‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 19 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

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^8 CHAPITRE tlXY.

deux ans de postulat. Or, au moment où le séminaire fut dissous, il n'avait encore qn'un an de noviciat ; en conséquence, aucune pension ne lui fut allouée par les corps administratifs, et il reconnut lui-même qu'il n'y avait aucun droit. Mais, n'ayant pas été considéré comme fonctiotmaire et n'ayant touché aucune indemnité ni pension, il s'était trouvé, par cela même, exempté des deux serments imposés aiïx fonctionnaires, puis aux pensionnaires ecclésiastiques, et il n'aurait pu être déporté qu'en vertu d'une dénonciation personnelle, à l'abri de laquelle il s'était mis en feignant de se déporter spontanément et en restant caché.

Comme il prouvait, par des certificats parfaitement réguliers, sa présence non interrompue en France depuis le cdmmencement de la Révolution, l'administration départementale, par arrêté du iO octobre '4795, l'avait relevé de la déportation, en se fondant sur la lettre du Comité de législation, du 9 août précédent, qui autorisait les départements à réintégrer dans les droits de citoyen les prêtres qui n'arvaient pas cessé de résider sur le territoire de la république et dont la déportation ti* avait pas été effectuée.

Quirot, jugeant qub cet arrêté se trouvait annulé pat les lois portées contre les prêtres, postérieurement à la lettre du Comité de législation, tint l'Urrestation de M. Baud pour bonne et valable, et il écrivit, le 16 avril, à M. Guillemet : « Je vous transmets les pièces concernant l'arrestation des prêtres Baud, ex-directeur du séminaire, et J.-F. Baverel, éx-vicaire de Courvière, tous deux détenus au fort de Joux, ainsi que le nommé Léoutfe, ex-curé de Doubs. Vous voudrez bien prendre les mesures convenables pour faire transférer dans la maison de justice ces trois individus. Je vous observe qu'il peut être dangereux pour la tranquillité publique qu'ils restent plus longtemps sur l'extrême frontière. Une autre observation qui ne vous échappera pas, c'est que l'arrêté du département rendu en faveur du prêtre Baud est postérieur de plus d'un mois à la loi du 40'fructidor an m. »

Le 25 avril, Vincent, commandant du fort de Joux, manda à Quirot qu'en exécution des ordres du généï*al OkeefiT, il ftlisait transférer le jout même dans la maison

d'arrêt de Besançon les prêtres Baud, Léoiitre et Baverel. Le 16 mai, M. Guillemet écrivit au département que le prêtre Baud lui ayant été amené par la gendarmerie trois jours auparavant, il avait procédé à son interrogatoire et qu'il ne le croyait pas dans le cas d'être traduit au tribunal ; qu'en conséquence, il renvoyait les pièces au département, pour qu'il statuât lui-même sur le sort de cet ecclésiastique.

Le département trouva qu'il était plus simple de laisser M. Baud en prison sans s'occuper de lui. Mais celui-ci et ses amis ne partagèrent pas la même inaction, et le i4 septembre, Cochon, ministre de la police, écrivit à Quirot : « Je suis informé que le nommé Baud, prêtre, domicilié à Goux près Pontarlier, a été arrêté par un lieutenant de gendarmerie et conduit au fort de Joux. On m'a adressé des réclamations à cet égard, et il me parait que c'est une erreur delà part de cet officier. Je vous charge de prendre des renseignements positifs sur les motifs qui ont déterminé l'arrestation de cet individu et de me les transmettre dans le plus bref délai. » Quirot n'ayant rien répondu, le ministre récrivit, le 29 novembre : « Je vous ai chargé de prendre des renseignements positifs sur les motifs qui avaient pu déterminer l'arrestation du prêtre Baud. J'ignore pourquoi ma lettre est restée sans réponse. Je viens vous la rappeler. Vous voudrez bien me rendre compte sans délai des mesures que vous aurez prises pour en remplir l'objet. »

Ce ne fut que le 23 décembre, près d'un mois après avoir reçu cette sommation, que Quirot se décida à y répondre. Après avoir rapporté les faits exposés plus haut, il dit qu'il avait pensé , avec l'administration départementale^ que l'arrêté qui avait libéré le prêtre Baud se trouvait révoqué parles lois ultérieures ; que cet ecclésiastique, déposé en c^ moment dans la maison de réclusion des Capucinsf prétendait que l'abrogation récente de la loi du 3 brumaire faisait revivre l'arrêté pris en sa faveur antérieurement à cette loi ; que le ministre, à vue des pièces qui lui étaient adressées, jugerait lui-même si cette opinion était fondée, €t qu'enfin, comme la lettre ministérielle autorisait le dépar-

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tement à prononcer, conformément à la loi du 22 fructidor an III (8 septembre i795), sur la validité des motifs qui avaient déterminé la déportation des ecclésiastiques, la pétition du prêtre Baud lui serait soumise immédiatement^ pour qu'il rapportât ou confirmât le premier arrêté de libération.

U se passa cependant encore plus d'un mois avant que le département pût se décider à lâcher sa proie. Enfin, le 4*' février 4797, il prit cet arrêté réparateur et parfaitement motivé : « Ce n'est pas d'après la lettre du Comité de législation qu'il faut décider la question de savoir si le prêtre Baud doit être considéré comme déporté ou sujet à la déportation, ni s'il 7 a lieu à maintenir ou rapporter l'arrêté du département du i8 vendémiaire an ly. Cette question doit être décidée en conformité des lois de i792 et 4793 relatives aux prêtres. U s'agit d'examiner si le prêtre Baud a pu être atteint par ces mêmes lois encore existantes, soit comme fonctionnaire public, soit comme pensionnaire de l'Etat. U n'a pas été compris dans la classe des directeurs du séminaire, il n'y avait été admis que comme postulant, sans être appelé à aucune fonction ; sous ce rapport, il ne pouvait être obligé à la prestation du senueut prescrit par la constitution civile du clergé, qui avait elle-même réduit au nombre de quatre les directeurs du séminaire. Dès lors les lois de 4792 et 4793, qui ont prononcé la déportation contre les directeurs de séminaire insermentés n'ont pu l'atteindre. S'il a pris un passe-port de déportation, sans y être astreint, il n'en a pas fait usage et a continué de résider en France, supportant toutes les charges communes aux citoyens. En conséquence, J.-Jos. Baud sera mis en liberté et maintenu dans ses droits de citoyen français. Copie du procès-verbal de son arrestation sera envoyée au commissaire du Directoire près H tribunal correctionnel de Pontarlier, à l'effet d'examiner s'il y a eu, à cette époque, de la part du prêtre Baud, infraction à la loi du 7 vendémiaire relative à la police des cultes. » Et quand même M. Baud aurait réellement contrevenu à cette loi, appartenait-il à une administration qui, de son propre aveu, venait de le retenir injustement pendant

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près d'un an en état de détention préventive, de réclamer contre lui de nouvelles rigueurs? La compensation, en pareil cas, n'était-elle pas de droit et d'usage? La passion antireligieuse ôtait vraiment à ces hommes jusqu'au sens commun.

XXL Dans le canton d'Indevillers, les prêtres et les fidèles jouirent d'une tranquillité rare. Delfils, commissaire du Directoire pour ce canton, se borna à écrire, le 29 décembre, à Quirot, en réponse à sa circulaire du 22 octobre contre les prêtres : « Il n'existe aucun émigré dans le canton ; mais des prêtres déportés voudraient s'y insinuer et y pardtre presque publiquement. Je suis incertain des moyens de répression à employer à leur égard. S'ils doivent être arrêtés, je désirerais le savoir au plus tôt, parce que la gendarmerie, qui va parcourir le canton pour faire rejoindre les militaires fuyards, pourra en même temps se saisir des plus cruels ennemis du peuple. Gomme ils ne fréquentent absolument que les lieux qui les favorisent et qu'ils tiennent encore leur rentrée clandestine, ils ne font jamais rencontre de gardes qui soient disposés à exécuter la loi envers eux. »

Quirot sentit que ce commissaire si indécis avait grand besoin d'être fortifié et excité. Il lui représenta donc longuement que l'abrogation récente de la loi du 3 brumaire an lY, en ce qui concernait les prêtres, laissait subsister toutes les lois antérieures portées contre eux ; que tel était l'esprit du gouvernement, qui n'avait jamais varié dans sa volonté de rejeter hors du territoire français les prêtres bannis pour refus d'obéissance à la loi ; qu'en conséquence, on devait prendre toutes les mesures pour empêcher la rentrée ou le retour des prêtres, les saisir et les faire traduire sous bonne et sûre garde dans la maison d'arrêt de Besancon.

XXII. Quoique placés sous la surveillance menaçante de Perriguey, l'un des plus mauvais commissaires du Directoire, les administrateurs catholiques du canton de l'Islesur-le-Doubs n'avaient pas craint, comme on l'a vu, de se montrer les protecteurs déclarés des prêtres réfractaires. Ils avaient été dénoncés, à la fois, à l'autorité départementale

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et aux tribunaux. Le 5 février ^96, le juge de paix J.-P. Bulliard , de Rang , procéda contre eux , en qualité d'of* acier de police judiciaire. Les dépositions des témoins entendus dans une enquête de plusieurs jours établirent qu'à la séance tenue le 17 janvier, par l'administration cantonale^ au sujet de l'exécution des lois sur les prêtres et les cultes, M. Ant. Ravez, agent municipal de Blussans, âgé de soixante ans, avait fait cette courageuse déclaration : « Je suis allé moi-même chercher le curé déporté Jobin, il est placé sous ma protection, je ne sévirai jamais contre lui, et je ne veux point d'autre prêtre. D'ailleurs, cet ecclésias* tique n'a jamais prêché contre la constitution ; mais au contraire, il a recommandé la concorde et l'union, et jamais la population n'a été aussi unie que depuis son retour. » M. J.-Cl. Jacqain, agent de Médière, avait ajouté : « Tout cela est vrai, et jiamais je ne lui ai rien entendu dire contre la constitution ; vraiment la loi tend à perdre la religion ! » M. Grenet, agent de Sourans, confirmant les témoignages de ses collègues, avait déclaré que leur curé était aussi à Lanthenans et que, depuis qu'il y était^ la commune était parfaitement tranquille. M. Jos. Pernot, agent de Bournois, avait déclaré que sa commune était allée chercher son curé en Suisse, après en avoir prévenu le département, qui a'avait rien répondu. M. Jos. Magnin, adjoint de Mancenans^ avait déclaré que leur curé était aussi rentré à son poste, et qu'une révolte était à craindre, si l'on était obligé de le faire repartir. « D\iilleurs, avait-il ajouté , en frappant fortement sur la table, ce n'est pas moi qui m'en chargerais^ car c'est la commune elle-même qui l'a envoyé rechercher. » Tous les administrateurs nommés plus haut avaient égar lement protesté, en finissant, qu'ils ne séviraient pas contre leurs curés déportés et qu'ils n'en voulaient point d'autre^. On comprend qu'en présence d'une manifestation si audacieuse, les autorités jacobines, devenues plus libres, ne pouvaient manquer de venger les lois de proscription ouvertement méprisées. Mais, afin de ne pas désorganiser eur tièrement l'adjoainistration cantonale^ on se borna d'abocd A sévir contre ses membres les plus notables; et, le Uté-

ÉPRBOTES DB^ P^^BBS BT, DBS FIDÈJLBS. 3^

\ner,.à 1^ suite de l'euiquëte^ Qulliard lapça deux mandat? 4's^rrèt coi^tre M. Ravez, de Çlussaps, convaincu d'avoir ét^ i^rcher jusqu'à Chaœesol ou même jusqu'en Suisse le curé <)e sa commune, et contre M. Pernot, de Sournois, qui avait s.u})i déjà une détention de plusieurs mois pour avoir favolâsé la rentrée du curé déporté de sa paroisse. Les deujç prévenus étaient traduits, en même temps, devant le dii^teur du jury d'accu3ation à Baume.

I^e nouveau département, au sein duquel Perriguey venait 4'ètre appelé à siéger, trouva cette mesure insuffisante, et, 1q ^, février, il déclara que rappeler, protéger ou défendre 1^§. prêtres déportés rentrés, ennemis irréconciliables di^ gouvernement républicain,, c'était devenir leur complice; qu'en conséquence, non-seulement Ravez et Pernot^ maji^ eocore Jacquin, agent municipal de Médière, et Magnin, adjoint de Mancenans, étaient tous suspendus de leur^ fonctions et traduits devant le tribunal criminel, tanf cpn^me complices de déportés rentrés,, que comme fonction: naires publics prévaricateurs à l'égard des lois sur la di^

ffortation. La destitution des quatre magistrats fut confirn^e e i7 mars par le Directoire.

Le même jour, Alexis Marchand, commissaire prè^ 1/} tribujaal de Baume, écrivit à son collègue et supérieur Kodier, : «A la dernière décade, il y a eu trois jurys d*ap-r cusation contre des agents des communes prévenus d'avoij; fjs^vorisé ou souffert la, rentrée des prêtres réfractaires; Qt dans les trois, les jurés ont déclaré qu'il n'y avait pas liei^ 4 accusation. Autantt que je l'ai appris, les jurés se sout fo^és sur ce qu'un agent, dans sa commune, n'a pas 1;| {orce à, sa disposition pour apêter un prêtre, qui d' ailleurs ^ toujours pour lui le parti dominant ; q^u'il ne contrevient

de la loi, mais en quelque façon autoriser l'infraction. Si, a^ Ueu de traduire les prévenus a,u ju^y d'accusation, ils Ï9r vaient été à la police correctionnelle, ils auraient été puni^ Ne pourrait-on pas faire ici l'appl^tion de la loi dt^ 3 b^u-

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maire? La peine du fonctionnaire qui néglige son exécutioir est de deux années de détention. (Test une correction pour avoir négligé son devoir. L'emprisonnement serait bien suffisant, et les jurés ne sauveraient pas les coupables. Voyer s'il ne serait pas à propos d'en écrire au ministre. » Les intentions persécutrices du jeune Alexis n'eurent heureusement aucune suite.

Mais ce n'était pas assez de poursuivre les agents complices des prêtres ; ces prêtres eux-mêmes devaient être, à plus forte raison, l'objet de toute la sollicitude du nouveau département. Aussi, le ministre Merlin écrivit-il, le 2i février, à Quirot : a Le commissaire près le canton de l'Isle m'informe qu'un grand nombre de prêtres réfractaires et déportés exercent publiquement leurs anciennes fonctions ; qu'ils corrompent l'esprit public de son canton; que les royalistes les plus irréligieux avant la Révolution se précipitent dans le parti des fanatiques pour rétablir la royauté; qu'il y a longtemps qu'il a dénoncé à l'administration du département et à l'accusateur public les prêtres rebelles^ auteurs de ces désordres, mais qu'ils n'ont eu aucun égard pour sa démarche; qu'il vous a donné connaissance des mêmes faits et que vous lui avez simplement répondu que vous attendiez des forces. Vous sentez combien il est essentiel de faire incessamment exécuter la loi du 3 brumaire contre les sept prêtres déportés qui se sont audacieusement réinstallés dans leurs anciennes places pour y corrompre l'esprit des campagnes. Vous savez que des royalistes^ de tout temps sans religion se mêlent aujourd'hui aux hommes faibles que les prêtres ont égarés. îl est impossible de tolérer de semblables coalitions. De plus longs retardsentraîneraient évidemment des suites fâcheuses^ ou tout au moins une plus grande résistance à leur arrestation. Je vous charge donc de prendre des renseignements exacts sur la situation politique du canton de l'isle, sur les ressources qu'il peut avoir pour prêter la force nécessaire à l'exécution des lois, et de suppléer à leur insuffisance par tous les moyens que la loi a mis en votre pouvoir. » Le dévouement des catholiques faisant aux sept prêtres

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proscrits une sorte de citadelle inattaquable, et les forces militaires mises à la disposition du département étant encore insuffisantes, Quirot remit à un temps plus propice le soin de leur faire la guerre, et il entama une campagne plus facile contre le faible et inconstant Bucbot, cnré assermenté de risle, récemment rétracté. Le 44 mars, il écrivit au commissaire cantonal : « Il existe dans votre canton des prêtres qui, dans le principe de la Révolution, se sont conformés aux lois de TEtat, en faisant les serments prescrits, et qui, par une lâcbe défection, se sont honteusement parjurés. Ils ont rétracté leur promesse, et par ce moyen ils ont signé un traité de paix avec les royaux fanatiques. Cette conduite est indigne ; elle mérite toute Tanimadversion des lois, qui veulent que tous ceux qui ont rétracté leur serment soient déportés à la Guyane. Veuillez bien prendre tous les renseignements possibles pour constater la rétractation de ces individus ; et, dans le cas où elle serait acquise, vous les ferez conduire sous bonne et sûre garde dans la maison d'arrêt de Besançon. Je compte sur votre zèle, votre activité et votre patriotisme. »

Guilloz, de Rang, remplaçait Perriguey en qualité de commissaire à Flsle ; il s'empressa de transmettre cette dénonciation au juge de paix Bulliard, qui ouvrit une enquête le 22 mars. « Informé, dit-il, que le citoyen P.-F. Bucbot, ex-curé de l'Isle, a rétracté le serment qu'il avait prêté dans le temps même qu'il était à la fois curé et secrétaire de la municipalité; que cet individu jouit dans sa commune d'une sécurité parfaite ; que ces sortes d'hommes sont très préjudiciables à l'Etat et à la tranquillité publique; qu'il est plus que temps de prendre des mesures pour ne pas les laisser davantage dans la société des bons citoyens ; pour nous convaincre de cette rétractation, nous avons cru devoir entendre des personnes qui étaient témoins de ces faits. — J.-Ch. Ménétrier, cultivateur à Rang, âgé de trenteun ans, déclare que, s'étant trouvé à Vlsle le jour de la fête de ce lieu, le 8 septembre dernier, vieux style, il entendit sonner la messe et y alla; que vers le milieu de cette messe, qui fut célébrée par Buchot, celui-ci monta ea

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chaire et dit à ses auditeurs, qui étaient en grand noipbrA : «Vous savez que j'ai été forcé de prêter le senneajL; j^le » rétracte publiquement; j'ai obtenu une pénitence d^ notre )> saint-père le pape pour pouvoir dire la messe. » Le ter moin observe que , pour lors , Buchot faisait des grimacer comme s'il eût voulu pleurer, pour attendrir ses p4roiQsiens^ et qu'il ajouta beaucoup d'autres choses, n Nic.-Grég^ Barberet, commandant de la garde nationale, et P.-Alei^y Guyonier, cultivateur, tous les deux de Rang, déposèrent (to même.

Le lendemain, Guilloz prit un arrêté portant que BucliQt serait transféré dans la maison de réclusion; qu'à cet effet, il requérait les chefs de la garde nationale de le saisir, ei| déployant toute la force convenable, afin d'éviter toute rîjLe; que si des attroupements menaçants se formaient, la violence devrait être repoussée par la force, et, enfin, que le prêtre serait remis entre les mains de la gendarmerie de Clerval. Buchot fut illégalement saisi, dans la nuit suivante, par Bar* béret, l'un de ses dénonciateurs, et amené devant le juge de paix à sept heures du matin. Il déclara qu'il étai^ originaire 4e Dole et âgé de trente-six ans; qu'il avait prêté tou3 les serments prescrits ; que les registres en faisaient foi et ne coq^t tataient aucune rétractation de sa part ; enOn qu'il ne se i^ap* pelait pas ce qu'il avait pu dire en chaire le 8 septembre, BuUiard lui demanda s'il n'avait pas annoncé en chaire qiie plusieurs prêtres déportés, notamment les curés Jobin et Ghopard, viendraient confesser; s'il n'avait pas donné plusieurs fois à manger à ces prêtres, et s'il n'était pas allé souvent les voir depuis leur retour. Buchot répondit qu'il ne se rappelait rien.

A^eoé à Besançon par la gendarmerie et interrogé 4^ 9Puveau par Masson, membre du département, le 26 mars, M. Buchot répondit qu'il était arrivé à l'isle, au. mois de juin i788, en q^ualité de yicaire, et que le curé, étant mort m mois de février 1789, il avait été nommé curé par le ci* devant seigneur de l'isle, à la demande des habitants; qu'en 4794, à raison du passage des troupes, il avait cessé toutes las fonctions du culte, près de quatre mois avant que l'ordre

général en fût donné ; qa*il n'avait repris ses fonctions qu'après la loi sur la liberté des cultes, et après avoir {ait la promesse de fidélité exigée ; qu'il n'avait pas rétracté le serment constitutionnel, et que, dans son discours du 8 septembre, il avait engagé les citoyens à la paix, à l'union, à l'obéissance aux lois de la république, obéissance dont il leur avait toujours donné l'exemple ; mais qu'il n'avait manir festé aucun repentir de ses pi-emiers serments; qu'il avait exercé publiquement ses fonctions jusqu'à la loi du 7 vendémiaire sur la police des cultes, et qu'ayant résolu alors de cesser toutes fonctions publiques, pour le bien et la traaquillité générale, il n'avait pas fait la nouvelle déclaration imposée par cette loi ; que depuis ce moment il s'était borné i célébrer la messe cbez lui, sans autres assistants que ceux que la loi autorisait; qu'à la vérité, les curés de Blussans et de Mancenans s'étant invités à dîner chez lui, il n'avait pu leur refuser l'hospitalité; qu'il avait même mangé, d'autres fois, avec eux chez des particuliers qu'il refusait de désigner ; mais que ce n'étaient nullement ces prêtres qui l'avaient éloigné de prêter le nouvel engagement.

Le 27 mars, Buchot écrivit, de la maison d'arrêt, au département: « Vous allez prononcer sur le sort d'un fils de famille, ressource unique d'un père et d'une mère plus que septuagénaires, qui viennent de perdre un enfant au service de la république, et qui en ont encore un qui lasert en ce mor ment.... Il n'a jamais fait usage de son ministère que pour inviter les citoyens à la paix, à l'union et à la soumission aux lois. Jamais il n'a reçu ou communiqué d'écrits contraires au gouvernement ; jamais il n'a rien dit de dérespectueux contre les autorités constituées. Depuis deux ans, il a'a pas confessé soixante personnes. 11 a constamment fait tous ses efforts pour empêcher que les opinions religieuses ne troublassent la bonne harmonie, ayant à cet effi^t cessé, repris, et cessé les fonctions de curé. 11 a occupé différents emplois au service de là république avec honneur et désintéressement, n'ayant quitté qu'à l'époque de l'installation des administrations cantonales, la place de secrétaire de la mior nicipalité, à laquelle il avait été nommé par le district. Il a

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été constamment de la Société populaire , pendant tout le temps qu'elle a existé ; il a été placé dans les différents comités; enfin il s'est lié d'intérêt au système nouveau, ayant acquis dès le principe, et récemment encore, des biens da clergé et d'émigrés, possessions qui sont toute sa ressource pour subsister. Il met au défi ses ennemis de citer un seul acte qui manifeste delà haine pour la république; tandis que tous ses actes, positifs et solennels, présententune force que ne peut sûrement ébranler l'allégation de simples propos qui, sans doute, ont été mal compris. Ce serait une injustice criante de le traiter en ennemi de sa patrie. »

Ne recevant aucune réponse, Buchot récrivit, sept jours après : « Un homme innocent compte bien les jours qu'il est privé de sa liberté, qu'il habite le séjour du crime. Il y en a dix aujourd'hui. — Il m'est parvenu que quelques témoins déposaient m'avoir entendu, le 8 septembre, prononcer une rétractation. Voici le fait. Vous connaissez, citoyens, un arrêté du Comité de législation de thermidor dernier. Cet arrêté portaittextuellementque la constitution civiledu clergé ne faisait plus loi de la république. J'en fis part à mes auditeurs, en leur disant que, puisque la Convention rejetait de fait et de droit cette loi de son code, il ne fallait plus qu'elle fût l'occasion de haines et de dissensions parmi eux, et si mon ministère ne pouvait entretenir parmi eux la paix et l'union, j'irais chercher ailleurs une autre demeure. J'étais secrétaire de la municipalité, j'avais les lois chez moi, je donnais connaissance publique d'un acte du gouvernement, exprès pour rassurer les âmes timorées, déjouer les projets des malintentionnés et empêcher que les épithètes odieuses de fanatiques et de schismatiques ne fussent connues dans ma commune et ne devinssent le sujet de haines implacables. Dès ce jour, je n'ai plus parlé de la constitution civile du clergé, et n'ai, ni cette fois ni jamais, proféré d'expressions défavorables contre quelques-uns de mes confrères. J'ai peu vu les prêtres réfractaires et ne les ai jamais recherchés. Dans le temps où je me suis rencontré avec eux, ils se montraient aussi hardiment que moi et ont mangé avec d'excellents patriotes fonctionnaires publics. Je passe sous silence qu'il

tPBBUYBS DBS PRÊTRES BT DBS FIDËLBS. 349

m'eût été facile de n*ètre pas pris et de m' évader ; mais que craiot celui qui est innocent ? »

Le département persistant à garder le silence, Bnchot lui récrivit encore, le 9 avril :

(( De la prison: — Auriez-vous donc oublié un malheureux au sort duquel vous m'aviez paru prendre quelque intérêt? Voilà seize jours que je suis détenu; ce n'est pas la privation de ma liberté qui fait le plus grand de mes maux, ce sont les moyens pour subsister, et lorsque, enfin, on proclamera mon innocence, je me verrai sans asile et sans ressource. Je TOUS conjure donc de statuer sur mon sort. Renvoyez-moi, si vous voulez, au tribunal criminel ; je ne crains pas d'y paraître. Justice prompte, voilà la grâce que je vous demande. — Je sais que le certificat de la commune de l'Isle n'est pas en forme, n'étant pas légalisé; il le sera bientôt, si vous avez le moindre doute sur sa légitimité, u

Cinq jours après, le département déclara enfin que Buchot ayant prêté tous les serments requis et donné constamment des preuves de son patriotisme, les dépositions des trois témoins entendus par le juge de paix ne pouvaient faire croire qu'il se fût rétracté au moment même où il venait de faire sa déclaration de soumission aux lois pour exercer le culte catholique ; qu'en conséquence, il serait mis en liberté.

BuUiard, mécontent de la tournure qu'avait prise cette affaire, en référa au ministre de la justice. Celui-ci se borna à renvoyer la lettre de Bulliard au ministre de la police, qui écrivit, le 21 août, au juge de paix terroriste ; « Vous devez continuer vos informations et les trausmettre officiellement à l'administration centrale du département, qui prendra un nouvel arrêté, s'il y a lieu, ou confirmera celui qu'elle a déjà rendu à ce sujet.» Bulliard s'empressa de transmettre cette lettre au département. Ce dernier, après s'être fait remettre sous les yeux le cahier d'informations déposé en ce moment entre les mains de l'accusateur Guillemet, prit, le 3 octobre, l'arrêté suivant: « L'acte légal et authentique de la soumission de Buchot aux lois de la république remonte à la même époque que le jour où l'on suppose qu'il a prononcé sa rétractation, et il répond suffisamment à la dénonciation ; en

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conséquence, Tadministration persiste dans son premier arrêté qui a ordonné l'élargissement de Buchot. » L'implacable Hulliard fut ainsi réduit à se tenir tranquille.

Le 12 octobre, Guilloz écrivit au département que les prêtres déportés continuaient à habiter dans le canton; que Javaux et Pernot jeune étaient à Bournois, le premier chez la veuve Pernot, dite Nannon, et le second chez Thérèse Pernot, sa tante, et que la messe se disait tous les dimanches à huit heures chez la veuve Pernot; que Gordelier et Juliard étaient àLanthenans,chez L. Chàtelot, et y exerçaient publiquement le culte, et, enfin, qu'un autre prêtre nommé Jobin n'avait point de domicile fixe et paraissait tantôt à Blussans, tantôt à Médière et à la Prétière, où il disait nuitamment la messe. « J'ai cherché, ajoutait Guilloz, autant qu'il était en moi, à \es surprendre ; mais les gendarmes de nos environs ne sont pas heureux dans leurs courses. J'avais encore en mon pouvoir une autre mesure dans le mouvement de la garde nationale; mais, dans la crainte de compromettre la force publique, j'ai cru devoir en informer l'administration. »

Le département répondit, le H octobre, « que Guilloz était chargé de procurer instamment l'arrestation de tous les prêtres réfractaires dans son canton, notamment à Bournois, Lanthenans etBlussans; qu'à cet effet, il se concerterait avec le commandant de la garde nationale et les chefs de la gendarmerie d'Arcey et de Clerval, sur le nombre et le choix des citoyens propres à assurer le succès de cette opération, qui exigeait du secret, de la prudence et de l'activité. » Guilloz devait en outre rendre compte des résultats d'une campagne si bien organisée à l'avance.

Guilloz manda, le 5 novembre, qu^il n'avait pu mettre à exécution l'arrêté du département, parce que les prêtres réfugiés dans le canton avaient pris la fuite à l'arrivée des troupes expédiées à Rougemont et dans les autres cantons voisins. Quelque temps après, Perriguey, envoyé en mission dans l'ancien district de Baume, fut plus heureux. Le i9 décembre, il annonça au département l'arrestation de M. Pernot, l'un de ces intrépides proscrits. De retour de sa

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âli^ion^ Tex-praticien exposa à ses collègues, le 45 janvier, <Jtle le prêtre Pernot avait été arrêté à Bournois; que son gtand âge et ses infirmités n'ayant pas permis de le transférer à Besançon, il était gardé à ses frais chez ses parents; itlais que cette mesure était très dispendieuse pour sa famille. En conséquence, Perriguey proposa de le retenir en ai*restation dans son domicile, sous la simple surveillance de Tagent municipal, et moyennant l'engagement par sa famille de le reproduire à toute réquisition.

XXIII. Le canton de Jougne jouit d'une tranquillité qui ne fut guère troublée que par une expédition organisée dans la nnit du 6 au 7 mars contre la commune de Montperreux. Cette expédition, composée des gendarmes de Pontarlier, de célix de Jougne, et d'un détachement de troupes, était dirigée pét Piquet, lieutenant de gendarmerie, assisté des brigadiers Ravier et Pequignot, et par Petit, commandant des chasseurs. « Ensuite des ordres du capitaine de gendarmerie Thierry, disent-ils dans leur rapport, nous nous sommes transportés à Montperreux pour y faire la recherche d'un nommé Bruchon, ex- vicaire de la commune, et nous y sommes arrivés à cinq heures du matin. Accompagnés du citoyen P.-Jos. Gagelin, agent municipal, nous avons procédé aux visites domiciliaires dans différentes maisons soupçonnées de servir d'asile à ce prêtre. Nous avons investi la maison de J.-F. Belle, l'appartement de CL-P*" Gagelin et le domicile d'Ant. Monnier, chez lequel on nous a affirmé que le culte avait été exercé au mépris des lois. Nous nous sommes rendus également au domicile du ci-devant capucin Tavernier, accompagnés de l'agent, qui, après avoir signé, à la séance du Si nivôse an iv, une délibération pour l'arrestation des prêtres, a souffert que le prêtre Bruchon exerçât ses fonctions. »

Jouffroy, commissaire du Directoire à Jougne, en transmettatît cette pièce à Quirot, ajouta : « Gagelin, agent, eât au moins aussi ennemi de la chose publique et des lois que ce prêtre. 11 le tolère et Ton m'a même assuré qu'il avait été lui-même le chercher en Suisse. Quoique ce prêtre eût ref^ù la chasse par les gendarmes le 47, le 49 et le 20 ven-

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tAse courant (7^ 9 et 10 mars)^ il a dit déjà la messe chez un nommé Monnier, de cette commune. Les enfants et toute la famille de Gagelin y assistèrent. C'est une chose grave à reprocher à cet agent. Il en est d'autres plus abominables encore^ ne fût-ce que d*avoir voulu s'opposer, il 7 a environ deux ans, temps où il était officier municipal, à ce que P.-Jos. Girard, alors agent de la commune, affichât les lois à la porte de Téghse, heu ordinaire. Enfin, cet homme a été destitué à difierentes fois de ses fonctions d'officier municipal ou d'agent, et il le mérite encore. Il peut être remplacé très avautageusement par F.-Jos. Girard, dont le civisme est bien connu et qui est le seul patriote de Montperreux. ù

Le département répondit, le 17 mars : « Les faits dont vous rendez compte sont graves, et ils suffiraient au delà pour faire prononcer la destitution de Gagehn et le dénoncer à l'accusateur public. Mais les faits, quoique précisés dans votre lettre, ne sont appuyés d'aucune preuve. C'est pourquoi nous désirerions que vous voulussiez bien faire tous vos efibrts pour en acquérir et nous les transmettre le plus tôt possible. »

Heureusement, les efibrts de Joufiroy n'aboutirent pas, et la commune de Montperreux, si unanime dans sa foi, eut la bonne fortune de ne pas retomber sous le joug de son ex-tyran Girard.

M. J.-F. Falconnet, desservant de Métabief, âgé de soixante-sept ans, se trouvait encore en Suisse^ lorsque le gouvernement helvétique intima à tous les proscrits français l'ordre de quitter ce pays. Le vieux prêtre repassa en conséquence la frontière et vint se présenter à l'administration cantonale de Jougne, le 7 août, en déclarant qu'il ne savait plus où se réfugier, et en demandant, à i aison de son grand âge et de ses infirmités, l'autorisation de se retirer, provisoirement et sous caution, dans la commune de Saint- Antoine, ce qui lui fut accordé. Mais il était à peine depuis huit jours dans cette retraite, qu'il fut arrêté par la gendarmerie et conduit au fort de Joux. Il y resta longtemps; car, le 12 janvier de Tannée suivante, Billon, commandant

tPREUYBS DBS PRÊTÉES ET DBS FIDÈLES. 3î^

du fort, écrivit pour se plaindre « que ce vieillard confessait nombre de personnes, qui, sous prétexte de venir lui parler, n'y allaient que dans l'intention de se faire absoudre. » Le 25 février suivant, M. Falconnet demanda au dépailement sa liberté, en faisant observer qu'il avait été déporté injustement, car il avait prêté le serment civique de 1790 et le serment de liberté et d'égalité, le premier, il est vrai, avec des explications qui n'avaient point été agréées par le district de Pontarlier. Le département répondit, deux jours après, qu'il ne pouvait pas relever ce prêtre de la déportation, au moment où le Corps législatif s'occupait de régler le sort des déportés ; mais qu'à raison de son âge et de ses infirmités, et pour adoucir les rigueurs de sa détention, il serait transféré du fort de Joux à la maison des Capucins de Besançon, sous la conduite et la responsabilité de son neveu Salomon, de Morteau. M. Falconnet ^t observer, dans une nouvelle supplique, qu'il ne restait plus dans la maison des Capucins que quelques cellules fort étroites et mal fermées, où il ne pourrait résider sans voir aggraver le rhumatisme goutteux dont il souffrait, et qui exigeait bien des soins incompatibles avec le régime d'une prison. Il demandait, en conséquence, à être renvoyé à Morteau dans sa famille, sous la surveillance de la municipalité et sous la caution personnelle d'Ant. Pion, négociant à Besançon, et de son neveu Salomon, comme on l'avait déjà accordé aux prêtres Marmier, Tavernier, Gresset et Léoutre. Le département ne fit droit qu'à demi à cette réclamation, dont il reconnut du reste toute la légitimité, et il décida, le 7 mars, que M. Falconnet demeurerait en réclusion dans une maison particulière à Besançon, sous la surveillance des autorités. Mais au bout de quelque temps, le vieillard revint i la charge, en faisant observer qu'il n'avait pas les moyens de subsister à Besançon. 11 demandait à être envoyé à Pontarlier, où il avait une nièce qui le nourrirait et le soignerait dans ses infirmités. Le ^9 mars, le département lui donna pleine satisfaction.

Le canton de Jougne répondit en ces termes à la circulaire de Quirot (du 22 octobre) contre les prêtres : « L'adminis-

vni. 23

354 CHAPITRE LXXY.

tration n'a cessé de prendre des mesures pour empêcher leur rentrée sur le sol de la république et pour les faire arrêter. Les arrestations fréquentes et multipliées qui n'ont cessé d'être faites par ses soins prouvent évidemment sa sollicitude. Elle vient encore de faire arrêter deux émigrés. La haine implacable que méritent les imposteurs, les agents du fanatisme et de la tyrannie, sont de forts stimulants pour nous déterminera ne jamais composer avec le devoir. — Lombarde fils aîné, président, Angélique Saillard, Jos. Gauthier, J.-Jos. Lanquetin. » Il n'est resté aucune trace des prétendus exploits de ces paisibles foudres de guerre.

XXIV. Dans le canton de Levier, le jeune Gallet, commissaire du Directoire, après avoir appelé contre l'administration et les habitants l'intervention de la justice et destroupes, trouva lui-même qu'il avait dépassé la mesure, au moins à l'égard du président du canton, et, le 6 février, il écrivit à Quirot : « Melin n'est pas un homme dangereux. Il est trop livré aux préjugés pour assurer l'exécution des lois qui les contrarient; mais son ignorance et sa bonne foi méritent quelque pitié. Je serais bien mortifié qu'il éprouvât d'autre désagrément que le remplacement et la peur. Quant à l'agent municipal, c'est un apôtre du fanatisme, qui passe pour n'avoir ni religion ni probité. Sa femme rassemblait, le 6 pluviôse, celles qui se sont présentées à l'administration avec quelque caractère de sédition. Le prêtre Melin est un fanatique dangereux, qui compte beaucoup sur les mouvements populaires en sa faveur. »

Il existait, malheureusement, dans le même canton, à Villeneuve-d'Amont, un terroriste en disponibilité, Jac. Calher, ex-administrateur du district de Pontarlier. Ne pouvant plus poursuivre, il s'en dédommageait en dénonçant. De concert avec P.-Bonav. Cagnon, de Levier, il écrivit, le ^2 février, au département, qu'un mois auparavant on avait fait sonner la clocbe pendant très longtemps à Villeneuve; que les habitants s'étaient rendus à l'église en même temps que l'ancien curé Petite et l'abbé Clerc, déporté; que ce dernier avait annoncé la rétractation du curé Petite et sa réhabilitation par l'évêque de Lausanne, et que la cérémonie

£PRBUYES DBS PRÊTRES ET DBS FIDÈLES. 355

s'était terminée par la messe et le chant du Te Deum ; que de là, les deux prêtres étaient allés dîner chez Phil.-Jos. Arbaud, agent municipal, avec P.-F. Pellerin, qui avait fait les fonctions de chantre, et qu'ils s'étaient ensuite rendus à Gevresin. Lès dénonciateurs ajoutaient qu'avant cette époque, l'abbé Clerc venait déjà dife la messe à Villeneuve, et qu'il trouvait toujours chez l'agent municipal tout ce qui lui était nécessaire, et même un guide pour le reconduire; qu'il s'était élevé une rixe au sujet des vêtements sacerdotaux qu'on avait rachetés pour servir aux prêtres soumis aux lois, et qu'ils avaient été pris de force par des femmes pour être mis à la disposition de l'abbé Clerc ; enfin, que Guillaume Ducoulon, adjoint de Villeneuve, était complice de tous ces délits et partisan déclaré des prêtres réfractaires. Mais le plus grand scandale, au dire des dénonciateurs, était de voir le prêtre déporté Melin résider publiquement chez son frère, président de l'administration, et l'autorité supérieure laisser en fonction un magistrat si coupable : « C'est, disaient-ils, ce qui porte le peuple à vouloir impérieusement ce prêtre pour fonctionner. Cela est si vrai, que, plusieurs fois, malgré la gendarmerie réunie devant l'église pour saisir ce prêtre, le peuple l'a fait évader. Dernièrement encore, si la gendarmerie n'eût pas voulu épargner le sang, il y aurait eu sans doute une action engagée entre elle et le peuple. P.-Cl. Roussel, agent, et Cl.-Jos. Sutty, adjoint, partagent pleinement les opinions fanatiques du président ; et Marie-F. Cordier, juge de paix, nommé par la cabale fanatique, n'a fait aucune information contre les auteurs de ces désordres. »

Stimulé par ces deux patriotes, et encouragé par l'arrivée des troupes envoyées en cantonnement dans ces contrées, Gallet se mit de nouveau en campagne contre les prêtres réfractaires. A sa réquisition, F.-Jos. Comoy, lieutenant de gendarmerie à Pontarlier, se rendit à Levier, le 22 février, avec un maréchal des logis, quatre gendarmes et six chasseurs à cheval, pour se saisir de l'abbé Melin. A cinq heures du matin, la maison de M. Jos. Melin, père du proscrit, était cernée par la troupe, et l'agent municipal requis de venir assister

3S6 CHAPITRE LIXV.

à la perquisition. M. Nicolas Melin, président du canton, se présenta aux envahisseurs, leur demanda ce qu'ils voulaient, s'ils avaient des ordres en règle, et, sur l'exhibition de leur mandat, leur laissa l'entrée libre. « Nous avons commencé, dit Comoy, à faire la visite la plus scrupuleuse, et n'ayant pu découvrir le prêtre, nous avons trouvé dans une chambre, sous un lit, les brochures ci-après : 1" Lettre écrite par M. D. à M, C, curé y pour l'engager à rétracter le serment. 2* Extrait des entretiens sur la religion entre des personnes de la campagne. 3" Question importante. Des différentes religions de France et de la nouvelle. A'^ Preuves de la véritable religion catholique. 5" Bref du pape. 6*^ Réflexions du peuple français. 7" Catéchisme sur le clergé de France. 8* Rétractation et déclaration de Jos. -Marie Vielle t, curé de Chêne, diocèse de Genève. 9* Rétractation et déclaration de Ch.-Jos, Barbier, ci'devant curé. 10" Prière d'un curé déporté. H* Instruction pastorale de M. févêque de Langres sur le schisme de France. Lesdites brochures ont été remises entre les mains du citoyen Gallet. »

Quatre jours après, Gallet rendit le compte suivant de cette expédition à Quirot : « A l'arrivée du détachement de Barbézieux, j'ai cru qu'il était temps enfin de vaincre la résistance à la loi, par des mesures prudentes et fermes. Après avoir consulté l'impression que faisait l'envoi de cette force, que le prêtre rebelle avait voulu voir défiler lui-même, comme pour braver la volonté nationale, je me suis décidé à dépêcher secrètement une ordonnance à Pontarlier, portant invitation de faire rencontrer sans délai un nombre de gendarmes suffisant pour assurer la prise, si elle avait lieu, ou intimider au moins les mutins.... Je suis informé qu'on se propose de dénaturer cette démarche/ sous prétexte que j'ai fait violer l'asile d'un fonctionnaire public. Celte récrimination sera appréciée à sa valeur. Présentement le prêtre a disparu, la loi est satisfaite, et l'exemple est donné dans le chef-lieu du canton. J'espère obtenir plus facilement qu'il sera suivi ailleurs. »

Sept jours après, Gallet organisa une nouvelle expédition contre le curé de Villeneuve. 11 requit le commandant des

volontaires en garnison à Levier de fournir un détachement de vingt hommes dirigé par un officier intelligent, pour accompagner la gendarmerie, le lendemain, à quatre heures du matin. A la téta de cette troupe, P. Laurentsot, brigadier de gendarmerie, se rendit, à 1 heure dite, à Villeneuve. Il fit entourer le presbytère et la maison de J. Duchet, soupçonné de donner asile à M. Petite, requit l'agent municipal Ai;})aud de l'assister dans ses perquisitions, fouilla tout à son aise et rentra à Levier les mains vides.

Attristé par cet insuccès, Gallet écrivit, le même jour, à Quirot : « Le prêtre Melin a cessé de paraître, mais comme les rassemblements continuent sous les auspices de quelques meneurs et au son de la cloche, j'ai rappelé, par des circulaires aux agents municipaux, l'exécution des lois relatives à la police des cultes. Je ferai poursuivre à la rigueur tous les contrevenants. Mais les communes de Boujailles, Arc et Septfontaine n'étant représentées par aucun agent ou adjoint avec qui je puisse correspondre et me concerter pour la police, ces communes sont comme détachées de ma surveillance. Le prêtre Petite s'est dérobé par la fuite aux poursuites commencées contre lui. Je n'en presserai pas moins le juge de paix de continuer, afin d'éloigner au moins par la peur cet artisan de troubles et d'agitation. Les formes constitutionnelles ne me font pas attendre grand succès de mes efforts, parce que la nécessité du concert fait jusqu'à un certain point disparaître celle du secret des mesures, ce que j'ai éprouvé aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, je tâcherai au moins de réduire à la fuite tous ces prêtres libelles, qui ont dépravé l'opinion, si je ne peux parvenir à les faire capturer. »

Le 40 mars, Gallet écrivit encore à Quirot : « Les fonctions publiques des prêtres déportés ne se continuent plus depuis environ douze jours. Déjà plusieurs communes ont fait pré^ senter leurs déclarations, portant que les signataires désirent se rassembler pour prier en commun, sans l'assistance d'aucun ministre, aux heures qui seront indiquées par l'administration. Le son des cloches a cessé ; mais, attendu q^'aucun des ministres rebelles n'a été saisi, et qu'il est à

358 CBAPITRB LUT.

présumer qu'ils ont pris seulement le parti de se cacher, je n'en suis pas moins exactement les traces de chacun d'eux. 9

L'agent et l'adjoint de Levier, attaqués, ne se bornèrent pas à la défensive. Le 17 mars, ils signalèrent au département les gendarmes comme étant habituellement en état d'ivresse, cherchant dispute aux citoyens, tirant des coups de pistolet, et au mépris de la constitution faisant des visites domiciliaires nocturnes. Le 32 mars, ils s'en prirent au commissaire Gallet lui-même et écrivirent au département : « Quand nous nous mettons en devoir de requérir les volontaires de Levier d'obéir à la loi, ils ne refusent point, mais ils veulent que Gallet parte avec eux, puisqu'il est réquisitionnaire comme eux. Depuis brumaire an in jusqu'à messidor, Gallet a voyagé avec Pelletier, qui Ta emmené à Paris, et il n'a pas les six mois de résidence exigés par les lois pour qu'il soit commissaire. C'est ce que lui objectent les volontaires, lorsqu'il lès requiert. » Le département répondit que Gallet ayant été nommé par le gouvernement, il n'appartenait pas à un simple agent d'attaquer cette nomination. C'était une réponse d'ancien régime plutôt qu'une raison.

Dans sa séance du U avril, le canton de Levier décida, en exécution de l'arrêté du Directoire du 2i mars, qu'à chaque séance hebdomadaire, tous les agents municipaux déclareraient d'une manière catégorique s'il y avait dans leur commune des prêtres émigrés, déportés ou sujets à la réclusion; quels étaient ces prêtres et leurs receleurs; qu'ensuite on ferait retirer l'auditoire, et que l'on concerterait les mesures pour opérer les arrestations. Les agents furent également chargés de faire saisir tous les particuliers trouvés sans passe-port ou sans cocarde. Il ne manqua à cet arrêté que la bonne volonté de ses auteurs pour l'exécuter.

Cependant, au bout de quatre mois^ les gendarmes de Levier finirent par opérer une arrestation. Parrod, commissaire à Pontarlier, écrivit, le 4 septembre, à Quirot : a La gendarmerie a arrêté hier dans les bois de Levier trois prêtres déportés qui rentraient de Suisse et qu'on a conduits

tPRBCYBS DBS PRÊTRES ET DBS FIDÈLES. 3Sd

au fort de Joux, ce matin, à raison du peu de sûreté de la maison d'arrêt. Ces prêtres ont déclaré qu'il étaient rentrés avec neuf autres prêtres. »

Les trois prisonniers étaient M. Nie. Bourgeois, curé de Poitte (Jura) , âgé de soixante-neuf ans, M. Et.-Alexis Bourgeois, curé de Nance (Jura), âgé de quarante-huit ans, tous deux originaires d'Eternoz, et M. Guy Pépin , de 'Decize dans la Nièvre, âgé de soixante-dix ans. Ils se rendaient ensemble à Eternoz. Gallet fit venir de Poutarlier un renfort de gendarmerie, sous les ordres d'un lieutenant, pour assurer leur translation contre toute tentative du peuple. Ils déclarèrent, dans leur interrogatoire, qu'ils n'étaient rentrés en France que par suite du décret d'expulsion qui les avait frappés en Suisse. Le 8 septembre, le département décida que MM. Bourgeois seraient écroués dans la maison de justice, et que M. Pépin serait transféré à Nevers, pour être traduit devant le tribunal criminel de son pays natal. Mais bientôt ce voyage fut reconnu impraticable, à raison des infirmités de M. Pépin. Le 8 janvier i797, ce vieillard demanda au département sa liberté, en faisant observer qu'il était extrêmement caduc ; que, d'ailleurs, s'il avait été curé de Gouci-lez-Yarses, dans le diocèse d'Auxerre, c'était avant la Révolution ; qu'à l'époque des serments exigés, il n'était plus ni fonctionnaire public ni bénéficier, et qu'il n'avait été déporté que sur une dénonciation de six clubistes, qui ne le connaissaient même pas. Le département répondit qu'il était incompétent pour faire droit à la réclamation du prisonnier; <iu'il ne pouvait que constater l'impossibilité de le mettre en route et transmettre sa requête au département de la Nièvre ; et qu'en attendant une réponse , il resterait détenu. Depuis le 8 octobre, il avait quitté la prison des malfaiteurs pour celle des ecclésiastiques.

Le i" novembre, Gallet écrivit à Quirot, en réponse à sa circulaire du 1" brumaire contre les prêtres : «L'administra^ tion a pris une délibération qui rappelle les fonctionnaires et autres citoyens à la stricte observation des lois relatives aux émigrés, aux déportés et à l'exercice des cultes (elle est signée par Melin, président, Cordier, Paulin, Marguier et

360 CHAPITRB LXIY.

Fattelay).... Le culte public s'exerce dans toutes les corn* munes sans l'assistance d'aucun ministre , et d'après les soumissions faites par les habitants, en conformité des lois à cet égard. Il s'élève des soupçons sur l'apparition ou le séjour des prêtres déportés; mais ceux qui se cachent, se cachent bien, et des recherches multipliées, faites àla légère, lorsqu'elles n'ont aucun eflFet, excitent, d'une part, de l'aigreur et de la fermentation , tandis que, de l'autre , elles compromettent souvent l'autorité publique. L'expérience m'a démontré qu'il est dans notre canton certains hommes qui, affectant un zèle peu commun , font de temps à autre des confidences simulées qui, étant crues , donnent lieu à des déplacements de la force armée , sans produire aucun résultat. J'ai su même que quelques-uns de ces délateurs ridiculisaient ensuite les démarches de l'administration , et qu'ils profitaient du prétexte de leur inutilité pour indisposer secrètement les esprits contre les fonctionnaires qui avaient eu trop de confiance en eux. » Cette attaque contre les faux frères n'étaitelle pas à l'adresse du fougueux Callier luimême, mécontent de son inaction forcée ?

XXV. Dans le canton de Liesle, les hommes et les choses n'allaient nullement au gré du/>â^to/tfPaturot, commissaire du Directoire. Rendant compte de l'esprit public de son canton,le S mars 1796, il mandait que les prêtres insermentés disaient la messe nuitamment dans les maisons particulières, dans les fermes isolées et dans les forêts. Il sollicitait la destitution de MM. J.-F. Demesmay, président du canton, «chef des fanatiques,» J.-B. Demesmay, agent, et J. Moine, adjoint de Mesmay, Alexis Detroy, agent d'Arc-et- Senans, F. Buy, agent, et P. Fourquet, adjoint de Fourg» Humbert Masson, adjoint de Rennes, Simon-Jos. Savourey,. agent, et Et. Begille, adjoint de Buffard, Et. Bouvet, agent, et J.-Et. Jean-Sage, adjoint de Liesle, c'est-à-dire à peu près de tous les membres de l'administration. 11 réclamait qu'on les remplaçât par des citoyens disposés à faire exécuter les lois.

On conçoit qu'avec de pareils administrateurs Tarrestation des prêtres ne devait pas être facile dans cette contrée.. Aussi fut-ce en vain qu^3n s'y Uvra aux recherches les plus

fiPRBUTBS DES PRÊTRES ET DBS FIDÈLES. 36i

actives pour découvrir un prêtre que le département désirait très vivement avoir entre ses mains. Le 22 février, Rambour, alors commissaire du Directoire près le tribunal correctionnel de Besançon, écrivit à Quirot : « Je vous donne avis que le prêtre Demesmay, surnommé Boite, originaire de Mesmay, s'est réfugié dans cette commune. Ce prêtre émigré est le même qui a été saisi par la gendarmerie à Saules et qui a été délivré à Taide d'un attroupement considérable.» Les ordres furent aussitôt donnés à Derriey, lieutenant de gendarmerie à Quingey, qui se rendit à Mesmay , le 27 février, avec six gendarmes, u Nous y sommes arrivés, ditil, environ les quatre heures du soir, et sommes entrés premièrement au domicile de J.-F. Moine, que nous soupçonnions de retirer ce prêtre. Nous avons fait une exacte perquisition dans sa maison, sans avoir rien pu découvrir. Ensuite nous sommes allés chez Renobert Demesmay , parent dudit réfractaire, sans y rien trouver. Quelques patriotes BOUS ont avei*tis que le prêtre que nous cherchions ^ ainsi que d'autres, avaient effectivement passé et couché dans la commune, il y avait quelques jours, mais qu'ils n'y étaient plus. Us ont ajouté qu'ils redoutaient beaucoup leurs voisins^ qui protégeaient ces prêtres; que ce n'était qu'avec crainte qu'ils nous faisaient cette déclaration ; mais que cependant s'ils s'apercevaient du retour des prêtres, ils mettraient tout en usage pour nous en faire avertir. »

Renaud, de Quingey, à qui son ami Quirot s'était adressé pour diriger cette expédition, lui répondit, le V mars : ce Au moment de la réception de ta lettre du 3 (22 février), j'ai eu soin de te prévenir que depuis huit jours le citoyen Derriey s'en occupait ; qu'il avait des gens sûrs, chargés de l'avertir du moment favorable pour la capture de Demesmay. J'ai pensé que donner de l'éclat à cette affaire , c'était tout perdre et favoriser son évasion. Il n'y avait point d'insurrection à craindre. J'ai pris des renseignements à la sour* dine , d'après lesquels je crois être certain que depuis plus de huit jours cet individu a quitté Mesmay. Il avait des soupçons et était sur ses gardes. Dormoy a promis à Derriey de le prévenir aussitôt qu'on pourrait soupçonner qu'il est

362 CHAPITRE LXXY.

à Mesmay. Je voudrais bien maintenant que la gendarmerie ne se fût pas montrée, parce que cela va augmenter ses méfiances et Tempècher peut-être de revenir de sitôt. »

Le 47 mars, Quirot récrivit à Renaud : « Différents renseignements qui me sont parvenus , ne me laissent aucun doute que des prêtres proscrits par les lois existent dans votre canton;, que des fonctionnaires et d'autres citoyens leur ont donné asile , et qu'ils ont souffert qu'on exerçât , dans leur domicile, des fonctions sacerdotales. Le nommé Trésoret doit habiter la maison appartenant au ci-devant substitut Perroux, à Mesmay. Le prêtre Demesmay, dit Molombe ou Botte, enlevé de Saules, est chez son père, maison du côté de vent , et il est caché sur le derrière de la maison. Veuillez prendre les mesures nécessaires pour les faire atteindre par la force publique. L'un de ces prêtres réfractaires a dû être caché chez l'agent de la commune de Mesmay, appelé Mesmay-Saunier, et il y confessait. »

Le même jour, Quirot écrivit à Paturot : « Je suis instruit que le président de votre canton, fils du notaire Demesmay, a donné asile pendant huit jours, à une époque très récente, au nommé Trésoret , prêtre réfractaire (curé de Ronchaux). Je vous invite à vérifier les faits, afin que je puisse, s'ils sont certains , provoquer toute la rigueur des lois contre ce fonctionnaire prévaricateur. »

Renaud répondit à Quirot, le surlendemain : a Je viens de donner connaissance de votre lettre au Ueutenant de gendarmerie, avec la réquisition de partir sur-le-champ, avec tous les gendarmes. Déjà il avait été requis par le commissaire du canton de Liesle, dans le ressort duquel se trouve la commune de Mesmay. » Il parait que Quirot ne connaissait pas encore parfaitement la géographie cantonale de son ressort.

Le lieutenant Derriey rendit compte, en ces termes, de cette nouvelle expédition : « D'après les renseignements que nous avions reçus, l'agent et l'adjoint étaient soupçonnés de donner asile à ces prêtres. En conséquence, étant arrivés à Mesmay, environ les quatre heures du matin , nous avons investi et fouillé inutilement le domicile des citoyens De-

fiPRBDTBS DBS PRÉTRBS BT DBS FIDÈLB8. 363

mesroay-Saanier, dont l'un est agent. De là, nous nous sommes transportés chez le citoyen Moine, adjoint, où nous D^avons rien pu découvrir. Nous avons fouillé ensuite une autre maison appartenant aux frères Demesmay, et nous n'y avons rien rencontré. Après, nous sommes entrés au domicile du nommé Demolombe, qui a un parent prêtre déporté. Nous avons fait perquisition dans toutes les dépendances de sa maison, même dans une autre à lui appartenant, séparée de celle qu'il habite; la porte grillée en fer nous étant particulièrement indiquée pour communiquer à un escalier dérobé par où les prêtres s'étaient toujours soustraits à toutes les recherches ; une chapelle devant aussi être établie dans ce local. 11 nous avait ét^ dit que dans cet endroit il se rassemblait quantité de monde en contravention aux lois. Nous n'avons absolument rien découvert, pas même aperçu aucun indice qui puisse nous inspirer le moindre soupçon. Nous avons aussi fouillé la maison d'un nommé Perroux, ci-devant substitut, sans rien découvrir. »

Renaud, très mortifié de ce double échec, voulut se rendre compte par lui-même de ce qui l'avait causé. Il écrivit , le ^ mars, à Quirot : « Je me suis transporté ce matin dans la commune de Mesmay ; j'ai parlé à quelques bons citoyens. Il est hors de doute que cette commune est le réceptacle des prêtres réfractaires, entre autres de Mesmay et Trésoret. Mais il sera presque impossible de les arrêter. Ils ne vont que de nuit, déguisés, tantôt en habits de femme, tantôt en habits de mendiant et de vagabond. Ils ne couchent pas deux nuits de suite dans la même maison. Il sera cependant possible d'avoir la preuve de ceux qui leur donnent asile. Comme la commune de Mesmay n'est pas du canton de Quingey, je ne peux dénoncer les faits au juge de paix. Je me rendrai à Liesle, et je remettrai au commissaire et au juge de paix la liste de ceux qui doivent être assignés pour déposer.»

Malgré son isolement au milieu d'une administration toute dévouée aux prêtres , Paturot n'était pas tout à fait sans auxiliaires dans le canton de Liesle. On en trouve la preuve dans la plainte suivante , adressée de Champagne (Jura) au

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département duDoubs, par M. P.-F.-X. Bancenel. On y voit, en même temps, que Tordre et la tranquillité étaient encore loin de régner partout : a Le 5 de ce mois (25 mars 1796), en passant à Chay, eutre Quingey et Salins, j'ai été assailli par une troupe de furieux qui, me prenant pour un prêtre, quoique je sois père de famille depuis dix ans, et voulant m'assommer à coups de pierres et de bâtons , m'ont pour* suivi jusqu'à Rennes. L'agent et l'adjoint de cette commune, au lieu de me protéger contre ces brigands, m'ont laissé enlever de chez eux, malgré mon passe-port, que je leur ai exhibé fort en règle. Trente ou quarante individus, tant de Chay que de Rennes, y compris le capitaine de la garde nationale de cette dernière commune^ armés de fourches, piques, baïonnettes, pistolets et fusils, dont ils m'ont tiré plusieurs coups au nez, m'ont ainsi conduit de vive force hors de chez l'agent, ou plutôt m'ont traîné à Liesle, à la nuit, par une pluie battante, et à travers une grande lieue de bois. A Liesle, le commissaire m'ayant trouvé en règle, au lieu de sévir, ou du moins de dresser procès-verbal contre les infracteurs des lois et les perturbateurs du repos public, les a au contraire bien remerciés de cette preuve de leunzèle; et, sans l'honnête agent de Liesle, qui m'a retiré, cette nuit, chez lui , j'aurais peut-être été victime de ces enragés cannibales, qui, m'a-t-on dit, ne sont rentrés que le lendemain matin chez eux , après m'avoir attendu et cherché , pendant la nuit, sans doute pour se venger sur moi de leur méprise, et de ce qu'ils n'avaient pas eu les cent livres en numéraire qu'ils avaient compté avoir pour mon arrestation. Voilà trois déUts que je vous dénonce et dont je vous demande justice, tant pour moi que pour l'intérêt public. » £st-il nécessaire d'ajouter que le département ne tint aucun compte de cette plainte, et qu'à l'exemple de Paturot, il ne fit qu'admirer uq lèle patriotique devenu trop rare à son gré?

Le 3 mai, Paturot, désolé, écrivit à Quirot : « Les prêtres réfractaires font dans ces contrées plus de ravages que jamais. Je viens d'apprendre qu'à des époques très récentes, ils ont formé des attroupements et rassemblements aocturnes , et y pervertissent plus que jamais le peuple des

campagnes. Ils ont célébré, avec toute l'ancienne pompe, dans les grottes d'Osselle, canton de Byans, et à d'autres époques, dans la forêt de Chaux. Ces rassemblements, m'at-on dit, étaient composés de plus de quatre mille âmes. Ils y ont fait faire la première communion aux enfants et y ont prêché toutes sortes d'abominations. Quel parti prendre pour arrêter de semblables désordres? je n'en sais plus rien. La garde nationale sédentaire ne veut plus faire aucun service; d'ailleurs, c'est cette même garde qui les protège. La gendarmerie est trop faible et mal composée. Je désirerais que vous stimuliez, par tous les moyens que la loi remet en vos mains, les juges de paix , en leur rappelant les devoirs que la loi leur impose contre les receleurs de ces abominables scélérats. La plus grande partie de ces juges sont par trop modérés. Malgré les dénonciations et invitations qu'on leur fait, il n'en résulte jamais rien. Finalement, sans le secours de la force armée pour quelque temps, dans le ci-devant district de Quingey, je crains de funestes suites, tant de la part de ces prêtres que des lâches déserteurs de la patrie. » Le A juillet , nouvelles lamentations de Paturot. « Depuis la publication de la loi du 22 germinal, écrit-il, et de l'arrêté du département, qui interdisent l'usage des cloches pour l'exercice du culte, j'ai eu à combattre continuellement dans ce canton. J'ai dressé différents procès-verbaux contre les agents et adjoints , notamment contre ceux de Liesle , qui toléraient cet usage ancien, pour leurs conférences, congrégations, etc. Je n'ai fait mettre à exécution aucun de ces procès-verbaux , jusqu'à ce jour, sur les promesses réitérées que m'ont faites les agents et adjoints, qu'ils y mettraient bon ordre. J'ai passé environ un mois assez tranquille, tout étant rentré dans l'ordre. Mais la furie sacerdotale a relevé sa tête infernale pis que jamais. Ces scélérats fomentent les troubles et inspirent la désobéissance aux peuples plus que jamais. Les cloches retentissent de toutes parts, et notamment à Buffard. J'ai requis le juge de paix de prendre des informations. Je désirerais que le département rapportât son arrêté qui permet de sonner le matin, à midi et le soir. Presque dans toutes les communes , le coup du matin est

3d6 CHAPITRE LXIY.

sonné à la pointe du jour et sert de ralliement aux fanatiques, qui se portent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à la suite des prêtres déportés, pour entendre la messe. Enfin, je ne vois pas pouvoir arrêter le progrès du mal sans le secours de la force armée. »

Le i \ septembre, Paturot requit le juge de paix d'informer contre M. Anatoile Renicon, ancien familier, résidant à Liesle, prévenu de s'être rendu à Fourg le 4 et le 8 du même mois, d'y avoir officié publiquement^ au domicile de J.-Louis Ruellet, et d'y avoir prêché «contre les maximes du gouvernement, en présence d'une multitude de personnes de différentes communes, n Paturot y joignit les noms de huit témoins à charge.

La circulaire de Quirot contre les prêtres provoqua dans ce canton deux réponses bien différentes. L'administration cantonale écrivit, le 13 novembre : « D'après les déclarations des agents, il parait n'y avoir dans le canton aucun émigré ni déporlé. — J.-B. Patruet, J. Moyne, Alexis Détrey, Savourey. » Mais le lendemain, Paturot présenta la situation sous un jour bien différent : « Ce n'est pas sans surprise, dit-il, et sans indignation que je me vois obligé de vous retracer ici la conduite lâche et même contre-révolutionnaire des agents et adjoints des communes de ce canton. Hier je requis les agents et adjoints présents de me donner les noms et prénoms des prêtres et des émigrés rentrés qui séjournaient dans leurs communes, ainsi que de ceux qui leur donnent asile. Tous m'ont répondu par un profond silence, comme vous pouvez vous en convaincre par la réponse qu'ils vous ont faite ; et cependant il n'y a pas une commune où il ne séjourne au moins trois ou quatre prêtres, ils disent leurs offices tous les jours; dans certaines communes, la nuit et à l'église ; dans les autres, chez les particuliers. Comment voulez-vous que je fasse? Point d'autre remède que la force armée, et si on les laisse exister plus longtemps, je passerai sous peu par la sainte inquisition. 0

XXVL Dans le canton de Maiche, les catholiques ne craignaient pas de relever la tête et de faire respecter leurs

ÉPRBDTB8 DSS PR^RBS BT DES FIDÈLSS. 367

droits. Le 3 avril 1796, M. Pequignot, juge de paix, écrivit à Quirot : « Une infraction aux lois a été commise à Damprichard par le nommé Faivre, de Fessevillers (prêtre constitutionnel), se disant ministre du culte. Il est arrivé, ce présent jour, environ les dix heures du matin, suivi de plusieurs individus des communes voisines et de celle-ci, et il a fonctionné dans l'église sans s'être conformé aux lois. La commune de Damprichard se trouvant malheureusement divisée pour le culte, iine partie des habitants ont fait leur déclaration à l'adjoint municipal et ont désigné l'église pour l'exercice de leur culte. D'après un avis de Tagent et de l'adjoint, l'heure en a été fixée depuis huit heures jusqu'à onze du matin et depuis deux heures jusqu'à quatre de relevée, pour chaque dimanche. Cette partie des habitants n'a aucun ministre. Ils s'assemblent paisiblement, et depuis trois mois qu'il agissent ainsi, il n'y a pas encore eu le moindre trouble dans cette commune. Aujourd'hui qu'on les a troublés dans leur culte, on s'est vu au moment d'avoir du bruit ; mais ces paisibles citoyens ont pris le parti le plus prudent et le plus sage. Ils ont cédé le local, en méprisant les invectives, provocations et manières indécentes de ces soi-disant patriotes par excellence, qui n'obéissent à aucune loi. Mais si ledit Faivre vient de nouveau faire les fonctions de son ministère dans cette commune, sans s'être conformé aux lois et s'être fait fixer des heures autres que celles déjà fixées, on ne sera plus disposé à lui céder le local. )) — Quirot se borna à écrire au bas de cette lettre : « [1 parait que le juge de paix préfère les sectateurs des prêtres réfractaires. »

Le 42 mai, Emonin, commissaire provisoire, écrivit que les propriétaires de chevaux rassemblés pour la levée du trentième sur les chevaux et mulets, avaient réclamé contre le patriote Blondeau aîné, qui , ayant des écuries fort bien garnies, s'était soustrait à la levée. L'ex-gentilhomme n'était pas le seul démagogue qui fût accusé de repousser ainsi les charges d'une révolution dont ils se seraient volontiers contentés de recueillir tous les honneurs et les profits. A la même époque, des plaintes analogues s'élevèrent à Pon-

368 CHAPITRE LXXT.

tarlier contre Violand, commissaire du Directoire près le tribunal, qui, malgré l'accroissement notable de sa fortune, s'était mis à couvert de l'emprunt forcé.

Le dimanche 20 novembre, F.-Jos. Petit, agent municipal jacobin à Charquemont , ayant appris que M. Voisard , des Plains, ex-vicaire à Maîche, qui avait officié publiquement le dimanche précédent dans l'église de Charquemont, devait recommencer ce jour-là , comme il l'avait annoncé, envoya une réquisition à la gendarmerie de Damprichard pour venir arrêter cet ecclésiatique. Arrivés à huit heures du matin, les gendarmes virent une grande affluence et se rendirent sur-le-champ à l'église. Ils la trouvèrent remplie de monde et cinq ou six hommes installés au lutrin, chantant la messe. Mais ils eurent beau faire les perquisitions les plus minutieuses et dans l'église et dans la sacristie, ils ne purent mettre la main sur M. Voisard.

Le 14 décembre, Richard, nouveau commissaire provisoire dans ce canton, écrivit à Quirot : a Les prêtres déportés rentrés ne sont pas contents de rester cachés ; ils fonctionnent publiquement dans les églises et maisons de difiTérentes communes. Une partie du peuple soutient ces scélérats, et la gendarmerie ne peut les arrêter. Je vous demanderais de vouloir bien envoyer une circulaire à chaque agent. »

Le département ayant nommé, à cette époque, des commissaires chargés d'activer le départ des réquisitionnaires, Quirot en profita pour recommander à ces patriotes d'élite de faire arrêter les prêtres insermentés, mais surtout l'abbé Voisard. L'un des commissaires, le moine apostat Roy ou Libre (nouveau style), directeur delà poste à Saint-Hippolyte, répondit à Quirot, le 30 décembre : « Je vous proteste que mes collègues et moi ferons tout ce qui dépendra d'eux pour nous assurer de sa personne. Mais il faut avouer que la force armée est bien faible pour faire cette entreprise, attendu que ce prêtre a dans les montagnes une infinité de partisans qui s'insurgent au premier signal. Il ne serait assurément pas abandonné comme celui que nous venons d'envoyer à Besançon. Au reste, nous prendrons les mesures

fiPRBCTBS DBS PBÊTRBS BT DBS FIDÈLES. 309

de sagesse, de finesse et de célérité qu'exige renlèvement de ces corps saints ou plutôt singes et charlatans. Ils font la boue et officient publiquement dans les montagnes, au grand mépris des lois. »

Le 29 décembre, Parent, commissaire près le tribunal correctionnel de Saint-Hippolyte, écrivit à Quirot : « Je crois qu'il est de mon devoir de vous donner avis qu'avanthier la patrouille de Damprichard a arrêté le nommé Maximin Feuvrier, prêtre émigré de Gharquemont. Il a été saisi à la Gbaux de Damprichard, venant de Belfay et dirigeant ses pas vers Ghaboudot. 11 était accompagné de J.-B. Nappiot, adjoint de Belfay, qu'on aurait dû arrêter aussi. Vous voyez la conduite des agents et adjoints. Ce sont eux qui protègent les prêtres réfractaires. » Le 3 janvier, le département déclara « que Feuvrier, se disant horloger, était en réalité un prêtre déporté ou sujet à la déportation, et qu'il serait traduit devant le tribunal criminel. » Trois jours après, l'accusateur Guillemet écrivit au département qu'il ne lui paraissait pas que le prévenu Feuvrier fût sujet à la déportation, et qu'en tout cas, il convenait de le transférer de la prison ordinaire à celle des Gapucins. Il est probable que M. Feuvrier, vicaire à Blamont en 1791, en avait exercé les fonctions sans un titre légal ; mais il y avait eu une dénonciation personnelle contre lui, et à ce titre, le département décida, le 8 janvier, qu'il était bien et dûment sujet à la déportation ; il ordonna en même temps sa translation aux Gapucins.

Le 26 janvier 1 797, le ministre de la police écrivit à Quirot de poursuivre les prêtres dont les noms suivent et qui lui étaient dénoncés comme infestant le canton de Maiche : « 1" Olivier, ci-devant curé de Maiche, émigré, fanatisant cette commune ; 2° Ghagrot, ex-curé de Trévillers, fanatisant audit lieu; 3** Théophile Perrin, ex-vicaire à Trévillers, idem; 4* Maurice Boucon, très grand fanatique, sur le Mont-de-Vougney ; 5" P.-Ign. Marion, ci-devant curé à Saint-Julien, y fanatisant. »

XXVII. Le Directoire n'ayant pu trouver dans le canton de Mathay un patriote assez sûr ou assez expert pour l'y re-

viii. 24

présenter, la situation de ce canton était désolante pour les jacobins, et Rolland, agent d'Ecot, ancien juge de paix et administrateur du district au temps de la Terreur, l'exposait ainsi à Quirot, le 9 février 1796 : « Je dois t'apprendre que Messagier, notre commissaire, n'est point dans les principes républicains, et qu'il est violemment soupçonné d'être attaché à la cause des royalistes et des fanatiques, dont notre canton est rempli ; que parmi nos collègues, il n'y en a que trois ou quatre patriotes. Les autres sont fanatisés, fauteurs de prêtres réfractaires ; ce qui est cause que les désordres augmentent. Les lois ne sont pas exécutées, surtout celles qui concernent tant soit peu l'aristocratie et le fanatisme. En un mot, sur huit communes, il n'y a que les agents de Mathay, d'Ecot, de Saint-Maurice et de Colombier qui aient du patriotisme. Tout le reste de l'administration, commissaire, président, agents, etc., tout est royalisé et fanatisé jusqu'à la moelle des os. »

Le 28 février, Blanc, adjoint, et Maillot, de Villars-sous- Ecot, écrivirent à Quirot : « Le fanatisme, de concert avec le royalisme, s'obstinent de plus en plus à conserver dans notre canton les prêtres réfractaires et les émigrés rentrés. Il y a, par exemple, dans notre commune un émigré nommé Jos. Marain, ci-devant notaire, receveur fiscal et intendant des seigneurs, qui est rentré comme cultivateur, et qui actuellement encore reçoit et loge les prêtres rebelles à la loi ; c'est pourquoi vous êtes prié de rendre justice à cet individu, d'après les lois qui l'expulsent du territoire. » Victime des premiers troubles populaires, M. Marain avait été forcé par les mauvais traitements à s'enfuir. Pendant son absence, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, avaient été enfermés au château de Vaufrey comme suspects. Deux de ses enfants étaient devenus estropiés, et un troisième, âgé d'un an, était mort, à la suite de leur incarcération ; sa maison avait été saccagée, et sa famille maltraitée par les volontaires. L'exilé, après avoir exposé au département tous ses malheurs, demandait à être déchargé des contributions et réquisitions pendant dix ans, et l'administration cantonale avait appuyé sa demande. Les jacobins de Vil-

ÉPRBUTES DBS PRÊTRES ET DES FIDÈLES. 371

lars, qui avaient trempé dans les excès dont se plaignait M. Marain, signèrent, au nombre de vingt-un, une contrepétition pour représenter que le plaignant était déjà connu comme tracassier avant la Révolution^ et qu'il faisait alors trembler ses concitoyens; que ses procédés inciviques avaient forcé la garde nationale à le conduire au tribunal du juge de paix; que les lois avaient également forcé la municipalité et le comité révolutionnaire de Villars à faire mettre en réclusion la famille Marain ; et que si l'un des enfants était mort et deux autres devenus boiteux, ce n'était pas à la municipalité de gouverner la nature; qu'enfin, si les volontaires et les soldats avaient brisé les fenêtres du proscrit, il était facile de comprendre qu'exaspérés par une guerre longue et cruelle imputée aux émigrés, ils s'en prissent aux propriétés de pareils suppôts; qu'en conséquence, on ne devait à cet odieux émigré que l'expulsion. Cette dénonciation fut adressée directement au ministre de Iji police, qui écrivit, le 15 mars, à Quirot : « Je vous charge de provoquer sur-le-champ, s'il y a lieu, toutes les mesures nécessaires pour l'arrestation de Jos. Marain, cidevant notaire émigré, chez lequel on dît que logent des prêtres réfractaires. »

Cette lettre étant demeurée sans résultat, les jacobins de Villars s'adressèrent de nouveau au ministre de la police, et, le 16 mai, Cochon, successeur de Merlin, récrivit à Quirot, en se plaignant de la négligence de l'administration, et en demandant qu'on lui rendit compte immédiatement des informations qu'on avait dû prendre.

Un autre patriote, P.-Jac. Barret, de Berche, écrivit de son côté à Quirot, le 20 mars : a Je m'empresse de vous écrire ce qui se passe dans notre canton de Mathay. Vous n'ignorez pas que, dans les assemblées primaires, il y eut une scission. Le président et le juge de paix ont été nommés par cabale, contre le gré des vrais patriotes de 89. Le commissaire du pouvoir exécutif et presque tous les agents sont du parti des prêtres réfractaires. Je vous citerai Etouvans et Mandeore, du canton d'Audincourt (faisant alors partie de la Haute-Saône). On peut appeler ces deux com-

372 CHAPITRE LXXY.

munes la retire des prêtres réfractaires , puisqu'elles en fournissent dans nos contrées nuit et jour. Les villages sont peuplés de volontaires aristocrates retenus par ces prêtres, qui les séduisent. La moitié des personnes et même des villages donnent des aliments à ces monstres, qui ne cherchent qu'à faire répandre le sang des vrais républicains. Tout cela reste impuni. » Ce digne patriote en concluait qu'il fallait remplacer les autorités par « de veray repubUquain^ » ce qui était le but principal de sa lettre.

Le i^^ avril, les agents jacobins qui faisaient partie de l'administration de ce canton, Rolland, Granjon, Renaud, Vautherot^ Alix et Morel, adressèrent au département une nouvelle plainte sur le même sujet. Ils représentaient les prêtres retirés dans le voisinage, comme prêchant le fanatisme et la désobéissance aux lois, insultant les patriotes et attirant un peuple ignorant à leurs sermons et à leurs confessionnaux. «L'un d'eux, disaient-ils, est l'abbé Flottât, évadé du fort de Blamont, et résidant à Etouvans, qui ne cesse de voyager nuitamment, confesse et distribue des écrits incendiaires, qui se lisent en cachette dans les maisons. Nombre existent à Mandeure, où le curé, soi-disant constitutionnel, les protège. Là, ils disent également la messe jour et nuit, et le peuple s'y porte en foule. Si on laisse aggraver un tel mal, les insultes amèneront les coups, n serait à désirer qu'une force armée soit envoyée pour entourer ces deux villages, afin de saisir ces êtres immoraux et les livrer à la justice. On ne peut employer la garde nationale, puisqu'une grande partie les protège. »

Les communes de Berche et de Dampierre ayant été dénoncées comme recelant des prêtres réfractaires, l'administration cantonale déclara, le 5 avril, qu'il n'y avait absolument aucun prêtre dans ces deux communes, depuis que le citoyen Girardin,curé constitutionnel de Dampierre, s'était retiré à Mathay .

Le 23 avril , les patriotes de Villars-sous-Ecot écrivirent, à leur tour, au département^ que son arrêté contre les prêtres ne s'exécutait pas dans le canton, et que plusieurs chefs de l'administration recelaient eux-mêmes les prêtres qu'ils étaient chargés de faire arrêter.

ÉPREUVES DBS PBÊTRES ET DES FIDÈLES. 373

Les prêtres déportés continuant à établir leur quartier général à Mandeure, Gh.-Nic. Méquillet, commissaireà Blamont, en prit ombrage aussi; et, le 22 mai, il demanda aux administrateurs du Doubs d'écrire à leurs collègues de la Haute- Saône de mettre fin à ces rassemblements de prêtres: « Généralement, écrivait-il à cette occasion^ les habitants de la ci-devant principauté de Montbéliard ne sont ni patriotes ni républicains, et les habitants catholiques de Mandeure sont très superstitieux. »

Du reste, les jacobins ne se lassaient pas plus quelles catholiques ; ils renouvelaient leurs dénonciations restées sans succès, et, le 30 août, le ministre de la police manda à Quirot: « On m*écrit que les communes de Berche et de Dampierre servent de refuge à beaucoup de prêtres déportés, et qu'il résulte de Tinfluence funeste qu'ils acquièrent de jour en jour sur l'esprit des habitants de ces communes une violation continuelle des lois. On me dénonce les agents municipaux de ces communes comme favorisant de tout leur pouvoir ces infractions. Je vous charge, s'il y a lieu, de provoquer des mesures. » Quirot, après avoir consulté le commissaire Messagter, répondit qu'il n'y avait aucun prêtre dans les communes dénoncées ; qu'aucune plainte n'était parvenue à l'administration à ce sujet; que le repaire principal de ces proscrits était à Mandeure et à Etouvans, dans la Haute-Saône ; qu'on s'en était plaint à l'administration de ce département , et qu'il ignorait si elle avait pris des mesures pour éloigner a cette peste publique. »

S'il y eut des mesures prises, elles restèrent sans résultat; car, le 6 novembre, Granjon, agent de Mathay, faisant l'office de commissaire, et répondant à la circulaire de Quirot contre les prêtres, répéta que les déportés avaient leur repaire à Mandeure et à Etouvans ; qu'ils voyageaient la nuit et se répandaient dans plusieurs communes du canton de Mathay en cachette ; qu'ils avaient partout des espions si actifs et si habiles qu'on ne pouvait apprendre leur passage qu'après leur départ. Il signalait en particulier l'abbé Flottât comme se rendant souvent d'Etouvans à Dampierre, y di-

374 CHAPITKB ULXY.

sant la messe et administrant les sacrements , avec la complicité de l'agent municipal.

XXVIII. Les prêtres proscrits trouvèrent un asile dans le canton de Montbenoit commeldans tous les autres. Le 2^ mars 1796, le ministre de la police y signalait leur présence et appelait sur ce point la sollicitude deQuirot. Cependant ce ne fut guère qu'une année après, qu'eut lieu la première arrestation. Le 8 février 1797, M. Cl.-F. Faivre-Pierret, vicaire en chef àLièvremont, fut arrêté dans la commune des Allemands par les gendarmes de la Presse et des Allemands, réunis au nombre de neuf. Cette opération ne s'accomplit pas sans de grandes difficultés.

« Au moment, dit Caraillon, chef de l'escouade^ où nous sommes sortis de la caserne des Allemands pour conduire à Pontarlier, par le chemin ordinaire, le prêtre Faivre, que nous venions d'arrêter dans la maison de Nie. Dernier, nous avons aperçu un rassemblement qui venait tant du côté des Allemands que des Etraches, et qui se portait du côté où nous devionâ passer, dans le dessein de nous enlever ce prêtre. Pour déjouer leurs projets liberticides, nous avons changé notre marche et pris le chemin de Montbenoit, où nous espérions avoir du renfort. Etant environ à un quart de lieue des Allemands , ils se sont aperçus de notre marche rétrograde et se sont portés de notre côté. Lorsque nous avons été à portée de les voir distinctement, plusieurs d'entre nous ont reconnu Maire et Girardier, préposés des douanes aux Allemands, armés de fusils , le petit Dernier dit le Vieux, armé d'une hache, P. -F. Dornier-Henrjr, les deux fils de Cl.-Ant. Dernier, les deux fils et le domestique du boiteux Guyon, armés de pieux, et F.-Jos. Dernier, armé d'un fusil. Nous avons reconnu aussi Cl.-Jos. Dernier et Gl.- Ant. Dornier-Henry père. Dans ce moment, il nous a été tiré un coup de fusil venant de l'attroupement, et nous savons qu'il a été tiré par Girardier. Les personnes qui composaient l'attroupement étaient, dans ce moment , environ trente. Mais, en continuant notre route, l'attroupement se grossit, et nous avons été obligés de nous mettre plusieurs fois en bataille, en les sommant^ au nom de la loi, de se re-

tPRBUTBS DBS PBÊTRBS BT DBS FIDÈLES. 375

tirer, ce qu'ils n'ont pas voulu faire. Ils n'ont cessé, pendant le trajet, de nous injurier. Nous avons même distingué, parmi les hurlements, plusieurs voix qui criaient : // faut qu'il en tombe/ Quand nous sommes arrivés à Montbenolt, l'attroupement était composé d'environ trois cents personnes, tant hommes que femmes, dont quelques-unes nous ont jeté des pierres. Quelques-uns aussi nous ont demandé de leur remettre le prêtre de bonne volonté, avec un ton menaçant; à quoi nous n'avons pas voulu consentir. Voyant que l'attroupement grossissait toujours, nous avons envoyé plusieurs gendarmes sur différents points, avertir nos camarades, pour nous donner du secours. Le gendarme Boiilon étant parti, vers les cinq heures du soir, par des chemins détournés, avec ordre de demander de la force aux chefs supérieurs , il fut arrêté dans le bois d'Hauterive par le préposé Maire, armé d'un fusil et de deux pistolets, qui lui demanda où il allait, et l'arrêta, en lui défendant d'aller plus loin , sans quoi il lui brûlerait la cervelle ; et il le reconduisit ainsi jusqu'à Montbenolt. Le gendarme Monnier fut envoyé dans le même but; entre Montbenoit et Spey, il fut tiré sur lui plusieurs coups de fusil qui ne l'ont pas atteint et ne l'ont pas empêché de continuer sa route. »

Les gendarmes, dans leurs dépositions ultérieures, ajoutèrent que M. Faivre officiait aux Allemands, au mépris des lois; qu'ils avaient trouvé sur une table et emporté un bréviaire, un missel et une tablette de marbre; que les douaniers Maire et Bonnet mangeaient avec le proscrit au moment même de son arrestation ; que Guyon, sergent de la garde nationale et cousin de l'abbé Faivre, requis par écrit de commander douze à quinze hommes pour protéger l'escorte , avait, après avoir parcouru le village, déclaré n'avoir trouvé personne de bonne volonté; que Boiron, sous-lieutenant des douanes, était du rassemblement ; et que les insurgés ne cessaient d'appeler les gendarmes GrippenJésus; que parfois au contraire, ils proposaient aux gendarmes de les faire boire, et que le prisonnier leur avait offert de l'argent pour ralentir leur marche et laisser à ses partisans le temps de l'enlever ; que ce prisonnier marchait à contre-cœur et se cou-

376 CHAPITIB LUT.

chait même quelquefois, pour donner de l'aTance au rassemblement; que, près du bois plus haut qu'Hauterive, le brigadier avait dû détacher trois gendarmes au bord da bois, afin de retenir le rassemblement et d'empêcher que la marche de l'escorte ne fût coupée, dans le bois même.

EnarrivantàMontbenoit, unepartie de l'attroupement resta cachée derrière les murs et les haies ; mais les autres, au nombre d'environ cent cinquante, s'avancèrent jusque sur la place publique en manifestant toujours l'intention de délivrer le prisonnier. CI. Gardey , nommé président du canton parle Directoire, et Bourgeois, agent municipal , se revêtirent de leurs écharpes, et, accompagnés de la force armée, se rendirent aa milieu del'attroupement pour le disperser. On parlementa, M. Jos. Baverel, ex-agent national deLièvremont, prit la parole et réclama l'élargissement deM.Faivre. Sqr le refus des autorités^ il demanda à conférer au moins avec lui, ce qui fut accordé. Pendant ce temps-là, l'attroupement, cédant aux instances des autorités de Montbenoit, se dissipa sans résistance.

Mais toutes les difficultés n'étaient pas levées ; il fallait encore conduire le prisonnier au fort de Joux, en passant près de Lièvremont, son ancienne paroisse. Le maréchal des logis Moufiet déclara qu'il avait trop sujet de craindre d'être assailli en route par lamultitude, pour essayer d'opérer cette translation avec ses seules forces. En conséquence, l'agent de Montbenoit envoya un courrier àGilley, auprès de Nicod, commissaire du Directoire, qui mit en réquisition cent cin* quante gardes nationaux sûrs. Ceux-ci arrivèrent vers minuit à Montbenoit et commencèrent par y maintenir les catholiques en respect, en faisant patrouille tout le reste de la nuit. Hs escortèrent ensuite la gendarmerie jusqu'au delà d'Arçon. Dans cette commune , il se forma plusieurs groupes de femmes qui assaillirent la troupe à coups de pierres. Les soldats furent obligés de les disperser à coups de plat de sabre. Des détachements envoyés en avant comme éclaireurs aperçurent encore, entre Arçon et les Maisons-du-Bois, un groupe d'hommes armés. Mais ceux-ci , à l'aspect d'une troupe si considérable, prirent la fuite, sans qu'il fût possible de les atteindre. Le 9 février, M. Faivre fut remis entre les mains

tiPREDYES DES PIÈTRES ET DES FIDftLBS. 377

de Billon, commandant du fort de Joux, et interrogé par le jnge de paix.

Nicod écrivit à Quirot, deux jours après : <( Vous aurez soin, je vous prie, de faire punir cet individu suivant les lois; car, s'il était élargi comme bien d'autres, cela dégoûterait totalement les patro.uilles. » Il est triste de voir à que) degré ce fonctionnaire, qui était un honnête homme et même un chrétien, portait la haine contre le clergé insermenté. Cette passion lui faisait violer jusqu'aux lois de la plus sim-^ pie équité. Il écrivait, le 30 octobre 4796, à Quirot: « J'ai tenu assez ferme contre les réclamations des parents de trois ou quatre prêtres portés sur la liste des émigrés, qui demandent à les faire considérer seulement comme déportés. Ils produisent les certificats et remplissent les formalités^ exigées par les lois : que faire? » Un homme loyal aurait-il dû le demander?

Le 25 février, le département fut appelé à statuer sur une pétition de M. J.-Cl. Faivre, cultivateur à la Longeville, tendant à obtenir que l'abbé Faivre fût transféré du fort de Joux à rhôpital .de Pontarlier, pour y recevoir les soins nécessités par son état de maladie. L'administration décida qu'il était à craindre que le séjour d'un prêtre insermenté à l'hospice de Pontarlier ne donnât heu à quelques rassemblements; que le prisonnier pouvait trouver dans la maison de réclusion des Capucins de Besançon tous les soins exigea par son état et y occuper une chambre particulière ; qu'en conséquence, il y serait transféré.

Les gendarmes avaient eu trop à souffrir, dans leur expédition contre l'abbé Faivre, pour laisser leurs agresseurs impunis; d'ailleurs, ils étaient, depuis leur victoire, en butte à de nouvelles avanies. Les gendarmes Thiébaud, Gamache et Defrance, stationnés aux Allemands, représentèrent donc i Thierry, leur capitaine, que depuis l'arrestation de l'abbé Faivre ils n'avaient pas cessé d'être injuriés journellement parles préposés des douanes, notamment par le lieutenant Antoine, par Girardier, Faivre dit le Grand, Maire, sa femme et la femme de Cl.-Ant. Dornier-Henry; que ces individus se flattaient de leur ôter la vie; et que la femme Maire avait

378 CHAPITRE LXIY.

déclaré que si le peuple avait été comme elle, les gendarmes auraient été hachés en morceaux. Les plaignants assuraient qu'ils ne pouvaient sans danger continuer leur service, n'étant que trois au milieu de leurs ennemis.

Le 25 février, Gomoy, lieutenant de gendarmerie, ouvrit une information en qualité d'officier de police judiciaire. Les témoins reproduisirent les détails relatés plus haut. L'un d'eux ajouta : u M'étant rencontré dans une auberge, aux Ëtraches, je fus assailli par deux préposés des douanes, dont l'un s'appelle Lhomme. Us me reprochèrent de n'avoir pas ^té à la messe que le prêtre Dernier avait dite à l'église des Allemands. Je leur répondis que j'étais Ubre , et qu'euxmêmes faisaient bien mal leur devoir et gagnaient bien mal leurs appointements. Alors ils me tombèrent dessus à coups de sabre^ dont je porte encore la marque à la cuisse gauche, et je reçus plusieurs coups de poing à la figure. Dans la mêlée, je perdis deux pommelles en fer, que j'avais achetées à. Pontarlier, et mon argent. » Après l'audition des témoins, Comoy lança des mandats d'amener : 1" contre Nie. Dernier, •comme ayant recelé l'abbé Faivre ; 2" contre les douaniers Maire et Bonnet, trouvés mangeant avec ce proscrit, « et par conséquent prévenus d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis de l'Etat; » 3* contre Maire et Girardier, pour avoir fait partie d'un attroupement armé destiné à empêcher l'exécution de la loi , et ce dernier, encore pour avoir tiré un coup de fusil contre les gendarmes; 4° contre Gl.-Joseph Dernier, des Allemands, prévenu d'avoir fait partie du même rassemblement. Le 42 mars, tous ces mandats furent transformés en mandats d'arrêt par Prat, directeur du jury d'accusation de Pontarlier. Un procès-verbal du lendemain constate qu'il fut impossible, malgré toutes les recherches, de saisir les prévenus Maire , Girardier, Bonnet et Gl.-Joseph Dornier, fugitifs depuis plusieurs jours. Le I" avril, le jury d'accusation décida qu'il y avait lieu de traduire au tribunal criminel Maire et Girardier, et de mettre hors de cause Boanet et Dornier. Le 29 mai, le juge Pourcy, faisant fonctions de président du tribunal criminel, proclama Maire et Girardier déchus du titre de citoyens français, comme contumaces.

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Mais^ le 13 juin, la cause des deux fugitifs fut soumise définitivement au jury de jugement y et les réponses des jurés leur ayant été favorables sur tous les points, ils furent complètement acquittés.

XXIX. Dans le canton de Morteau, les administrateurs, tout dévoués aux prêtres , et Gourpasson , commissaire du Directoire, étaient en lutte ouverte. M. J.-B. Gupillard, président, ayant donné sa démission, Gourpasson manda, le 12 mars i796, à Quirot, que l'administration venait d'élire Jos. Simonnin, ex-administrateur du district de Pontarlier, qui avait refusé ; que Simonnin était un patriote probe et intelligent ; mais qu'il avait eu la faiblesse de fléchir et de cherchera complaire au parti royal-fanatique, en recevant même à sa table le prêtre Receveur, porté sur la liste des émigrés. Il proposait, pour le remplacer, Roussel-Galle père, Singier ou J.-Ant. Ghopard-Maillot, des Gras, comme ayant la pleine confiance des patriotes non fanatisés. Il demandait si le département ne pourrait pas faire lui-même cette nomination et la faire ratifier par le Directoire. Quirot répondit à ce terroriste attardé qu'aux termes de la constitution, c'était à l'administration cantonale seule qu'il appartenait de choisir son président.

Le 30 mars, cette administration eut une réunion extraordinaire au sujet des renseignements demandés par le département sur les prêtres. Elle fut encore présidée par M. Gupillard. Interrogé le premier, M. Taillard, maire du Lac-ou- Villers, répondit qu'il ne connaissait que deux prêtres exerçant dans le canton , Martin à Morteau , et Boillon aux Gras , tous deux soumis; que Rideaux, ex-curé de Villers, Gl.-F. Perrot, du Pissoux, ci-devant chapelain aux Bassets, et J.-B. Receveur^ du Bélieu, ci-devant chapelain au Ghauffaud, tous trois déportés , étaient rentrés en France au mois d'octobre précédent et étaient restés à Villers jusqu'au 31 décembre (époque de l'arrivée des troupes à Morteau)^ et qu'on ne savait de quel côté ils s'étaient ensuite retirés ; que ces prêtres et le public prétendaient qu'ils pouvaient fonctionner, en vertu des arrêtés du Gomité de législation ; qu'il n'avait pas été lui-même témoin de leurs cérémonies, étant obUgé de se

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trouver tous les dimanches à Morteau, pour les séances de Tadministration, et enfin, qu'il n'avait aucun moyen de répression. 11 ajouta qu'il avait entendu dire que l'abbé Billod avait fonctionné à la Grand'Gombe. M. Yermot-Desroches, agent de Maucerneux, déclara que M. J.-Jos. Perrot, d'Ebey, ci-devant vicaire au Cerneux-Pequignot, y était revenu pendant quelques jours et avait disparu à l'arrivée des troupes. M. Myotte, agent des Combes, déclara que M. P.-Phil. Faivre, de la Combe, ci-devant vicaire à Boujailles, était rentré dans sa famille et avait disparu presque aussitôt , au moment où un autre prêtre^ Tabbé Balanche, avait été saisi par la force armée. M. Baron , agent des Gras , dit que le seul prêtre déporté qui eût fonctionné dans sa commune était M. Thomas, ex-curé de Morteau, et qu'il avait été délégué par l'administration pour observer si ce prêtre dirait quelque chose contre la république. M. Boucard^ agent des Fins, assura qu'il n'y avait aucun prêtre dans son ressort. M. Chopard, agent de la Grand'Gombe, déclara que l'abbé F.-X. Billod, deVillers^ avait fonctionné publiquement dans sa commune, jusqa'i l'arrivée des troupes. M. Poissenot, agent de Morteau, fit la même déclaration au sujet du curé Thomas. MM. Boucard, agent des Fins, et Victor Roy, agent de Montlebon, se bornèrent à déclarer qu'il n'y avait aucun prêtre dans leurs communes.

Ces déclarations, adressées à Qui rot, ne le rassurèrent pas complètement; il manda même, le 9 mars, au commissaire de Morteau, de faire perquisition de l'abbé Billod ^ à la Grand'Gombe. En même temps il écrivit, en forme de com* mentaire, à la suite des déclarations des administrateurs de Morteau, «que plusieurs d'entre eux, notamment Félix Boucard, Phil. -Emmanuel Baron et son adjoint, Moyse, avaient ouvertement protégé les prêtres réfractaires, et qu'au nombre des déportés qui avaient envahi le canton de Morteau, il fallait ajouter les abbés Parent, Receveur, Tournier et Courtot. »

Ce fut donc avec satisfaction que Quirot dut recevoir, quelques jours après, une dépêche de Courpasson contenant une dénonciation en règle contre le président et tous

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les autres membres du canton. « A la vue de cette pièce, ajoutait le commissaire de Morteau , vous reconnaîtrez aisément que l'administration est entièrement composée d'hommes fanatiques et entièrement dévoués aux calotins réfractaires , et vous verrez que l'intérêt public exige que cette administration soit totalement remplacée. A l'occasion d'une pétition des patriotes adressée au Directoire, le citoyen I^Jichaud, membre du Corps législatif, m'a demandé des renseignements positifs sur les principes et la conduite des administrateurs, avec l'avis motivé du département , le Directoire n'attendant que cela pour prononcer la destitution de tous ceux qui sont dans ce cas. Vous pourriez adresser le tout au citoyen Michaud ou à votre frère. Ci-joint le tableau des citoyens que les républicains croient dignes de remplacer les membres qui seront destitués. »

Mais pendant que Courpasson travaillait ainsi contre les administrateurs, ceux-ci faillirent lui jouer le plus mauvais tour. Mettant à profit une omission inconcevable de la part d'un fonctionnaire chargé par ses fonctions mêmes de procurer l'exécution des lois, ils prirent, le 4 avril, une délibération portant « que Courpasson était dénoncé comme ayant contrevenu à la loi et étant passible de la déportation, pour n'avoir pas prêté serment en entrant en fonction et dans les délais fixés ; ils refusaient de recevoir le serment tardif qu'il ofirait de prêter, et , en outre , ils le signalaient comme ne s'étant jamais concerté avec les membres de l'administration pour le bien public, comme n'ayant de fréquentations qu'avec les plus zélés partisans de la constitution de 1793, comme redevable d'une somme importante envers la république, ensuite de ses opérations d'administrateur du district de Pontarlier, et enfin comme insolvable. » Mais tous ces derniers griefs étaient aux yeux du Directoire autant de titres en faveur de Courpasson. Le minisire de la police écrivit, le iO juillet*, que le gouvernement n'avait vu dans la conduite du contrevenant qu'un oubli très involontaire, et avait jugé qu'il était toujours digne de remplir ses fonctions. Quirot, en transmettant cette lettre aux administrateurs de Morteau, ajouta : « Vous regretterez sans doute d'avoir éloi-

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gné de vous pendant quelque temps ce bon citoyen; mais le gouvernement lui a rendu justice.... » Les administrateurs répondirent avec beaucoup de dignité : « Nous sommes surpris des termes ironiques dont vous vous servez vis-à-vis de nous, comme si de vrais et bons républicains pouvaient avoir à se repentir de faire exécuter les lois. Votre position, ain^ que la nôtre , en ordonne la stricte exécution. Nous avons cru devoir agir ainsi, et, qui plus est, le ministre de la justice a approuvé notre conduite. Ainsi, c'est à tort que vous dites que nous regretterons d'avoir éloigné de nous pendant quelque temps ce bon citoyen. — J.-B. Gupillard, président, Merel, secrétaire. »

Le 18 juillet, Courpasson écrivit à Quirot : « J'ai repris hier mes fonctions, ensuite des ordres du gouvernement et des vôtres , en remplissant préalablement le vœu de la loi du 19 ventôse dernier, omission malheureuse qui m'avait échappé dans le temps. — P.-S. Parmi les officiers choisis pour la colonne mobile, je ne connais que le citoyen Cl. François, des Combes, qui ne soit pas fanatique. J. Monnin, de Morteau, est neveu de Monnin, ex-curé de Corcondray, émigré, et E.Bobillier, des Gras, était autrefois patriote outré, mais depuis longtemps fanatique de même. »

Le 5 mai , les gendarmes stationnés aux Charmottes ^ étant à la poursuite de plusieurs personnes , hommes et femmes, qui fuyaient vers la Suisse, saisirent une lettre que ces fugitifs avaient laissé tomber. Cette lettre, adressée à Neuchatel, paraissait, dit Quirot, écrite de Morteau par un curé, agent des émigrés. Quirot l'envoya au ministre de la police en lui exposant a toutes les manœuvres des prêtres.» Le ministre répondit qu'il fallait employer tous les soins possibles pour faire arrêter l'auteur de cette lettre.

Le 21 juillet, vers huit heures du soir, les soldats faisant patrouille dans le bois au-dessus des Pargots, commune du Lac-ou-Villers, aperçurent deux inconnus et allèrent droit à eux. L'un parvint à s'échapper, l'autre, moins heureux, fut saisi et fouillé sur-le-champ. Il déclara qu'il se nommait Honoré Reuille, charpentier aux Bassots, et que son com-

^non de route était l'abbé Perrot, qu'il venait de rencon-

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trer par hasard, il portait lui-même divers effets reconnus pour appartenir à cet ecclésiastique. Conduit devant M. Morand, juge de paix, il fut mis en liberté par ce magistrat , le 33 juillet, comme non convaincu d'avoir favorisé la rentrée de l'abbé Perrot.

Le 7 septembre, P.-X. Forest, cultivateur à Maucerneux- Dessus, fut arrêté et reconnu porteur de trois lettres écrites par des prêtres et d'autres exilés. Conduit devant le juge de paix Cupillard , il allégua qu'il était détenteur de ces lettres à titre de simple commissionnaire, et que d'ailleurs leur contenu n'avait absolument rien d'illicite. Le juge de paix n'en décida pas moins l'arrestation de Forest et sa traduction devant le tribunal de Pontarlier. Mais Violand luimême conclut à l'élargissement du prévenu, et le tribunal infligea un blâme à M. Cupillard, pour avoir trop légèrement lancé un mandat d'arrêt. Ce pauvre magistrat, mis en accusation naguère pour avoir relâché trop facilement d'autres délinquants , se trouva ainsi coup sur coup en butte aux reproches les plus opposés.

Les dénonciations des patriotes du canton de Morteau finirent par éveiller l'attention du gouvernement. Le 3 octobre, le ministre delà police écrivit à Quirot : « Le Directoire vient de me donner connaissance des inculpations graves qui lui ont été adressées contre tous les membres de l'administration du canton de Morteau. On reproche à ces administrateurs d'avoir négligé de faire exécuter les lois concernant les prêtres réfractaires et celles qui regardent la police des cultes ; d'avoir toléré des rassemblements de royalistes et de fanatiques dans les mois de brumaire, frimaire et nivôse dernier, et de s'être opposés à la force publique qui voulait les dissiper. On dit que, nommés par des électeurs vendémiairistes^ qui n'avaient accepté la constitution qu'avec restriction, ces fonctionnaires ne cessent d'agir dans leur sens ; qu'ils gardent le silence sur la violation manifeste des lois. On les accuse d'avoir montré la parti&lité la plus révoltante dans la répartition de l'emprunt forcé, des réquisitions pour les armées, et du logement de la troupe» F.-X. Girard, adjoint de la Grand'Combe, est inculpé particulière-

384 CHAPITBB LX&Y.

ment d'avoir signé un arrêté en faveur du prêtre Billod, émigré ou déporté. Je vous charge de vérifier promptement ces faits, d'entendre la justification des administrateurs inculpés, et de' requérir leur suspension, s'il y a lieu. »

Quirot transmit cette lettre au président du canton, en demandant une réponse précise sur chacun des griefs. L'administration, réunie à cet effet, répondit, le 13 octobre : V qu'elle avait mis constamment toute l'activité possible dans l'exécution des lois concernant les prêtres réfractaires et la police des cultes ; 2° qu'il n'y avait pas eu de rassemblements fanatiques dans le canton pendant les mois de brumaire et de frimaire, ou du moins que, s'il y en avait eu, l'administration n'avait reçu aucune dénonciation à cet égard; 9" qu'elle avait pris toutes les précautions possibles pour prévenir les rassemblements illégaux, comme on pouvait s'en convaincre par son arrêté du 3 nivôse (24 décembre 4795); qu'à la vérité, malgré les précautions prises par l'administration, un attroupement très nombreux avait eu lieu à Morteau le 6 nivôse, et que les habitants avaient déclaré d'une manière imposante qu'ils voulaient pour ministre du culte leur curé déporté; que l'administration n'ayant à opposer à cet attroupement qu'une brigade de six gendarmes, n'avait eu d'autre ressource que d'employer les moyens de persuasion ; et que, par suite de leur insuccès, elle avait dû en référer au département, qui, à vue du procès-verbal de l'administration, s'était décidé à envoyer à Morteau une force suffisante pour maintenir l'exécution des lois. «Le 44 du même mois de nivôse, ajoutaient les administrateurs , l'attroupement s'étant de nouveau formé sur la place près de l'église, le président de l'administration et trois de ses membres s'y transportèrent, haranguèrent le peuple et annoncèrent la force armée, qui devait arriver incessamment. Gela en imposa; une partie de l'attroupement se dissipa; il ne resta sur la place que des femmes et très peu d'hommes. Alors l'admlbistration fit mouvoir la gendarmerie, qui dissipa le reste de l'attroupement. Le bataillon de Barbézieux arriva le même jour, trouva l'ordre rétabli et n'eut rien à faire. — Le département avait aussi envoyé un commissaire

ÉPRBUYBS DBS PIlfiTllfiS VT DBS FIDÈLES. 3M

qoi, ayant pris connaissance âes faits, approuTa la conduite* de radministration, et lui conseitla de faire une proclamai tion pour annoncer qu'on pardonnerait le passé, si Tordre n'était plus troublé, ce qui fut exécuté. L'administration deMorteau,bien loin de s'attendre à des reproches sur Fexécntion des lois concernant les prêtres déportés, croyait ne mériter qae des éloges à cet égard. En effet, on doit se rap* peler qu'à l'époque du 6 nivôse dernier et antérieurement, les prêtres déportés étaient tolérés dans presque tout le département, d'après les décisions des comités de la Convention, qui semMaient autoriser cette tolérance. Malgré cela , Tadministrationde Morteau avait déclaré que jusqu'à cequ'ily eût une loi précise, elle ne tolérerait la rentrée d'aucun prêtre déporté.... Si, à la Combe, éloignée de Morteau d'une grande liene, il y a en un mouvement populaire à l'efiet de faire célébrer dans l'église un prêtre non soumis aux lois, l'administration n'a pu s'y opposer, parce qu'elle n'en a pas eu connaissance dans le temps, et qu'elle n'a reçu aucune dénonciation ; et c'est une fausseté insigne que de l'accuser d'avoir fait partie de ce rassemblement et d'avoir opposé son autorité à la force publique, qui voulait le dissiper.... Lorsqu'on accuse l'administration d'avoir gardé le silence sur l'inexécution des lois, on oublie donc que le citoyen Joseph Boiston ayant été nommé commissaire du Directoire à Morteau et ayant déclaré qu'il n'était pas dans le cas de la loi du 3 brumaire, l'administration fit connaître au commissaire du département envoyé à Morteau , le 7 nivôse , que Boiston avait un oncle émigré. Le citoyen Courpasson lui ayant succédé et n'ayant pas juré haine à la royauté dans les délais voulus par la loi du 49 ventôse, l'administration le dénonça au ministre de la justice, qui a applaudi à sa conduite par sa lettre du 2 floréal. Si le premier en a été quitte pour donner sa démission , et le second pour suspendre pour quelque temps l'exercice de ses fonctions , l'administration n'en a pas moins fait son devoir; on ne peut pas lui imputer de ce qu'ils n'ont pas été mis en jugement, pour être punis des peines prononcées par les lois des 3 brumaire et i9 ventôse. Lorsque le citoyen Prélot, lieutenant de gendarmerie

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