‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 26 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

On voit que celte pièce, bien loin d'attaquer la constitution politique régnante, ne contenait aucune rétractation^ ni du serment de liberté et d'égalité prêté par M. Gaseau, ni de son acte de soumission aux lois de la république. Mais, à supposer même que l'abominable loi du 3 brumaire an iy eût replacé tous les courageux pénitents, sans distinguer la date de leur rétractation, sous la hache du code sanguiuaire de 1793, ce jeune prôtre, n'ayant jamais prêté le serment constitutionnel, n'avait pas même pu le rétracter. Le département, par arrêté du M février, n'en condanmapas moins M. Caseau à être reclus aux Capucins. Le prisonnier ne fut élargi que le 28 avril suivant, sous une .nouvelle administration et pour cause de maladie.

XLV. Le canton de Rigney était partagé entre les orthodoxes et les constitutionnels Les premiers dominaient à Cenilrey, et, le U février 4796, Vichot, agent patriote non réélu, écrivit à l'administration cantonale, au nom des quatorze jacobins du village , que « dans le cas où Ton y enverrait des troupes , pour les fautes et faux préjugés des fanatiques, qii composaient plus des trois quarts de la commune, on l'exemptât, lui et les quatorze patriotes, du logement, entretien et fourniture à faire auxdites troupes, et que tous les frais fussent au compte des fanatiques. » Boigeat, président, Morey, agent de Moncey, et le commissaire Curie, répondirent, au nom du canton, que les pétitionnaires étaient des patriotes bien connus pour avoir gémi , jusqu'à ce jour, des désordres qui se commettaient dans leur commune ; qu'ils avaient même été accablés de vexations par les fanatiques et aristocrates ; et que, dans le cas où l'on enverrait des troupes à Cendrey, les pétitionnaires devraient certainement être exempts de toutes charges et logements.

Le 8 avril, l'administration de Rigney étant réunie pour répondre à Tarrêté du département, du 19 mars, contre les prêtres, Fournier, agent de Rigney, déclara qu'il ne connaissait aucun déporté dans sa commune, mais que Cuenot et Pourchet, ci-devant curé et vicaire de Rigney, avaient ofGcié publiquement à Cendrey et à la Tour-de-Sçay, et qu'il y avait assisté lui-même; que Triboulez, de Cenans, avait

également officié à Cendrey. L'agent de Sçay assura que ces prêtres étaient partis depuis deux mois. L'agent de Flagey déclara qu'avec les trois prêtres déjà désignés, on en avait rencontré encore deux autres, Boudot, de Baume, et Gras, ex-curé de Bretigney. Marey, agent de Moncey, déclara que, trois mois auparavant, un prêtre déporté, à qui on donnait le nom de Père Justinieriy était venu officier à Moncey ; que J.-B. Desprez, alors agent de la conmuine, lui avait remis les clefs de l'église, ce qui avait violemment offusqué les patriotes et failli occasionner du tumulte.

Perriguey, envoyé en mission dans les cantons de Guse et de Rougemont contre les prêtres, fi', le 25 octobre, au département le rapport suivant : « Passant par la commune d'Avilley, je fus informé que celle de Cendrey, où je devais aussi passer, était devenue depuis longtemps le séjour habituel des prêtres déportés et émigrés ; qu'ils s'y montraient publiquement ; qu'ils y étaient protégés et soufferts par un grand nombre de citoyens, même par les agent et adjoint municipaux ; qu'ils y prêchaient ouvertement et sans crainte leurs principes destructeurs du gouvernement républicain ; enfin, qu'au mépris de toutes les lois, ils célébraient leur culte dans l'église du lieu, ensuite de convocation publique, au son des cloches, ce qui même avait eu lieu jusqu'à trois fois dans la matinée d'aujourd'hui. Je me présentai dans cette commune avec une partie de la force armée qui m'accompagnait. Je fis aussitôt appeler près de moi les citoyens Bougeot, agent, et Moussu, adjoint, et les interrogeai sur les faits qui m'avaient été dénoncés. Us me répondirent qu'ils ignoraient si aucun prêtre émigré ou déporté habitait leur commune; qu'ils ne connaissaient personne qui leur donnât asile; qu'ils savaient bien que l'on disait des messes dans l'église, ensuite de convocation au son des cloches; mais que c'était par des passants qu'ils ne connaissaient pas. Ils avouèrent qu'aucune soumission n'avait été faite entre leurs mains pour cet objet. » Sur ce rapport, MM. Bougeot et Moussu furent suspendus de leurs fonctions par le département, le 2 novembre suivant. La peine était douce pour les deux magistrats municipaux. Six mois aupa-

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ravant, M. Bougeot avait déjà envoyé sa. démission, «parcâ que, écrivait-il, lorsqu'il proclamait les arrêtés de Tadmii^istration, la plus grande partie des habitants lui riaient aa

nez. »

XLVI.Gefut dans le canton de Roche que s'accomplit l'arrestation d'un prêtre déporté qui avait été vivement poursuivi dans un canton voisin. M. Sébastien Touzet, ex-chapelain de Saint-Jean-Baptiste à Besançon, s'était fixé à Deluz^ ea revenant de l'exii, et il y avait vécu assez tranquille sous l'administration départementale destituée par le Directoire. Mais le. retour des terroristes au pouvoir changea singulièrement sa position. A la demande de Jobard, commissaire à Roulans, la gendarmerie fut envoyée à Doluz le 5 mars, et s'y livra à toutes les perquisitions possibles , sans découvrir autre chose que les écrits religieux suivants : i"* ur manus*. crit intitulé Indulgences demandées au souverain pontife; ^ un imprimé intitulé Anti-Encyclique ou lettre aux évêques constitutionnels, datée à Paris du 25 mars i795; 3^ un autre imprime intitulé Lettre pastorale de M, Vévêque de Saint-Pa-. poul; A° un manuscrit intitulé Litanies en V honneur de saint Ferréolet de saint Fet^Jeux, suivies d'oraisons ; 5** un manus* crit intitulé CAanson catholique sur l'air: Aux armes, citoyens/ Le département déclara, le 15 mars, qu'il était de notoriété publique qu'il y avait eu réellement à Deluz deux prêtres, recherchés sans succès par la gendarmerie ; que plusieurs particuliers leur avaient donné asile, notamment P. Antonio, marchaud, chez qui on avait trouvé les divers écrits indiqués plu9 haut, des linges personnels et hardes paraissant appartenir à ces prêtres , et enGn des effets servant aux cérémonies du culte, et présumés soustraits à l'église de Deluz; qu'en conséquence^ les prêtres déportés étant les ennemis les plus implacables de la république, P. Antonio, soupçonné d'avoir favorisé leur séjour et de leur avoir donné asile, serait dénoncé à l'accusateur public.

M. l'abbé Touzet, pendant qu'on avait fait perquisition de sa personne, se trouvait encore caché à Deluz; mais sa position y était devenue intolérable ; de sorte que le proscrit , après s'être concerté avec M* Thomas Plagey, dut s'éloigner

et aller à Novillars, demander un nouvel asile à J.-B. Besson, tisserand et concierge du château. Le 16 mars, le vieux prêtre, caché dans un modeste coin de cette grande demeure, écrivit à l'un de ses amis, M. Horgne, architecte à Paris, en parlant de lui-même en termes voilés : « J'ai la connaissance d'un nommé Bastien qui se trouve fort dans l'embarras. Le 5 de ce mois, il a été poursuivi , et depuis ce temps, il erre de côté et d'autre. Le terrorisme reprend , comme il y a deux ans. Si cela continue, je compte m'en retourner dans mon pays, où je serai, quoique bien pauvre, plus trauquille que dans celui-ci. On m'a dit que ce Bastien avait deux sœurs à Paï'is. Informez-les, si vous le pouvez, du danger que court leur frère. Excusez-moi de ma mauvaise écriture ; je vous écris à la hâte, dans un petit coin où je ne vois guère clair. Le 5 et le 6 du mois, j'ai eu bien froid ; il m'a fallu courir le jour et la nuit. Il est heureux pour moi d'être sur le retour de l'âge, pour ne plus voir bientôt les grands maux qu'on fe â sOufiWr en France. On voit bien que c'est une punition générale de Dieu ; en sorte qu'il n'y a pas un individu qui n'ait beaucoup à souffrir. Je suis bien dans la peine ; je ne mange pas un morceau tranquille, et je ne sors que quand je peux ; cependant je n'ai pas laissé de travailler. »

M. Touzet venait à peine de terminer celte lettre, qu'il fut arrêté par le maréchal des logis Cosson, envoyé de Besançon avec une brigade pour le saisir. « Ensuite des ordres transmis hier par le lieutenant Viotte,*écrivail Cosson, je me suis t^ndu, à six heures do matin, à Novillars, accompagné des citoyens Balland, président, et Ravier, commissaire du canton, et assisté de quatre gendarmes. Nous nous sommes d'abord transportés au domicile du citoyen Dony, agent de la commune, et nous l'avons requis de nous accompagner flans la visite que nous allions faire dn château, où nous avions avis qu'il se retirait des émigrés, des prêtres déportés et autres gens suspects. Etant entrés avec lui dans la cuisine du château , nous y avons trouvé le concierge J.-B. Besson, tisserand , que nous avons requis de nous déclarer s'il n'y avait point d'étrangers-chez lui^ d'émigrés o<a frrètrôs dépoHés. R a répondu négativement. Cependant

BOUS avons rencontré un homme vêtu de brun, qui a répondu s'appeler J.- P. Valfrey, originaire d'Osselle, jardinier, âgé d'environ trente-six ans, volontaire réformé, et être arrivé au château depuis trois jours, pour cultiver le jardin de la femme Girod (M"*** de Novillars). Mais son arrivée coïncidant avec celle du prêtre Touzet, nous avons cru devoir le retenir. Dans une chambre du rez-de-chaussée, prenant jour sur la terrasse et contigué à Tatelier de tisserand, nous avons, à la faveur d'une lumière, trouvé couché dans un lit un particulier que nous avons reconnu pour être le prêtre Touzet. 11 a répondu être originaire de Besançon , âgé de cinquante-sixanset arrivé de lundi dernier au château, où il cherchait à se soustraire aux poursuites de la justice. Il a déclaré qu'il était rentré en France en avril de Tannée dernière; qu'il connaissait ce château, pour y être venu l'été dernier, lorsque la femme Girod y était ; et qu'il connaissait particulièrement le concierge, de quoi celui-ci est convenu. 11 nous a remis les papiers qui étaient dans son portefeuille et ses poches , entre autres , un passe-port au nom dô Sébastien Vigier, délivré par la municipalité de Rosureux, le j*' messidor dernier et à l'aide duquel il a voyagé dans l'intérieur de la république et il est venu à Deluz, où il a resté depuis le mois de juin dernier dans les différentes maisons désignées sur une demi-feuille de papier trouvée dans sa poche. Il s'est trouvé aussi dans ses papiers deux lettres écrites par lui à Jean et à Thomas Flagey, de Deluz, une note des linges eteffets déposés par lui chez Antonio, marchand à Deluz, et une lettre adressée à l'architecte Horgne à Paris. Nous avons trouvé sur sa commode une pyxide en étain, qu'il a déclaré lui appvUtenir. Nous lui avons signifié que nous l'arrêtions, au nom de la loi, pour le conduire à la maison d'arrêt de Besançon, ainsi que Besson et Valfrey, et nous avons constitué le citoyen Dony, agent municipal, gardien du château (i). »

(1) La pièce saisie sur M. Touzet et indiquant les maisons où le proscrit allait chaque soir «hercher un nouvel asile , était ainsi conçue : « Nos hôtes de Delu%,— Bi décembre, chez Thomas Flagey; i*' janvier.

Amenés au département, les trois prisonniers furent interrogés le même jour par Vuillier. Valfrey répondit qu'il ne connaissait nullement le prêtre avec qui il avait été arrêté, qu'il ignorait même sa qualité de prêtre, et l'avait pris pour un parent du concierge du château; que, pour lui, s'il n'avait point de passe-port, c'était parce qu'étant un simple journalier, il avait cru n'en pas avoir besoin. M. Touzet déclara qu'il avait été déporté par suite de dénonciation, n'étant pas tenu au serment, et qu'il avait résidé à Cressier, puis dans le canton de Friljourg ; que depuis sa re.ntrée en France, il n'avait guère quitté Deluz, où il trouvait asile tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Il assura qu'il n avait pas remis les pieds à Besançon, refusa de rendre compte de ses occupations ordinaires et des ofOces qu'il avait pu célébrer dans Téglise de Deluz, mais afflrma qu'il n'avait jamais prêché contre les lois de la république II avoua -qu'en rentrant en France, il savait quelles peines il encourait ; mais, ayant été malade pendant tout son séjour en Suisse, il était rentré parce que les médecins y avaient vu nn moyen de guérison. Il ajouta qu'il était seulement depuis deux jours à Novillars, et qu'il n'y avait encore pris que deux repas, à cause du jeûne. Vuillier lui ayant vivement reproché d'avoir fait usage d'un faux passe-port et d'avoir ainsi compromis d'une manière grave ceux qui l'avaient

«hez ChamoUe-Mîgné ; 2 janvier, Vouney-Tonnot ; 3, Flagey-Huguet ; 4, Pierrot Barbe; 5, Chamolle-Mialle ; 6, MarUn Barbe; 7, Thomas Voaney ; 8, Berceoi; 9, Vernerey; ll,GhamoUe la Bûche; 12, TaverJet, Joseph ; 13, la Denise ; U, ChamoUe la Guerre ; 15, Chamolle-Migné ; 16, Cl. Barbe; 17, le meunier; 18, Mathieu Vannier ; 19, Gaillard ; 20, la Denise; 21, la Thérèse; 32, le meunier; 28, le mercier; 24, Flagey ; 25, Martin ; 26 et 27, les mariages ; 28, Barbe la Citadelle ; 29, le mercier ; 80, Lebon-Burbe et Math. Vannier; 31, Flagey, Jac; 1«' février, Pipet (ou Pussel); 2, Mairot ; 8, Tonnot et Barbe-Lièvre ; 4, Flagey Citadelle ; Flagey, le maire ; Berceot, Toflicier ; Flagey, Thomas ; Ghamolle la Guerre ; Migney ( ou Maigney ) ; le pÔcheur ; Ghamolle qui tousse ; Denise Vannier ; Cl. -F. Mairot ; la veuve Vouney ; Flagey-Gaillard ; Mairot jeune ; Pipet ; Nie. Taverdet ; Gl. Nicolas ; Chamelle la Guerre ; Meiche ; la veuve boiteuse ; Dodane ; Math. Lelièvre ; Frachebois ; Laguerre ; la veuve Ghamolle ; Berceot le petit ; Barbe. >

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signé, M. Touzet protesta qu'il avait seulement déguisé son nom par précaution, mais qu'en réalité il avait résidé à Rosureux depuis le mois d'avril 1795 jusqu'au mois de juillet suivant. Il refusa d'indiquer les noms des personnes qui lui avaient donné asile dans cette dernière commune.

Le 17 mars, le département décida que M. Touzet et J.-B. Besson, prévenu de lui avoir donné asile et subsistance, seraient tr. laits au tribunal criminel, ainsi que F.-X. Robert, ci-devant maire, Joly, ci-devant officier municipal, et Robert, ci-devant secrétaire municipal à Rosureux, prévenus du crime de faux, et en outre d'avoir favorisé par un passe-port la rentrée d'un prêtre proscrit ; et enfin que Valfrey demeurerait en détention jusqu'à ce qu'il eût fait preuve de son inscription au tableau des citoyens de sa commune. M. Touzet, interrogé de nouveau par Goilleinet, le 30 mars, définitivement traduit au tribunal criofei» nel, fut maintenu en prison, mais non jugé. Valfrey justifia de son inscription sur la liste des citoyens de sa commune et fut mis en liberté le 22 mars.

Le 4 avril, les agents du canton de Rocbe ayant tous été interpellés au sujet des prêtres déportés, l'agent de Roche déclara que RoUier, ex-vicaire en chef de cette commune, ^tait revenu y exercer le culte catholique, mais qu'il le croyait parti depuis deux mois et demi. L'agent de Chalèze fit la même déclaration à l'égard de M. Cuvier, ancien curé de cette paroisse. L'agent du Grand-Vaire dit que , quatre inois auparavant, il avait vu cbez lui un jeune honodue qui se disait prêtre insermenté et s'«ppelaiit Nicolas; qu'il :s'étaît annoncé comme -venant traiter pour la desserte de leur église, et qu'il lui avait été répondu que s'il y Tenait, il se ferait éreinter. L'agent de Novillars déclara y avoir vu le prêtre Touzet avant son arrestation. Tous les autres ageuts^ affirmèrent qu'ils ne connaissaient aucun prêtre déporèé •dans Ie4ir8 commnnes.

Ces assurances n'empêchèrent pas Qnirot d'organiser tine chasse aux piètres dans ce cafnton. Le Ï7 avrïl, Ï^.-Phîl. Bimonnot, brigadier de gendarmerie à Besançon, se mit ea route au milieu de la nuit, à la tête de sa brigade et de sepi

iPRBUYBS DBS PftfiTRBS BT DBS FIDÈLES. 489

carabiniers de la garnison, a Je me suis transporté à Thise, écrivitrilj.à Teffel d'y arrêter le nommé Charles (M. Bontrond), prêtre réfractaire. Y étant arrivé vers les quatre heures du matin, j'ai fait entourer la maison de la citoyenne Savourey, indiquée par le citoyen Quirot. Aussitôt je me suis transporté au domicile des agent et adjoint municipaux, et les ai requis, au nom de la loi, de nous accompagner au domicile de ladite Savourey. Après la perquisition la phiB exacte dans la maison de cette citoyenne et dans celle de son frère, n'y ayant rien trouvé que les membres des deux familles et leurs domestiques, nous nous sommes retirés su domicile du citoyen Et. Bernard^oû nous avons aussi fait la plus exacte perquisition inutilement. L'agent et l'adjoint nous ont certifié que, depuis que le prêtre Auguste était arrêté, ils n'avaient pas connaissance qu'aucuu autre eAt habité Ja commune. »

Le i8 octobre suivant, Bourgeon, commissaire du Directoire à Besançon, manda à Quirot qu'il savait le prêtre Savourey rentré en France et même à Thise, a où il fanatisait les crédules habitants. » Il sollicitait des mesures pour l'arrestation de ce prêtre. Quirot ordonna aussitôt à Arbey, capitaine de gendarmerie, d'envoyer à Thise une force suffisante pour y saisir non-seulement le prêtre Savourey, mais aussi le prêtre Charles, qui, d'après de nouveaux renseignements^ était encore à Thise, dans une maison proche de la maison commune, chez la sœur du prêtre Savourey. La gendarmerie se trouva à Thise, le i2 novembre^ à cinq heures du matin ; elle s'y livra à de nouvelles per^ quisitions, mais elles furent aussi inutiles que les premières.

Ravier fils, commissaire à Roche, répondit, le 6 novembre^ i la circulaire de Quirot contre les prêtres : «Tous les agents ont déclaré qu'il n'existait dans le canton aucun émigré ou déporté. Cependant il m'est revenu que le prêtre Rollior rôdait toujours près de Roche; que même il exerçait quelques fonctions secrètement; mais je n'ai pu encore découvrir sa retrait^ et on lui garde un secret inviolable. J'en ai déjà £ait faire la recherche par la gendarmerie, mais infruc-

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tueusenient. 11 serait nécessaire qu'il y eût ici une brigade. » XLVII. L'administratioa du canton de Ronchaux ne cessa pas d'assurer qu'il u'y avait dans son ressort aucun prêtre réfractaire, et la population y vécut dans le calme le plus complet.

Les catholiques du canton de Rougemont jouissaient aassi d'une paix profonde. Elle ne fut guère Iroublée que le 48 octobre 1796, par l'arrêté suivant : a L'administration centrale du Doubs, informée que les prêtres déportés et les jeunes gens de la réquisition abondent dans le canton de RougemoDt, notamment au chef-lieu et à Abbenans; considérant que toutes les instances près de l'administration cantonale ont été jusqu'ici infructueuses, et que les agents et adjoints des communes tolèrent parleur insouciance cette infraction aux lois ; arrête que la force armée y sera envoyée sur-le-champ, et sera placée sous la direction du citoyen Perriguey. Le général commandant la division est invité à fournir une troupe suffisante, et le commandant de la gendarmerie est requis de fournir des gendarmes en nombre. »

Perriguey, en quittant le canton de Rougemont, écrivit à Morizot, commissaire du Directoire, de même qu'au commissaire du canton de Cuse, qu'il était informé que les prêtres officiaient dans la plupart des communes au son des cloches et sans avoir fait aucune soumission ; que cet abus ne pouvait rester plus longtemps impuni, et que les délinquants devaient être dénoncés au commissaire près le tribunal de Baume. Morizot répondit, le 9 décembre : « U n'y a dans le canton aucun prêtre qui n'ait fait sa soumission, excepté le prêtre Siroutot, de Tressandans, sur qui l'on a eu du doute, et qui avait exercé quelquefois à Saint- Hilaire, Bounal et Uougemout. Depuis que la force armée a passé dans le canton, je n'ai pu découvrir sa retraite. L'excuréGaudy, déporté, a été à Montagney et à Servigney. J'en ai été instruit par-dessous main ; j'ai donné une réquisition aux gendarmes de Baume pour l'arrêter. »

XLVIU. Par les deux lettres suivantes, échangées entre Quirot et Jobard, l'odieux commissaire du «anton de Roulans, on peut avoir une idée de ce que les catholiques

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avaient encore à souffrir dans les lieux où le parti schismatique était le plus fort et où ils n'avaient à attendre de la part des autorités locales ni appui ni justice. Le 28 février 1796, Quirot écrivit à Jobard : « On m'informe que dans plusieurs communes de votre ressort, les personnes et les propriétés n'ont pas été respectées ; que l'asile des citoyens a été violé ; qu'à Pouligney, le V^ pluviôse dernier, le domicile de la veuve Jacoutot a été forcé; on a maltraité cette femme et sa fille, on les a volées. Le nommé Faivre, menuisier, pour éviter des mauvais traitements, a été obligé d'abandonner quelques seaux devin. Je n'ai pas appris sans indignation que l'agent de cette commune et ses quatre fils étaient du nombre des délinquants. Dans la commune de Roulans, que vous habitez, les mêmes excès et même plus considérables, se sont renouvelés il y a peu de jours. Un citoyen Boussy, après avoir vu piller sa maison et consommer ses denrées et ses comestibles, a été tenu chez lui en charte privée. Gomment ces désordres se sont-ils passés sous vos yeux et n'ont-ils pas été réprimés ? Par quelle fatalité tolérez-vous un semblable brigandage? Ne deviez-vous pas traduire devant les tribunaux les auteurs d'un délit qui blesse aussi essentiellement l'ordre social? Le devoir des agents du gouvernement est de faire respecter les lois. Tout citoyen qui les viole est un tyran qui attente à la liberté publique. » La réponse de Jobard à cette lettre, si honorable pour son auteur, fut aussi embarrassée qu'elle devait l'être; il se borna à faire valoir les circonstances atténuantes. « On a cherché, écrivit-il, à tromper votre justice et votre sagesse. Le 27 pluviôse, je me suis transporté à Pouligney, afin de prendre des renseignements au sujet d'une émeute et de quelques excès qui étaient arrivés, pour poursuivre les délinquants selon toute la rigueur des lois. Tout ce quôj'aipu apprendre, c'est que cette dispute n'était surveime qu'au sujet d'un prêtre déporté et de rétablir la croix du clocher, qui avait été enlevée, aux termes de la loi. Les parties prétendues lésées m'ont sollicité de ne donner aucune suite i cette affaire, et au moment où je vous écris, J.-B. Faivre, l'un des prétendus plaignants et vexés^ qui se trouve chez

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moi par hasard, m'engage à n*y point donner de suite ; ce qui me fait penser que le mai n'est pas aussi considérable qu'on vous Ta représenté. Quant à TaiFaire de Roulans, elle est à peu près la même que celle de Pouligney. Elle tire sa source du fanatisme, du mécontentement et des propos inciviques que les parties prétendues plaignantes ont échappés inconsidérément, et pour avoir donné asile à des prêtres déportés, selon le soupçon de quelques habitants; et, après m'être transporté chez eux, le 7 pluviôse dernier, ils m'ont également sollicité de ne donner aucune poursuite à cette affaire^ vu que Tobjet n'en était pas assez conséquent. Je vous prie de m'indiquer la marche à suivre en pareille circonstance, et de vous persuader que je ne ménagerai rien pour faire exécuter les lois, malgré la multitude des malveillants, des fanatiques et des mécontents. »

Telles étaient la fermeté et la constance des catholiques, que le poste devenu vacant par l'arrestation deVabbé Touzet fut aussitôt rempli. Jobard écrivit, le 28 mars, à Quirot : « Il existe à Delnz deux prêtres déportés. Nie. Bergier et Rollier, ci-devant vicaire à Roche. Ces brigands font des progrès considérables par le fanatisme. J'ai fait diverses démarches pour les faire saisir; mais elles ont été infructueuses. Ils n'ont point d'asile stable ; ils ont dit la messe dimanche i la tuilerie, d'autres jours au moulin. Vous feriez bien de donner des ordres pour envoyer la gendarmerie de Besançon déguisée , et de m'indiquer les mesures que j'ai à prendre pour purger ce canton de ces deux brigands deprêtires. Voici la liste des habitants qui leur donnent asile. Antonio, J.-F. Flagey, Cl. Barbe, la veuve de Jac. Vanïiier, les Taverdet, meuniers, et plusieurs autres dont j'ignoï^ ies noms; je me borne aux chefs. » Le lendemain. Jobard ajoutait Jac. Meiche à la liste des receleurs.

Le A mai. Jobard écrivit encore que les deux prêtres proscrits cachés à Deluz s'étaient fait une multitude considérable tle prosélytes ; qu'ils parcouraient, la nuit, les communes de Laissey, TEcouvotte et Villers-Grélot ; que pour les mieux protéger, les habitants de Deluz, appelés à réorganiser leur igarde nationale, n'avaient pas voulu se réunir au chef-lieu et

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s'efforçaient de nommer des chef» favorables à ces brigands , et enfin qu'il était urgent d'envoyer une force considérable pour s'emparer des deux prêtres.

Jobard, dans la même lettre, se félicitait de ce que la commune de Deluz était la seule qui ne marchât point dans les sentiers delà Révolution. Mais le 21 juin, il signalait un relâchement général. Le président Diez et les autres mem> bres de l'administration n'assistaient plus aux séances. Le 2 juillet, il représenta le très petit nombre des patriotes de Deluz comme étant opprimé par les fanatiques. « Un citoyen, disait-il, Jos.-Ant. Taverdet, a été terrassé, battu et sur le point d'être assassiné, parce qu'il voulait la réorganisation de la colonne mobile pour assurer l'exécution des lois. )> Il annonçait que l'abbé Bergier officiait toujours à la tuilerie, et venait de recevoir un nouveau renfort, Jos* Barbe, jeune prêtre ordonné à Fribourg et fils d'un habitant de Deluz, et un autre émigré nommé Thomas Vannier, Il finissait en proposant le patriote J.-B. Barrey, de Roulans, pour remplacer le président Diez, nommé juge de paix.

Jobard reçut enfin les forces qu'il réclamait. Le 1" janvier 4797, il annonça que l'abbé Bergier avait été arrêté à Deluz, et qu'il allait l'envoyer à Besançon sous l'escorte de sept gardes mobiles et de sept hussards, détachés de ceux qui étaient en station à Roulans. Cette translation eut lieu le lendemain et ne s'accomplit pas sans difficulté. Un procèsverbal dressé par le lieutenant de la colonne mobile de Pouligney et par le brigadier de hussards, qui commandaient l'escorte, constate qu'il y eut « des attroupements, des injures et des voies de fait contre la force armée qui conduisait Bergier à Besançon, de la part des habitants de Deluz et autres. »

XLIX. L'administration du canton de Rurey, toute favorable au clergé orthodoxe, vit avec peine l'agitateur Jac. Âudy , de Montrond, revêtu des fonctions de commissaire du Directoire, à la place du paisible Bard, et elle put s'attendre à des joars moins calmes que ceux qu'elle venait de couler. Le 23 avril, le nouveau commissaire manda à Quirot que les prè* très émigrés et déportés célébraient publiquement les offices

à Chenecey, Rurey et Epeugney ; il signalait en particulier l'abbé Gauthier. Dès le lendemain, Quirot envoya au général commandant la division, une réquisition de troupes pour aller faire perquisition de ces prêtres dans les trois communes dénoncées. Cette expédition n'eut aucun succès ; et, le 46 mai, le commissaire récrivit que depuis le passage de& soldats dans le canton, les prêtres continuaient leurs offices publics comme auparavant, et qu'on entendait un carillon de cloches pire que jamais à Rurey, Epeugney et Chenecey. Le 30 mai, il revint encore à la charge, en annonçant que les agents et adjoints de Rurey, Chenecey et Cadémène, entre autres, ainsi que le président du canton, étaient les receleurs habituels des prêtres proscrits ; que plus les lois devenaient sévères pour les déportés, plus le peuple était acharné à suivre ces prêtres et à les écouter, au mépris des lois, que les chefs de l'administration eux-mêmes lui apprenaient à fouler aux pieds. Il signalait l'abbé Gauthier comme continuant à célébrer la messe dans l'église de Rurey, à la satisfaction générale. « Un patriote du lieu, ajoutait-il, a couru en avertir plusieurs autres, pour arrêter ce Gauthier; mais le prêtre leur a échappé. Ses partisans ont alors formé le complot de se rendre dans la maison du courageux patriote qui avait conçu le dessein de cette arrestation; mais un autre bon citoyen, prévenu du complot, s'est armé, avec ses deux fils, et a volé à la défense du patriote menacé, ce qui a paré à un malheur imminent. » Le commissaire se plaignait , en finissant , de trouver dans l'agent et l'adjoint deux complices du prêtre déporté.

Le 18 juin, il mande à Quirot que le prêtre May séjourne à Chenecey, chez l'adjoint municipal, J. Lambert, aux Granges-Mathieu ; que ce prêtre a une jambe cassée et ne peut sortir, ce qui rend sa capture facile. Devant une si belle occasion, Quirot s'empresse d'écrire à Arbey, capitaine de gendarmerie , d'organiser une petite expédition pour saisir le blessé ; il recommande qu'on Tamène dans la maison de justice avec tous les soins exigés par son état. Le 23 juin, procèsverbal de perquisitions inutiles aux Granges-Mathieu^ parle brigadier Vuillemot et quatre autres gendarmes.

Le 29 juillet, Aiidy, plus furieux que jamais, écrit à Quirot : a Le prêtre Gauthier continue ses ravages en disant publiquement la messe dans le canton, principalement à Ëpeugney. Tous les dimanches, pour me rendre à l'administration à Rurey, je suis obligé de passer par Epeugney ; ils ont du monde pour voir quand je suis passé, et alors ils disent la messe très exactement; ce sont les citoyens les plus aisés quicachentle prêtre, le logent et le nourrissent. J'en ai parlé à l'agent, ainsi qu'au président Benoît, qui habite cette commune et qui le favorise. Ils se mettent à l'abri, en disant : Nous ignorons qu'on dit la messe et nous ne connaissons pas le prêtre qui la dit. De plus, ils m'ont répondu de l'arrêter si je pouvais. Je saisis en effet l'occasion qui me paraît la plus favorable pour arrêter ce prêtre. La fête d'Epeugney est le 16 thermidor ou 3 août, vieux style, et le dimanche suivant est le jour où tout le monde invite et traite ses amis. H est à propos qu'on leur envoie des républicains pour embellir leur fête et les aider à la célébrer. Ils pourront avoir obhgation au gouvernement de leur avoir procuré des amis et des frères, pour jouir du plaisir delà fête 11 y a plusieurs jeunes gens, que je crois même de la réquisition, qui accompagnent le prêtre Gauthier et qui sont armés, pour passer d'un village à l'autre par des chemins de traverse. Les citoyens de cette commune ont besoin qu'on les réveille et qu'on leur fasse connaître la marche du gouvernement, dont ils ne veulent absolument pas entendre parler. » Cette lettre peint l'homme. Quirot se borna à y ajouter cette note : « Surseoir, jusqu'à nouveaux renseignements, et que nous ayons une force armée en cavalerie. » Sans doute pour que la fête fût plus complète.

Le 17 octobre, Audy, tout à fait découragé, écrit à Quirot : u Le fanatisme est au comble et à son suprême degré. Il acquiert continuellement de l'ascendant. Le prêtre Gauthier et autres, dont j'ignore le nom, font leurs embarras publiquement. La généralité des citoyens, qui ont confiance en eux, se flattent qu'avant peu de temps le gouvernement changera, et voici comment ils le croient sûr. Us disent que, pour les assemblées primaires, les prêtres déportés, qui ont la

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coDGance générale, feront nommer des électeurs à leur gré^ et que ceux-ci nommeront des députés avec lesquels ils sei*ont sûrs de faire tourner la république en royauté, et lesprêtres reprendront leurs places. Voilà deux fois que je vous prie de pourvoir à mon remplacement.»

Le 5 novembre, Audy rappelle qu'il a requis maintes fois les agents de déclarer les prêtres réfractaires qui, au vu et au su de tout le monde, habitent dans presque toutes les communes, et que ces agents ont toujours nié opiniâtrement la présence de ces réfractaires. « Mais, ajoute-t-il, il n'y en a point qui aient porté le mensonge au point du citoyen Ligier, agent deChenecey. 11 y a toujours eu dans cette commune plusieurs prêtres déportés, qui y ont exercé leurs fonctions, tantôt secrètement, tantôt publiquement. Cet agent, non-sealementlesa soufferts, mais encore les a reçus habituellement chez lui. Il vient encore d'aller plus loin. Le 24 vendémiaire dernier, le citoyen Ducros, juge de paix et premier fanatique du canton, est décédé à Chenecey, et, le 26, la cérémonie funèbre a été faite par un prêtre réfractaire avec toute la solennité du culte de l'ancien régime. Le prêtre, revêtu de ses ornements sacerdotaux et précédé d'une croix, alla chercher le corps au son de la cloche. Le citoyen Ligier y assistait avec la plupart des habitants. Des messes de mort ont été célébrées le même jour, ainsi que la messe de paroisse, la veille, sous les auspices de Ligier. Gomme on fait continuellement des offices dans l'église de Chenecey, beaucoup d'individus de Vorges, Busy, Ghouzelot et autres lieux, viennent y assister, et, loin de s'y opposer, l'agent affiche audacieusement le fanatisme, ainsi que toute sa famille, et il entraine dans son parti une infinité d'habitants. »

Mais Audy trouvait dans sa propre commune, à Montrond, les mêmes sujets de colère et de désolation. Là, du moins, il avait un auxiliaire dévoué, dans la personne de l'ex-capucin Millerand, qui cumulait les fonctions de curé constitutionnel et de médecin patenté. Le 7 février 4797, ce dernier forma une plainte en règle, portant « que l'agent de Montrond était en pleine insurrection , se déclarait l'ennemi du gouvernement et des bons citoyens, organisait une contre-révolution et mé-

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ditait le sang. )> L'ex-capucin exposait ensuite ainsi les preuves de cette grave accusation. « Primo , il retire constamment chez lui des émigrés ou déportés ; il les accompagne jusque dans le sanctuaire; il les fait conduire par son frère dans plusieurs maisons de la commune. Il ouvre un libre passage aux malveillants, en ayant mis à bas les patrouilles. Aussi les émigrés vont par bandes ; on en a vu jusqu'à huit à la fois. Ils répandent Talarme chez les particuliers, qui leur donnent ce qu'ils réclament , sans oser leur demander qui ils sont. Des citoyens sont assaillis de pierres dans leurs foyers , et l'agent ne fait aucune démarche pour découvrir les coupables. Il fait peser les contributions sur ses ennemis. Voilà les délits commis par Jean-Denis Savary, et je vous offre pour preuve de ce que j'avance les témoins ci-après. » Suivaient les noms de quinze personnes, tant hommes que femmes, formant^ selon toute apparence, l'effectif du troupeau singulièrement réduit de l'ex- capucin. Audy ajouta qa'une grande partie des faits dénoncés par son ami n'étaient que trop véritables; ce qui ne témoignait guère en faveur de l'exactitude des autres. Combien elle avait changé, cette commune de Montrond, dont les prêtres fidèles n'approchaient qu'en tremblant en 1792 1

Le 5 avril 4797, après les assemblées primaires, Audy écrivit à Quirot : « L'arbre de la liberté a été coupé à Epeugney , sans que les autorités s'en soient occupées. A Ghenecey, on a fait monter des ouvriers sur le clocher pour replacer la croix, et on a attaché à la queue du coq un ruban blanc flottant comme un drapeau, le tout au gré de l'agent et de l'adjoint, qui n'y mettent aucun empêchement. Les prêtres déportés ou émigrés se montrent avec une audace et un front d'airain, et la généralité du peuple, qui parle avec toute franchise, dit qu'ils auront leurs prêtres. »

L. Dans aucun canton peut-être, la minorité jacobine ne supporta avec autant d'impatience que dans celui du Russey, le triomphe de la majorité catholique. Les nouveaux administrateurs eurent beau s'affubler aussi du bonnet rouge et emprunter le style terroriste, personne ne les prit au sérieux. Cependant, le i4 février 4796, ils avaient signé cette

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