‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 10 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

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lui échapper dans une vie toujours parfaitement pure , au témoignage de tous ceux qui l'avaient connu. Pendant environ une heure, il resta dans cette position, ne s'exprimant plus que par des soupirs et des sanglots.

Vers deux heures, il fit appeler le dépositaire des secrets de sa conscience, se confessa à lui, le consola, apprit de lui avecjoieque son exécution aurait lieu dans la journée même, et pria cet ecclésiastique de disposer charitablement du peu d'argent et d'effets qu'il avait laissés chez quelques amis. Toutes ses affaires étant réglées, il dit que, puisqu'il était au moment de mourir, il convenait de réciter les prières des agonisants, et il demanda à son confesseur de vouloir bien les réciter avec lui. A peine avaient-ils commencé^ qu'on entendit à la porte de la chambre une personne qui pleurait et jetait de hauts cris. C'était la servante du concierge qui venait avertir que l'exécution se ferait à trois heures, et que l'exécuteur n'avait pas eu le courage d'entrer pour annoncer cette triste nouvelle. « J'avais bien raison, dit le condamné^ de dire que nous n'avions point de temps à perdre. Allons, ne vous affligez point. Félicitez-moi plutôt de ce que l'on hâte mon bonheur, et continuons nos prières. » Elles ne purent s'achever qu'au milieu des sanglots de ses confrères. Lui seul priait avec un calme et une sérénité admirables. Tout étant achevé, un de ses confrères le pria de lui permettre de couper ses cheveux. « Non, non, répondit-il avec fermeté, ce n'est pas d'un pécheur comme moi qu'il faut songer à conserver quelque chose. » Mais comme ou lui fit observer que cette opération était inévitable, il finit par s'y soumettre. Il resta encore environ une demi-heure avec son confesseur, faisant conjointement avec lui des actes de résignation, de contrition, de foi, de confiance et d'amour. 11 le chargea de remercier ses bienfaiteurs et en particulier le missionnaire qui lui avait fait parvenir un billet dans sa prison pour le déterminer à se rétracter. Enfin on vint l'avertir que les exécuteurs l'attendaient. 11 se leva aussitôt, en disant d'un ton gai : «Je ne sais si on me fera bien du mal. o U embrassa son confesseur et sortit en continuant à prier.

Il s'en fallait bien que le bourreau fftt aussi décidé à faire

tomber la tête du religieux, que celui-ci à la livrer. Redoutant d'être obligé de verser ce sang innocent, il avait résolu de prendre la fuite aussitôt qu'il sut le P. Cornibert condamné; mais comme on avait soupçonné son dessein, on eut soin de le garder à vue, de sort^qu'H ne put s'échapper. Alors il offrit douze louis pour faire venir à ses frais l'exécuteur de Besançon ; mais l'ex^"^'^^ ayant été fixée à trois heures, on refusa'de 1» renvoyer an lendemain. Il fut donc obligé d'aller lui-iv^me en prison chercher la victime qui l'attendait. On jk>;ait sur son visage pâle et livide avec quelle horreur il remplissait cette cruelle commission. La place où le meurtre devait s'accomplir était, selon la coutume, couverte de monde. C'était le premier spectacle de ce genre que le tribunal criminel offrait au peuple de cette ville. Mais à peine la foule eut-elle vu le saint religieux gravir, avec un air tout céleste, les degrés de Téchafaud réservé aux derniers scélérats, qu'il lui sembla que sa présence seule serait une sorte de participation à un crime, et la plupart des assistants se retirèrent à l'instant, en poussant des cris de douleur. La tète du condaimé tomba enfin. Mais l'exécuteur, au lieu de la prendre, sebn l'usage, pour la montrer au peuple, s'enfuit au plus vie chez lui, plus mort que vif; il se mit au lit et fut mairie très longtemps, par suite des horribles émotions qu'il ^ait éprouvées. Pendant qu'il désertait l'échafaud, le théâre du supplice était envahi par une multitude avide de recueillir le sang du martyr. Toutes ces scènes se passèrent le 15 janvier 4796.

M. Ch.-Fréd.-Eléonore Boudot, jeune prêtre de Baume, qui évangéhsait en ce moment les environs de Vesoul, sous le nom de P. Petitbois ou Grandpierre, se rendit dans cette ville afin de se trouver sur le passage du condamné, au moment de son supplice,' et de lui donner une dernière absolution. Dans la nuit suivante, il alla résolument au cimetière sous la conduite de jeunes gens qu'il avait envoyés à l'avance reconnaître la fosse nouvellement comblée, et avec deux pieuses filles. M*'*' Jeanne Juif et Thérèse Rebillot, ils entreprirent d'exhumer la précieuse dépouille du martyr. Mais ils manquaient d'outils^ et après avoir travaillé jusqu'à une heure

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après minuit, ils n'iïvaieut encore pu découvrir que la pai'tie inférieure du corps. Se trouvant à bout de forces, M. Boudot détacha les jambes et les emportaà Yaivre, où trois religieuses et M. P.-F. Théret, qui exerçait secrètement le ministère sous le nom de Goloni, l'aidèrent à los embaumer. Une demiheure après que M. Boudot avait quitté le cimetière de Vesoul avec ses pieux complices, une pairouine de neuf soldats y arrivait à son tour, pour prévenir Tenlèv^ifxiPût qu'on avait soupçonné^ et ne trouvait plus personne.

Pendant qu'une partie considérable du clergé pro6u.ii; était rentrée en France, au péril de ses jours, l'autre continuait en exil sa vie de privations et de souffrances. La lettre suivante, adressée de Breslau, le 3 décembre 4795, à M. de Chaffoy par M. Hugues, deReugney, vicaire général de Bordeaux, nous initie à la situation de l'œuvre de la quête générale entreprise dans le nord de l'Europe, par des prêtres franc-comtois, en faveur de tout le clergé français exilé :

<( Je m'éloigne de vous de pins en plus, et si mes travaux apostoliques se prolongent, j'arriverai dans quelques années d'ici en Sibérie. Me voilà jeté dans une nouvelle carrière par la permission que le roi de Prusse a accordée aux trois collecteurs russes de faire la quête en Silésie, et par la suistitution qui a été faite de ma personne à celle de l'abbé Cire, demeuré à Berlin, où il s'occupera, sans publicité, des lesoins de nos frères communs, et à M. l'abbé Vuillaume, (pe l'insuffisance alléguée de ses connaissances allemandes a (éterniiné à renoncer à l'apostolat de la mendicité, pour alk chercher un asile à Posen ou à Varsovie, dans une maison de sa congrégation. Nous nous proposons de passer à Bres* lau la mauvaise saison, et de nous y acquitter tout douoement et à notre aise, de notre commission. Le ministre du roi de Prusse en Silésie, M. d'Hoym, que nous avons vu deux fois, parait s'Intéresser à la bonne œuvre. Nous l'avons trouvé déjà prévenu par Sa Majesté et par ses ministres de Berlin. M. te prince de Hohenlohe, évêque de Breslau, frappé, comme nous, par la révolution française , devait natarellement nous accorder sa protection , dont nous assurait déjà son caractère obligeant. Tandis que nous cherchons à pro-

curer dés secours temporels à nos frères, vous pourvoyez le diocèse de Besançon de ministres courageux qui y vont administrer les secours spirituels. Je désirerais bien savoir si le coup éclatant par lequel la Convention a signalé ses derniers moments, a eu des suites fâcheuses pour nos missionnaires et pour les curés rentrés. On aura réduit nos respectables collègues à une alternative également fatale à la religion, soit qu'ils se prêtent à la formalité tyrannique de la déclaration de soumission aux lois, soit qu'ils s'y refusent. Je vous prie d'assurer de mon respect M. le doyen de Cressier et M. Bailly, qui sans doute se félicite aujourd'hui de ne s'être pas rendu aux vœux de ses amis, en retournant en France. L'abbé Prost, mon confrère, vous offre son respectueux hommage. »

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