‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 21 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

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ce moment, ils trament quelque chose qui, à ce qu'il parait, veut éclater prochainement. »

Trois jours après, Regnaud annonça avec tristesse à Quirot; que l'administration cantonale venait de remplacer l'agent destitué d'Etalans, par son adjoint, André Amiot, et celui-ci par Gyprien-AIhin Amiot. a Tant que les nominations, ajoutait-il, resteront aux administrateurs actuels de ce canton, on ne fera que changer d'aristocrates. Je voulus leur faire quelques observations , lorsqu'ils firent cette nomination ; ils le prirent de très mauvaise part. » [I mandait qu'il venait de leur adresser une nouvelle réquisition contre les prêtres rentrés ; mais qu'à les entendre , ils n'avaient aucune connaissance qu'il fi\t rentré un seul prêtre réfractaire dans ce canton, tandis qu'en réalité il n'y avait pas quatre communes où la messe ne fût pas célébrée par ces prêtres.

Le 19 mars, l'intarissable et désespéré Re;;naud adressa cette nouvelle plainte à Quirot : <( Les prêtres réfractaires font les pàques avec uue hardiesse qui surpasse l'imajgination. Ils sonnent leurs messes dans tfuelques communes. Je l'entends sonner presque tous les matins à Vanclans. A Vernierfontaine.il y a quelquefois trois de ces réfractaires qui confessent et disent leurs messes. A Passonfontaine , il y en a un grand nombre. L'on m'a assuré qu'il y en a trois qui résident ordinairement chez Nie. Humbert, président de l'administration. A Rantechaux réside un homme d'Arc que l'on m'a dit être condamné à vingt ans de fers ; il réside chez F.-X. Humbert, adjoint. Un nommé Nicod, ex-capucin réfractaire, dit souvent la messe à Rantechaux et va ensuite dîner chez le même Humbert. A Hautepierre, les prêtres disent souvent la messe, et il y assiste beaucoup de personnes étrangères. Tous les fonctionnaires publics et presque tous les habitants du canton sont leurs soutiens. Si cela continue, avant un mois ce canton se mettra en pleine insurrection contre la loi. Us sont d'une insolence insupportable, veulent forcer le peu de patriotes d'entrer dans leur parti et menacent de les exterminer. Il est temps de sévir. Us sont tellement liés avec la commune rebelle de Mouthier et avec les prêtres rebelles qui y sont, que cela me fait penser qu'on y fomente

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une Vendée. Si quelqu'un vous dit que Moutbier est tranquille , ne le croyez pas, car si Ton n'y roet pas ordre incessamment, vous en verrez le résultat. »

Les vœux de Regnaud furent enfin couronnés de succès. Le 18 avril, le département décida que des troupes seraient envoyées immédiatement dans les cantons de Nods et de Yercel, et qu'en route , elles fouilleraient les communes pour y chercher les prêtres réfractaires.

Regnaud, doté enfin d'une garnison à Nods, ne fut guère plus heureux qu'auparavant. Le 8 mai, à une heure du matin, il alla avec cette troupe cerner la commune d'Etray , fouilla de fond en comble TégUse , la sacristie et une maison désignée comme l'asile du prêtre qui desservait cette paroisse. 11 trouva l'église bien parée, un lavabo encore mouillé près du maître-autel, ce qui annonçait que la messe Tenait d'être dite ; mais il lui fut impossible de découvrir le proscrit. Aussi, le surlendemain, écrivit-il à Quirot : « Il n*y a pas assez de troupes dans ce canton pour pouvoir y faire arrêter les prêtres réfractaires, car le nombre s'en accroît chaque jour. Un grand nombre de ceux qui étaient allés en Suisse, il y a quelque temps, sont rentrés et font plus de mal que jamais. Les aristo-fanatiques menacent les patriotes pour le moment où la troupe ne sera plus là, en disant qu'il faut qu'ils passent par leurs mains. Je persiste à dire qu'il faut changer le juge de paix, lesagents et adjoints, et envoyer de la troupe àVernierfontaine,Etalans, Etray, Passonfontaine, Yanclans, et laisser à Nods celle qui y est. Si l'on ne prend cette précaution , ce ne sera pas de longtemps que l'on en fera des républicains. — P. -S. Au cas que le Directoire ne m'ait pas nommé un successeur, je vous prie d'envoyer quelqu'un pour me remplacer provisoirement , car mes facultés ne me permettent pas d'y rester plus longtemps que la fin de ce mois. »

Le même jour, Regnaud écrivit encore qu'à Ëtalans on venait de sonner un enterrement et d'y chanter comme à l'ordinaire ; que jamais on n'avait tant sonné dans cette commune que depuis l'interdiction de l'usage des cloches ; qu'il était notoire que le prêtre Cusenier était retiré à Etalans et

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y prêchait; que les habitants des montagnes étaient plus entêtés de leurs prêtres réfractaires que jamais ; et qu'il était urgent d'augmenter la force armée, pour les empêcher de s'insurger.

Huit jours après , nouvelle demande de troupes par Regnaud. « Envoyez, dit-il^ une force armée considérable dans nos montagnes, ou vous y verrez bientôt une Vendée ou du moins les massacres du Midi. Il est nécessaire de faire une chasse générale des prêtres réfractaires et des émigrés, ou nos montagnes sont perdues. » Augustin Amiot , d'Ëtalans, commandant de la garde nationale, et le plus actif auxiliaire de Regnaud, commençait lui-même à s'inquiéter très sérieusement des menaces proférées contre lui. Il cherchait à couvrir, sous des ordres fictifs, son ardeur persécutrice et sa méchanceté. Le 48 mai, après avoir provoqué une nouvelle perquisition de prêtres à Etalans, chez MM. Laurent et Léopold Amiot, sans antre résultat que le vol de deux chemises, il écrivit à Regnaud : a Lorsque j'allai dimanche à Nods, je fus aperçu à Fallerans par la patrouille. Ils sont convaincus que je suis allé vous chercher; aussi, à la première assemblée qu'ils firent, on y dit publiquement qu'il fallait nous détruire, et que nous le serions dans peu. Je voudrais vous prier de m'écrire une lettre, par laquelle vous me marquerez de me rendre à Nods, pour minuit, la nuit de samedi à dimanche passé, avec un ou deux gardes nationaux, pour affaires de service. Je leur ferais voir, par vos ordres, que je n'ai fait qu'obéir à mon supérieur ; peut-être cela apaisera-t-il un peu. De même, écrire en deux mots à l'agent, que si l'on s'avisait d'insulter, de menacer de mort^ vous prendriez des mesures de sûreté. Vous n'étiez pas encore à Fallerans, que l'on se mit à carillonner lacloche et le lendemain de même. »

Le départ de Regnaud^ nommé, sur sa demande, commissaire à Vuillafans^ rendit la paix au canton de Nods, et pendant plus de six mois les catholiques y furent parfaitement tranquilles. Comme c'était tout ce qu'ils demandaient, il n'y eut pas la moindre insurrection ni la moindre Vendée. Le 21 novembre, l'administration cantonale répondit ainsi à la circulaire de Quirot contre les prêtres : « Nous ne croyons

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pas avoir enfreint les lois concernant les émigrés et les prêtres déportés. Nous avons au contraire veillé soigneusement à leur exécution. On a beau être vigilant, il y a des gens qui savent toujours se soustraire à la rigueur des lois. — Vuillaume, commissaire temporaire, Yarescon. u

Le gouvernement , par une négligence inconcevable, ou plutôt par une confiance très honorable pour la population, demeura sans commissaire dans ce canton, que Regnaud nV vait cessé de représenter comme prêt à se soulever ; il fut réduit à apprendre par un patriote du voisinage ce qui s'y passait réellement. F.-H. Clerc, de la Chaux, lieutenant de la colonne mobile du canton de Montbenoit, écrivit, le 7 décembre, à Quirot, que toutes les administrations cantonales, notamment celles qui avoisinaient la Suisse, ((étaient endormies par le laudanum aristocratico-monarchique ; » qu'elles souffraient la présence des émigrés et 46s prêtres contre-révolutionnaires, et que (( ces monstres » augmentaient le nombre des fanatico-royalistes, notamment à Mouthier , Nods , Yernierfontaine, Passonfontaine et Longemaison, où ils fonctionnaient publiquement avec l'autorisation des autorités, et enfin^ qu'il n'y avait rien à attendre des colonnes mobiles, car elles étaient généralement composées de leurs plus chauds partisans.

Un événement tragique, arrivé quelques jours après, prouva qu'il eût mieux valu, pour le gouvernement lui-même, continuer de laisser la paix aux catholiques, si fidèles observateurs des lois pour tout ce qui ne blessait pas leur religion. Voici le récit des faits, d'après le procès-verbal des gendarmes qui y prirent part. Le 27 décembre, la brigade de gendarmerie en résidence au Valdahon, commandée par l'impie et terroriste Déniante, revenait de Passonfontaine à la recherche de plusieurs réquisitionnaires. En sortant de Rantechaux, ces gendarmes rencontrèrent cinq hommes, au nombre desquels ils reconnurent le P. Nicod, capucin, connu sous le nom de P. Séverin, qui desservait, comme on Ta vu, la commune de Passonfontaine. Ils l'arrêtèrent, ainsi que ses quatre compagnons, jeunes gens soupçonnés d'être de la réquisition, et continuèrent leur route du côté du Yalda-

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hon avec leur capture. Mais entre Rantechaux et Epenoy^ ils trouvèrent un rassemblement d'environ cent personnes, tant hommes que femmes, de tout âge , armées de fusils, de pistolets, de tridents, de gros bâtons ferrés et de piques. Ils furent assaillis par cette foule, qui criait, en les enveloppant : Nous voulons ravoir notre père Séverin I et qui tomba sur eux à coups de pierres et de bâtons. Les gendarmes ayant requis les assaillants de se disperser, le jeune Humbert, fils de l'adjoint de Rantechaux, coucha en joue le brigadier Demante et lui lâcha, à la distance de six pas, un coup de fusil dont il fut atteint de plusieurs grains à côté de l'œil gauche. Un instant après, Demante reçut encore un coup de feu au bras gauche, qui fut percé par la mitraille. Le gendarme Lapoirefut aussi atteint de deux coups de fusil chargé de mitraille, et blessé à la main droite et à la cuisse droite. Alors tous les assaillants se précipitèrent sur les gendarmes, les enveloppèrent de toute part, et les frappèrent pendant près d'une heure avec les armes diverses dont ils étaient munis. On tira plus de trente coups de fusil contre les gendarmes. Pendant ce temps-là, le tocsin sonnait à Epenoy et à Rantechaux, et un attroupement encore plus considérable que le premier accourut d'Ëpenoy en criant qu'il fallait tuer Demante et sa brigade. A ce moment, les premiers assaillants, qui étaient tous de Rantechaux, redoublèrent de fureur. Les gendarmes, après avoir fait feu pendant longtemps pour se dégager, furent forcés de se jeter dans un bois voisin, où ils furent encore poursuivis à coups de fusil. Ils se sauvèrent à la débandade , laissant tous leurs prisonniers entre les mains des insurgés.

Sur le réquisitoire de Quirot, le département déclara, le surlendemain, que cet événement annonçait une coalition pour protéger à force ouverte les prêtres réfractaires ; que la gendarmerie était devenue insuffisante pour contenir les fac* tieux; et qu'il était urgent de porter un œil sévère sur la conduite des administrateurs du canton de Nods ; qu'en conséquence, Masson, membre du département, se rendrait en qualité de commissaire dans ce canton , et que le général LabaroUière, commandant la division, serait requis de met-

tre à son service cinquaate hommes de cavalerie et vingtcinq (Vinfanterie, qui seraient nourris et logés aux frais des communes séditieuses. Cette troupe fut encore jugée insuffisante^ car, au lieu de cinquante cavaliers, Machurey, chef de brigade, amena soixante hommes d'artillerie légère et vingt hussards.

Le 2'2 janvier, Masson, de retour de cette expédition, en rendit le compte suivant à ses collègues. « Dans la matinée du i2 nivôse (i"janvier. 1797), je me rendis à Passonfontaine, où j'avais appris qu'il y avait des prêtres déportés ou émigrés, et de là à Rantecbaux, pour y prendre des renseignements sur les troubles du 7. Mais les habitants de cette commune avaient gagné les bois, et je ne pus, pour ainsi dire, rien apprendre sur les événements , parce que les personnes qaenous rencontrâmes et qui, suivant leurs dires, n'étaient pas dans la commune le jour du rassemblement ou étaient Testées dans leurs maisons, prétendirent n'avoir aucune coonaissance de ce qui s'était passé, ni pouvoir désigner aucuA desindividusqui avaient fait partie du rassemblement. Néan* iQoins, j'ai chargé l'officier de gendarmerie de commencer une instruction, et il a envoyé les procès- verbaux au jury d'accusation de Baume. — J'ai reconnu que l'esprit publio, dans les cantons deNods, Vercel et Yuillatans, ^st corrompu par les prêtres déportés et émigrés , qui y ont constamment séjourné et qui y officient publiquement dans les églises on les maisons particulières ; que les autorités les tolèrent, et que les patriotes, qui sont en petit nombre, n'accepteraient pas des places, s'ils y étaient appelés, parce que l'adminis*tration ne pourrait pas être composée en entier et même en majorité, de citoyens amis du gouvernement. »

L'information faite par Yiotte, lieutenant de la gendarmerie de Besançon, remplissant les fonctions d'officier judiciaire, eut pour résultat cinq mandats d'amener, lancés, les 6 et 7 janvier, contre P. Genemaux, cordonnier, J.-B. Cbarpy, Jos. Sancey, J.-Gl. Barthod, cultivateur, et Louise- Félicité Barthod, tous d'Epenoy. La fuite générale des prévenus et les événements politiques qui suivirent arrêtèrent, pendant près de deux ans, le cours du procès. Ce fut seule-

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ment le 7 septembre 1798 qu'il fut repris sous la direction du juge Pourcy> alors chef du jury d'accusation à Baume, qui lança huit nouveaux mandats d'amener contre Sergent, neveu de l'adjoint de Passonfontaine , Gl.-Ant. Humbert , fils de l'adjoint de Rantechaux, Florentin Humbert, J.-B. Jacquet, cultivateur, Et. Routhier, dit le Galérien, Jac.-F. Vouillot, cultivateur, Michel Routhier, ci-devant agent de la comr mune, tous de Rantechaux, et J.-B. -Victor Humbert, cultivateur à la ferme de Cicon, à Vanclans.

Une partie seulement des prévenus comparut , le 13 et le ii septembre. Après les interrogatoires, Genemaux, Sancey, Charpy , Vouillot , Jacquet et J.-B.- Victor Humbert , furent décrétés d'arrestation et écroués dans la prison de Baume, comme prévenus d'avoir fait partie du rassemblement. Le 18 septembre, six nouveaux mandats d'arrêt furent décernés contre Florentin Humbert, Félix Humbert, Gl.-Ant. Humbert, Michel Routhier, Et. Routhier et J.-Cl. Barthod ; mais il fut impossible de saisir ces six prévenus, tous fugitifs. Le 3 octobre, le jury d'accusation déclara qu'il y avait lieu à accusation seulement contre Vouillot, Florentin Humbert, I^chel Routhier et Et. Routhier, et que tous les autres prévenus seraient mis en liberté. Des quatre accusés restés en cause, Vouillot seul avait été saisi ; il comparut, le 14 novembre, devant le tribunal criminel, fut déclaré non coupable par le jury de jugement, et mis sur-le-champ en liberté.* Le 9 décembre suivant, les trois autres accusés fugitifs, Florentin Humbert, Michel Routhier et Et. Routhier, furent condamnés par contumace à la peine de seize années de fer. Les deux premiers, voulant purger leur contumace, vinrent se constituer prisonniers, le è9 mai 1803, et furent acquittés par jugement du 13 juin suivant. Enfin, Et. Routhier, ayant suivi leur exemple, fut aussi jugé contradictoirement, le 13 avril 1804, et également acquitté.

XXXIII. Le capucin apostat Jeannot, commissaire du Directoire à Onans, ne se bornait pas à faire la police de son canton ; celui de Granges, dans la Haute-Saône, était l'objet de ses plus vives sollicitudes. En quelques jours il n'adressa pas moins de trois lettres à ce sujet au ministre de la po-

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lice et au commissaire général du Doubs. « Les prêtres déportés, écrivait-iU le 7 avril 4796, àQuirot, continuent à exercer leur brigandage dans le canton de Granges. Le 14 de ce mois, ou dimanche, vieux style , il y avait des individus de nos montagnes du Doubs , même des environs de Pontarlier; il y en avait des montagnes des Vosges ; il y en avait des environs de Belfort. Il est inutile de vous dire que tous les insignes contre^révolutionnaires de nos environs se trouvaient à cette cohue. Dintroz, prêtre déporté, loge habituellement chez Desie Poirey, à Saulnot, et cette infâme commune le nourrit à tour de rôle. Grezel , prêtre déporté, qui officie aussi publiquement à Saulnot, loge et mange chez son père , à Villers-sous-Saulnot. Pillon , prêtre déporté , beau-frère du commissaire du Directoire près le canton de Granges, loge chez son frère à Granges-le-Bourg. Gela est public. Si le juge de paix, le commissaire et l'administration cantonale n'étaient pas complices , il y a longtemps que nous ne verrions plus de semblables horreurs. J'aime à croire que vous stimulerez le patriotisme de votre collègue de la Haute-Saône, et que bientôt les contre-révolutionnaires tomberont sous le glaive de la loi. » On voit, par cette lettre, que le département de la Haute-Saône rivalisait de fidélité religieuse avec le Doubs.

Hais dans le canton même d'Onans , il y avait une commune où les prêtres réfractaires trouvaient le concours le plus dévoué de la part des habitants : c'était Geney . La messe 7 était journellement célébrée dans les maisons de MM. Gl.-F. Berçot, P.-Cl. Beaudrey, Cl. Beaudrey, Jac. Berçot, Meunier et de M"** Vernier. Les prêtres déportés , entre autres MM. Breuillot, Noblet frères, Pergaud, Guyot, Simonin^ Vernier, Briot, Javaux, Verraot, Pillon, Boichot, Hugues et David, de Crevans, trouvèrent dans les mêmes maisons la plus courageuse hospitalité. Le jeune Cl.-Franç. Berçot et M. Georges Sallot étaient leurs guides ordinaires. Un seul jacobin, nommé Clément, destiné à une fin misérable, se montrait hostile aux prêtres proscrits.

Le 33 septembre 4796, le commissaire Jeannot écrivit au département que deux messes avaient été célébrées à Geney^

dans la matinée du dimanche 48; que les fanatiques de deux à trois lieues à la ronde y étaient convoqués ; que le dtoyen Bonnot, agent de la commune, était le premier à accueillir les prêtres réfractaires ; qu'ils mangeaient même chez lui et qu'il les protégeait ouvertement. En même temps, Jeannot écrivit à Tagent et à l'adjoint de Geney pour leur reprocher leur complaisance criminelle, et leur enjoindre de faire faire des patrouilles jour et nuit par la garde nationale , d'exécuter strictement la loi relative aux passe-ports, et enfin de rendre compte, dans le plus bref délai, des mesures qu'ils auraient prises sur tous ces points.

Le département répondit à Jeannot : a Vous avez fait votre réquisitoire à Tagent et à l'adjoint de Geney. Il faut de toute nécessité qu'ils y répondent. S'ils persistent à garder le silence et à tolérer le désordre dont ils sont complices, alors nous vous enjoignons de dresser procès-verbal de leur résis* tance coupable, et nous prononcerons leur suspension. » Jeannot ayant envoyé, le i2 octobre, le procès-verbal demandé, le département déclara, le TJ du même mois, « que rag<:'nt et l'adjoint de Geney avaient protégé jusque-là la résidence des prêtres émigrés ou déportés; qu'ils n'avaient pris aucune mesure pour faire dissoudre les rassemblements fanatiques; que tandis que le commissaire du Directoire attendait une réponse au domicile de l'agent de Geney, celui-ci avait à sa table un de ces prêtres dont les opinions et les discours manifestaient un ennemi forcené du gouvernement ^constitutionnel, circonstance qui dénotait une compUcité de nature à provoquer des poursuites judiciaires; qu'en conséquence, l'agent et l'adjoint de Geney étaient suspendus de le.urs fonctions. » Cet arrêté fut ratifié par le Directoire le 43 novembre suivant.

Laude, président de ce canton, répondant, le 29 octobre, à la circulaire de Quirot contre les prêtres, lui écrivait : o Nous n'avons pas eu d'émigrés; mais, pour les prêtres déportés, ils n'ont cessé de rôder comme partout ailleurs. Cependant, depuis environ un an, ils ne se sont montrés ouvertement que dans la commune de Geney, qui est totalement empoisonnée de fanatisme, et où à peine pourrait-on trouver trois

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personnes qui ne soutiennent pas ces êtres dangereux et perfides. » Jeannot répondit, de son côté : « Dans le commencement de l'an nr, Galliotte , prêtre déporté , résidait à Montenois ; d'autres venaient de temps en temps à Marvelise. La commune de Geney en entretenait trois ou quatre. Je n'ai rien négligé pour les expulser. Galliotte a disparu de notre canton. Je n'ai point appris que tes sectateurs de ces êtres perfides, à Marvelise, les aient retirés depuis cette époque. Il n'en est pas de même de la commune de Ge* ney.... »

Le 31 octobre eut lieu, dans le canton d'Onans , l'arrestation de M. P.-Jos. Robin , curé de Ghevillon, dans l'Yonne, vieillard presque octogénaire et accablé d'infirmités. 11 se rendait dans le département du Mont-Terrible, où le. juge de paix du canton de Ceuve et l'instituteur d'Aile, près de Porrentruy, devaient favoriser sa retraite. Le département décida, le 3 novembre, qu'il serait traduit au tribunal criminel comme déporté rentré , et que le commissaire du Directoire dans le Mont-Terrible serait invité à faire surveiller les deux fonctionnaires de son ressort qui protégeaient les prêtres réfractaires. M. Robin était arrivé à Besançon dans un état de santé déplorable. Sur les instances de la sœur Marthe Biget, qui ne cessait de prodiguer ses soins et son dévouement aux prêtres proscrits, et sur l'avis du médecin Charles, le département arrêta, le 43 novembre, que le vieillard serait transféré dans un hôpital. Les officiers de santé le déclaraient atteint de deux maladies mortelles.

Le â6 décembre, Jeannot envoya à Quirot la copie d'un réquisitoire qu'il avait fait contre l'usage des cloches, en ajoutant que jusqu'à ce moment l'administration cantonale n'y avait eu aucun égard.

XXXIV. Le prêtre apostat Magnin-Tochot, qui tyrannisait le canton d'Orcbamps, en qualité de président de l'administration , ne pouvait manquer d'obtenir du nouveau département, et en particulier deVuillier, son collaborateur acharné, des mesures de rigueur contre les agents municipaux catholiques de ce canton. Aussi, le 6 mars 1796, le département déclara-t*il a qu'Ambroise Ravier, agent de Flangebouche,

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n'avait pris aucune mesure pour empêcher et dissiper un attroupement séditieux formé le 9 frimaire dans sa commune ; qu'il n'avait pas même requis ni la garde nationale ni les hussards alors stationnés à Flangebouche ; en sorte que les séditieux avaient réussi à arracher des mains de la gendarmerie le prêtre Humbert , arrêté à Avoudrey ; que Tarby, agent de Loray, et Bouvet, agent de Plaimbois-derrière- Venues, avaient souffert que les prêtres Perrin, émigré, et Lambert, déporté, fonctionnassent publiquement dans leurs communes jusqu'à l'arrivée de la force armée, et que Tarby servait lui-même de bedeau et de sacristain; que Faivre, adjoint de Loray, avait refusé de prendre des mesures pour prévenir un attroupement destiné a faire officier .un prêtre émigré dans l'éghse des Fournets; qu'Àmbroise Ravier, F.-X. Brenot^ son adjoint, et Barrand, agent de Longemaison, avaient tous permis aux prêtres léfractaires de fonctionner publiquement dans les églises et souffert que l'on convoquât le peuple au son de la cloche pour assister* à leurs cérémonies; que le commissaire général du Directoire avait vainement insisté auprès des précédents administrateurs du département pour faire poursuivre Ambroise Ravier conformément à la lettre du ministre de l'intérieur; qu'en conséquence, tous les agents ou adjoints ci-dessus dénommés étaient suspendus de leurs fonctions et dénoncés à l'accusateur public. » Cet arrêté fut confirmé le 27 mars par le Directoire, qui prescrivit de provoquer, delà part de la justice, la prompte arrestation des magistrats destitués et la saisie de leurs papiers. M. Guillemet repoussa dignement, comme d'habitude , cet appel à toutes les rigueurs judiciaires.

Magnin-Tocbot avait écrit, le 10 février, au département, que s'il avait vivement sollicité l'envoi de la force armée pour donner la chasse aux prêtres, maintenant qu'ils s'étaient retirés, il demandait le retrait des troupes. Mais, à peine ses auxiliaires armés étaient-ils partis, qu'il se prit à les regretter. Il manda, le 24 février, au département, qu'il avait fait remplacer les troupes par des patrouilles de garde nationale, qui fonctionnaient dans chaque commune sous la surveillance de quelques patriotes choisis ; mais qu'il faudrait une

centaine de soldats dans le canton, et qu'il avait déjà conféré sur ce sujet avec le général Moulin.

Le 6 mars , Magnin-Tochot fit décider, par le canton, que les mesures prises jusqu'à ce jour, contre les prêtres « et autres brigands, » étant restées insuffisantes, tous les citoyens seraient invités à dénoncer les receleurs de prêtres, pour les faire punir conformément à la loi sanguinaire du â^ germinal an ii. Trois jours après, il fit encore décider que tous les voyageurs trouvés munis de passe-ports suisses seraient arrêtés par la garde nationale et amenés au chef-lieu do canton.

Les tribunaux, élus par le peuple, continuaient heureusement à mettre des entraves à la fureur persécutrice de cet énergumène et de ses émules. C'est ainsi que le tribunal criminel sauva M. Gl.-Jos. Bouveresse^de Flangebouche, pré- Tenu d'émigration, en refusant de le juger et en le renvoyant, par décision du 6 mars, devant le département pour faire décider, à la demande de l'accusé, si ce n'était pas à tort qu'il avait été inscrit sur la liste des émigrés. Le département déclara que la loi lui défendait de prendre une délibération de cette sorte ; mais l'essentiel était de gagner du temps , et en multipliant les incidents, on trouvait le moyen d'arrêter le glaive de la loi.

Le Directoire avait hérité des précédents régimes l'usage d'intercepter à la poste les lettres suspectes. Dans les derniers jours de 4795, sa police fit main basse sur deux missives non signées et écrites d'un hameau de Fuans. La première, adressée à M. Petit, jeune prêtre français à Fribourg, en Suisse, avait pour auteur M. Faivre du Bouvot fils, étudiant ecclésiastique émigré , et était ainsi conçue : « Aux Picards, i6 décembre 4795, an iv de la république une et indivisible. Salut et fraternité. — Je vais t' entretenir de mon passage et du point où en est mon afikire. Une heure et demie avant d'entrer en France, je commençai à trembler. Nous passâmes le Doubs à neuf heures du soir, à dix pas de la maison où étaient les gendarmes. Je craignais beaucoup; ils n'étaient pas couchés , mais on alla avertir les gens de la maison, qui pensent fort bien, et un de leurs garçons vint

AiA CBAPITRB LUT.

nous accompagner un peu loin. Nous fûmes vite en sûreté^ et à dix heures nous arrivâmes dans une maison de bons catholiques, où nous soupâmes et couchâmes. Le lendemain^ nous passâmes parle Etélieu, où nous vîmes Boicbard (ex-séminariste resté en France] ; de là j'écrivis un mot à mou oncle (le curé d'Osselle), et nous repartîmes pour la Combe, où nous arrivâmes à une heure, le mardi. Nous étions partis de Fribourg le dimanche à midi. Mon oncle reçut le billet que je lui avais écrit, et il eut la complaisance de venir le soir même à la Combe, et il me ramena le lendemain aux Picards, pour voir la Véronique, et pour que ma présence l'engageât à faire des démarches pour me trouver des certiâcàteurs (de résidence). Après avoir resté chez elle deux ou trois jours , je repartis pour la Combe avec son neveu, qui me reconduisit. J'ai resté à la Combe fort tranquille, l'espace de vingt jours à peu près. Mon oncle vint avant-hier m'y chercher pour m'emmener au Bélieu, chercher des menteurs. Nous en avons trouvé cinq, reste à quatre; Boicbard s'est chargé de les trouver. Il me tarde beaucoup de retourner au séminaire ; heureusement que je suis avec l'abbé Balanche, un de mes bons amis, qui me donne quelques leçons de sacrameniù. Mon père m'écrit que je pourrai retourner i Fribourg, pendant qu'on travaillera pour moi à Besançon. On a levé le séquestre sur ses biens depuis un mois.

« De la part de la Véronique. Il faudra lui dire que le cœur me saigne toutes les fois que je pense que nous étions là, dans notre petite chambre, tous ensemble, et que je compte toujours être sa servante.

» Voici une petite lettre que mon oncle t'a écrite ici à la hâte:

u Vous devez, mon cher abbé, jouir d'un peu plus de tranquillité depuis que nous avons ici le Grand-Carillon, Du reste, nous avons un moyen infaillible de lui faire faire silence; il n'est question que de dire qu'on vient d'apercevoir un habit bleu, c'est-à-dire un gendarme, à trois ou quatre lieues d'ici. A ce terrible mot, il est aussi pétrifié que si on voyait la tète de Méduse. Vous allez sûrement dire :

A ce noble courroux je reconnais mon sang.

ÉPREUYES DBS PRÊT1IB8 ET DES FIDÈLES. Ài6^

c'est-à-dire à ce courage hardi je reconnais mon homme. Nos affaires vont bien, mais c'est partaches. Il est des cantons, entre autres celui que j'habite, où le diable a son rétro^ et malheu* reusement pour moi, celui dans lequel sont enclavées mes huit paroisses, près de Besançon , est encore pire que celuici. Qu*y faire? Attendre avec patience ce que Dieu en ordonnera. Cependant nous espérons que les choses ne peuvent tenir encore longtemps et nous espérons avec plus de fondement que jamais. Les assignats tombent à plat. Les armées se dégoûtent d'être battues et par l'ennemi et par le gouvernement. La république ne roule pas, elle se traîne. Tout est mécontent, même ceux qui font semblant de rire. »

La seconde lettre, écrite par M"' Thècle-Véronique Vermot, tailleuse d'habits aux Picards , et adressée à sa sœur , servante chez M. le conseiller Von der Weid , à Fribourg , était ainsi conçue : « Si vous êtes décidée à revenir, voici la manière la plus sûre de revenir sans crainte. Vous viendrez tout droit ou à la Ghaux-du-Milieu, ou aux Brenels, et de là vous feriez avertir M. Receveur, du Chauffaud, qui m'a promis de vous faire conduire chez nous par un gendarme, qui vous y amènerait en toute sûreté, ou j'irai moi-même vous chercher à Fribourg. Quant au danger , pour la rentrée des femmes, on n'en prévoit aucun.LaGabrielle, de chezGaume, de Fuans, m'a déjà parlé plusieurs fois ; elle voudrait savoir où en sont les effets que vous lui aviez confiés de l'abbé Huot (martyrisé). La Mélanieles a déclarés au père de l'abbé; elle dit les avoir achetés de lui, et elle se les a tous fait donner. Pour ce qui concerne la religion, nous sommes très lir bres au Bélieu ; nous avons M. Bolard et notre égUse, et l'on ne nous dit rien. »

On comprend toute la colère qu'éprouva le Directoire à la lecture de ces deux lettres, bien imprudentes en vérité , et d'une ou deux autres du même genre qui lui arrivèrent du même pays; aussi prit-il , le 13 février, l'arrêté suivant: (i Le Directoire, après avoir pris connaissance de plusieurs lettres venant de l'étranger; considérant qu'il en résulte que les prêtres Faivre, Balanche et Humbert exercent par le fanatisme (les deux premiers dans la commune de la Combe, et

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le deroier dans celle d'Avoudrey) une influence' funeste à la tranquillité.... ^ Que Tindividu nommé ou qualifié Receveur, habitant d'un lieu appelé Chauffaud, et le nommé Boichard, demeurant au Bélieu> sont prévenus d'être en relations habituelles avec des émigrés, et de coopérera leur rentrée sur le territoire de la république^ le premier en leur procurant l'aide et l'assistance de la gendarmerie , le deuxième en leur facilitant les moyens d'obtenir de faox certificats de résidence ; arrête que les nommés Faivre , Balanche et Humbert, prêtres, Receveur et Boichard, seront mis en arrestation, et les scellés seront apposés sur leurs papiers. Les officiers de police mettront en arrestation les individus qui, par les papiers trouvés au pouvoir des prévenus, seraient désignés comme étant leurs complices. — Letourneur, président, Merlin, ministre de la police. »

Nodier, chargé par le Directoire de poursuivre cette affaire, y mit toute l'activité qu'on pouvait attendre de son zèle terroriste. Sur sa réquisition, Félix-Ambroise Bourdenet, juge de paix intrus du canton d'Orchamps, lança, le 8 mars, un mandat d'amener contre M"* Vermot, comme prévenue d'avoir donné asile aux émigrés et d'avoir favorisé leur entrée en France. L'ordonnance portait qu'il serait procédé en même temps à une visite domiciliaire dans sa maison, et que les scellés seraient apposés sur ses papiers. Les mêmes mesures furent prises à Besançon, contre M. du Bouvot père, et au Bélieu, contre M. Boichard. Des trois prêtres désignés par le Directoire, un seul, l'abbé Balanche, avait pu être saisi, et en ce moment même il s'évadait des prisons de Besançon.

Le 23 mars, Bourdenet entendit plusieurs témoins contre M"* Vermot. Cl.-ïgn. Lambert, cultivateur à Fuans, déclara qu'à l'époque des dernières moissons, il avait vu entrer chez la Vermot un prêtre nommé Faivre du Bouvot, qui y disait la messe, et qu'il y allait beaucoup de monde; que la Vermot était même venue l'inviter, ainsi que sa famille, à y assister. P.-Jos. Bugnet, cultivateur aux Picards, déposa de même. Gl.-Hyacinthe Lambert, cultivateur aux Quemaines de Fuans, et Rose-Angélique Busson, sa femme, déclarèrent qu'ils

ÉPBBDTBS DBg PIÊTEBS ET DBS FIDÈLES. 417

avaient vu sept prêtres chez la Yermot, et qu'il y avait une grande affluence de monde dans sa maison.

Le lendemain, Bourdenet opéra lui-même chez cette pieuse demoiselle la visite domiciliaire ordonnée par lui et dont il a laissé ce procès-verbal : « Ayant scrupuleusement cherché parmi tous ses papiers, nous n'en avons reconnu aucun qui ait le moindre caractère de suspicion , si ce n'est une lettre en dateàFribourg, du23 août 1792, signée J^'^-B. Humbert. La Yermot déclara ne pas se remettre de cette personne-là. Nous avons trouvé aussi dans un tiroir de buffet quatre ou cinq petites hosties renfermées dans un corporal, et que la Vermot nous a dit être consacrées et changées en bon Dieu. Nous avons enfin remarqué que vis-à-vis, et dans la même chambre, on a attaché un drap blanc qui pend du dessus de la chambre en bas, et devant lequel est une table disposée comme si on eût voulu construire une espèce d'autel et célébrer les offices du culte catholique. Ladite Vermot, interrogée sur ce que cela signifiait, a répondu que roi> avait mis ce drap pour parer à l'humidité, et que ce n'était pas pour dire la messe. Etaient présents les citoyens Alexis Vuillemin, agent municipal, et Bole, gendarme de la brigade du Valdahon. »

La lettre saisie chez M"* Vermot était écrite par une fille du pays qui avait été à son service et que la piété avait portée à s'expatrier : « Vous m'aviez écrit, lui disait elle, que vous étiez résolue d'aller aux Fontenelles. On m'a dit que vous n'aviez plus de servante. Ohl que ne suis-je là pour vous supplier de vouloir bien me reprendre I »

Le 25 mars, Bourdenetfit subir à M'*"* Vermot un très long et très pressant interrogatoire , auquel elle fit les réponses suivantes : « Je suis âgée de trente-sept ans, j'ai une sœur émigrée nommée Matbilde, qui est à Fribourg. Je ne connais pas Faivre du Bouvot fils, clerc tonsuré ; mais , dans le cours de l'été dernier , il a passé quelquefois chez moi un vieillard qui s'appelait tantôt Faivre, tantôt du Bouvot, tantôt Hector. Je n'ai point solhcité Boichard à me procurer de faux certificats de résidence et je ne lui ai point envoyé à cet effet mon neveu, le jeune Lambert. Je ne connais ni les

4lë CBAPITBB LUT.

lettres saisies par le Directoire ni celui qui les a écrites. Je connais l'abbé Huot, j'en connais même trois, un qui était vicaire aux Fontenelles, un qui a été guillotiné , et un troisième que j'ai vu en Suisse pendant que j'y étais. L'abbé Receveur ne m'a point oSert le secours d'un gendarme poar favoriser la rentrée de ma sœur. J'ai passé en Suisse lors de la petite Vendée, parce que j'avais peur des soldats ; mais je .suis rentrée sous lebénéGce de la loi du 22 nivôse. La messe a été dite chez moi, une seule fois dans l'été dernier, par le vieillard qui se disait Faivre du Bouvot. Il est vrai que pendant les moissons de Tan dernier , j'ai reçu à la fois sept prêtres, nommés Bolard, ci-devant vicaire au Bélieu, Parent, delà Bosse,Cuenol, de Noël-Cerneux, Receveur, de la Chaux (même commune), Régnier, vicaire au Bizot, et Faivre dtt Bouvot Je ne me rappelle pas s'il y en avait d'autres. Mais ils n'ont pas dit leurs messes chez moi; ils les avaient dites au Bélieu^ et je leur ai seulement donné à diner, parce qu'ils avai^t dit des messes pour le repos de l'âme de mon beaufrère et de ma sœur défunts. »

A la suite de cet interrogatoire , Bourdenet décida qu'il résultait des déclarations des témoins, des aveux de la prévenue et des objets trouvés chez elle, qu'elle paraissait être dans le cas de la loi du 32 germinal an ir, relative aux receleurs d'ecclésiastiques sujets à la déportation, et qu'en conséquence , elle serait mise en arrestation. Le 26 mars, M"* Yeriiiot fut saisie dans son domicile et conduite à la maison d'arrêt de Baume, par le gendarme Bourgogne , de la brigade de Pierrefontaine. .t

Nodier avait trouvé dans Bourdenet un magistrat selon son cœur, ce qui était devenu bien rare alors , et en faisant de M"*Vermot l'accusée principale, on avait trouvé le moyen de placer sous la même main tous les autres prévenus. Au moment même où M"* Vermot prenait la route de Baume , Bourdenet écrivit à Nodier : « Dans un interrogatoire qui a duré six heures consécutives, Boichard n'a rien voulu avouer. Dans la visite domiciliaire faite chez lui y il n'a pas été possible de trouver quoi que ce soit d'un tant soit peu suspect. En ce qui concerne Faivre du Bouvot père, trois pièces seu-

ÉPRB0TB8 DES PRÊTRES ET DES FIDÈLES. 4i9

lement pouvaient lui être opposées : P un billet écrit et signé delà main de son frère, ci-devant curé d'Osselle, en date, aux Fournels, du 5 octobre 1792 , par lequel ce curé loi mandait que, d'après les décrets, il n'était pas sujet à la déportation et que pour éviter la réclusion, il s'était retiré dans un coin de la France, pour y rester ignoré des borames et utile aux chrétiens. Ce billet a été trouvé par le juge de paix Mâle, chez ledit du Bouvot, lors de la visite domiciliaire qu'il y a faite, et a été le seul fruit de ses recherches. 2* Un autre billet, en date, à Besançon, du V décembre i 795, au dos duquel est écrit pour adresse : A Monsieur Bab...^ par lequel ledit Faivre père témoigne sa reconnaissance à Babey, de la bonté qu'il a eue pour son fils ; 3* enfin un troisième billet à la même date , par lequel il semble accorder son consentement à son fils tonsuré , pour entrer dans l'état ecclésiastique. Comme les réponses qu'il a données dans l'interrogatoire qu'il a subi m'ont paru coïncider avec le sens de ces billets, et que leur teneur ne parait pas pouvoir faire naître le soupçon de coniplicité d'émigration , je n'ai pas cru pouvoir donner contre lui mandat d'arrêt. Nul témoin n'a pu être trouvé pour déposer à la charge de ces deux prévenus ; j'ai donc pensé qu'il était de mon de- Toir de les mettre en liberté. — Je n'en ai pas agi ainsi à l'égard de la Vermot. J'ai donné contre elle un mandai d'arrêt, parce qu'elle m'a paru véhémentement prévenue d'avoir souffert que des prêtres émigrés, déportés ou sujets à la réclusion, officiassent chez elle; d'avoir donné à dîner à sept d'entre eux; d'avoir retiré chez elle Faivre, dit du Bouvot fils, tonsuré émigré, qui y a fabriqué, en décembre i795, les lettres que vous m'avez envoyées ; d'avoir cherché, par tous les moyens, de lui procurer de faux certificats de résidence; d'avoir cherché à favoriser la rentrée en France de Mathilde Vermot, sa sœur, émigrée ; d'avoir eu déjà en 4792 des correspondances avec des émigrés, et de retirer encore maintenant des prêtres déportés ou émigrés qui y officient. » Le 29 mars, M"' Vermot fut interrogée pour la seconde fois par le juge Gavail, directeur du jury d'accusation à Baume. Elle répondit comme la première fois, en ajoutant, au sujet

des hosties trouvées chez elle, qu'à sa prière le vieux prêtre qui avait célébré la messe dans sa maison avait bien voulu lui consacrer des hosties, afln qu'elle conservât le bon Dieu.

Le 9 avril, le jury d'accusation de Baume déclara qu'il y avait lieu de traduire la prévenue devant le tribunal criminel, et en conséquence elle fut transférée dans la maison de justice de Besançon. Elle choisit l'avocat Jussy pour défenseur.

Le 40 mai. M**' Vermot comparut devant le tribunal; mais un témoin important, la femme Lambert, de Fuans, n'ayant pas pu se rendre à Besançon pour cause de maladie, le procès ôe trouva renvoyé à la prochaine session.

Le 6juin,rafiaire devait encore être plaidée, mais la femme Lambert, qui tenait décidément à ne pas apporter un témoignage accusateur, fit encore défaut. Elle fut condamnée à l'amende et à être amenée au tribunal par force, pour la session suivante.

Le6 juillet, M*** Vermot comparut pour la troisième fois, et la femme Lambert fit encore défaut. Alors on passa outre. A la fin des débats , M. Véjux , qui présidait les assises, posa aux jurés les questions suivantes : « 1° Est-il constant que, dans le cours de l'an dernier, des prêtres sujets à la déportation aient été recelés dans la commune de Fuans? t® Thècle- Véronique Vermot est-elle convaincue d'être l'auteur de ce recel? 3* Est-ce sciemment et à dessein de crime qu'elle a commis ce recel? » Le jury de jugement ayant répondu négalivenaent sur les trois questions, l'accusée fut déclarée acquittée et mise sur-le-champ en liberté. La femme Lambert fut en même temps déchargée de la condamnation portée précédemment contre elle.

Malgré la fougue de son tempérament , Magnin - Tochot lui-même se trouvait quelquefois dégoûté du triste métier qu'il faisait. Il écrivait, le 9 mars, à Quirot : a Je vous prie àe renvoyer au plus tôt le citoyen Vuillier à cette administration, pour y continuer les fonctions de commissaire, parce que je suis fatigué de faire ici la besogne tout seul. Depuis cinq jours une fièvre cruelle me dévore. Tout est en règle ici ; les prêtres rebelles aux lois ne font plus retentir publiquement leur pernicieuse doctrine ; mais je suis informé par

Toie sûre que les prêtres machinent leurs derniers efiorts à Saucey, chez le président de l'administration, qui est le trop connu Marguet, et qu'un autre lieu de leur repaire est Noél- Cerneux. Pourquoi attend-on tant, avant de chasser les commissaires près les administrations de Sancey et du Russey, où ils ne font que du mal ? Mais, je vous le répète, je suis harassé; débarrassez-moi d'ici, et faites en sorte que je sois admis dans les écoles centrales. Je prie également le citoyen Vuillier de songer à moi pour ces écoles et de ne pas tarder à s'en venir. »

Cet apostat , qui avait vraiment le génie de la persécution, fut le premier à imaginer une nouvelle tracasserie contre les catholiques. Lorsque les prêtres proscrits avaient été obligés de quitter une paroisse, les fidèles continuaient à se réunir dans l'église pour y prier en commun. On chantait les prières de la messe et des vêpres, et on y joignait quelques lectures pieuses, suivant l'usage des congrégations. Ii'idée vint au tyran d'Orchamps d'assimiler aux ministres du culte les pauvres paysans qui entonnaient les cantiques, et de les astreindre aux mêmes formalités et aux mêmeç peines. Le 27 mars, il fit prendre par les agents, qui tremblaient devant lui, l'arrêté suivant : « Quiconque fait les fonctions de ministre d'un culte ou en est le principal agent, est tenu, conformément à la loi du 7 vendémiaire, de déclarer, devant l'administration ou devant l'agent municipal , qu'il reconnaît que l'universalité des citoyens français est le soinrerain, et de signer sa déclaration. Quiconque exercera ou sera le principal agent du ministère d'un culte> sans avoir satisfait à la déclaration précédente, sera puni et poursuivi conformément à la susdite loi. Il est défendu à tous ministres ou agents du culte et à tous autres individus de se réunir dans une enceinte choisie pour l'exercice d'un culte, sans l'avoir indiquée à l'agent municipal, sous les peines portées par la même loi. — J. Magnin-Tochot (président), Servois , Guinnard, Vuillemin, Guenot, Hanryet^ J.-N. Magnin-Tochot, Jannot, Goguillot, Maillot, agents municipaux, Dromard, Grolot, D. Magnin-Tochot, Paillot, J,-G. Tarby, adjoints, Malicernet, secrétaire. »

422 CHAPITRE LXir.

Evidemment, les auteurs de la loi du 7 vendémiaire, ea parlant des ministres du culte, et en prenant des mesures sévères contre les ministres du culte catholique en particulier, n'avaient eu nullement en vue de comprendre sous ce titre d'autres personnes que les prêtres; et cette extension donnée à la loi n'était qu'un acte de pure méchanceté et une illégalité réelle. Malheureusement, elle devait bientôt trouver d'autres partisans et fournir aux prisons de nouvelles victimes.

Vuillier ayant définitivement renoncé aux fonctions de commissaire du Directoire à Orchamps, Magnin-Tochot les accepta le 42 mai, et son premier acte fut de demander au département de disposer une prison à Orchamps , dans le presbytère. Le 11 juin, le département remercia avec effusion l'administration d'Orchamps pour tout ce qu'elle avait déjà fait dans le but de faire aimer le gouvernement constitutionnel. « Bientôt, 9Joutait-il, le fatal ascendant des prêtres sera détruit dans les autres cantons, et le souvenir des maux qu'ils auront faits sera la ligne de démarcation éternelle entre eux et les républicains. »

La méchanceté de Magnin-Tochot était connue au loin i la ronde, et elle faillit lui attirer un mauvais parti. Il exposa ainsi lui-même, devant le tribunal criminel, cet incident : « Le 9 fructidor dernier (26 août), veille de la dernière foire de Besançon, j'arrivai à dix heures du soir à THôpital-du- Grosbois, chez Goyot, aubergiste, où X. Perrol (cordonnier, âgé de dix-neuf ans) se trouvait déjà à tableiavec deux ou trois autres citoyens. Perrot dit à Tun de ses compagnons :

Que voulez-vous faire de votre s b,.gre de République? et

il répéta les mêmes propos. Je lui fis des observations auxquelles il répondit : Je suis libre^ et il recommença les mêmes propos. Lui ayant demandé s'il était royaliste, il répondit : Ômi, je suis royaliste! Indigné par ce propos, je lui donnai un soufflet. Alors un de ses compagnons de table se leva pour aller chercher du secours et m' assaillir, ainsi que mon frère et Henri Joufi'roy, du Villers, qui étaient avec moi. Il amena huit ou dix personnes qui entrèrent dans l'auberge, se jetèrent sur nous, cherchèrent à nous maltraiter

ÉPBBUYBS DBS PRETEES ET DBS FIDÈLES. <è23

et à nous entraîner hors de l'auberge. Nous nous défendîmes, et à l'aide des femmes de la maison, nous mimes les assaillants dehors. Mais ils revinrent en plus grand nombre, enfoncèrent deux portes de l'auberge, tombèrent sur moi et mes compagnons, et il y eut quelques vestes et quelques jabots déchirés. Nous nous retirâmes tous les trois dans une seconde chambre, où nous nous retranchâmes en retenant la porte. Les assaillants la forcèrent encore, en disant qu'il fallait me tuer. Ayant pénétré dans la chambre^ ils n'y trouvèrent plus que mon frère^ car je m'étais caché, et je les entendis dire en parlant de mon f t ère : Ce n'est pas à celui- €i que nom en voulons. Voyant alors qu'il n'y avait plus de sûreté pour moi, je sautai par une fenêtre; je fus poursuivi quelque temps, et enfin je vins coucher à MamiroUe. » Ensuite de cette dénonciation, le jeune Perrot fut arrêté le 18 octobre et traduit devant le tribunal criminel. Il fut jugé le 26 novembre. Les questions avaient été posées au jury de la manière suivante : i^ Est-il constant qu'il ait été tenu des propos et des discours provoquant au rétabUssement de la royauté et à la dissolution du gouvernement? — Le jury répondit non. 2* Est-il constant qu'il y a eu provocation à des actes de violence contre les citoyens Magnin- Tochot et JouflTroy?— Le jury répondit oui. 3° Est-il constant que Perrot soit convaincu d'être l'auteur de cette provocation? — Le jury répondit non. En conséquence, l'accusé fut mis en liberté.

Magnin-TDchot se dédommagea de cet échec, en faisant maintenir, contre le vœu et l'opinion même du département, l'abbé J.-Cl. Perrin, .de Loray, sur la hste des émigrés ; ce qui devait, quelques mois après, causer la mort de cet ecclésiastique.

L'administration cantonale d'Orchamps se montra plus favorable à la pétition par laquelle F. -Alexis Joignerey, cultivateur de Plaimbois, membre de la colonie comtoise émi* grée en Hongrie, demandait à rentrer en France après le délai légal, à raison de l'éloignement considérable qui ne lui avait pas permis de regagner plus tôt la frontière. Mais ces bonnes dispositions demeurèrent inutiles; les portes

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de la patrie restèrent fermées pour ce proscrit, qui, acquitté par le tribunal révolutionnaire de Maiche, n'avait quitté la France ensuite que pour échapper à un mandat d'arrêt lancé par le comité révolutionnaire central du canton. Un autre proscrit, P. Magnin-Faysot, de Guyans-Vennes, passé^ en Suisse après la déroute de la petite Vendée, était mort à Soleure le 18 février 4794. Sa famille réclama inutilement la restitution de ses biens. Les déportés laïques, auxquels la loi avait rendu leur patrimoine, attendirent eux-mêmes longtemps la levée du séquestre qui frappait leur fortune. Ce fut seulement le 5 décembre 4796 que F.-X. Burnel, de Domprel, mis en liberté depuis le 22 mars 4795, put rentrer en possession de son patrimoine; et le 47 mai 1797, que M. Ch -Augustin Jeanmaire, officier de santé à Pierrefontaine , et ses cohéritiers, purent recueillir les débris de la fortune de leur oncle, le respectable M. J.-F. Brésard, maire de la Sommette, mort dans les prisons de Rennes, le 47 mai 1794.

Le 21 novembre 4 790, Magnin-Tochot répondit à la circulaire de Quirot contre les pi êtres : « Les prêtres émigrés et déportés sont poursuivis dans ce canton comme des bêtes féroces. Les magistrats du peuple, auxquels Je ne cesse de recommander une surveillance active contre ces ennemis de la pairie, remplissent leur devoir en ordonnant des patrouilles continuelles dans chaque commune, et en faisant des fouilles chez les individus qui les retirent. J'ai lieu de croire qu'ils ne répandront pas publiquement leur poison, et que tous les bons citoyens du canton me seconderont pour les arrêter lorsqu'on sera parvenu à les découvrir. »

Un instant, Magnin-Tochot faillit avoir le bonheur de saisir un de ses anciens confrères. 11 écrivit, le 27 décembre, à Quirot : « Il y a trois jours, le citoyen J.-Cl. Dumont, d'Orchamps, chef de patrouille, parcourant les hameaux de Fuans, Grandfontaine et Luisans, pour assurer la tranquillité publique et s'opposer aux brigandages exercés dans les cantons voisins, apprit qu'un rassemblement de brigands devait avoir lieu au Pre-'-^oleil, hameau de la commune d'Orchamps, situé au milieu d'une vaste forêt. Ce citoyen, dans l'intention d*y

ÉPREUYBS DES PStTBBS ET DBS FIDÈLES. 425^

porter secours, s'avança vers ce hameau avec la troupe qu'il eommandait, près du milieu de la nuit. Ayant remarqué, dès le dehors de la maison , un bruit horrible et confus qui partait de l'intérieur, il demanda l'ouverture de la porte au nom de la loi. A peine fut-il entré avec quelques-uns des siens» que tous ceux qui remplissaient cette maison , au nombre d'environ deux cents, disparurent, et il se trouva, lui et le» siens, avec six à sept femmes qui entouraient un autel, dans la chambre dite le poêle, à côté duquel étaient des armes, que la peur avait sans doute fait abandonner. Un étranger^ qui se rencontrait encore là, dit qu'un prêtre émigré venait de passer à l'écurie et cherchait à disparaître. A l'instant, Dumont se transporta avec ses gens à l'écurie, où il trouva, derrière les vaches, des ornements d'église avec quelques linges servant au culte. II s'en empara, ainsi que d'une boite remplie d'hosties, de trois fusils et de deux sabres trouvés à côté de l'autel , et les apporta au secrétariat de cette admi«> nistration, oà il remit aussi un procès-verbal de ce qui s'était passé. J'ai dénoncé à l'officier de police judiciaire du canton (Bourdenet) le nommé F.-Jos. Mesnier, propriétaire et prin-» cipal habitant du Prel-Soleil , comme cédant sa maison pour servir à des rassemblements illégaux et séditieux, et comme donnant asile aux émigrés et aux prêtres rebelles. Je vous informerai du résultat de ses démarches. »

On voit, par cette lettre même, ce que ce misérable apostat traitait de brigands et de brigandages j dans une langue qui n'était pas moins dépravée que ses idées. Aux termes mêmes de la constitution de l'an m, le vrai brigandage était la violation de domicile commise par le patriote Dumont; car il était difficile de fouler aux pieds un plus grand nombre de lois à la fois.

XXXY. Les patriotes dominaient dans la ville d'Ornans ;. mais les fanatiques des campagnes environnantes continuaient à les alarmer singulièrement. Le 9 mars 1796, la munidpa* lité écrivit au département : « Notre commune est environnée de toutes parts des ennemis les plus acharnés de la répu«^ blique, les émigrés et les prêtres déportés, qui rentrent en foule au mépris des lois, même sous les yeux des agents et

426 CHAPITBB LXXT.

adjoints des communes du ci-devant district d'Ornans. Notre commune n'est pas aimée non plus par les fanatiques habitants du voisinage ; elle est même menacée , parce qu'elle renferme des républicains qui , s'ils étaient armés , sont en état de faire résistance, et périraient pour maintenir la république, plutôt que d'y laisser porter la moindre atteinte. Entourée de cette classe d'hommes, notre commune n'est pas sans danger, et, se trouvant sans armes, elle ne pourrait leur résister. Ne serait-il pas possible d'obtenir un cent ou au moins un demi-cent de fusils de munition pour armer les citoyens ? Si vous ne croyez pas l'administration du département compétente, nous vous prions d'en faire part au ministre de la guerre. — Teste, Gayron, Oudot, Fleury, Golard, commissaire. »

Mais la municipalité d'Ornans trouvait dans le sein même <le la ville les ennemis contre lesquels elle réclamait des fusils. Le i9 mars, elle écrivit à Quirot : « Le citoyen Trouillet, ex-cordclier, qui a fait la déclaration voulue par la loi, peut-il exercer le ministère du culte dans une maison particulière ou dans une église autre que celle désignée par l'administration? )> La loi étant très claire à cet égard, Quirot répondit qu'il fallait s'y conformer, sauf à surveiller les rassemblements auxquels donnerait lieu le culte exercé par le bon religieux.

Deux jours auparavant , les municipaux d'Ornans avaient signalé an département un fait non moins inquiétant. Le vieil abbé Belin se permettait de dire secrètement la messe chez lui 1 Quelque temps après, le jeune Golard-Luc écrivit au département que ses trois sœurs, Rose, Delphine et Charlotte, égarées par les suggestions d'un prêtre fanatique, avaient disparu , pendant l'hiver précédent , pour aller, suivant le bruit public , travailler à leur salut dans la retraite ; que la municipaUté s'était empressée de les dénoncer comme émigrées et de mpttre les scellés sur le domicile qu'elles partageaient avec le pétitionnaire. Il représentait qu'elles pouvaient bien n'être pas sorties de la république et reparaître au premier jour, et qu'en tout cas^ on ne pouvait le priver plus longtemps , ainsi que son frère P.-Antoine^ volontaire

ÉPREUVES DBS PRÊTRES ET DBS FlDfeLBS. 427

occupé à la défense de la patrie , de l'usage des meubles et des biens qu'ils possédaient en commun avec leurs sœurs ; et que la république devait au moins partager avec eux.

C'était le 30 décembre 1795, et à l'instigation de l'abbé Maire , des Fourgs , que les trois demoiselles Colard avaient passé à l'étranger, ainsi que M"» Muselier. Le 9 février 1797, Colard, commissaire du Directoire, écrivit à Quirot que, d'a« près le bruit public, cette dernière était rentrée en France et même à Ornans, et qu'il venait de donner des ordres pour la faire arrêter. Il ajouta que le prêtre Clerc, émigré rentré, venait aussi de temps en temps dans la ville , qu'on faisait des démarches pour le faire éliminer de la liste des émigrés, ainsi que l'abbé Laloue, sous prétexte qu'ils avaient été contraints à la fuite par la Terreur, avant le décret de déportation ; mais que c'était le cas, pour un fonctionnaire énergique, de résister à toutes ces menées. Quirot lui répondit qu'il avait bien raison, et qu'il fallait redoubler de vigilance pour arrêter les émigrés rentrés , et empêcher qu'on ne leur délivrât de ces faux certificats de résidence qui pleuvaient de toutes parts M. Jac.-Ant. Bonnefoy, notaire à Ornans, plus heureux, avait obtenu, sous une administration anténeure, sa radiation provisoire de la Uste des émigrés et avait même repris ses fonctions de notaire. Le commissaire Colard voulut au moins les lui interdire, mais Quirot lui répondit qu'à son avis il n'en avait pas le droit.

* Cette étrange époque était féconde en incidents de toute sorte. Le 4 novembre 4796, le département écrivit au ministre de la police : « La gendarmerie d'Ornans a arrêté un homme très suspect, se disant Lyonnais, ci-devant prêtre et actuellement militaire, il était porteur de plusieurs congés en blanc, déjà revêtus de fausses signatures. Son but était sans doute de les distribuer aux feunes gens déserteurs de la réquisition. Quoi qu'il en soit, cet individu, se voyant arrêté, a tiré un coup de pistolet, à bout portant, contre un des gendarmes, qui a eu le bras percé d'une balle m&chée. Il a été amené aujourd'hui dans la maison d'arrêt de Besançon, u — Le âS novembre, le département écrivit encore :

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(c Le prisonnier se nomme Péchet, caporal-fourrier de la 80* demi-brigade, ex-prêtre, natif de Lyon. On attend, pour le faire passer au conseil de guerre, qu'on ait des nouvelles du chef de brigade, parce qu'il est porteur d'un congé signé de ce chef de brigade, et qui a paru faux. »

XXXVl. Les administrateurs de la ville d'Ornans, trouvant que la police leur était trop facile dans leur circonscription propre et ne suffisait pas à leur activité tracassière, jugèrent à propos d'étendre leur sollicitude sur le canton rural d'Ornans ou de Villers-sous-Montrond , encore pourvu d'une administration spéciale. Ils adressèrent donc à Quirot , le 6 février 1 796, ce réquisitoire complet : . <( En exécution d'une délibération par nous prise le iS nivôse dernier, tendante à porter une dénonciation contre les agents et adjoints des communes du canton rural d'Ornans, et autres particuliers qui retirent les prêtres émigrés et déportés, nous joiguons ici un tableau de ces individus et des prêtres qu'ils recèlent. Si nous avons tant tardé à vons faire une telle dénonciation, qui, si elle peut avoir son exécution, ne contribuera pas peu à l'affermissement et au maintien du gouvernement républicain, puisqu'elle n'a pour objet que de faire destituer tous ces royalistes effrénés, des^ tracteurs de l'ordre social, et les faire remplacer par de vrais patriotes qui emploieront leur énergie ordinaire pour purger le sol de la liberté de tous ses ennemis, c'est que nous avons pensé que la multiplicité des forfaits commis sous leurs yeux les ferait rentrer dans l'ordre et le devoif. — Cayron, président. Teste, Oudot, Colard.

» Tableau des prêtres émigrés et déportés gui résident dans les communes du canton rural d*Ornans, avec les noms des agents et adjoints gui les retirent.

}) Saules. Sergent et Demesmay> se disant Boite , les deux émigrés — P.-Jos. Morel, agent, et P.-Jos. Débiez- Missot, son adjoint, fanatiques et royalistes effrénés, ainsi que Jac.-F. Douteaux et beaucoup d'autres de cette trempe, leur donnent asile et les nourrissent à tour.

» Charbonnières. Vergey, de Foucherans, et Muselier,

d'Ornans, les deux émigrés ou déportés. — J.-Ant. Charpy, agent, et P.-F. Macherey, adjoint, ainsi que les fanatiques et royalistes de cette commune, qui sont aussi en grand nombre, imitent parfaitement leurs confrères de Saules.

» Trepot. Philippe et Balandret , les deux émigrés. — P.-Jos. Perrot, agent, André Juret, adjoint, et presque toute la commune, sont les ennemis les plus acharnés dô la RépubUque. Ils sont parfaitement d'accord avec les prè-* très qu'ils retirent. Us demandent un roi et ne veulent point se soumettre aux lois républicaines.

» FoucHERANs. Vergfey et Gauthier, déportés. — Cl.-L. Vergey, agent municipal et père du prêtre susdit, Cl.-L. Filsjean, et presque toute la commune sont les dignes émules de leurs voisins de Trepot.

» Tarcenay. Gerrier, leur ancien curé émigré. — J.-B. Petitjean, agent , Jos. Bequenot , adjoint , et sans se tromper , toute la commune lui donne asile et le nourrit à tour de rftle. Us ont beaucoup contribué au discrédit du papier national.

» Chassagne. Nicolet. — L'agent Etienne Aymonin, Ragot, son adjoint, sont fanatiques de la première classe, et par conséquent royalistes, qualité qui se sympathise trop pour en être séparée. Ce sont eux qui lui donnent asile.

n Maiziëres. L'agent J.-CI. Mille, et son adjoint, J.-P. Golardet, et toute la commune sont fanatiques. U n'y a point d'église, mais ils se rendent à Scey, et contribuent de tout leur pouvoir à l'entretien de Nicolet et de Dupuis*

» Scey. Nicolet, leur curé, et Dupuis, déporté.— Etienne- Jos. Bourgeois, président de l'administration du canton de Villers, Phil. Renaud-Besuchet, juge de paix du même can** ton, aristocrates et royalistes prononcés, donnent continuellement asile aux prêtres émigrés et déportés. Us les nourrissent également; ils perdent, autant que les prêtres, par leurs discours séditieux, les habitants de la commune. P» Roucet, agent, et Jos. Aymonin, adjoint, suivent l'exemple de leurs dignes émules.

» Malbkans. Balandret et Joliclerc, émigrés. — Us ne s'ac^ cordent point. J.-Didier Baudrand, agent, J.-F. Beurrey y

490 CHAPITRE LXXY.

adjoint, le ci-devant avocat Goste et la moitié de la commune sont fanatiques et royalistes au suprême degré et s'empressent de donner asile aux prêtres émigrés.

» ViLLBRs-sous-MoNTROND. Joliclerc , leur ancien curé. — J.-CI. Roland, agent, avec la plus grande partie de la commune, sont aussi fanatiques et royalistes que les autres habitants des communes de ce canton. Cl.-L.-Phil. Maire, commissaire provisoire du Directoire près l'administration de ce canton, souffre que des prêtres émigrés et déportés soufSent le feu de la discorde parmi les citoyens , sans prendre des mesures pour les faire arrêter et traduire dans les mains de la justice. — Gayron, Teste, Oudot, Colard. »

Dans des notes destinées à compléter cette dénonciation , Quirot signale encore l'agent et l'adjoint de Bonnevaux , comme ayant permis le séjour et les offices publics des prêtres déportés.

La commune de Saules avait obtenu la première place dans ces dénonciations, et elle méritait bien cet honneur. Administrateurs et administrés y rivalisaient de zèle et de dévouement pour les prêtres proscrits, et les femmes n'étaient pas les moins courageuses. On nomme encore Marie- Thérèse Morel comme ayant été l'âme de tous les pieux complots. Du reste, ces dénonciations n'étaient pas les premières. Déjà, le 24 janvier, P.-Jos. Gornu, ex-maire jacobin évincé, avait remis à Mérédey, lieutenant de gendarmerie à Ornans, une plainte portant que P. Jos. Morel , agent de la commune, n'avait pas cessé, depuis qu'il était en fonction, de retirer chez lui des émigrés , tels que les prêtres Demesmay, Philippe , Sergent, Vergey, de les loger et de leur fournir à manger, de leur donner les clefs de l'église pour y offîciei*, et même de servir leurs messes. Le dénonciateur avait associé à sa signature celles de tous les patriotes du village, au nombre d'une demi-douzaine, portant tous le nom de Débiez ou de Cornu.

Mais antérieurement encore à cette plainte, le gouvernement en avait déjà reçu une autre, ensuite de laquelle ilprit, le 18 février, l'arrêté suivant: «Informé, par une lettre officielle du 29 niv6se dernier, qu'à cette époque des prêtres

ÉPREUVES DBS PBÊTRBS ET DBS FIDfeLBS. 431

sujets à la déportation étaient logés, nourris et entretenus dans la commune de Saules, chez les nommés P.-Jos. Mo* rel^ agent, et P.-Jos. Débiez-Missot, adjoint, le Directoire, considérant que, par une complaisance aussi marquée en faveur d'iudividus rebelles à la loi et proscrits par elle, les sus-nommés ont perdu tout droit à la confiance du gouvernement et qu'ils sont dans le cas d'être poursuivis conformément à la loi du 3 brumaire, arrête que les sus-nommés sont destitués, et que le commissaire près les tribunaux fera contre eux les poursuites prescrites par la loi. » Le 23 mars, Maire, commissaire du canton, annonça. quo deux mandats d'arrêt venaient d'être lancés par le juge de paix contre les deux fonctionnaires révoqués, et que les pièces allaient être transmises au directeur du jury d'accusation. Les poursuites ne paraissaient pas être allées plus loin. Le 27 mars, l'administration cantonale nomma agent de Saules M. J.-F. Mourot, et adjoint, M. P.-Jos. Lallemand.

Pendant que les administrateurs de Saules étaient ainsi poursuivis, une partie de leurs administrés l'étaient aussi, par suite d'une de ces émeutes dont la délivrance des prêtres arrêtés était l'objet, et qui se multipliaient de tous les côtés. Le lieutenant do gendarmerie Mérédey a laissé de cet événement le récit suivant :

a Le 4 pluviôse (24 janvier i796), environ les six heures et demie du matin, accom:)agné de Guill. Pahin , Jos. Perrot, Cl Boisselet et L.-Jos. Pianet, gendarmes de la brigade d'Ornans, nous nous sommes transportés en la commune de Saules, à l'effet de faire la recherche de prêtres émigrés troublant l'ordre public, d'après les renseignements que nous avions pris. Nous nous sommes mis en embuscade autour de réglise et de la maison curiale, suivant les indications du citoyen Cornu, ex-maire. Environ les sept heures, nous vîmes passer le nommé Dehiesmay, se disant Boite, prêtre émigré, qui se rendait à l'église, accompagné de P.-Jos. Débiez-Pétré, recteur d'école. Nous nous distribuâmes alors aussitôt autour de l'église avec ordre et précision. Ensuite, moi, lieutenant, accompagné du gendarme Boisselet, nous sommes entrés dans l'église et même dans

43S CHAPITll LXXY*

la sacristie, où l'émigré s'était retiré, et là nous l'ayons saisi au corps et garrotté. Ensuite nous Ta vous fait sortir et passer à travers la prairie qui se trouve au bas de l'église, afin de le soustraire au rapt que les habitants se proposeraient sans doute de faire, lorsqu'ils en auraient connaissance. Pendant ce temps, Débiez-Pétré se mit à courir à travers la commune, en criant de toutes ses forces que des gendarmes enlevaient leur prêtre de l'église , qu'il fallait se porter à son secours. Aussitôt J.-F. Morel imita son exemple, et à leur voix les habitants, tant hommes que femmes, accoururent du côté où nous passions avec l'émigré, pour nous l'enlever de vive force. Depuis l'église nous fûmes assaillis dans notre marche jusqu'au bas de la prairie par un petit nombre ; mais en entrant dans la forêt que lious devions traverser, nous entendîmes sonner le tocsin, et aussitôt nous fûmes de nouveau assaillis par un plus grand nombre, qui nous coupèrent le chemifU. Ces individus, tous armés, soit de perches, de fourches de fer, de haches, de fléaux, de fusils, de pistolets, de sabres et de cailloux, se précipitèrent avec rage et férocité sur nous, en vomissant les imprécations les plus atroces contre nous, et en disant que nos efforts étaient très inutiles, et que nous ne l'enlèverions pas, ou qu'ils périraient plutôt. Malgré toute cette force qui nous accablait, nous ne laissâmes pas que de traîner notre prisonnier, et de parvenir jusqu'au sommet de la côte d'Ornaus et sur le territoire de cette commune. Là, entourés d'une force plus considérable encore, et accablés par leurs coups, nous fûmes obligés et contraints de plier et de le laisser en leurs mains tout enchaîné, eu leur observant qu'ils portaient une atteinte formelle à la loi et qu'un tel déht serait réprimé. Ces paroles ne servirent, au contraire, qu'à les animer davantage. Quelques-uns de nous furent dangereusement blessés; un de nos chevaux, mis hors de service; et, après avoir perdu chapeaux, pistolets et sabres cassés, nous nous mîmes sur notre défense personnelle, et nous repUâmes sur Ornans, où nous nous rendîmes aussitôt pour demander main^forte.

n J'ai requis, au nom de la loi, l'administration municipale

tiPRBUTBS DBS PBÊTRES BT DBS FIDiXBS. 433

d'ordonner au chef de bataillon de la garde nationale de la faire aussitôt assembler pour se rendre à Saules avec nous et saisir les principaux chefs des révoltés, pour les traduire incontinent dans la prison d'Ornans. — Environ les onze heures de la même matinée, toute la brigade de gendarmerie, accompagnée de la garde nationale d'Ornans , se mit en marche pour se rendre à Saules. Arrivés au sommet de la montagne, nous aperçûmes quelques-uns des habitants de Saules qui prenaient la fuite. Alors deux gendarmes furent détachés pour leur couper le chemin et se saisir d'eux. Ensuite, étant entrés à Saules, le gendarme Boisselet fut de nouveau assailli par Antoine Cornu et Jac.^Ant. Morel, de Saules, qui furent aussitôt arrêtés par le gendarme Pianet et par quelques gardes nationaux, qui accouraient à sa défense. Un d'eux ayant cassé son sabre sur ledit Morel , ils ont procédé ensuite à l'arrestation des chefs des révoltés, qui furent reconnus et qui sont Jac.-F. Douteaux, Gl.-F. Débiez, L. Dé« biez-Piguet, J.-B. Cuenin, P.-Jos. Débiez- Pétré, J.-Ant. Ck)rnu, Jac.-Ant. Morel, GL-F. Trimaille et P.-Cl. Cuenin, Charlotte Douteaux, Jeanne-Cl. Douteaux , Marianne Morel , Anne-F" Cornu et Anne-B*' Débiez. Vers les quatre heures après midi, nous nous rendîmes à Ornans, où tous les dénommés ci-dessus Turent écroués le même jour. »

A l'appui de ce procès-verbal, Mérédey produisit i* un certificat des médecins d'Ornans, constatant qu'il avait reçu deux blessures sur l'omoplate et une contusion à la poitrine, nécessitant quinze jours pour leur guérison; que le gendarme Pahin avait le dos meurtri et des douleurs de poitrine ; que le gendarme Boisselet avait une blessure à la main, une contusion sur le dos, et se plaignait de vives douleurs de poitrine ; â"" un certificat de blessures faites à trois chevaux des gendarmes, dont l'un, celui de Boisselet, avait péri; 3^ un état des efiets brisés et perdus. Mérédey avait une paire de pistolets perdue, son chapeau percé à coups de pierre et la monture de son sabre cassée. Le gendarme Boisselet avait sou chapeau perdu, son habit déchiré, un pistolet enlevé, un sabre cassé, une chaîne, une paire de menottes et deux cadenas enlevés de force avec le prêtre qu'il tenait. Le gen-

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