‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 27 sur 54 · VIII · texte numérisé non relu

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délibéfution menaçMite : « Malgré les lois, quelques prêtres déportés et émigrés osent encore parcourir nos montagnes, professer une doctrine contraire aux principes républitainsy et par conséquent jeter au milieu du peuple une pomme de discorde. Pour mettrefin à toutes ces incursions (y compris œlles des soldats déserteurs) et.puI^ger le sol de la république de toutes ces immondices, il faut nécessairement déployer «ne attitude ferme et vigoureuse. En conséqueitee^ û sejra déployé contre ces divers ennemis une force arn^ée composée de gardes nationaux, de volontaires, de gendarmes et de pré* posés aux douanes. Cette force sera dirigée avec prudeoca pair lee citoyens Beroot, cinlevant commaaâant de 1^ garde nationale de Bonnétage , et J.-Ign. Dodane, du même lieu^ nommés commissaires à œt effet. Qs sont chargés d'avertir, le plustôt et te plus secrètement possible, les chefs de oes troupes et de prendre avec eux les mesures les plus conve^ nables pour ne pas rendre infructueux le dépîaoement de cette force. -^'Présents, les citoyens Prêtre, pràaidevt; Par^ rsnin, Roydaguet, Buliard, Ligier, ChaloA, Moser, Çoillon, Arnoux , Co4ir, Jeannerot , Prâre , Billod , Perrot , Perrin, agents municipaux ; itomain, adjoint ;FJtiket , commissaire provisoire, et Monnot, secréÎKaire. »

On voit, par c^tle délibération, que; Beroot, Tittustise Bercer, de Bonnétage, le chef militaire de la Révoluti^ dans ee canton , avait vu , malgré teus ses exploits contre les catho* Kques, ou plutôt à cause même de ces exploita, les suffi'ages de ses concitoyens s'éloigner de lui et lui retirer le grade élevé dont il était si fier. C'est que dans la partie révolution** naire de ce canton, oon^me ailleurs, l'esprit puhUc avait con-^ sidérablement changé; et, à l^xoeption des deux petites communes de MontbéWdol et <)u Luhler, éoiit l^ahbé Yier^ nerey entretenait lafureurdémagogiqne, les patriotes étaient retombés partout dans un état de nullité qui imx pesait horriblement. Le 6 février, P. Arnoux, J.^G. Yajifrey et C.'^F.^Ii, Bartbod, maire, prooureiir^t officier n^unicipal disgraciés dft Mont-de-Laval, se plai^piirent en ces termes amers à Quirot : ((Depuis un mois, notre oomiinuiie est devenue raéeonii^«« sable. Les insultes, lestinenaoes, sont pcodàguée^ aux pa-«

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triQte$ paisibles. L'époque de ce changement est Tarrivée d'un noainûé Touraier, de Noël-Cerneux , prêtre rayé de U U^te des éoûgrés , par le département , il y a environ huit VQm. \\ fonctionne publiquemeat, sans avoir fait la déclara^ tiou légale. Lfagenl; municipal^ à qui nous avons remis les çIqIs de régli^^) 1^3 a données pour cette contravention â la loi. Tourftier, après avoir cessé ses fonctions pendant une huitaine, lors de l'arrivée des troupes à Morteau , les a reprises dès qu'il a vu que les ordres du commissaire Pianet étaient uoe menace sans effet. Nous vous prions d'ordonner qu'il soit pbligé de ue plus reparaître dans notre commune ; c est le seul moyen de rétablir la trauquillitê. Notre gardo nationale n'est pa3 organisée. Tous les patriotes du Luhier, de MûutbéliairdQt , Mont-de-Laval et Bonnétage, désireraient former une compagnie entre eux, sur laquelle on puisse compter dans le besoio. L'ancien cbef de bataillon Berçot, de Bouuétage, que le citoyen Yuillier connaît parfaitement, serait un excellent commissaire pour former d'hommes à soj^ choix la compagnie de grenadiers dont parle la toi. »

Les administrateurs du cantou avaient donné à leurs collègues des deux communes patriotes une bien, grande preuve de bQune volonté, en canjSaut au plus fougueux ennemi des catholiques le commandement de l'expédition dirigée contre le3 prêtres déportés. Le concours des administrateurs alla4-i) plus loin? C'est peu vraisemblable, et ils résolurent sans doute défaire échouer, chacun de leur côté, par des mesures particulières ;( U mejsure générale prise avec tant d'éclat. Quoi qu'il en soit, le 23 février* Berçot se présenta à l'administration et dit que^ pendant la nuit du 15 au 16, il s*était transporté dans les communes de Mont-de-Laval, Bizot, la Bosse, Narbief et lieux environnants, avec un détachement de garde nationale, mais qu'il n'avait fait aucune arrestation ni découverte. Alors l'administration, persistant dans son zèle d'apparat, déclara « que Texécution de son arrêté n'ayant pas été procurée entièrement, les recherches seraient continuées, notamment dans les côtes du Dessoubre, mais toujours à charge, pour les perquîsîteurs, de se fhire accompagner par les agents municipaux des communes où ils opé-

reraient. » Au moyen de cette dernière clause , on assurait la tranquillité des prêtres cachés, et, d'un autre côté, on pouvait faire une chasse réellement utile à quelques soldats déserteurs qui infestaient le canton- par leurs brigandages.

La démagogie du canton connaissait trop bien les dispositions réelles de ces administrateurs pour se laisser arrêter par toutes leurs mesures apparentes , et le jour même où le canton prenait la délibération qui plaçait Berçot à la tête d'une expédition si vivement réclamée par les jacobins , ceux-ci adressaient à Quirot la dénonciation suivante, sollicitant, pour la seconde ou pour la troisième fois, la destitution de toutes les autorités :

« Nous devons, en vrais amis de la liberté et des lois, vous désigner ceux de nos administrateurs qui, d'après la notoriété publique, ont favorisé les prêtres émigrés et déportés. Au Russey, F.-Jos. Parrenin le jeune, agent, et Alexis Marchand, adjoint, n'ont point satisfait à la loi du 3 brumaire. Us ont laissé fonctionner jusqu'à la défense du commissaire (vers le 40 nivôse), un nommé Receveur, prêtre, qui, n'étant rayé que provisoirement de la liste des émigrés, devait être arrêté s'il était trouvé hors de sa commune de Noël-Cerneux, et qui n'a pas voulu faire la soumission imposée aux ministres du culte.— A Bonnétage, F.-Joseph Buliard, agent, et F.-Jos. Lessus, adjoint, ont laissé fonctionner jusqu'ici, dans l'église de Bonnétage, Boillon, prêtre déporté, et dans celle de Cerneux-Monnot, Daubigney, prêtre déporté ou émigré. L'agent allumait les cierges pendant les offices de Boillon, et l'adjoint chantait. Ce dernier a écrit de sa main un rôle de contribution forcée en faveur dudit Boillon, et Ta présenté dans différentes maisons. L'agent a donné à manger à Boillon depuis son installation. Bien loin de faire arrêter Boucon, prêtre déporté, évadé des prisons de Besançon, ils ont souffert qu'en nivôse il prêchât contre la république à l'église, et qu'il engageât le peuple à la révolte, au cas qu'on voulût exécuter les lois contre les prêtres réfractaires. — APlaimbois, P.-Jos. Perrin le jeune, agent, et P.-Jos< Boillot, adjoint, ont laissé fono^onner jusqu'à ces ''.rniers jours, dans leur église, Renaud, prêtre revenu d'é-

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migration après la loi du 22 nivôse an m (comme cultiva* teur), et qui a refusé de faire la soumission. L'agent quêtait pour le luminaire pendant les offices, et l'adjoint chantait. Bien loin de faire saisir le prêtre Lornot, déporté et évadé des prisons de Besançon, ils ont permis qu'il fonctionnât dans leur église, en nivôse, et prêchât contre la république. L'agent est un homme rentré après la loi du 22 nivôse an m, quoiqu'il n'eût pas émigré à l'occasion du 31 mai , mais parce que, s' étant trouvé dans un rassemblement de rebelles en armes, le 6 septembre i793, il avait été poursuivi jusqu'en Suisse par la force. — A Laval, Noël-Jos. Boillon, agent, et Basile- Antide Perrin, adjoint. Ils ont laissé fonctionner dans leur église Ferroz, prêtre déporté, et souvent d'autres prêtres émigrés ou déportés, tels que Millot, ancien curé, et Vemier, ex-missionnaire. Us ont aussi laissé prêcher Lornot, évadé de prison. Ils n'ont point prêté le serment de haine à la royauté. L'adjoint chantait aux offices de Ferroz. — A Mont-de-Laval, J.-Humbert Arnoux, agent, et F.-Jos. Arnoux, adjoint, ont laissé fonctionner Tournier, de Noël-Cerneux , prêtre rayé provisoirement et qui a refusé sa soumission. — Au Bélieu, Alexis Cuenot^ agent, et Cl.-Ign. Lomot, adjoint. Jusqu'au 10 nivôse, Bolard , prêtre émigré ou déporté. Parent, de la Bosse, et Faivre, ont tranquillement fonctionné dansl'église du Bélieu. Ils n'ont cessé qu'à l'arrivée des troupes à Morteau. — A Noël-Cemeux, Ant. -Alexis Receveur , agent, et Cl.-Jos. Berçot, adjoint. Jusque vers le 10 nivôse, temps de l'arrivée des troupes à Morteau, Vernerey, prêtre déporté, et souvent plusieurs autres, qui n'ont point fait de soumission, ont fonctionné dans l'église. Ces agents n'ont point prêté le serment.— A la Chenalotte, Alex. Billod, agent, etJ.-lgn. Guillemin, adjoint, n'ont pas satisfait à la loi du 3 brumaire. Loin de faire arrêter Pagnot, évadé des prisons, ils ont souffert qu'il fonctionnât publiquement dans leur église. — Au Barboux, F.-X. Roydaguet, agent, et J.-Ign. Cheval, adjoint. Balanche, prêtre déporté, a fonctionné dans leur église jusqu'à l'arrivée des troupes en nivôse. — A la Grand'Combedes-Bois, F.-Jos. Perrot, agent, et Ant.-Jos. Joly, adjoint.

502 tflAt>itftk Luit.

Mougin, prêttô déporté, û^a cessé quô depuis quinze jours, lors de Topposilion des volontaires, d^exetcer tranquillement des fonctions dans leur église. Ils n'ont pas satisfait à la loi du 3 brumaire. — Aux Pontenelles, P.-X. Renaud, agent, et Cl.-Jos. Romain, adjoint, n'ont pas Satisfait à la loi du 3 brumaire. Huot, prêtre déposé, a fonctionné jusqu'à cô jour dans Ifeur église. — Au Mémônt, Jos.-X. Jeannerot, agent, et Cl.-Jos. Arnoux, adjoint. Parrenin, prêtre émigré Ou déporté, a fonctionné dans leur église jusqu'à ces jours derniers. L'agent chantait à ses offices. L'adjoint n'a pas Satisfait à la loi du 3 brumaire. — A la Bosse, F.-X. Chalon, agent, et Ant.-Jos. Boillon, adjoint, n'ont pas satisfait à la loi du 3 brutnaire. Ils n'ont pas d'église dans leur commune. — Au Bizot, F.-Jos. Ligier, agent, et F.-Jos. Dard, adjoint. Régnier, prêtre déporté, a fonctionné tranquillement daùs leur église jusqu'à Tarrivée des troupes à Morteau. L'agent n'a pas satisfait à la loi du 3 brumaire. — Ant.-Jos. Prêtre, du Bizot, président, a assisté aux offices du prêtre Régnier et l*a retiré chez lui. En pleine administration municipale, lorsqu'on lut un arrêté du département contre les prêtres réfrac* taires, il fut le premier à demander que cet arrêté ne fût pafc exécuté dans notre canton ; nous citons pour témoins les agents du Luhier et de Montbéliardot. — L'article 10 de la loi du 3 brumaire dernier ne permet pas de douter que tous ces agents méritent une destitution. — J. Maillot, P. Arnoux, C.-M. Arnoux, N.-J. Vaufrey, J.-C. Vaufrey, F.-X. Boillon, C.-F. Barthod, P.-P. Joliot, C.J. Boillot, A. -A. Parent, J. -P. Tisserand, E.-F. Dromard. »

Le curé Vernerey, adjoint du Luhier, et principal autéUï de cette dénonciation, y joignit le commentaire suivant : <( Nous vous envoyons, contre la plupart des agents et ad* joints de notre canton, une dénonciation signée de douze patriotes, avec l'attestation du secrétaire de la municipalité, au sujet de ceux qui n'ont pas fait la déclaration prescrite par l'article 6 de la loi du 3 brumaire dernier. S'il n'y a pas un plus grand nombre de signataires, c'est qu'on a choiài des hommes capables de secret, crainte que le tout ne fût divulgué. Nous désirerions beaucoup qu'il fût possible de

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fffonoiioer sur-le-cbanp leur destitution provisoire^ crainte ^tte si le nouveau commissaire était déjà iastallé) on ne ra&casàt de l'avoir {Mrocurée^ et qu'ainsi il ne perdit de la oon* fiAooe nécessaire à sa gestion. Si les agent et adjoint de la Bosse sont destitués, il est certain que l'adminietration sera composée de patriotes autant que possible^ parce que la voix de l'aigient chouan de Narbief ne pourra jamais prévaloir^. dans les nominations en ren^placeuent, contre le suffrage des agents patriotes du Luhier et Montbéliardot. Si au con«- Iraire ceux de la Bosse sont conservés, il y aura toiyours deux voix contre deux, et le résultat sera souvent mauvais^ «11 restait trois agents ctM^uans pour voter contre deux agents patriotes^ Une autre raison, c'est que nos cbouana sont abattus et qu'il faut battre le fer pendant qu'il est chaude Si vous ne trouvez pas suffisantes les raisons solides déduites contre le président Cbarette-Prëtre, vous pourriez «ur-le-champ l'obliger à produire une attestation légale que son fils, accusé de désertion, se trouve actuellen^ent dans tel corps d'armée. H est certain que si nous avions fait de plus amples rechercbes, nous aurions trouvé plusieurs antres agents ou adjoints qui ont aidé le service du culte pendant les offices de leurs prêtres. iMais la loi ne disant pas seulement que ces prêtres cesseront leurs fonctions, mais qu'ils seront saisis s'ils ne partent pas dans les vingt-quatre heures, ces fonctionnaires sont tous coupables de négligence ; car ceux des prêtres que la peur a fait déserter les églises depuis l'arrivée des troupes à Morteau ou depuis la destitution da département, leur appui, continuent à résider dans les communes et célèbrent en chambre. Quelques-uns vont mi»^ sionner à quelques lieues dans l'intérieur. Je ne parle paa ici par jalousie contre ces prêtres, car je suis, on ne peut plus tolérant, mais par amour de l'ordre et psu* désir de voir «ne administration composée au gré de la république. — Nous attendons de votre zèle une prompte régénération de notre administration chouane , et des troupes pour secooéev les efforts républicains de celle qui sera substituée. -^ Salut, respect et confiance entière. Votre concitoyen Verne«rey., adjoint. — /'.-& Dans la séance de ce jour, notre ad-

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ministration a nommé PianetetJac. Ligier, pour organiser la garde nationale. S'ils Torganisent, les patriotes seront confondus avec les chouans, et nous n'aurons aucune compagnie entièrement bonne, sur laquelle on puisse compter pour la république. »

Vernerey trouva, dans sa lutte contre l'administration de son canton, un auxiliaire dont il dut être peu flatté. L'apostat Magnin-Tochoî, dont Tardeur ne pouvait se circonscrire dans son propre ressort, écrivit, le 9 mars,à Quirot, comme on l'a vu , « que les prêtres avaient un de leurs principaux repaires à Noël-Cerneux, et qu'il était urgent de chasser Pianet, commissaire provisoire au Russey, où il ne faisait que du mal.» Le 25 avril, Magnin-Tochot dénonça encore Tadministration cantonale du Russey, en réclamant des mesures rigoureuses contre elle. 11 signalait les agents de Bonnétage et de Plaimbois-du-Miroir en particulier, comme s'élant faits les sacristains des prêtres déportés.

Les vœux de l'abbé Vernerey furent en partie couronnés de succès. Vers la fin de mai, son candidat, Ch. Renaud, du Russey, fut nommé commissaire de ce canton par le Directoire, et Vernerey lui-même, en récompense de son grand zèle, se vit inopinément appelé aux mêmes fonctions dans le canton de Mathay. L'ardeur aveugle mais désintéressée du prêtre démagogue ne demandait aucun salaire; Vernerey resta dans son village.

Du reste, il était si pressé de voir cesser l'autorité trop modérée de M. Pianet, commissaire provisoire, qu'il envoya un exprès à Besançon, le i" juin, afin d'avoir plus promptement l'arrêté de Domination du commissaire définitif, et de pouvoir l'installer plus vite. «Cette mesure, écrivait-il à Quirot, consolera enfin les patriotes. Quant à la destitution de notre administration, sitôt que la décision du conseil des Cinq-Cents sur le mode de remplacement $era connue, veuillez user de Tautorité qui vous compétera pour prononcer. » Il finissait en dénonçant M. Fusier, nouvellement élu agent du Bizot, comme étant entré en fonction sans avoir fait le serment de haine à la royauté, « sa chère amie, » et comme étant parent d'un émigré rayé seulement à titre provisoire, a deux motifs.

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ajoutait-il, sans doute bien capables, non-seulement de l'exclure, mais encore de lui faire subir les peines portées par les lois. Si vous avez besoin de renseignements certains à ce sujet, veuillez en dire deux mots à la commissionnaire, et je me hâterai de vous les faire parvenir. » On comprend quelle explosion d'indignation générale éclata, quelques années après, lorsque l'archevêque Lecoz eut l'étrange idée de faire de cet énergumène un directeur du grand séminaire. — Ensuite de sa dénonciation, Quirot écrivit au nouveau commissaire Renaud d'informer contre M. Fusier.

Les patriotes CTO jaieuX toujours voir MM. de Malseigne occupés à organiser une invasion sur les frontières. Ch. Renaud fut donc invité par le département à prendre des renseignements sérieux à ce sujet. Il répondit, le 13 juillet, que malgré les affidés qu'il avait en Suisse et qui l'instruisaient de tout ce qui s'y passait, rien n'avait encore transpiré des prétendus projets des deux généraux émigrés.

En dépit de toute son activité et de tout son patriotisme, le nouveau commissaire du Russey ne fit pas plus de captures que son prédécesseur. «Les prêtres, écrivait-il, sont des oiseaux de nuit qui ont tous les secours qu'ils peuvent désirer pour tromper la vigilance des répubUcains. » a Chaque jour, mandait-il encore à Qnirot, le 10 décembre, on me répète que les prêtres insoumis célèbrent les offices publiquement dans les cantons de Pierrefontaine, Sancey et Vaucluse. On dirait, à entendre parler une grande partie du monde, que le&autorités constituées sont autorisées à tolérer un pareil brigandage ; qu'il n'y a de sévérité que dans les cantons frontières, sévérité due à l'intolérance des commissaires du Directoire; que s'il en était autrement, on ne verrait pas tant de bigarrure dans la liberté du culte. Voilà le cri journalier de mon canton. Un particulier du Russey était dimanche dernier à Rosureux. A neuf heures du matin, il entendit sonner la messe, et parla même à l'abbé Filsjean^ qui entrait à l'église pour la célébrer. Je suis persuadé que ces perturbateurs rôdent également dans mon canton ; mais du moins c'est avec beaucoup de difficulté et en cachette. » Quirot répondit: « 11 n'est que trop certain, tous mes soins,

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toute la sollicitude du département pour purger les cantons de Yaucluse, Sancey et Pierrefontaine , ont été inutiles. PlU'sieurs agents de Vauclu«e et une très grande partie de Tadministration de Pierrefontaine ont été destitués. Ces me» sures de rigueur n'ont pas eu tout le succès qu'oâ devait en attendre. La protection ouverte que la majeure partie doa habitants de ces cantons accorde à ces réfractaires est oa obstacle presque invincible à leur arrestation, fia vain la force armée, la gendarmerie, ont été mises en réquisition ; plusieurs ont été arrêtés, un plus grand nombre reste encore. C'est par la constance de nos efforts que nous lasserons ces implacables eonemis de la république. »

L'administration cantonale protesta^ le 2 novembre^ que depuis longtemps elle ordonnait à la gendarmerie de fure des tournées pour arrêter les réfractaires, et qu'elle voyait avec peine ses démarches restées jusqu'à ce moment sans succès. Quirot, qui avait jugé à propos de reconforter son collègue Renaud, ne crut pas que la peine éprouvée par l'administration cantonale e&t besoin des mêmes consolations.

Enfin un jeune ecclésiastique de ce canton, M.CI.-Théodule Renaud, de Plaimbois-du-Miroir, fut arrêté sur la fin de l'été de noé. Il répondit, dans son interrogatoire , qu'il était prêtre insermenté et qu'il n'avait aucun domicile fixe. Le département déclara, le 7 septembre, qu'à la vérité, ce pré^ venu était inscrit sur la liste des émigrés, mais qu'il y était inscrit comme cultivateur, et qu'à ce titre il avait pu rentrer légalement en France, en vertu de la loi du Sa nivôse an m; qu'en conséquence, il ne pouvait pas être poursuivi comiae éniigré; mais que, comme il avait, de son propre aveu^ exercé les fonctions du culte sans avoir satisfait à la loi| il serait dénoncé à l'accusateur public.

Le 48 septembre, une rixe violente s'éleva, sur la place du Bélieu, entre P. Vuillemin, catholique de cette commune^ et F.-Jos. Binétruy, charpentier, originaire de Noél-Cer* neuXy mais demeurant aussi au Bélieu. Cet homme, âgé de quarante-six ans, faisait profession de jacobinisme et était d'un caractère extrêmement emporté. Ce fut lui qui fat l'agresseur ; il donna un soufflet à Vuillemin, en le traitaât

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d'aristocrate ; alors ils ea vfareût aat mains,, et de nombreux assistants s'empressèrent de les séparer. Mais Binétruy v fn"" rieux, étant rentré dans sa maison, qui était très proche, saisit soQ fusil chargé de fonte^ et, s^arrètant syr le seuil de sêi porte, il fit feu sur Ymllémin, qui se trouTait à quatre ou tinq pas seulement et qui tomba mortellement frappé. Ses entrailles sortaient, et au bout de cinq minutes il rendit le dernier soupir. La baïonnette, restée au bout du fusil, était partie du même coup, et avait failli blesser deui autres pais ticuliers. EnÛn une quatrième personne fut blessée à la fi- ^re par des grains de fonte. Le meurtrier fut aussitôt arrêté f»ar la garde nationale du Bélieu et conduit en prison à Saint-Hippolyte.

L*instruction de cette afikire remit en mémoire bien d'aafres méfaits précédemment commis par Binétruy; de sorte qu'il se trouva prévenu en même temps d'avoir attenté à la Vie d'Alexis Lambert , du petit BéUeu, d'Alexis Receveur^ Agent de Noêl-Cerneux, et de Modeste Renaud, pAtre de Cette dernière commune. Interrogé par M. Briot, de Belleherbe, alors directeur du jury d'accusation, il se défendit en ces termes : « Une vingtaiue de personnes allaient à réglise ou en sortaient. Vuillemin m'aborda en ine traitant de f,Ju patt'ioie, f..tu Robespierre; il me saisit par les cheveux, et je me dégageai de lui. Ce rassemblement riait de ^oi, ce qui me transporta de colère, Joint au vin que j'avais bu. J'entrai chez moi et saisis mon fusil, dans le but d'épouvanter Vuillemin et les autres personnes ; et dans mon transport, sans penser que mon fusil était chargé > sans mettre en joue, le coup partit» Jamais je n'ai eu aucune haine ni aucune affaire d'intérêt avec Yuillemiû. La haine que l'on me porte vient de ce que j'ai été membre de la société populaire de Morteau et du comité central ( révolutionnaire), et que je donnais des renseignements sur ceux qui ne suivaient pas les lois, sur les suspects et les prêtres téfractaires. Si j'ai dit que j'en tuerais encore cinquante comme Vuillemin, c'est que j'étais en colère; mais j'entends encore dénoncer tous les ennemis de la patrie. Je n'ai point attenté à la vie d'Alexis Lambert, du petit Bélieu Celui-ci.

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m'ayant fait le reproche de n'avoir pas mes armes dans une revue, j'allai loi présenter mes armes lorsque je fus de retour, mais sans mauvaise intention. Je suis allé cbez Alexis Eleceveur, agent de Noêl-Cemeux, avec mon sabre; mais c'était seulement pour rintimider, parce qu'il retirait des personnes suspectes ; j'ai seulement frappé sur un poêle de terre, en me disant accompagné de cinquante patriotes ; mais, encore une fois, c'était seulement pour l'intimider. Etant encore à Noêl-Gemeux, on tinta la cloche pour as« sembler les patriotes et aviser à l'arrestation des personnes suspectes. En sortant de cette assemblée , je reucoutrai Modeste Renaud, pâtre, qui fendait du bois. Je lui reprochai ses voyages en Suisse; Renaud m'ayant menacé de sa hache, je lui montrai un pistolet, mais je ne l'armai pas contre lui, et Renaud et sa sœur furent mis en arrestation comme suspects. » En dépit de toutes ces explications patriotiques, le jury de jugement déclara Binétruy coupable de meurtre sans préméditation ; et le 3 novembre, le tribunal criminel, présidé par M. Spicrenaêl, le condamna à vingt années de fers.

LI. Dans le canton de Saint-Hippolyte, la destitution et le procès des six agents municipaux de la paroisse de Dampjoux fut l'événement qui occupa le plus l'administration et le public. Le 28 février 1796, Ant.-P. Tournoux, cultivateur au Poset, hameau de cette paroisse, remit au juge de paix une dénonciation portant que, u le i6 nivôse précédent (6 janvier, jour de rEpipbanie), P.-Yincent Mongin, agent municipal à Dampjoux, J.-B. Cartier, agent de Yillars, Cl.- Ant. Bailly, agent de Feule, Jos. Simonin, agent de Noirefontaine, P. Parisot, agent de Liebvillers, et Cl. -Jos. Gauthier, agent de Bief, tous dépendants de la paroisse de Dampjoux, s'étaient rendus au Poset, chez le citoyen Ch.-Jos. Tournoux, prêtre constitutionnel, choisi par les anciennes municipalités pour ministre du culte, et lui avaient demandé avec menace les clefs de l'église, en disant qu'ils les auraient de gré ou de force ; que ces clefs avaient été remises par le citoyen Tournoux au citoyen Taillard, ancien officier municipal, qui avait refusé de les remettre aux agents, et leur

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avait dit qu'ils pouvaient aller prendre celles qui étaient déposées chez Aubin Chouffot à Dampjoux, ce qui avait eu lieu effectivement; qu'alors les agents avaient introduit dans l'église Iq prêtre Rougnon, réfractaire et émigré, qui avait rebéni l'église, en dedans et en dehors, en faisant une procession, assisté d'une foule immense; qu'il avait célébré jusqu'à midi et empêché par là les patriotes d'exercer leur culte ; que le même empêchement avait eu lieu le dimanche suivant; que lorsque les patriotes s'étaient présentés, ils avaient trouvé des hommes^armés autour de l'église et aux avenues même du village ; et que lui , dénonciateur, s'étant présenté à la porte de l'égUse avec les clefs, il avait trouvé la serrure changée. »

Sur cette dénonciation, le juge de paix ouvrit une information judiciaire, et le i4 mars, le 7 et le 28 avril, il entendit vingt-un témoins à charge, qui reproduisirent les faits ci-dessus, en ajoutant qu'à l'iâsuede la cérémonie, les fanatiques avaient, par joie ou par bravade ^ tiré des coups de fusil et de pistolet, et arraché dans l'église les affiches du prêtre Tournoux contenant sa soumission aux lois. Le juge de paix lança, en conséquence, des mandats d'amener contre les six magistrats inculpés; il les interrogea le il et le 42 mai, et, sur leur demande, appela vingt-trois témoins à décharge, qui furent entendus quatre jours après. Ceuxci, presque tous paroissiens de Dampjoux, s'accordèrent à déclarer que les agents avaient été forcés dans leur démarche, et que s'ils ne s'étaient pas prêtés à ce que désirait le peuple, leur vie n'aurait pas été en sûreté; qu'ils n'avaient pas insulté le prêtre Tournoux, mais au contraire l'avaient engagé amicalement à agir avec prudence ; qu'il n'y avait point eu d'hommes armés, et qu'un seul coup de pistolet avait été tiré hors du village.

L'instruction de l'affaire était en cet état, lorsque le juge de paix réfléchit que les agents mis en cause ayant agi dans l'exercice de leurs fonctions, la procédure devait prendre un autre cours. Il en référa à l'accusateur public, qui en référa lui-même au ministre de la justice. Le 6 juillet, ce ministre fit prendre par le Directoire un arrêté portant « que

kB agents ayant agi oomine administrateurs^, les jug^ n'araient pas pu les citer devant eux; mais qu'en mêma temps y il importait essentiellement aussi au maintien d^ Pofdre, des lois et de la liberté, de poursuivre des fonction** naîres publics prévenus d'avoir favorisé la rentrée d'u|^ plâtre i la fois réfractaire et émigré, et de lui avoir pr^ ianr ministère; qu'en conséquence^léft sii^ agents inculpai étaient anspendus de leurs fonctions, et que le conunissairo près k tribunal criminel était obargé de les dénoncer à Y^^ onaateuF public, pour 6tre poursuivis » «ânsi que touji c^ui qpi avaijoat pris part au mèûne délit,»

LeiH août, le juge de paix vecommenga donc la procéduva contre les six agents. Mais les dispositions des esprits étaient déjà bien changées, à œtte époque. Ant.-P^Toumoux, dénonciateur primitif, apporta une déclaration qui atténuait baaiA* eoup la Qulpabilité des magistrats prévenus, et il indiqua sept nouveaux témoins, qui, seuls, disait41, étaient dans k e^ de déposer avec impartialité. Ces témoins furent enton* dos le lendemain. Le Ioq4 de leur déposition fut « qu'A l'époque on les bits avaient eu lieu, le peuple dea camp^^p^ift était convaincu qu'il pouvait exercer son culte avec le» prêtres déportés rentrés ; qu'une lettre du Comité de légi^ btion paraissait autoriser cette croyance, et qu'elle avait été eonfirmée par la conversation que le représeataot du peapl^ Perrin, des Vosgee, avait eue à Besançon, avec les électeur^ lors de l'assembiée électorale. » Les témoins ajoutaient Il qu'ils savaient que les agents avaient fait tout leur possibk pour empédher k rassemblement incriminé ; que d*aiUeurs k prêtre Hougacm n'était pa3 émigré, mais simplement dé* porté ; que tes agents n'avaient point fait d'insultes au prêtre Tournoux, mais ai^ contraire s'ét^nt comportés à son égar4 avec respect ; que les coupa de fusil proyeuaient des cba&» senrs qni étaient dans la oâte ; et enfin que les agents n'avaient agi que pour éviter un grand malheur. »

EkvaAt de pareils témoignages^ produits par le dénon* ciateur lui-même » il n'étajit guièt e posmble de pousser p)jg« loin k p;roQédure. Cependant de nouveaux mand,a]ts d' wienef burent lanûés ooAtre les six agents, qui furent intenrogéa d^

ÉPRBUTES DBS PRtTRBS BT DES FIDÈLES. 511

Aonveau et eoSa mis en liberté. Le 24 août, une ordonnance du juge instructeur les déclara déchargés de toute inculpation.

Cette solution ne fut pas du goût de P.-F. Bouchot, maître de forges à Bourguignon, et ennemi acharné des prêtres. Le 12 octobre, il écrivit à Nodier : « Le juge de paix vient de lenvoyer quittes et absous les accusés. Pour j parvenir, on a employé toutes sortes de manœuvres plus répréhensrbles les unes que les autres. Le juge de paix s'est d'abord rendu dans une espèce de hameau isolé, où les dénoncés, les dénonciateurs et les témoins se sont rencontrés avec lui et afv«e un greffier qu'il s'était choisi, parce que celui qui est Ml place lui paraissait suspect. Là, tous assemblés, faisant benne obère, on a fait rétracter le dénonciateur, et tout a été arrangé par la cabale et l'intrigue la plus coupable. Comme il est ie l'intérôt public de punir les contre-révolutionnaires, )e viens vous recommander de braves patriotes qui sont noLinent opprimés. 11 serait nécessaire de faire recommen* oef la procédure et de choisir un juge de paix non suspect. }>

Bn conséquence de cette dénonciation, Nodier écrivit, le i9 octobre, à Parent, commissaire du Directoire près le tri-» bunal correctionnel de Saint-Hippolyte, de prendre des ddairdssements sur œtte afikire, et, s'il y avait lieu , de provoquer auprès du directeur du jury d'accusation l'annu-i lation de k procédure et Tincarcération des prévenus. Une pareille commissian ne pouvait que flatter Parent, non moins ennemi des prêtres que Bouchot et Nodier^ et elle devait par^tre d'autant mieux destinée à réussir, que le directeur du jury de Saint-Bippelyte était alors le trop fkmeux hoissier Gonvernel, V\xû des chefs des terroristes de Besançon , devenu magistrat par la grâce du Directoire. Gouvernet se j0Bsk avec avidité sur celte proie, et, le 6 décembre , il rendit FevdoDuanee suivante : « Considérant que la dernière pre-* çédnre présente tous les caractères , sinon de la partialité et de la faiblesse, au moine de la surprise : 4^ en ce que la première procédure^ quoique annulée, devait être la source à laquelle le juge de paix devait puiser tous les renseignement»

5i2 CHAPITRB LXIY.

propres à découvrir la vérit^ , et que ces renseiguements étaient d'autant plus précieux qu'ils avaient servi de base i l'arrêté du Directoire ; 2° en ce que cette dernière procédure ne présente pas le caractère qui annonce des poursuites rigoureuses contre des prévenus de délits graves, mais présente, au contraire, une instruction qui n'est dirigée qu'à la décharge des prévenus ; 3^ en ce que la nouvelle déclaration d'Ant -P. Tournoux, qui s'est permis, en indiquant de nouveaux témoins, de suspecter les premiers comme des exaltés et prévenus, incapables de dire la vérité avec impartialité, aurait dû tenir le juge de paix sur ses gardes et le faire agir d'office, comme lorsqu'un dénonciateur se désiste de sa dénonciation; considérant que, de l'examen de cette dernière procédure il ne résulte pas moins de fortes présomptions contre les six agents; que s'il était vrai qu'ils aient été entraînés par force, ils n'auraient pas manqué de désigner les individus qui les auraient contraints, tandis qu'ils ont déclaré n'en connaître aucun.... Sans avoir égard à l'ordonnance du juge de paix, du 7 fructidor, laquelle de^ meure nulle et non avenue, nous ordonnons que les six agents seront conduits dans la maison d'arrêt de Saint-Hippolyte, attendu que les délits dont ils sont prévenus emportent peine afflictive et infamante. »

Enfin les six magistrats étaient en prison. Mais ce n'était pas tout; il fallait encore que le jury d'accusation fût disposé à les y maintenir. Or, contrairement aux conclusions de son directeur, ce jury déclara, le 20 décembre, qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre les prévenus. Parent, en annonçant ce résultat à Nodier, deux jours après, ajoutait : ce Je ne dois pas vous laisser ignorer que les six agents ne sont acquittés que pour les délits emportant peine afflictive ou infamante. Le directeur du jury avait distingué les autres délits, tels que de s'être introduits dans l'église de Dampjoux sans avoir rempli les formalités légales ; d'avoir fait des cérémonies hors de l'enceinte de l'édifice destiné au culte ; d'avoir porté trouble et empêchement au culte du prêtre Tournoux. J'aurais pu requérir que les prévenus fussent traduits devant le tribunal correctionnel , mais j'ai cru de-

ÊPRECYES DES PRÊTaSS BT DBS FIDÈLES. 5id

voir vous consulter auparavant. Les prévenus ayant été trois fois mis en jugement, par les circonstances de la procédure, les désagréments qu'ils ont essuyés équivalent à une bonne partie des peines prononcées par la loi, et il parait politique de ne pas renouveler les poursuites, pour ne pas engager des divisions entre les deux partis religieux de Dampjoux. — P.'S. Je viens d'apprendre à l'instant que les prévenus, en s'en retournant, au sortir de la prison, ont eu des propos avec Toiirnoux, leur dénonciateur; qu'au Poset, le soir d'hier, un volontaire et un autre individu, sortant de chez Simonin, l'un des prévenus, se sont portés chez Toumouz pour le maltraiter, et qu'il ne s'en est tiré que parce qu'il a été le plus fort; qu'il y a eu des menaces faites, annonçant un dessein prémédité d'exciter du désordre pour les prochaines fêtes de Noël. Une telle conduite ne parait pas devoir exciter des ménagements envers des fanatiques qui ne cherchent que le désordre. » Nodier répondit : a Les désagréments que les prévenus ont éprouvés ne sont qu'une suite nécessairedes circonstances et non une peine; d'ailleurs, ce serait au tribunal correctionnel à faire cette compensation. » Nodier finissait cependant par dire qu'il s'en rapportait à Parent, qui connaissait mieux que lui les dispositions du pays. Parent finit par s'apaiser. Ce qui l'avait irrité surtout, c'était l'espèce d'ovation que les paroissiens de Dampjoux avaient faite à leurs magistrats municipaux, à leur sortie de prison ; ils les avaient couronnés de lauriers et reconduits en triomphe dans leurs communes.

Le 36 mai, Gouley, lieutenant de gendarmerie à Saint- Hippolyte, l'un des commissaires nommés par le département « pour surveiller les agents de l'étranger, » manda qu'il avait parcouru les bords du Doubs, sur la frontière; qu'au Bief-d'Etoz, il avait trouvé un passage ouvert, très fréquenté par les émigrés et les déportés, et où il faudrait un poste de six hommes ; que les douaniers Marguet, Jeannin, et Véjux frères avaient , deux mois auparavant^ favorisé la rentrée du prêtre Voisard en France ; qu'ils l'avaient assisté et escorté jusqu'à Gharmauvillers, où il avait officié plusieurs jours ; qu'aux Gouttes, près de la verrerie de la Grand'Gombe-

viïi. 33

51i CHAPITEB LXXT.

des-Bois, il y avait ao gué qui avait servi aux émigrants eQ i793, et, i un quart de lieue plus loin, une maison suisse où Ton passait la barque ; enfin qu'il fallait un poste au moulin de la Grand'Gombe, où le meunier, P. Lange, donnait asile aux émigrés et avait refusé sa porte à deux gendarmes qui poursuivaient un inconnu.

Le 26 janvier 1797, le ministre de la police envoya à Quirot Tordre de poursuivre le prêtre Henri Morel, qui lui était dénoncé comme très fanatique et fonctionnant à Fleurey.

LIL Le canton de Saint-Vit avait le bonheur de ne pas connaître cette espèce de fonctionnaires turbulents et agressifs à qui le pouvoir de nuire tient facilement lieu de salaire, et Quirot était obligé de faire lui-même la police révolutionnaire de ce canton. Le i6 avril 1796, il écrivit au commissaire cantonal : « Je suis instruit qu'à Cottier les lois sont scandaleusement méprisées. Les prêtres Bonnefoy, de concert avec l'agent de la commune, leur parent et leur protecteur, logent, nourrissent et récèlent journellement des prêtres rebelles aux lois, qui portent la terreur dans l'âme des bons citoyens et parcourent les campagnes, armés de fusils. Sept d'entre eux occupaient, il y a quelques jours, les bois aux environs de Cottier. Stimulez l'activité, peut-être un peu engourdie, de la brigade de gendarmerie. Examinez la conduite des prêtres Bonnefoy. S*ils n'ont pas prêté les serments prescrits par les lois, s'ils ont rétracté les serments de soumission au gouvernement républicain, ils doivent être saisis et traduits dans les maisons de réclusion. Observez la conduite de l'agent; s'il est le soutien des proscrits, non-seulement il doit être destitué, mais encore traduit devant les tribunaux. » Falconnet répondit : « J'ai appris que les deux prêtres Bonnefoy s'étaient réellement rétractés. Au moment de cette rétractation, Tun était vicaire à Ornans, et l'autre, curé à Chenevrey. On pourrait prendre des renseignements dans ces deux communes. Ces deux particuliers ont été faits prêtres depuis la révolution. J'ai appris qu'ils étaient très tranquilles et qu'ils ne sortaient pour ainsi dire jamais de la maison paternelle. » Malgré ce témoignage favorable, Quirot s'empressa d'écrire au commissaire du canton de Mar-

nay pour lui demander si l'ex-curé de Chenevrey s'était rétracté, s'il l'avait fait avec une certaine publicité et si sa présence avait occasionné des troubles. Riduet répondit : a II ne m'a pas été possible d'apprendre rien de positif à Chenevrey. Cette commune est tellement Hmatisée que personne ne veut rien nous dire. Cependant on m'a assuré que, s'il s'était rétracté, il pouvait l'avoir fait à Mercey-le-Grand. » Quirot avait écrit en même temps au commissaire d'Ornans, dont la réponse ne s'est pas conservée.

Le 24 avril, les agents du canton, interrogés au sujet des prêtres déportés et de leurs receleurs, répondirent tous qu'ils savaient que des prêtres réfractaires parcouraient les communes du canton, mais qu'ils ignoraient chez qui ces prêtres se retiraient.

Le 46 mai, Falconnet écrivit à Quirot : « Je vous informe d'une aventure arrivée, il y a trois jours, à Lantenne. Entre sept et huit heures du soir, à la nuit tombante, on apprend que deux individus, qu'on soupçonne être des prêtres déportés, sont arrivés chez Cl. Pernet le vieux, qui passe dans l'opinion publique pour les retirer. Le citoyen Faivret, adjoint, en tournant autour de la maison, voit les deux quidams qui mettent la tête à la fenêtre, et reconnaît que l'un des deux estPyot, leur ancien curé ; l'autre lui est inconnu, mais il croit que c'est aussi un prêtre. Alors il se concerte avec le citoyen Démouhn, agent municipal, pour se saisir de ces deux particuliers. On sonne le tocsin ; peu de monde arrive. Cependant on se présente devant la maison de Pernet, on l'entoure et on se présente pour entrer. On trouve toutes les portes fermées : on frappe, on invite à ouvrir, mais personne de la maison ne dit mot, et l'on est obhgé d'en rester là. (Les perquisitions nocturnes étaient interdites par la constitution.) J'ai invité l'agent à dresser un procès-verbal de ces faits et à me le remettre, pour faire traduire Pernet devant les tribunaux. On croit que, de temps en temps, il y a toujours quelques-uns de ces prêtres qui passent dans ce canton. Villars-Saint-Georges est fortement soupçonné d'être leur repaire. Un nommé Margelin, maître d'école de ce village, et un nomme Mairey, aussi maître d'école à Torpes,

516 CHÀPITRK LXIY.

passent pour les conduire. J'ai appris que ces sortes de prêtres avaient officié dans la grotte d'Osselle, qui est de l'autre côté du Doubs, près du moulin de la Froidière. Il s'y est fait un grand rassemblement. On dit aussi qu'il s'en est fait plusieurs fois de semblables dans la forêt de Cbaux, près de Courtefontaine. »

Le 2 juillet, Vannier, commissaire du Directoire à Gendrey, ayant demandé la dénonciation faite à l'administration du Doubs, l'hiver précédent, contre M. Nicolas, vicaire rétracté de Gendrey, afin de pouvoir le poursuivre, Quirot s'empressa de lui envoyer cette pièce, en ajoutant : « Cet individu, avec deux autres^ s'était établi à cette époque dans le canton de Saint-Vit, principalement à Grand-Mercey et Berthelange, prêchant, suivant l'usage de ses pareils, la haine du gouvernementrepublicain.il est bien essentiel de réduire ces mauvais prêtres à l'impuissance de nuire. »

Les catholiques de ce canton, privés de leurs prêtres, commençaient à y suppléer de la même manière que dans d'autres cantons. Le commissaire Falconnet s'en émut et écrivit, le !•' août, à Quirot : a Tous les dimanches et fêtes, il s'exerce deux espèces de culte à Osselle. Un prêtre deTorpes, qui a fait ses soumissions, y vient officier. Mais les personnes qui assistent à ses cérémonies et qui sont en petit nombre, ne sont pas sitôt sorties de l'église, qu'un grand nombre d'autres y rentrent, et alors plusieurs particuliers y chantent les offices, de la même manière que s'il y avait un ministre. Une semblable diversité de cérémonies, d'opinions, occasionne dans la commune des divisions, des querelles qui pourraient devenir funestes. Il est donc instant de prendre des mesures à cet égard. Les personnes qui assistent aux offices du prêtre ont toujours montré de l'attachement à la révolution et de la haine contre les prêtres réfractaires ; les autres, au contraire, désireraient encore avoir l'ancien curé pour ministre. Cette espèce de culte nouveau s'exerce non-seulement i Osselle, mais encore dans plusieurs autres communes des environs, notamment à Torpes, Abbans-Dessous, Villars-Saint- Georges, etc. 11 faut une mesure générale pour arrêter de pareils rassemblements. » — On voit que les révolutionnaires,

ÉPBBUYBS DBS PRÎTBBS ET DBS FIDÈLES. 517

trop fidèles héritiers de Tancienne autocratie^ restaient toujours beaucoup plus préoccupés de l'unité que de la liberté religieuse.

Au nom de la commune de Mercey-le-Grand, J.-L. Dumétier, agent municipal, et Cl. Gravelle, son adjoint, représentèrent au département qu'en exécution d'un arrêté du district de Besançon, du 7 vendémiaire an m, leur église avait été dépouillée, non-seulement de tout ce qui servait à Tusage du culte, mais encore des objets de simple décoration, tels que dix-huit cents hvres de fer ouvré , six chandeUers et deux bénitiers de cuivre, et quelques tableaux qui avaient été déchirés ou enlevés. Tout en faisant de ces objets un généreux sacrifice et en souhaitant qu'ils fussent de la plus grande utilité pour la République, ils demandaient, en remplacement, douze grands tableaux, avec quelques petits, six chandeliers en bois doré, un missel, un graduel et un an* tiphonaire, à prendre dans les magasins nationaux de Besançon. Le 25 octobre, le département décida, sur le rapport de Ravier, « que de vieux tableaux, des chandeliers de bois, ainsi que des livres à l'usage du culte, étant de peu de valeur, et ne pouvant être vendus qu'à un très bas prix, le gardien des effets déposés aux Grands-Carmes était autorisé à remettre huit grands tableaux, etc. »

L'administration de Saint-Vit répondit, le 43 novembre, à la circulaire de Quirot contre les prêtres réfractaires, qu'elle n'en connaissait qu'un seul retiré à Osselle, son pays natal, vivant presque ignoré, ne sortant pas et ne faisant rien de son état. Cependant, deux mois après, Billon, président du canton, écrivit à Quirot : « Dans toutes les communes du canton et des cantons voisins il se dit des messes nuitamment par des prêtres réfractaires, et la presque totalité des citoyens y assiste. Je n'ai pas cru devoir prendre aucune mesure de vigueur, car je les crois non-seulement inutiles, mais même dangereuses, ces sectateurs étant bien décidés à repousser la force par la force, en cas d'événement; la plupart sont munis d'armes offensives et défensives; je m'en suis assuré par moi-même. Quand même l'arrêté du 21 frimaire serait mis à exécution^ arrêté pour lequel tous les

518 CHAPITRE LIXV.

agents mimicipaux ont marqué la plus grande insouciance, il n'en résulterait aucun meilleur effet, parce que les patrouilles elles-mêmes favoriseraient ces rassemblements. » Quirot répondit en recommandant la stricte exécution de toutes les lois contre les prêtres. Il annonça l'arrivée prochaine d*un délégué du département, chargé d'une mission spéciale pour arrêter ces proscrits, et réclama d'avance le concours le plus absolu des autorités locales.

Recommandation bien infructueuse, car partout les agents municipaux se montraient de plus en plus ouvertement favorables aux déportés. Le 15 janvier 1797, Renauld, prêtre constitutionnel, originaire de Besançon, écrivit à Quirot : (( Depuis près de deux ans, je dessers, en qualité de pasteur, la paroisse de Saint-Vit. J'ai cherché à entretenir la paix, mais je vois, surtout aujourd'hui, que ceux qui ont l'autorité en main ne s'en servent que pour faire naître dans la commune une guerre civile, une Vendée. Je me suis présenté aujourd'hui dimanche, suivant ma coutume, pour faire l'offlce à l'église , mais la porte était fermée par Tordre de Tagent. Près de trois cents personnes, qui attendaient l'heure de la messe , ont beaucoup crié et étaient sur le point de briser la porte; mais j'ai eu le bonheur, par mes paroles, de les ramener à la paix, et je me suis retiré. Vous recevrez un procès-verbal signé de tous les catholiques, tant d'Antorpe, qui sont de la paroisse , que de ceux de Saint- Vit. Ces bons catholiques vous diront qu'ils n'inquiètent pas les ftinatiques, qui, presque chaque jour, font dire la messe dans des chambres aux heures de la nuit; mais qu'ils ignorent pourquoi on cherche à les inquiéter dans leur religion, qu'ils exercent paisiblement dans l'église. Je vous prie de faire rendre justice aux catholiques soumis aux lois. »

Le prétendu procès-verbal de ces catholiques soumis fut effectivement remis à l'administration ; mais les circonstances ne permirent pas d'y donner une suite immédiate. Cependant, sur de nouvelles instances de l'intrus, Quirot envoya, le 9 mai, au commissaire de Saint-Vit, la plainte de ce prêtre et celle de ses paroissiens, en ajoutant : « Pourquoi faut- il que des ministres obéissants soient inquiétés , contrariés,

avilis, tandis que trop souvent les déportés trouvent protection ouverte? C'est à vous de faire cesser cet intolérable abus. Le domaine de la pensée est aussi sacré que les propriétés , et si des réclamations me parvenaient encore , je me verrais forcé de provoquer des peines contre les agents.» Ce beau zèle pour la liberté de la pensée était bien nouveau de la part de Quirot, et malheureusement il était encore bien restreint à certaines manières de penser.

M. Ratez, agent de Saint-Vit, ainsi mis en cause, répondit> le 12 mai, à Quirot : a Le commissaire du canton me communique une pétition signée de quelques individus soi* disant patriotes exclusifs de la commune, lis m'accusent i" de former les portes de l'église par esprit de parti ; calomnie insigne , puisque toutes les fois que le ministre du culte s'est présenté pour exercer ses fonctions, j'ai confié les clefs à des enfants qui venaient me les demander de sa part, et qui n'ont pas voulu me les rendre, malgré mes différentes réquisitions verbales, eu égard à l'indispensable nécessité où je suis de les tenir, puisque je suis chargé de la direction de l'horloge et de sonner par jour les trois coups ordonnés par arrêté du département, du 28 germinal an iy. Au surplus, quand même je n'aurais pas de pareilles obligations à remplir, l'église devrait-elle être ouverte seulement pour un dixième des habitants de la commune qui suivent le ministre du culte? C'est ce que mes calomniateurs exigeraient, afin que tous les autres habitants qui ne partagent pas leur opinion religieuse, soient privés d'y exercer les cérémonies de leur culte. Et moi, étranger à tous les partis, la loi pour guide, je veux faire jouir paisiblement tous les citoyens de^leurs droits ; ce qui m'a déterminé à tenir le grillage fermé, afin de décider les plaignants à me remettre toutes les autres clefs qu'ils ont actuellement à leur disposition. 2* Ils m'accusent de sonner la cloche pour le rabinage des aristocrates : ce sont les termes dont ils se servent. Je les mets au défi de le prouver. Au surplus, le terme d'aristocrates dont ils se servent, est très impropre. Je ne connais que quelques pauvres gens à corvée , qu'ils voudraient anéantir parce qu'ils diffèrent d'opinion. 3® Us avancent qu'il

iSHO CHAPITRE LXXV.

vient dans la commune des prêtres insoumis, qui entretiennent le peuple dans le fanatisme religieux. S'ils en ont connaissance et qu'ils soient assez lâches pour ne pas les faire arrêter, qu'ils me les dénoncent. Les patriotes exclusifs de Saint-Vit qui ont signé la pétition, sont au nombre de cinq chefs de famille et de quelques enfants dont ils ont extorqué la signature. Ayant inutilement mendié celles de leurs sectateurs, ils ont eu retours aux habitants d'Antorpe, commune du Jura, qu'ils ont subornés, en leur faisant entendre que cette pétition tendait à obtenir un traitement pour leur ministre. Au surplus, trois individus sont les auteurs des coups qui viennent de m'être portés, et je les méprise d'autant plus que ce sont des êtres sans moralité. Le premier avait pris parti dans l'armée révolutionnaire, à dessein d'y exercer ses vengeances particulières; il s'eu est flatté dans le temps; le second est un intrigant dangereux, et le troisième un fripon. »

Devant une réponse aussi catégorique , Quirot dut encore renoncer à donner suite à cette affaire, mais l'intrus et ses partisans ne se tinrent pas pour battus ; ils s'adressèrent plus loin et plus haut ; et le i6 juin, le ministre de la pouce écrivit à Quirot : « Plusieurs particuliers de Saint-Vit m'informent que les prêtres réfractaires y jouissent exclusivement de la faculté d'exercer les fonctions de leur ministère, et que les prêtres soumis aux lois de la république sont seuls privés de ce droit, que la constitution garantit à tous les citoyens. Ils ajoutent qu'ils ont présenté à cet égard des réclamations motivées, soit à l'administration du canton, soit à celle du département, et que toutes ces réclamations sont restées sans réponse. Si les faits sont tels qu'ils me sont exposés, vous avez dû en avoir connaissance , et vous avez dû aussi requérir l'exécution stricte de la loi. Je vous invite à me rendre compte sans délai des mesures que vous aurez prises à ce sujet. » Quirot répondit : « Les mêmes plaintes m'ont été adressées, et le 20 floréal j'ai écrit au commissaire du canton d'examiner la conduite de l'agent de Saint-Vit. Il m'a été répondu que les portes de l'église avaient été fermées un moment, mais qu'elles étaient actuellement à la

fiPHSUYES DBS PRl^TRES ET BBS FIDÈLES. 521

disposition du miaistre du culte ; que la paix était rétabHe et que la tranquillité régnait. »

LUI. On a déjà vu le canton de Sancey dénoncé de divers côtés comme étant le boulevard des prêtres réfractaires. Le notaire Mougey, du Grosey, commissaire du Directoire dans ce canton, avait beau s'agiter et se multiplier, Magnin-Tochot le déclarait insuffisant pour une si forte tâche. Le 14 février 1796, Mougey représenta à l'administration cantonale assemblée « qu'il était informé que des prêtres déportés ou sujets à la réclusion habitaient plusieurs communes du canton, officiaient avec audace dans les édifices publics, notamment à Sancey, Belvoir , Surmont , Chazot , Vyt et Randevillers, » et il requit les administrateurs « de prendre des mesures promptes et efficaces contre ces prêtres, leurs receleurs, fauteurs, complices et adhérents. » L'administration répondit qu'elle avait pris toutes les mesures qui étaient à sa disposition, comme le prouvaient ses arrêtés du 13 nivftse, du 14 et du 18 pluviôse courant ; qu'elle renouvelait au besoin ces arrêtés ; mais que les agents municipaux, d'après leurs rapports, y avaient déjà fait droit, en déclarant qu'il n'existait dans leurs communes ni troubles ni dissensions; que s'il y passait quelquefois des prêtres non avoués par la loi, il ne leur était pas possible de les atteindre, parce qu'ils en étaient informés trop tard, ou que les moyens coercitifs leur manquaient ; que si l'on officiait dans les églises, c'était sans aucune convocation extérieure, et qu'on ne pouvait y mettr.e obstacle sans faire naître le trouble dans le pays, comme le prouvaient les réclamations des habitants de Vyt et de Vellerot, où les agents avaient fermé les églises par mesure de prudence, bien qu'il n'y résidât aucun prêtre déporté.

Mougey ^ en transmettant cette déhbération à Quirot , ajouta : u Rien n'est plus faux que leur déclaration. Il existe des déportés dans plusieurs communes. Tous les jours ils disent la messe sans opposition. A la dernière séance de l'administration, quinze à vingt particuliers de Vyt ont présenté une pétition pour demander la conservation du ministre de leur culte, sans désigner ce ministre. C'est Roussel, de Sancey, prêtre déporté et Tun des plus incendiaires. J^^

522 CHAPITRE LXIY.

leur ai demandé son nom, ils ont répondu ne pas le connaître. Je les ai interpellés de signer leur pétition ; ils sont sortis mécontents et n'ont pas reparu. J'irai demain à Glerval donner une réquisition à la gendarmerie. J'en ferai notifier une également au chef de la garde nationale dans chaque commune. » Effectivement, le 28 février, Mougey lança tous les chefs de la force armée à la chasse des prêtres, mais sans aucun succès.

Trois jours auparavant, un patriote de Vernois, Cl. -F. Cuenin, manda au déparlement a que la chouanerie régnait si fort dans les cantons de Sancey et de Vaucluse, que le petit nombre d'amis de la république n'osaient rien, crainte de leur vie ; qu'à Sancey on comptait les prêtres déportés ou émigrés par douzaines ; que l'un de leurs complices les plus coupables dans ce canton était Guill. Simonin, agent de Belvoir; qu'il avait retiré chez lui des prêtres déportés qui y avaient dit la messe ; et enfin que tous les agents de ces deux cantons étaient de vrais royalistes et transgresseurs de la loi. »

Le terroriste Grandjacquet, de Belvoir, écrivit, de son côté : (( La petite poignée de patriotes quia résisté aux perfides insinuations de l'engeance calotine, est dans le plus grand abattement et n'ose se prononcer. Une administration où il n'y a que quelques membres de bons, encore qui se laissent entièrement influencer par Marguet (président du canton), achève de comprimer ces républicains timides. Marguet dirige à son gré, non-seulement l'administration , mais encore la justice de paix. L'adjoint de Belvoir, Gouney, qui donne à manger aux bons prêtres, craignant qu'on n'envoyât des troupes dans le canton, publia, il y a peu, que j'avais écrit au département pour demander six cents soldats, et cela dans l'intention de me faire égorger. 11 y eût réussi, si je n'eusse pris des mesures. Je fis citer ce calomniateur à la justice de paix ; mais Marguet, son avocat, le défendit par des calomnies encore plus injurieuses. Je demandai qu'on ilt observer la police et le respect dû aux lois, mais ce fut inutilement ; le juge de paix et ses assesseurs, tous fanatiques, furent sourds à ma demande. Les patriotes de 89 sont

ÉPREUVES DBS PRÊTRES ET DES FlDfeLES. 52S

vexés, molestés, à un tel point qu'ils osent à peine se réunir deux ou trois pour lire le Journal des hommes libres , dont ils ne reçoivent que quelques numéros; les plus essentiels sont interceptés. On craint que les bons principes ne se propagent. Engage le citoyen Quirot à prendre des mesures promptes pour faire destituer Marguet et aiguillonner le commissaire, qui manque d'énergie. On vient d'organiser la garde nationale. Le Flamand a été élu capitaine et Bécoulet, du bourg, sous-lieutenant; tu connais ces bons sujets; le dernier a été à la Vendée et le premier vaut encore^moins. Ne serait-il pas possible d'avoir un ordre pour les faire remplacer par de bons patriotes? »

Le 9 mars, c'est Magnin-Tochot qui fait entendre les mêmes plaintes, et dénonce le président du canton comme rassemblant cbez lui des conciliabules de prêtres conspirateurs. Quirot écrit aussitôt à Mougey de prendre secrètement et promptement des informations sur ces conciliabules et de lui en faire part. Pendant ce temps-là, Mougey lui mande que toutes ses réquisitions à la gendarmerie et à la garde nationale des treize communes, ont laissé la force armée dans l'inaction la plus complète; que cependant les prêtres continuent à résider à Sancey, Surmont, Belvoir, Vyt, Randevillers et Chazot, et à y ofûcier dans les édifices publics, souvent même en présence des agents et de leurs familles; que l'administration est généralement mal composée; qu'il y aurait lieu de faire remplacerpar de braves citoyens un grand nombre d'agents et d'adjoints, entre autres ceux de Sancey-le- Grand, Vyt, Rahon,Randevillers, Surmont etragentd'Orve,et de transporterie chef-lieu du canton à Chazot. 11 finit en déclarant que sans une force armée prise hors du canton, les lois s'y exécuteront difficilement. En effet, pour déjouer entièrement l'effet de ces dernières réquisitions, l'état-major de la garde nationale du canton prit, le 12 mars, un arrêté désignant les compagnies qui devraient, sur l'ordre du commissaire, faire la perquisition des prêtres réfractaires dans chaque commune autre que la leur. C'était lier complètement les bras au commissaire : aussi demanda-t-il qu'on lui envoyât au moins une ou deux brigades de gendarmerie.

9S4 OUPITU LIXY.

Du reste, ranimation qui régnait entre les deax partis, dont Tua sappléait au nombre par l'audace et les violences, n'aurait pas laissé sans utilité lielle la présence d'une force consacrée uniquement au maintien de Tordre. Sans donner une confiance entière au récit suivant , que Mougey adressa, le 8 mars, à Quirot, on y voit, d'une manière. indubitable, que les esprits étaient extrêmement montés; que certains proscrits, aigris par leurs longues infortunes, ne respiraient que la vengeance, et que les adversaires étaient trop disposés i vider leurs querelles à coups de fusil.

tt Un attentat vient de se commettre au Grand-Sancey, le i3 ventôse courant. Roussel, dit Le Frère ^ condamné par contumace par le tribunal criminel séant pour lors à Maiche, tout au moins ayant contre lui un mandat d'arrêt , depuis errant , vagabond et réputé émigré , se trouve à l'entrée du village, armé de pied en cap, accompagné de sa femme et d'un autre individu. Lamy, bon patriote, descendant la rue avec deux hommes qui venaient de dîner avec lui , aperçoit ce Roussel. Se méfiant de lui, car il menace de tuer les patriotes , Lamy quitte sa compagnie et retourne sur ses pas. Aussitôt Roussel court après lui , tenant un pistolet d'une main et un sabre de l'autre , et fait plusieurs fois faux feu sur Lamy, qui parvient à regagner son domicile et reparaît armé d'un fusil à deux coups. Roussel s'avance contre lui , avec un fusil aussi , le met en joue et fait encore faux feu. Alors Lamy lui lâche ses deux coups de fusil et l'atteint d'une balle au bras. Malgré le coup reçu, Roussel s'élance sur lui, lui applique sur la tête un coup de la crosse de son fusil, le terrasse et l'aurait tué sans le secours de quelques personnes. Malgré cela, Roussel reste tranquille, se fait retirer du bras, par le chirurgien Péseux , la balle qu'il a reçue, et il n'est point arrêté. Sur la plainte de Lamy, le juge de paix décerne un mandat d'amener, mais trop tard : Roussel était parti. La garde nationale a fait des recherches ; elle a trouvé à Eysson , Roussel , qui s'est évadé par une fenêtre. On a ramené ses efiets, sa femme et quelques autres personnes au juge de paix, qui informe. Ne serait-il pas à propos d'envoyer une force armée pour soutenir les patriotes? »

ÉPRBUYES DES PRÊTRES ET DBS FIDÈLES. 525

Le 4 avril , Mougey écrivit à Qnirot : « Les désordres augmentent chaque jour dans le canton, l'insurrection me parait prête à éclater. Déjà deux fois, des femmes, au nombre de plus de cent, se présentent aux séances de l'administration et y demandent impunément la liberté des cultes et des ministres à leur choix , c'est-à-dire des déportés. Je suis traité de terroriste, de Robespierre. Menacé de toutes parts, éloigné de plus de deux lieues du lieu de nos séances^ obligé de passer par un coupe-gorge, la forêt du Gournau, et la commune de Rahon , toute fanatisée^ et où je suis spécialement menacé, ma vie se trouve exposée à chaque pas que je fais. Ne pourrait-on pas obtenir de la troupe en quantité suffisante? Les mesures à prendre sont urgentes. La plupart des agents ont trahi la vérité, en disant qu'ils ne connaissent aucun déporté dans le canton. Je tâcherai de découvrir la vérité dans l'information qui doit se commencer demain contre les receleurs. Voici les noms de ceux qu'on assure être dans le canton. Ceux qui sont marqués par un D sont les plus dangereux.

» (D) Pourcelot , ex-curé de Sancey, se tient à Sancey. Galliol, ex- vicaire de Sancey, se tient à Belvoir. Péseux, exvicaire de Pierrefontaine , se tient à Sancey-l'Eglise. Nédey, ex- vicaire de Montandon, se tient au Grand-Sancey, chez son frère. Bassenne, ex-capucin, aussi au Grand-Sancey, chez son frère. Voisard, ex-curé de Nevy, qu'on dit rétracté, se tient chez sa sœur, au Grand-Sancey. Pahin, ex-curé de Laviron, qu'on assure s'être rétracté, se tient chez son père, à Sancey-rEglise. Verdenet, de Vercel, tantôt dans une commune, tantôt dans l'autre. Thouret, ex-carme, idem. (D) Paris, de Yellerot, ex-vicaire de Surmont, se tient à Surmont. (D) Roussel, émigré , ex-vicaire de Yalonne, se tient tantôt à Vyt , tantôt à Valonne. Colard , ex-vicaire de Solemont , se tient à Rahon, chez Miefiet. Huguenotte, ex-curé de Ghazot, sujet à la réclusion , vient de quitter Chazot et s'est retiré i Lomont, chez son frère. (D) Garnier, de Bolandoz, ex-vicaire de Chazot, se tient souvent à Chazot. Outre cela, il y a un ou deux inconnus à Randevillers. »

D'après cette lettre, on voit que, malgré le danger d'irriter

encore davantage la population, Mougey s*était décidé à reprendre l'offensive contre elle et à poursuivre les receleurs des proscrits. La lettre suivante, adressée, le 9 avril, à Quirot, nous donne le secret de son courage : < Le général Glémencet , à la demande du général Chevalier, a envoyé un détachement de trente-six hommes d'infanterie à Sancey; il est arrivé le iO germinal courant. Le i5, je 6s partir ce détachement pour la commune de Vellevans, dans les bois de laquelle il arrêta cinq fuyards de la première réquisition. Voilà la seule capture qu'il ait faite jusqu'à présent, quoiqu'il aille successivement de commune en commune. Depuis son arrivée , les déportés ne paraissent plus publiquement ; je ne les crois cependant pas tous retirés. S'il est difBcile de les saisir, il ne l'est pas autant d'atteindre ceux qui les recèlent. Les i6, i7, 18 et i9 courant, j'ai fait informer contre ceux-ci par le juge de paix ; j'ai assisté continuellement à l'information. »

Les patriotes du canton avaient repris aussi courage, et ils vinrent en assez grand nombre dénoncer leurs concitoyens hospitaliers qui avaient donné asile aux déportés. Le fait le plus important mis au jour par cette enquête est l'enlèvement d'un prêtre sous les yeux même du commissaire. Le 28 mars, vers dix heures du matin, M. l'abbé Garnier venait de célébrer la messe dans l'église de Chazot ; il en sortait avec la foule, lorsque Mougey se trouva là. Le commissaire mit tous les passants en réquisition pour saisir ce prêtre; le commandant de la garde nationale fit même battre le rappel, sur son ordre ; mais il ne vint absolument personne à son aide, et le pauvre commissaire, insulté et menacé par la multitude, n'eut point d'autre parti à prendre que de se retirer au plus vite (*).

Mais ce n'était pas tout d'avoir obtenu cette enquête ; il restait à poursuivre les délinquants signalés et à les faire punir. Ici, Mougey échoua complètement, et les patriotes en furent pour leurs frais de dénonciation. Mougey, désespéré,

(1) Voir, à la fin du volume, le document n» IV, Enquête par J.-P. Nédey, juge de paix de Sancey.

écrivit, le 2^ mai, à Quirot : u Le détachement d'infanterie a reçu Tordre de partir le 7 prairial courant. L'objet de sa mission ne se trouve pas entièrement rempli. Les prêtres déportés vont probablement reparaître. Je ne sais plus quels moyens employer contre eux. La garde nationale n'obéit pas, la gendarmerie ne fait point de tournées. Je pense que de fréquentes tournées, faites par des gendarmes qui se travestiraient et feraient semblant d'être des marchands, pourraient avoir quelque succès. Le 18 germinal, fut finie l'information que j'avais fait prendre par le juge de paix contre les receleurs de fuyards et de déportés. Malgré les invitations réitérées que je lui ai faites de ne pas laisser impunis les prévenus, cette information demeure oubliée dans son greffe. Je vous prie de lui écrire à ce sujet. C'est un juge de paix du choix des fanatiques, qui se laisse diriger par Marguet. » Quelques jours après, Mougey annonça que les déportés avaient reparu et officiaient de nouveau au Grand-Sancey, à Rahon , Surmont , Vyt et Randevillers. Quirot lui répondit, le i juin, qu'il ne devait pas rester oisif dans un pareil état de choses, mais dénoncer les agents prévaricateurs et exciter de toutes ses forces le zèle de la garde nationale. En même temps, Quirot manda à Amiot, lieutenant de gendarmerie à Baume, de réunir les gendarmes placés sous ses ordres à la brigade de Clerval, et d*aller faire une chasse acharnée aux prêtres dans le canton de Sancey. Amiot répondit^ le 8 juin : a Je me suis déjà transporté dans le canton de Sancey avec quinze gendarmes, ne sachant où aller, vu qu'on me dénonçait le canton et qu'on ne me nommait aucun individu ni le village où il demeurait. Je suis allé m'établir à Sancey pendant trois jours. J'ai fait parcourir les hameaux et villages, et n'ai rien trouvé. Personne ne veut nous y donner des renseignements. Je parlai au commissaire, qui n'a pu également nous dénoncer personne. Ce n'est pas ainsi qu'on fait marcher des gendarmes qui sont très occupés pour le service. Je ne suis pas assez fort. Si j'avais à Baume une quinzaine de volontaires pour m' aider dans les courses , cela irait mieux. »

Le commissaire du canton n'avait réussi , par toutes ses

528 CHAPITRE LXXY.

démarches , qu'à augmenter Tanimadversioa dont il était l'objet. Il en convenait lui-même, en annonçant à Quirot une nouvelle mésaventure dont ii venait d'être victime, le 6 juin. «Entre onze heures et minuit, dit-il, venant seul i Crosey, je fus attaqué en chemin par Cl.-F. Pichery, deCrosey, qui probablement avait intention de m'assassiner. La nuit était très obscure. Il me lança contre la tète deux énormes cailloux qui ne m'atteignirent pas. La crainte que ce scélérat ne fût secondé me fit prendre la fuite. En fuyant, je reçus plusieurs coups de bâton. C'est ainsi qu'on respecta, même dans ma commune, les autorités constituées par le gouvernement. Jusqu'à présent, je n'ai pu découvrir de témoins. ))

Quirot reçut en même temps une nouvelle dénonciation où le président Marguet était signalé comme un receleur de prêtres , M. Delacour^ agent de Yyt et ci-devant seigneur, comme receleur et complice de M. Roussel, vicaire en chef à Yalonne, a à qui il avait permis jusqu'à ce jour l'exercice de son culte incendiaire. » L'élection de M. Delacour était signalée comme entachée de brigue et de violences^ et accom* plie sans la participation des vrais et purs patriotes, qui, après avoir déjà fait un choix excellent, disait-on, s'étaient vus dispersés et chassés de la maison commune par un attroupement de femmes. Enfin, le juge de paix, les agents de Belvoir, Sancey-le-Grand , Orve, Surmont et Rahon, étaient représentés comme des membres actifs de la ligue des prêtres.

De guerre lasse, Mougey laissa aller les choses, et pendant plusieurs mois les catholiques de ce canton furent parfaitement tranquilles. Les bostiUtés recommencèrent à la suite de la dénonciation suivante , adressée de Pont-de-Roide à Quirot, le 26 septembre, par les patriotes Yiatte et Bonnot :

(( Dimanche dernier, nous avons été témoins d'un fait qui nous a révoltés, et que vous ferez sans doute disparaître lorsque vous en serez instruit. En passant à Yyt-lez-Belvoir, nous vîmes une grande foule de monde qui se rendait i l'église, au son de quelques coups de cloche. Nous entrons avec les autres, et nous vîmes un nommé Roussel, de Sancey, prêtre émigré, qui célébrait avec autant de sécurité qu'il

aurait fait ily a dix ans. Son prône surtout ne respirait que le plus violent fanatisme, et il en promit encore un plus fort pour dimanche prochain, jour du Rosaire et de grand apport dans cette église. Au sortir de là, nous eûmes lieu de parler avec des citoyens de la paroisse, et nous apprîmes, avec la plus grande surprise, que depuis près de deux ans cette bête féroce, il mérite ce nom, désole cette paroisse et bien d'autres, sous les yeux des agents, qui le protègent et qui exercent la plus odieuse tyrannie. Citoyen, il est bien profondément scélérat celui-là, vous ne vous ferez jamais une idée des maux et des tortures qu'il fait endurer aux amis des lois. Les patriotes sont dans la plus douloureuse position; ils n'osent pas seulement s'en plaindre. Les volontaires déserteurs et beaucoup d'autres sont là pour exécuter les ordres de leur souverain. U n'y a qu'une voix générale qui accuse Marguet et Delacour d'être ses protecteurs et de bien d'autres qui fourmillent dans le canton. Nous attendons que vous ne souffrirez pas plus longtemps ce mépris des lois. Pour nous, nous sommes tellement indignés d'une pareille conduite, que nous irons plutôt au Directoire que de laisser tant de crimes impunis. Si Ton ne peut atteindre l'émigré, l'agent doit en répondre ; ils sont également coupables. »

Perriguey remplaçait Quirot en ce moment ; il s'empressa de transmettre celte pièce à Mougey , en ajoutant : « Comment des violations de la loi aussi publiques , aussi notoires, ont-elles pu échapper à votre surveillance? J'attends que vous me désignerez nominativement tous les agents qui tolèrent ou protègent les prêtres réfractaires. Il est temps enfin que cet état de choses cesse. La colonne mobile est actuellement organisée ; employez-la pour purger le canton. » Mougey répondit que la gendarmerie s'était transportée à Sancey et n'avait fait aucune capture, parce que son arrivée avait été connue à l'avance ; que le détachement d'infanterie n'avait pas mieux réussi, et que si le désordre continuait, ce n'était pas la faute du commissaire, a J'ai appris, ajoutaitil, par de nouvelles recherches, que Roussel, prêtre émigré, logeait tantôt à Vyt, au domicile de Rose et de Jeanne-Antoine Delacour, tantôt à Yalonne, au domicile de J.-P.

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