteurs. Comme vous Tavez démontré, pendant tout le cours de la Révolution, les prêtres et les catholiques du Doubs n'ont jamais cessé^ de dédarer qu'ils étaient prêts à accepter les constitutions répu-^ blicaines les plus radicales, pourvu que leur liberté religieuse y fût respectée. Les bons habitants de nos contrées, tout à fait étrangers aux regrets et aux illusions des classes privilégiées , n'avaient d'inquiétudes que pour la question religieuse. De n'étaient pas restés moins fidèles à leurs sentiments libéraux et démocratiques qu'à leurs convictions catholiques; ils étaieojt siïicèrement attachés à la nouvelle constitution, au nom de laquelle on les persécutait, et ce fut uniquement à raison de leur fidélité à l'Eglise que les autorités révolutionnaires commen* cèrent contre eux ce système d'oppression qui, à la même époque, faisait déjà naître les soulèvements bien plus religieux que royalistes de la Bretagne et de la Vendée (1). « Dans les villages de nos montagnes, a dit Charles Nodier, tout le monde devenait aristocrate, parce que les agents insensés de la démo* eratie avaient révolté contre leurs principes la classe du peuple la plus intéressée à les adopter, en violentant la conscience religieuse et en persécutant la pensée. »
Au moment fatal et suprême où le clergé fut réduit à choisir entre la pauvreté, l'expulsion de ses églises, l'abandon de ses ouailles et tm serment tyrannique qui impliquait, de l'aveu formel de ceux qui l'imposaient, la destruction de l'autorité uni» versellement reconnue dans le monde catholique, il ne se laissa aller à aucun refus général et absolu. Même alors, il offirit unar> nimement de professer une fois de plus son obéissance, son dévouement aux principes de 1789, pourvu seulement qu'on daignât écouter les formules si modestement restrictives qai eussent mis à l'aise sa conscience. Mais tout fut inutile; et ce fut l'Assemblée constituante qui le rejeta entre les bras de l'émigration et de l'ancien régime ; ce fut elle qui donna l'énorme ' appui de la population religieuse à une opposition politique-
(i) Voir surtout les pages u, 640, 696.