‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 13 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

les plaines germaniques ; je sens que ma détresse me permettra à peine d'arriver à Patente. »

11 est à croire que Briot alla plus loin, car il publia, le 21 août, une brochure datée d'Offembourg et intitulée : Réclamation adressée au Directoire par P,'J. Briot^ professeur de belles-lettres y contre son arrêté du 2 messidor. L'auteur déclarait que cet arrêté, signé par Carnot, portait sur des faits^ inexacts, était attentatoire à la constitution et aux lois, oppressif, vexatoire, etc. Il rappelait qu'étant parti pour la frontière, en 1792, au moment où la patrie avait été déclarée en danger, une maladie très grave l'avait ramené à Besançon au bout de deux mois ; qu'à l'époque de la réquisitioà du 23 août 1793, étant professeur et exempt du service, l'envie d'être utile pendant les vacances et la fériation des écoles, l'avait porté à remplir momentanément les fonctions d'aide de camp, et qu'afin de pouvoir y être appelé légalement, il avait été nommé adjudant- major du 13*" bataillon du Doubs par le général ; qu'il avait été aide de camp pendant cinq mois, sans donner sa démission de professeur; qu'il aurait pu, à ce dernier titre, toucher une partie de son traitement, mais qu'il s'en était abstenu par délicatesse, « attendu que dans sa place il n'y avait plus rien à faire. » Après s'être plaint mélancoliquement des persécutions et des rigueurs dont il était l'objet, il s'écriait : a Eh quoi I citoyens directeurs 1 il n'y a qu'un moment j'avais votre confiance, je servais le gouvernement avec zèle, avec assiduité, et avec quelques moyens ; j'avais obtenu des témoignages honorables de la confiance des ministres Merlia et Cochon!.... »

Briot ne se borna pas à plaider sa cause lui-même, il la fit encore plaider par les larmes de son épouse, l'un des meilleurs sujets de sa troupe dramatique. Les collègues de Briot à la municipalité tentèrent aussi d'apitoyer le Directoire sur le sort du jeune tribun; par la délibération suivante, du 7 décembre: « Considérant que la citoyenne Briot est dans la position la plus affligeante et la plus malheureuse depuis le départ de son mari ; que sa misère ne fait que s'accroître par l'impossibilité où elle est de veiller elle-même à son impri-

merie; que d'un autre côté^ Tinstruction publique souffre de Tabseuce de son mari, qui ne peut exercer les fonctions de professeur de belles-lettres à l'école centrale du département, où ses talents connus Tavaient appelé ; l'administration apostille favorablement la pétition adressée par sa femme au Directoire, pour son retour. »

L'administration départementale , également composée d'amis de Briot, et connaissant toute son antipathie pour le service militaire, s'efforça de l'en arracher en faisant valoir encore une fois sa nomination à l'une des chaires de l'école centrale. Mais le ministre de l'intérieur répondit à leur lettre du 16 décembre, que Briot, étant dans les liens de la réquisition militaire, n'avait pu être nommé professeur à l'école centrale que conditionnellement et sauf l'approbation du Directoire, et qu'en conséquence sa place était vacante. En dépit de cette réponse désespérante, Bnot manda au département, le 5 février i797, qu'il ne se départirait pas de ses droits à la place de professeur de belles-lettres, et qu'il adressait au ministre des réclamations motivées contre sa décision. Le bouillant agitateur n'aimait décidément qu'à faire la guerre à ses paisibles concitoyens.

Le retour aux sentiments de justice et de modération faisant chaque jour des progrès au sein même des régions gouvernementales, un autre démagogue. Bourgeon, commissaire du Directoire près Tadministralion de la ville de Besançon, ne tarda pas à partager la disgrâce de son émule en terrorisme. Le 25 novembre 1796, le ministre de la police écrivit à Quirot, commissaire central, de lui indiquer a un républicain modéré, capable de remplir les fonctions de commissaire du Directoire à Besançon. » Quirot n'eut rien de plus pressé que de donner connaissance de cette lettre à ses amis de la municipalité. Ceux-ci prirent aussitôt une délibération pour déclarer que a la destitution dont Bourgeon était menacé était le résultat des intrigues des ennemis du gouvernement, qui, redoutant son activité et son dévouement, étaient parvenus à tromper le Directoire sur son compte ; qu'en conséquence, il serait écrit sur-le-champ au Directoire et à la députation du Doubs pour réclamer le maintien de

Ui CftAl>lTBB LXXIt.

Bourgeon dans ses fonctions. » Les démarches des jacobins de Besançon furent couronnées de succès. Les députés du Donbs tn'andèrent à Bourgeon, le 25 décembre, « que les ennemis de la chose publique, avaient échoué et qu'il était maintenu daûs ses fonctions. » La municipalité entière s'empressa de remercier les députés du Doubs d'avoir contribué à cet heureux résultat.

La |)ression terroriste qui avait donné à la ville de Besançon une municipalité jacobine, le 6 novembre 1795, persista pendant plusieurs mois; car dans les nouvelles élections auxquelles on procéda, le 17 avril suivant, pour les divers commandements de la garde nationale, Florentin Outilleul fut élu chef de légion, et Jos. Droz, chef de bataillon. Ce Dutilleul, né à Bar-sur-Ornain, avait eu une existence ttès aventureuse. Après avoir servi dans la guerre de l'indépendance, aux Etats-Unis , il était fixé depuis treize ans à Besançon. 11 avait été l'un des orateurs les plus loquaces des clubs et du temple de la Baison.

Mais le parti réactionnaire ne tarda pas à reprendre la lutte avec courage. Le H juin, la municipalité se plaignit (( qu'un afiVeux libelle de sept à huit pages venait de paraître à Dole, contre les autorités patriotes du Doubs. » L'agitation des esprits gagna bientôt la rue. Des rassemblements ayant eu heu pendant la nuit, au chant du Réveil du peuple, la municipalité, par un arrêté du 2 août, prohiba ces rassemblements, ainsi que le chant du Réveil, « qui , disait-elle, était, dans la bouche des anarchistes, un cri de mort contre lès républicains. » Cependant, la nuit suivante, les rassemblements recommencèrent, et la garde municipale les chargea. Un réactio'unaire s'étant élancé contre un sergent, peutêtre trop zélé, fut arrêté et conduit au corps de garde. Mais il fut relâché aussitôt qu'on reconnut en lui l'un des chefs de la magistrature, l'accusateur public Guillemet. Le 13 novembre , de nouveaux troubles éclatèrent au théâtre. Le chant de la Marseillaise y fut accueilli par des huées. MM. Cornet, Ordinaire aîné, ex-aide de camp du comte de Narbonne, et les deux fils Muguet, étaient accusés d'être à la tète du mouvement. Ces deux derniers furent arrêtés. Le

COMPLOT BOYAUSTB. ADMIIflSTlUTIOlf TBBEORISTB* 245

spectacle fut clos à la fin de la première pièce, sur le refus, par les musiciens, de jouer des airs patriotiques.

Le A décembre, la municipalité signalait un couplet contrerévolutionnaire dont retentissaient les rues de la ville, et que la madignité locale avait enrichi du nom d'un de ses membres. Ce couplet était dirigé contre l'assemblée des Gmq-Ceats, qui siégeait au palais des Tuileries.

Dans Itt jardin des Tuileries, Est un chantier très apparent.

Où cinq cents bûches bien <À9isie8 Sont à livrer dans ce moment.

Le Tendeur dit à qui T aborde :

Cinq cents bûches pour un bon louis.

Mais bien eutendn, mes amis, On ne les livre qu*à la corde, Et Bourgeon aussi.

Le 20 mars 1797, la municipalité fit une adresse aux habitants, au sujet de la distribution d'un écrit intitulé : La Visite de Barbisier à Jaequemard^ « satire atroce du gouver- ▼emement, disait-elle , et calomnieuse pour les horlogers suisses naturalisés. »

C'était dans le sein de la députation du Doubs que cette administration cherchait habituellement les consolations qui lui devenaient de plus en plus nécessaires. Elle était en correspondance très suivie avec ces conventionnels impénitents. Le 21 juin, elle écrivait avec une recrudescence de tendresse au député Michaud : « Les citoyens Bourgeon et Briot nous ont transmis de vos chères nouvelles.... Jamais nous n'oublierons le zèle brûlant et l'ardeur infatigable avec lesquels vous n^avez cessé de défendre les patriotes de Besançon et la cause commune. »

ÉPREUYES DES PRÊTRES ET DES FIDÈLES SOUS L'ADMINTSTRiLTIOIT TERRORISTE IMPOSÉE PAR LE DIRECTOIRE.

FÉTRIEB 1*795 — AVRIL 1797.

I. Dès que la municipalité jacobine de Besançon s'était sentie débarrassée du contrôle de l'administration départementale modérée , elle avait repris avec une nouvelle ardeur la guerre contre la religion. L'un de ses premiers soins fut défaire réintégrer, par le nouveau département, les sansculottes qu'elle avait nommés administrateurs des hospices, et qui avaient été rejetés comme indignes par l'autorité centrale. L'état de ces établissements continuait à être déplorable. Le ii octobre i796, les administrateurs de l'hôpital Saint-Jacques, devenu Y Hospice de Chamars depuis la chute de la Montagne, dépeignirent sous les couleurs les plus vives la détresse de cette maison et déclarèrent qu'elle était à la veille de sa ruine, parce qu'il ne lui était rien payé de ce qui lui était dû par la nation.

Mais ce fut surtout contre les prêtres que la municipalité fit. briller son zèle trop longtemps comprimé. Le 4 février, Bourgeon donna lecture d'une instruction du Directoire qu'il venait de trouver dans le Bulletin des lois^ et qui recommandait aux autorités la répression la plus active des prêtres réfractaires. « 11 rappela les mesures qui avaient été déjà prises par la municipalité, et qui avaient été rendues inutiles par l'indulgence des admininistrateurs destitués, [l demanda qu'il fût écrit aux nouveaux membres du département pour les inviter à revoir les arrêtés pris par leurs prédécesseurs, et à rapporter ceux qui n'auraient eu pour base qu'une complaisance trop facile. » Sa proposition fut adoptée avec

ÉPRBIITB8 DBS PRETRES ET DES FIDÈLES. 247

empressement, et dans la lettre écrite en conséquence^ le lendemain, la municipalité disait : ((La maison qui nous avait •été indiquée pour y renfermer les prêtres que leurs infirmités ou leur grand âge dispensaient de la déportation, avait bientôt été évacuée par l'autorité même qui nous l'avait dé- :signéepour les y reclure. Déjà nous avons été obligés de sévir contre plusieurs de ces hommes remis dans la société, où ils ne cesseront d'agiter.... »

Dès le 2 février, la chasse aux prêtres avait recommencé dans les mursde Besançon. Ce jour-là, Ecureux, commissaire de police, informé qu'il se formait un rassemblement dans la maison Pourcheresse, rue de l'Egalité, se posta dans cette rue, vers sept heures du matin , avec plusieurs agents, et il vit en effet diverses personnes entrer dans la maison suspectée, u Pour nous assurer du motif de ce rassemblement, dit Ecureux, nous sommes entrés, et, parvenus à une man- ^rde occupée par le citoyen Maillot, cordonnier, nous avons aperçu dans une chambre contiguê un citoyen revêtu d'un surplis et d'une étole , que nous avons reconnu pour être le citoyen Cl.-L. Deleschaux. Nous avons aussi remarqué dans la même chambre un autel garni de cierges et de reliquaires et sur lequel étaient un calice couvert et un missel. Plusieurs personnes étaient à genoux et d'autres debout, entre autres les citoyens Maillot, cordonnier, Estreyer, négociant, Just Arthaud, marchand de tabac, Barbaud, vigneron, sa femme et plusieurs citoyennes, au nombre de six, dont quatre nous ont remis leurs cartes de sûreté. Gela fait, nous nous sommes saisis du calice, de la patène en étain, ainsi que du surtout, et avons enjoint à Deleschaux de nous suivre à la maison commune. Y étant, nous l'avons requis de nous reproduire ses papiers, passe-port et carte de sûreté, et nous ayant exhibé son portefeuille, nous en avons extrait et coté les pièces •ci jointes. Sur les ordres du commissaire du Directoire,, à ^ui il en a été référé, il a été instamment conduit à la maison d'arrêt. »

M. Cl.-L. Deleschaux, de Besançon, ex-curé eoostitu- JLionnel de Villers-sous-Montrond, était , comme on Ta vu \l0me Vil), un des prêtres courageux qy s'élaleat rétractée

ÉPREUYES DES PRÊTRES ET DES FIDÈLES SOUS l'aDMINTSTRâ^TIOIT TERRORISTE IMPOSÉE PAR LE DIRECTOIRE.

FÉTRIEB 1*795 — AVRIL 1797.

I. Dès que la municipalité jacobine de Besançon s'était sentie débarrassée du contrôle de l'administration départementale modérée , elle avait repris avec une nouvelle ardeur la guerre contre la religion. L'un de ses premiers soins fut défaire réintégrer, par le nouveau département, les sansculottes qu'elle avait nommés administrateurs des hospices, et qui avaient été rejetés comme indignes par l'autorité centrale. L'état de ces établissements continuait à être déplorable. Le 4i octobre i796, les administrateurs de l'hôpital Saint-Jacques, devenu Y Hospice de Chamars depuis la chute de la Montagne, dépeignirent sous les couleurs les plus vives la détresse de cette maison et déclarèrent qu'elle était à la veille de sa ruine, parce qu'il ne lui était rien payé de ce qui lui était dû par la nation.

Mais ce fut surtout contre les prêtres que la municipahtéfit. briller son zèle trop longtemps comprimé. Le 4 février , Bourgeon donna lecture d'une instruction du Directoire qu'il venait de trouver dans le Bulletin des lois^ et qui recommandait aux autorités la répression la plus active des prêtres réfractaires. « Il rappela les mesures qui avaient été déjà prises par la municipalité, et qui avaient été rendues inutiles par l'indulgence des admininistrateurs destitués, [l demanda qu'il fût écrit aux nouveaux membres du département pour les inviter à revoir les arrêtés pris par leurs prédécesseurs, et à rapporter ceux qui n'auraient eu pour base qu'une complaisance trop facile. » Sa proposition fut adoptée avec

empressement, et dans la lettre écrite en conséquence, le lendemain, la municipalité disait : «La maison qui nous avait *été indiquée pour y renfermer les prêtres que leurs infirmités ou leur grand âge dispensaient de la déportation, avait bientôt été évacuée par l'autorité même qui nous l'avait dé- :signéepour les y reclure. Déjà nous avons été obligés de sévir contre plusieurs de ces hommes remis dans la société, •où ils ne cesseront d'agiter.... »

Dès le 2 février, la chasse aux prêtres avait recommencé dans les murs de Besançon. Ce jour-là, Ecureux, commissaire 4e police, informé qu'il se formait un rassemblement dans la maison Pourcheresse, rue de l'Egalité, se posta dans cette rae, vers sept heures du matin , avec plusieurs agents, et il vit en effet diverses personnes entrer dans la maison suspectée. « Pour nous assurer du motif de ce rassemblement, dit Ecureux, nous sommes entrés, et, parvenus à une mansarde occupée par le citoyen Maillot, cordonnier, nous avons aperçu dans une chambre contiguë un citoyen revêtu d'un surplis et d'une étole , que nous avons reconnu pour être le citoyen Gl.-L. Deleschaux. Nous avons aussi remarqué dans la même chambre un autel garni de cierges et de reliquaires et sur lequel étaient un calice couvert et un missel. Plusieurs personnes étaient à genoux et d'autres debout, entre autres les citoyens Maillot, cordonnier , Estreyer , négociant, Just Arthaud, marchand de tabac, Barbaud, vigneron, sa femme et plusieurs citoyennes, au nombre de six, dont quatre nous ont remis leurs cartes de sûreté. Gela fait, nous nous sommes saisis du calice, de la patène en étain, ainsi que du surtout, et avons enjoint à Deleschaux de nous suivre à la maison commune. Y étant, nous l'avons requis de nous reproduire ses papiers, passe-port et carte de sûreté, et nous ayant exhibéson portefeuille, nous en avons extrait et coté les pièces •ci jointes. Sur les ordres du commissaire du Directoire,, à «qui il en a été référé, il a été instamment conduit à la maison d'arrêt. »

M. Cl.-L. Deleschaux , de Besançon , ex-curé eoiistitujLionnel de Villers-sous-Montrond, était , comme on Ta vu \lome Vil), un des prêtres courageux qyà s'élsieat rétractée

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FÉVRIBB 1*795 — AVRIL 1797.

I. Dès que la municipalité jacobine de Besançon s'était sentie débarrassée du contrôle de l'administration départementale modérée , elle avait repris avec une nouvelle ardeur la guerre contre la religion. L'un de ses premiers soins fut défaire réintégrer, par le nouveau département, les sansculottes qu'elle avait nommés administrateurs des hospices, et qui avaient été rejetés comme indignes par l'autorité centrale. L'état de ces établissements continuait à être déplorable. Le 44 octobre 4796, les administrateurs de l'hôpital Saint-Jacques, devenu Y Hospice de Chamars depuis la chute de la Montagne, dépeignirent sous les couleurs les plus vives la détresse de cette maison et déclarèrent qu'elle était à la veille de sa ruine, parce qu'il ne lui était rien payé de ce qui lui était dû par la nation.

Mais ce fut surtout contre les prêtres que la municipaUté fit. briller son zèle trop longtemps comprimé. Le 4 février, Bourgeon donna lecture d'une instruction du Directoire qu'il venait de trouver dans le Bulletin des lois, et qui recommandait aux autorités la répression la plus active des prêtres réfractaires. « H rappela les mesures qui avaient été déjà prises par la municipalité, et qui avaient été rendues inutiles par i'îndulgence des admininistrateurs destitués, [l demanda qu'il fût écrit aux nouveaux membres du département pour les inviter à revoir les arrêtés pris par leurs prédécesseurs, et à rapporter ceux qui n'auraient eu pour base qu'une complaisance trop facile. » Sa proposition fut adoptée avec

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empressement, et dans la lettre écrite en conséquence, le lendemain, la municipalité disait: «La maison qui nous avait «été indiquée pour y renfermer les prêtres que leurs infirmités ou leur grand âge dispensaient de la déportation, avait bientôt été évacuée par l'autorité même qui nous l'avait désignée pour les y reclure. Déjà nous avons été obligés de sévir contre plusieurs de ces hommes remis dans la société , où ils ne cesseront d'agiter.... »

Dès le 2 février, la chasse aux prêtres avait recommencé dans les mursde Besançon. Ce jour-là, Ecureux, commissaire de police, informé qu'il se formait un rassemblement dans la maison Pourcheresse, rue de l'Egalité, se posta dans cette rue, vers sept heures du matin , avec plusieurs agents, et il vit en effet diverses personnes entrer dans la maison suspectée. « Pour nous assurer du motif de ce rassemblement, dit Ecureux, nous sommes entrés, et, parvenus à une mansardeoccupée par le citoyen Maillot, cordonnier, nous avons aperçu dans une chambre contiguë un citoyen revêtu d'un surplis et d'une étole , que nous avons reconnu pour être le citoyen Cl.-L. Deleschaux. Nous avons aussi remarqué dans la même chambre un autel garni de cierges et de reliquaires et sur lequel étaient un calice couvert et un missel. Plusieurs personnes étaient à genoux et d'autres debout, entre autres les citoyens Maillot, cordonnier, Estreyer, négociant, Just Arthaud, marchand de tabac, Barbaud, vigneron, sa femme et plusieurs citoyennes, au nombre de six, dont quatre nous ont remis leurs cartes de sûreté. Gela fait, nous nous sommes saisis du calice, de la patène en étain, ainsi que du surtout, et avons enjoint à Deleschaux de nous suivre à la maison commune. Y étant, nous l'avons requis de nous reproduire ses papiers, passe-port et carte de sûreté, et nous ayant exhibé son portefeuille, nous eu avons extrait et coté les pièces ^i jointes. Sur les ordres du commissaire du Directoire,, à «qui il en a été référé, il a été instamment conduit à la maison d'arrêt. »

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ÉPREUVES DES PRÊTRES ET DES FIDÈLES SOUS l'ADMIMSTRiLTION TERRORISTE IMPOSÉE PAR LE DIRECTOIRE.

FÉTRIEB 1*795 — AVRIL 1797.

I. Dès que la municipalité jacobine de Besançon s'était sentie débarrassée du contrôle de l'administration départementale modérée , elle avait repris avec une nouvelle ardeur la guerre contre la religion. L'un de ses premiers soins fut de faire réintégrer, par le nouveau département, les sansculottes qu'elle avait nommés administrateurs des hospices, et qui avaient été rejetés comme indignes par l'autorité centrale. L'état de ces établissements continuait à être déplorable. Le 44 octobre 4796, les administrateurs de l'hôpital Saint-Jacques, devenu Y Hospice de Chamars depuis la chute de la Montagne, dépeignirent sous lescouleurs les plus vives la détresse de cette maison et déclarèrent qu'elle était i la veille de sa ruine, parce qu'il ne lui était rien payé de ce qui lui était dû par la nation.

Mais ce fut surtout contre les prêtres que la municipalité fit. briller son zèle trop longtemps comprimé. Le 4 février , Bourgeon donna lecture d'une instruction du Directoire qu'il venait de trouver dans le Bulletin des lois^ et qui recommandait aux autorités la répression la plus active des prêtres réfractaires. « Il rappela les mesures qui avaient été déjàprises par la municipalité, et qui avaient été rendues inutiles par l'indulgence des admininistrateurs destitués, [l demanda qu'il fût écrit aux nouveaux membres du département pour les inviter à revoir les arrêtés pris par leurs prédécesseurs, et à rapporter ceux qui n'auraient eu pour base qu'une complaisance trop facile. » Sa proposition fut adoptée avec

empressement, et dans la lettre écrite en conséquence, le lendemain, la municipalité disait : «La maison qui nous avait •été indiquée pour y renfermer les prêtres que leurs infirmités ou leur grand âge dispensaient de la déportation, avait bientôt été évacuée par l'autorité même qui nous l'avait désignée pour les y reclure. Déjà nous avons été obligés de sévir contre plusieurs de ces hommes remis dans la société, où ils ne cesseront d'agiter.... »

Dès le 2 février, la chasse aux prêtres avait recommencé dans les mursde Besançon. Ce jour-là, Ecureux, commissaire 4e police, informé qu'il se formait un rassemblement dans la maison Pourcheresse, rue de l'Egalité, se posta dans cette rue, vers sept heures du matin , avec plusieurs agents, et il vit en efiet diverses personnes entrer dans la maison suspectée, u Pour nous assurer du motif de ce rassemblement, dit Ëcureux, nous sommes entrés, et, parvenus à une mansarde occupée par le citoyen Maillot, cordonnier, nous avons aperçu dans une chambre contiguê un citoyen revêtu d'un surplis et d'une étole , que nous avons reconnu pour être le citoyen Cl.-L. Deleschaux. Nous avons aussi remarqué dans la même chambre un autel garni de cierges et de reliquaires et sur lequel étaient un calice couvert et un missel. Plusieurs personnes étaient à genoux et d'autres debout, entre autres les citoyens Maillot, cordonnier, Estreyer, négociant, Just Arthaud, marchand de tabac, Barbaud, vigneron, sa femme <et plusieurs citoyennes, au nombre de six, dont quatre nous ont remis leurs cartes de sûreté. Gela fait, nous nous sommes saisis du calice, de la patène en étain, ainsi que du surtout, et avons enjoint à Deleschaux de nous suivre à la maison commune. Y étant, nous l'avons requis de nous reproduire ses papiers, passe-port et carte de sûreté, et nous ayant exhibé son portefeuille, nous en avons extrait et coté les pièces 'Ci jointes. Sur les ordres du commissaire du Directoire,, à «qui il en a été référé, il a été instamment conduit à la maison d'arrêt. »

M. Cl.-L. Deleschaux , de Besançon , ex-curé eoostitulionnel de Villers-sous-Montrond, était , comme on Ta vu ^tome Vil), un des prêtres courageux qr.i s'élaieat rétractée

f49 e&APITHB LUT.

les prenÙBrs. La nouvelle administration départementale donna la mesure de ce qu'on pouvait attendre de ses haines anti religieuses par l'arrêté suivant, du 21 février: « Le prêtre Deleschaux avait prêté le serment prescrit par les lois^ des 26 décembre i 790 et 17 avril 1791, et il l'a rétracté, suivant l'aveu qu'il en a fait. Les lois du 26 août 1792 et des> 29 et 30 vendémiaire 1793 prononcent la peine de la déportation à la Guyane contre les prêtres qui , ayant fait le serment, l'auraient rétracté, quand même ils l'auraient prêté de nouveau depuis leur rétractation. Le prêtre Deleschaux se trouve dans le cas prévu par ces lois , sans que l'arrêté de mise en liberté pris en sa faveur par le département, le 18> messidor an ni, puisse y former obstacle, étant annulé de fait par les dispositions de la loi du 3 brumaire dernier. En conséquence, Deleschaux sera déporté à la Guyane et restera détenu en la maison d'arrêt jusqu'à sa déporta* tion. ))

La famille du prisonnier s'adressa en vain au gouvernement pour obtenir l'annulation de cet arrêté sauvage; 1» détention du généreux confesseur devait se prolonger près« de quinze mois.

Parmi les papiers saisis sur l'abbé Bouvenot au moment de son arrestation, se trouvait une rétractation de serment datée du 10 janvier 1796 et signée par M. Ordinaire, religieux bénédictin. Quirot ayant signalé cette circonstance au département, dom Ordinaire fut mandé à la séance du* 14 janvier et répondit que, « n'ayant jamais été fonctionnaire public, il n'avait jamais été tenu à prêter le serment constitutionnel, n Le président lui ayant objecté qu'il avait exercéles fonctions de ministre du culte dans la ci -devant paroissedes bénédictins, et que d'ailleurs, comme pensionnaire de la république, il avait été astreint au serment de liberté et d'égalité, le prévenu répliqua qu'il n'avait point exercé d^antres fonctions que d'assister aux offices ; que cependant, ayant été inquiété à ce sujet par les membres de sa famille qui lui procuraient des moyens de subsistance, il avait eru, pour entmtenir la paix et l'union , devoir faire par écrit une dédacatjon qa'il avait remise au citoyen Bouvenot^

ÉPRBOTBS DBS PBfiTKBS Vf DBS FIDÈLES. 241^

pour la faire parvenir à qui de droit ; mais que si cela pouvait être regardé comme contraire aux lois de la république^ auxquelles il serait toujours soumis , il était prêt à la retirer. L'administration départementale arrêta qu'il serait sursis de décider jusqu'à plus ample information, et qu'eu attendant, le prévenu serait déposé dans la maison d'arrêt». Le 7 février, le nouveau département déclara que dom Ordinaire était passible de la déportation à la Guyane, et qu'il demeurerait en prison jusqu'à son embarquement.

Le 25 février, Yoisard, commissaire de police, assisté des agents Descombes et Perriard, amena devant le département M. Cl.-F. Sarron , d'Arbois , jeune prêtre ordonné à Fribourg en 4791 et retiré depuis cette époque à Besançon. Ils venaient de l'arrêter cbez M"^ Buchaillet, dans la maison Tharin, ensuite des ordres de Bourgeon , comme soupçonné d'être un prêtre réfractaire. Le département décida quo Masson serait chargé d'interroger le prévenu et de faire Tinventaire des pièces saisies sur lui, et que M. Sarron serait conduit immédiatement dans la maison d'arrêt. Ce jeun» prêtre ayant protesté qu'il n'avait pas quitté Besançon depuis, plusieurs années, le département demanda à la municipalitéde vérifier s'il était porté sur le tableau civique des habitantset sur celui des contributions personnelles. La municipalité répondit qu'il ne figurait ni sur l'un ni sur l'autre, mais qu'il lui avait été délivré un certificat de résidence dans le cours de l'été précédent. Le 28 février, le département décida, sur le rapport de Perriguey, « que, d'après les contradictions qui régnaient entre les deux interrogatoires subis par le prêtre Sarron, il était suspect d'émigration, et qu'en conséquence* les neuf citoyens qui avaient certifié sa résidence seraient appelés devant l'administration municipale pour s'expliquer de nouveau, afin de s'assurer s'ils n'avaient pas prêté leur témoignage par complaisance. »

Cette épreuve, que le prisonnier ne redoutait nullement, puisqu'il avait lui-même sollicité l'accusateur public GuiUe« met de presser son jugement, tourna entièrement à son avantage. Mais l'administration ne voulut pas lAcher sa proie, et elle la retint à un autre titre, en prononçant, k 4i

avril, Tarrèté suivant : « D'après les déclarations réitérées des témoins qui ont certifié la résidence de Sarron , il demeure constant qu'il est resté à Besançon et n'est point -émigré ; mais , de son aveu même , il n'a pas prêté le serment de liberté et d'égalité , et il se trouve , suivant l'article 10 de la loi des 20 et 30 vendémiaire an ii, sujet à la déportation. La loi du 3 brumaire dernier recommandant plus impérativement l'exécution des lois de i792 et 1793 contre les prêtres réfractaires, et l'instruction •du 26 nivôse dernier rappelant encore les autorités à son «exécution, l'administration arrête que Sarron est sujet à la déportation, et qu'en attendant les ordres du ministre de l'intérieur pour son départ, il restera en prison. »

Cet arrêté était d'une injustice flagrante et dépassait les bornes des lois sanguinaires qu'il prétendait appliquer. En ^ffet, la loi du 30 vendémiaire avait déclaré passibles de la déportation pour refus du serment de liberté et d'égalité, -seulement les ecclésiastiques ou religieux qui, recevant pension ou traitement de l'Etat, n'avaient pas satisfait aux décrets du 14 août 1792 et du 21 avril 1793, relatifs à ces pensionnaires. Le département étendait cette proscriptioa rétrospective même aux prêiresqui, n'ayant jamais reçu ni pension ni traitement, comme le jeune Sarron, avaient été •épargnés par la législation terroriste.

M. Sarron demeura dans les prisons de Besançon depuis 'le 25 février jusqu'au 10 septembre. Gomme ces prisons •étaient encombrées de détenus, le département décida, ce jour-là, a par mesure de sûreté et de salubrité, que le prêtre Sarron, étant originaire do Jura, serait transféré dans la maison d'arrêt de Lons-le-Saunier, où il pourrait obtenir plus facilement des secours de sa famille. » Le prisonnier .s'adressa, quelque temps après, aux administrateurs du Jura pour obtenir sa liberté. Mais ceux-ci répondirent , par ua .arrêté du 22 décembre, qu'ils n'étaient pas compétents pour annuler un arrêté pris par une autre administration, et qu'ils renvoyaient le pétitionnaire à se pourvoir devant le département du Doubs. On doit dire, à la louange de ce dernier, qu'il n'hésita pas à se déjuger de la manière la plus

complète, en preDaDt,le 31 décembre, cet arrêté réparateur : « Le prêtre Sarron ne pourrait être atteint par les lois qui •ont prononcé la peine de la déportation contre les ecclésiastiques, que dans le cas où il aurait rempli Tune des fonctions déterminées par ces mêmes lois, ou qu'il aurait reçu un traitement ou une pension de TEtat; or, il n'a jamais été placé dans aucune de ces hypothèses; et, en le déclarant sujet à la déportation, ce serait donner aux lois pénales une -extension dont elles ne sont point susceptibles. D'ailleurs, l'administration départementale de son dernier domicile ne l'a point compris dans le nombre des ecclésiastiques sujets à la déportation; en conséquence, l'arrêté du 25 germinal -qui déclare Sarron sujet à la déportation est rapporté. » On regrette de n'avoir pas plus souvent à enregistrer des actes aussi honorables.

II. Le* 13 mars 4796, ensuite d'une délibération municipale et des ordres de Bourgeon, le commissaire de police £cureux, assisté des agents Ruolt, Blondel, Dubet et de la force armée, envahit, à six heures du matin^ la maison Roux de Raze, rue du Clos, 272, que Ton soupçonnait de receler un prêtre réfractaire. « Au troisième étage de l'aile gauche de cette maison, dit Ecureux, dans un cabinet touchant le quartier occupé par les citoyennes Rose , et donnant sur la cour, nous avons trouvé un citoyen i nous inconnu, mais par nous présumé prêtre, pour avoir trouvé i** dans un buffet du cabinet, un petit coffre en étoffe garni de trois petits pois d'étain; 2^ entre le matelas et le lit de plumes du lit, une bourse contenant deux corporaux où sont renfermées plusieurs hosties; 3"* dans un tiroir d'une table, une chanson catholique sur l'air de la Marseillaise^ une lettre à l'adresse de la citoyenne Marthe Biget, sur l'enveloppe, mais dans l'intérieur adressée à Monsieur Chambel , une autre lettre à la même adresse de Marthe Biget, et enfin une lettre sans adresse. Nous étant fait représenter son portefeuille, nous y avons trouvé un purificatoire et une carte de sûreté portant le nom du citoyen Chambel. Interrogé^ il a répondu s'appeler F. Chambel, âgé de trente-deux ans, originaire de Bresles (Oise), demeurant à Besançon chez diffé-

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reikte$ personnes^ depuis cinq mois^ et être prêtre de sq0 état. Il a refusé de nommer les personnes chez qui il a demeuré pendant ce temps. Ayant continué notre \isite dai^s^ la maison, nous avons trouvé dans une mansarde au troisième étage, prenant jour sur la cour, deux tréteaux avea une plaodbe dessus, adossés à une cheminée, sur laquelle nous avons trouvé un christ et deux cadres, qui nous ont paru 6tre destinés à former un autel pour dire la messe. Lecitoyen Chambel a déclaré que les trois lettres trouvées n'é^ taient pas à lui. »

Cependant elles lui avaient été bien réellement adressée^, sous le couvert de la sœur Marthe , qu'on retrouve souvent,, à cette époque, occupée à servir ou à sauver les confesseurs de la foi. L'une de ces lettres, venue de Beaumont-sur-Oise,. était datée du i6 octobre i795 et signée : A. Bruyère ; elleparait avoir été écrite par un oncle de M. Chambel. Il lui apprenait la mort de sa mère et d'un autre parent, et peignait en termes douloureux la détresse de tous les membres dd sa famille, gagnant leur vie avec beaucoup de peine, à cause de la cherté des vivres.

Une autre lettre était écrite par un autre parent ou ami de M. Chambel, engagé sous les drapeaux opposés : a La divergence de nos opinions, disait cet ami, n'altère point mes sentiments. Sans doute, j'aimerais mieux que vous pensassiez comme moi, mais c'est parce que je crois que vous seriez plus heureux sans être moins vertueux. Hélas I pour^ quoi faut-il que l'influence perfide de quelques hypocrites vous aient perdu et prive ceux qui vous aiment le pla& de la satisfaction de vous voir I »

La chanson saisie était cette Marseillaise catholique qui avait déjà été l'objet des colères et des dénonciations de Tagent jacobin de Bannans. La versification en est sans au** eune valeur; mais elle exprime les plus nobles sentiments. D'ailleurs, les circonstances terribles au milieu desquelles elle était chantée par les pieux et vaillants catholiques du Doubs, lui donnent un prix qui nous engage à la rapporter ici tQut entière.

tPREUYBS DIS PRfitMS BT DBS FIDÈUB. 1^3

Chrétiens français, âmes chéries.

Dignes confesseurs de la foi.

Méprisez les biens de la vie Pour soutenir d'un Dieu la loi.

Armez-vous donc d'un grand courage; Les chrétiens de tous les états.

Malgré Terreur des potentats.

Ont bravé des tyrans la rage.

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