LIV. Le canton de Vaucluse était signalé, avec celui de San
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cey, comme l'un des plus dominés par les prêtres. Cependant le Directoire n'y manquait pas d'un agent sûr, actif et menaçant, dans la personne du commissaire J.-B. Guedot. Le i9 février i796 , ce terroriste , ne sachant quelle forme donner à ses dénonciations , pour qu'elles parussent moins contestables que celle qu'il avait lancée si méchamment contre l'administration départementale destituée , imagina de les rédiger ainsi, en forme de procès-verbal juridique: «Informé par le cri public que les citoyens Cl. -F. Boillon, de Belleherbe, juge de paix , et Phil. Pourcelot , chef de bataillon de la garde nationale du canton, ont, depuis qu'ils sont fonctionnaires publics, donné et donnent encore asile à des prêtres rebelles, j'ai fait appeler par-devant moi plusieurs citoyens du canton qui ont déclaré qu'Ant. Pourcelot, prêtre déporté, a résidé chez son frère Philippe, depuis le mois de fructidor jusqu'au 5 pluviôse courant; qu'il célébrait la messe et tous les autres offlces dans l'église de Yaucluse ; que Philippe Pourcelot a donné asile, en fructidor et vendémiaire dernier, à Cavaroz, bénédictin déporté, qui a célébré aussi la messe, à réitérées fois, dans l'église de Vauclusotte. — Signé 3.-F. Macabrey.
)) Qi.ie Laurent-X. Rousset, prêtre déporté, est venu résider à Belleherbe, en messidor dernier, au domicile de Thérèse et Anne Emonin, et qu'il a célébré la messe et les offices à l'église jusqu'au i" pluviôse courant; que le juge de paix Boillon a, tous les dimanches et jours de fêtes, assisté à ces offices, depuis le mois de fructidor jusqu'au mois de pluviôse courant; qu'il a protégé ce prêtre rebelle et lui a donné maintes fois à manger chez lui. — Signé Félix Châtelain.
» Que J.-Nic. Guey, agent de Chamesey, a assisté à la messe de l'abbé Guyot, déporté, et à celle de F.-Jos. Rousset, aussi déporté, qui se sont célébrées à l'église de Chamesey, en frimaire et nivôse dernier, et a donné à dîner à l'abbé Guyot; que Jac.-F. Boillon, adjoint, et F. Verdot, agent de Bretonvillers, ont assisté, en janvier, à la messe de l'abbé Monnot, prêtre déporté, dans l'église de Bretonvillers. Yerdot lui-même chantait la messe, et Boillon, son adjoint,
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faisait la quête du luminaire. — Signé JérAme-Aut. Huot, de Gharmoille; Ant. Flajoulot, de Chamesey.
)) Que Fabbé Roussel, de Sancey, prêtre émigré, célèbre la messe tous les dimancbes daas l'église de Valonne, et que l'agent Et. Perrey assiste habituellement à ses offices, avec Hugues-Jos. Courtot, son adjoint. — Signé J.-F. Builly, Jac. Billey, Th.-F. Billey, Ant. -Toussaint Ponçot, etc. Il
Guedot envoya cette sorte de procès-verbal à Quirot, le I'' mars. Ne recevant aucune réponse, il récrivit, le 14 mars, pour rappeler l'envoi qu'il avait fait. Ne recevant toujours point de réponse, il porta d'un autre côté son ardeur persécutrice.
Le 7 avril, contre toutes les lois et les règles de la police judiciaire, il lança le mandat d'arrêt suivant : « Le commissaire du Directoire près le canton de Vaucluse requiert le citoyen Ghevroulet, gendarme, d'arrêter et de conduire à la maison d'arrêt d'Hippolyte le nommé F.-Jos. Vuillemin, prêtre, prévenu d'avoir rétracté le serment qu'il a fait ci-devant aux lois de la république. » En vertu de cet acte, d'une illégalité révoltante, car les commissaires n'avaient aucun droit d'arrestation, M. Vuillemin fut incarcéré le lendemain à Saint-Hippolyte ; et, sur le rapport de Guedot, le département n'hésifa pas à prendre, le i8 avril, cet arrêté, non moins attentoire à tous les principes de la justice :
« Vu un procès-verbal d'informations du commissaire du Directoire près l'administration de Vaucluse, d'où il résulte que, dans le cours du mois d'août dernier (vieux style), le nommé Vuillemin, prêtre constitutionnel, demeurant à Vauclusotte, s'étant rendu dans un rassemblement fanatique présidé par le prêtre Breuillot, déporté, y a formellement rétracté le serment d'obéissance qu'il avait prêté aux lois de la république ; vu le procès-verbal de son arrestation et la copie de l'ordre signé Guedot, pour conduire ce prêtre à la maison d'arrêt de Saint-Hippolyte; vu une copie de la pétition adressée au juge de paix de ce canton, tendante à obtenir son élargissement, et l'ordonnance rendue par ce juge, déclarant que le prêtre Vuillemin est détenu contre toutes les
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formes protectrices de la liberté individuelle; vulalettredu lieutenant de gendarmerie de Saint-Hippolyte, annonçant qu'il a écroué de nouveau le prêtre Vuillemin, âgé de vingttrois ans, comme faisant partie de la réquisition ; ouï le rapport du citoyen Rambour ; l'administration départementale, considérant qu'il est prouvé que Vuillemin, ci-devant prêtre constitutionnel, a publiquement rétracté son serment, en annonçant dans un rassemblement fanatique présidé par le prêtre Breuillot, déporté, qu'il ajoutait foi au bref du pape du iSavril 1791 ; que les fonctions qu'il avait faites jusqu'ici doivent être regardées comme nulles, puisqu'il avait reçu les ordres d'un évêque intrus et scbismatique; que pendant la vacance du siège épiscopal, il reconnaissait pour pasteur et supérieur légitime l'évoque de Lausanne ; considérant que la manifestation d'une pareille doctrine est attentatoire aux lois du gouvernement, et range nécessairement le ministre qui la professe dans la classe des ecclésiastiques sujets à la déportation comme réfractaires; arrête que F. Vuillemin, cidevant prêtre constitutionnel, ayant rétracté son serment, est sujet à la déportation. Il sera transféré de la maison d'arrêt de Saint-Hippolyte dans la maison de réclusion du département, jusqu'à ce que le corps législatif ait définitivement prononcé sur la destination des prêtres sujets à la déportation. L'accusateur public sera invité à blâmer le juge de paix de Saint-Hippolyte, son subordonné, qui s*est cru fondé à procurer la mise en liberté d'un prêtre réfractaire, et qui a compromis ainsi la tranquillité publique. »
Cet arrêté était vraiment d'une audace et d'une impudence inouïes ; Rambour, son rédacteur, semblait avoir complètement oublié que le règne de la dictature révolutionnaire avait cessé, et qu'une constitution nouvelle assurait à tous les accusés, quels qu'ils fussent, les garanties protectrices de la justice. Cet arrêté était même un démenti de la conduite journalière du département, qui ne manquait pas de traduire devant le tribunal criminel tous les prêtres réfractaires arrêtés, et dont les droits à la déportation étaient bien moins contestables que ceux de ce jeune ecclésiastique; aussi l'on doit penser que M. Guillemet, bien loin de blâmer
le juge de paix de Saint-Hippolyte, ne put que le féliciter d'avoir rempli son devoir et rétabli, au moins pour un instant, Tempire de la loi.
M. Yuillemin, conduit à Besançon, ne fut pas reclus aux Capucins, avec les prêtres, mais jeté dans la prison des meurtriers et des voleurs ; et ce fut au bout de quatre mois de détention qu'il adressa au département cette remarquable défense :
a Le \9 germinal dernier , je fus arrêté en vertu d'un mandat d*arrêt signé Guedot. Sans doute, citoyens, il vous semblera étrange que j'aie été détenu si longtemps en vertu de ce mandat d'arrêt. On m'accuse d'un fait, l'accusation ne fit jamais preuve : les crimes se prouvent et ne se supposent pas. Cependant, en vertu de ce fatal mandat, qui me déclare prévenu, je languis depuis plusieurs mois dans les prisons, par l'effet de la calomnie la plus noire, sans qu'on se soit mis en peine de s'assurer des faits qu'on m'impute; je n'ai pas même été interrogé 1 Et cependant l'article 22î de Tacte constitutionnel porte que toute personne saisie doit être examinée sur-le-champ ou dans les vingt-quatre heures au plus tard, par l'officier de police devant lequel elle a été conduite, formalité qui n'a pas été observée à mon égard. Vous observerez que l'accusation lancée contre moi est au moins vague. On prétend que j'ai rétracté le serment de la constitution civile du clergé. Mais je ne l'ai jamais prêté; com-* ment aurais-je pu le rétracter? J'ai été seulement ordonné prêtre le 28 juillet 1793, temps auquel ce serment était défendu. Veut-on parler de celui de la liberté et de l'égalité^ que j'ai prêté? Mais j'ose défier le citoyen Guedot de prouver que je l'aie jamais rétracté. Quant à mes opinions politiques, personne sans doute n'osera les suspecter. Mon civisme est connu. Au reste, s'il m'était jamais arrivé de publier quelque opinion qu'il eût été dangereux de manifester, les hommes qui s'acharnent à me poursuivre, sans motifs comme sans pudeur, n'eussent pas oublié de me livrer aux tribunaux. D'ailleurs, je ne sais par quelle fatalité le citoyen Guedot a pu se déterminer à lancer contre moi un mandat '^'Omme prêtre, lui qui savait que, depuis deux ans, je n'en
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faisais plus les fonctions. Il n'ignorait pas non plus ma démission, puisqu'il était administrateur du district d'Hippolyte, lorsque je l'envoyai, il y a deux ans. Il savait aussi que j'ai toujours été bon républicain. J'ai lieu de croire qu'il ne s'y est déterminé que sur les dénonciations de quelques individus acharnés contre moi. et que, comme commissaire, il se sera cru obligé de me faire arrêter, ce qu'il a fait injustement et illégalement. Au reste, je ne suis point vindicatif; j'oublie les outrages qui me sont personnels ; je ne demande que justice, et j'attends de votre équité que vous me la rendiez, en me rendant la liberté, que je n'ai perdue que par l'effet de la calomnie. »
Le département sembla comprendre lui-même qu'il avait fait fausse route, et le 18 août, Rambour signa au nom de ses collègues un arrêté ainsi conçu : « Renvoyé à l'administration de Vaucluse pour donner ses observations, après avoir entendu le commissaire du Directoire. »
L'administration de Vaucluse remplit courageusement son devoir, et le 25 septembre, sous la présidence de M. Borrelet, elle émit l'avis suivant : « L'administration, considérant que le citoyen Guedot a lâché le mandat d'arrêt ensuite de déclarations de témoins qu'il a entendus lui-même, et qu'il n'avait aucun caractère pour entendre ces témoins ; après avoir ouï le commissaire du Directoire, estime que le pétitionnaire doit être renvoyé par-devant l'officier de police, pour être interrogé, et pour être fait information et ensuite renvoi par-devant les tribunaux compétents, pour être jugé suivant les lois. »
Cet avis, si judicieux, si conforme à la loi, ne fut point entendu, et l'administration terroriste resta sourde, jusqu'à son dernier jour, à la voix de l'équité.
M. Vuillemin s'étant adressé au ministre de la justice, Merlin écrivit à Nodier, le 29 mars i797 : « Le citoyen Vuillemin, ex-prêtre, se disant cultivateur, se plaint d'être illégalement détenu depuis huit mois. Il demande à être mis en jugement ou en liberté. Je vous invite à m'adresser sans délai des renseignements sur les motifs de sa détention. » Nodier répondit par le mensonge suivant : « Vuillemin,
53S CHAPITBE LXXT.
originaire de Bief, âgé de vingt-cinq ans, avait prêté le serment de liberté et d'égalité. Le département a ordonné sa déportation peur avoir rétracté son serment; » et tont fut dit. Heureusement une administration meilleure succéda bientôt après aux terroristes imposés par le Directoire, et le 15 avril, M. Yuillemin, déjà transféré aux Capucins, exposa au nouveau département « qu'emprisonné depuis plus d'un an, sa santé s'était beaucoup altérée par le mauvais air et Todeur infecte qu'il avait respires dans les différents cachots où il avait été enfermé ; que l'humidité de ces cachots loi avait causé une sciatique dont il souflfrait beaucoup ; qn'en conséquence, il demandait la permission, déjà accordée i plusieurs de ses collègues reclus, de sortir dans la ville, pendant le jour, pour prendre des bains. » Sur l'attestation favorable du médecin Rougnon, cette permission lui fut accordée au bout de trois jours. Enfin, après quinze mois de la détention la plus illégale, M. Vuillemin fut rendu à la liberté. Le 30 juin 1797, il reçut notification de cet arrêté réparateur : « Ouï le rapport de Voisard, l'administration du déparlement, considérant que Vuillemin a été arrêté sous le prétexte qu^il avait rétracté un serment auquel il n'a jamais été assujetti ; qu'il n'est ni émigré ni déporté, et que son arrestation est illégale et injuste, arrête que Vuillemin sera mis on liberté et jouira des droits de citoyen français, conformément aux lois. ))
Peu de temps après l'arrestation de ce jeune ecclésiastique, Guedot fournit au département l'occasion de nouvelles rigueurs. Il écrivit, le 1" juin , à Quirot : « Je fus informé, le 7 prairial courant, qu'on avait coupé et mutilé l'arbre de la liberté à Rosureux. Je crus devoir m'y transporter pour découvrir les auteurs de ce délit. Je m'y suis assuré que les prêtres déportés, entre autres les abbés Filsjean et Tournoux, habitent ordinairement cette commune et que c'est d'après leurs conseils que ce délit a été commis. Le 42 aussi du courant, plusieurs personnes m'informèrent que Tabbé Rousset, prêtre déporté, avait été enterré publiquement, le 8, par l'abbé Paris, autre prêtre déporté, qui avait célébré la messe avant l'enterrement ; ces deux céré-
monies furent annoncées au son des cloches. La bannière, la croix, les cierges et toute la pompe funèbre ont été employés à cet enterrement. L'agent de Chamesey a fermé les yeux sur ce délit, dont il ne ma pas donné connaissance. Au contraire, lorsque je lui en ai parlé, il m'a dit ne l'avoir su que par le bruit public. C'est le langage de tous les agents de ce canton, lorsqu'on leur parle des prêtres ou des volontaires. Jamais ils ne peuvent donner de renseignements, quoique, actuellement, les prêtres déportés fonctionnent publiquement à Bretonviilers, Belleherbe, Chamesey, Rosureux et Ptovenchère. On crie aussi publiquement dans ces communes : Vive le roi! et on maltraite de coups les citoyens qui répondent par les cris de Vive la république I Très souvent ces délits ont lieu sous les yeux des agents, qui gardent le silence. » Le 9 juin, le département déclara que J.-N. Guey, agent, et J.-CL Morey, adjoint de Chamesey, avaient contrevenu à la loi du 3 brumaire, en négligeant de faire arrêter le prêtre Paris et de poursuivre les receleurs du prêtre Rousset ; qu'en conséquence ils étaient suspendus de leurs fonctions. Le Directoire confirma cet arrêté, le 26 juin, et ordonna de dénoncer à l'accusateur public les deux fonctionnaires destitués, pour qu'ils fussent punis conformément à la loi du 3 brumaire.
Dans l'automne de 1796, Guedot, signalé lui-même au gouvernement comme beau-frère d'un émigré, et par conséquent comme exclu de toute fonction par la loi du 3 brumaire an lY, disparut subitement de la scène. Les fonctions de commissaire du Directoire à Vaucluse furent remplies provisoirement par M. Huguenotte, agent de Peseux, catholique dévoué, qui crut, on ne sait pourquoi, devoir répondre ainsi, en style jacobin, à la circulaire de Quirot contre les prêtres: « J'ai appris par voie indirecte que quelques prêtres réfractaires s'étaient retirés dans le canton. J'ai voyagé exprès pour m'informer de la retraite de ces perturbateurs dangereux ; mais jusqu'à présent je n'en ai eu aucun indice sûr, attendu qu'ils n'ont aucun domicile fixe, et je fais tout ce qui est dans mon pouvoir pour les déterrer, les saisir ou chasser ; j'ai invité tous les agents du canton à veiller soi-
540 CHAPITRE LXXY.
gneuseruent à ce que ces ennemis de la patrie n'infectent pas la chaumière de nos paisibles habitants. »
En réalité, M. Huguenotte n'avait rien fait de ce qu'il disait, et le 5 novembre, trois jours après sa regrettable lettre, le département reçut des jacobins du pays la dénonciation suivante : « Les citoyens républicains du canton de Vaucluse vous préviennent que ce canton est devenu le refuge des prêtres déportés et émigrés. Ils fanatisent impunément , fonctionnent publiquement dans les églises de Belleherbet Bretonvillers, Ghamesey, Rosureux, Provenchère, Valonne, la Grange et Droitfontaine. Ils prêchent le retour de la royauté et l'anéantissement du gouvernement actuel, et personne ne veut et n'ose arrêter cette licence désastreuse. Un zélé, ferme et fidèle commissaire pourrait faire disparaître du canton tous ces réfractaires, malgré la résistance des agents corrompus. Huguenotte, qui remplit les fonctions de commissaire, loin de faire exécuter les lois contre les rebelles, leur donne asile; il a son frère, prêtre déporté, qui est le chef de la bande de ces scélérats et il leur a fait célébrer des messes, dans réglise de Peseux, pour son père mort. Ce qui augmente notre indignation, c'est que Huguenotte a écrit à Quirot qu'il avait fait toutes les démarches possibles pour atteindre ces prêtres, mais sans succès, et qu'il n'a pu découvrir leurs asiles. Il serait bien embarrassé d'exhiber les preuves de ces prétendues démarches. Nous demandons qu'on envoie secrètement un commissaire sur les lieux pour faire vérifier ces faits. — J.-F. Receveur, F. Girod, Théodore Receveur, Victor Cheval (et trente-six autres). »
Couley, lieutenant de gendarmerie à Saint-Hippolyte, écrivit, de son côté , le 27 novembre : « Les prêtres émigrés et déportés s'eflbrcent d'une manière incroyable de perdre entièrement les esprits faibles et les imbéciles habitants dç ces montagnes. Le premier jour de ce mois, je me suis rendu dans le canton de Vaucluse, où ces deux espèces de prêtres circulent Hbrement et sont toujours accompagnés d'un nombre suffisant de fanatiques qui les protègent dans leurs marches, et même lorsqu'ils disent la messe, prêchent et confessent. Tout récemment, il s'est rassemblé à Rosu-
tPRBUYBS DBS PRÊTRES BT DBS FIDÈLES. 541
reux un grand nombre d'individus de différentes communes, qui ont assisté en pompe à la messe d'un nommé Filsjean^ prêtre émigré, et les paysans se sont permis d'agir avec violence, en forçant et maltraitant le citoyen [gn.Faivre et la femme Vermot, de Rosureux, parce qu'ils ne voulaient point assister à cette messe. Le tout s'est passé en présence de l'agent municipal Simon, l'adroit protecteur des prêtres réfractaires. 11 n'est point de temps à perdre : il faut des mesures sévères ; il faut une force imposante dans ce canton. Je l'ai parcouru les 3, 4 et 5 de ce mois, avec trois brigades de gendarmerie que j'ai fait rassembler pour arrêter les prêtres réfractaires et les réquisitionnaires ; mais les fanatiques, aussi rebelles que méchants, par leurs démarches, forment toujours des obstacles qui nous empêchent de réussir. Je vais continuer de parcourir le canton. »
Vu patriote de Cour-Saint-Maurice, croyant mieux réussir, s'adressa au ministre de la police, qui écrivit, le 22 décembre, à Quirot, de redoubler de zèle et de poursuites contre les prêtres agitateurs de cette contrée. Magnin-Tochot , dont la sollicitude révolutionnaire embrassait tous les cantons voisins du sien, écrivit aussi, le 40 janvier suivant, que l'inexécution des lois dans le canton de Vaucluse provenait du manque de commissaire, il proposait le citoyen Maillot, du Luhier, l'ancien administrateur terroriste du district de Saint-Hippolyte. Le gouvernement pouvait s'en rapportera son choix; mais, d'un autre côté, Guedot demandait un sursis ; il espérait être réintégré par le Directoire. Ses espérances furent trompées, et Maillot fut nommé à sa place ; mais, le 9 mai, le nouvel élu écrivit que la loi du 3 brumaire semblait l'exclure aussi bien que son prédécesseur.
Le 26 janvier 1797, le ministre de la police écrivit à Quirot : « Vous trouverez ci-joint une liste de prêtres réfractaires et déportés qui se sont répandus dans le canton de Vaucluse. Je vous charge de prendre sur-le-champ les mesures convenables pour faire exécuter à leur égard les lois qui les concernent. Vous voudrez bien me rendre compte du résultat.
)> V J.-Donat Morel, fonctionnant publiquement dans les églises de la Grange et de Droitfontaine, prêtre des plus dan-
gereux, échappé par trahison du fort de Blâment. ^ Monnot, prêtre royaliste , furieux fanatique , fonctionnant publiquement dans réghse de Bretonvillers. 3** Les deux Tournoux, prêtres fonctionnant publiquement dans Téglise de Gbamesey. 4* Hnmbert, étourdi fanatique, zélé royaliste, résidant par intervalle chez ses parents, à Longevelle. 11 a excité un commencement de guerre civile dans le ci-devant district de Saint«Hippolyte. 5* Pourcelot, prêtre royaliste, résidant, par temps, à Vauclusotte. 6* Breuillot, ex-bénédictin, chez ses parents à Droitfontaine , politique fanatique. 7"" Roussel, prêtre émigré, méchant et furieux royaliste, fanatisant à Valonne et à Vyt. 8" Bumot, de Cour-Saint-Maurice, ex-vicaire au Russey, fanatique et réfugié à Belleherbe. »
LV. Si, en dépit de toutes les dénonciations, la* plupart des cantons parvinrent à conserver intactes leurs administrations catholiques , il n'en fut pas de même du canton de Vercel, et l'un des premiers actes du département terroriste fut de destituer un grand nombre de fonctionnaires de ce canton. Le 8 mars 4796, il prit l'arrêté suivant, basé uniquement sur trois dénonciations, l'une, générale, adressée au nom de tous les patriotes du canton, une autre venue du Valdahon, et une autre d'Epenoy.
« V 11 est constant que P.-Jos. Golisson, agent municipal d'Epenoy, etF.-fgn. Bouveresse, son adjoint, ont autorisé l'exercice public du culte dans cette commune, par Billot, ex-curé émigré; qu'ils ont assisté à ses offices et souffert qu'il se montrât publiquement à Epenoy, jusqu'au 44 ventôse courant; qu'ils ont non-seulement favorisé ce prêtre rebelle, mais qu'ils lui ont donné asile, ainsi qu'à Et. CoUsson , ex-curé déporté , Humbert, ex-vicaire à Athose, aussi déporté, et à Epenoy, prêtre émigré. — ^ Augustin Emonin, commissaire provisoire du Directoire à Vercel, Anne-Cl.-F. Dandré, agent municipal à Vercel, et Gl.-L. Maillot, son adjoint, ont toléré le libre et public exercice du culte dans cette commune par Petitcuenot et Bouvet, prêtres déportés, même les jours de séance de l'administration, ils ont souffert que, pour le protéger, il fût établi, le 4 nivôse dernier, une garde armée devant la ci-devant église dite Saint-Eloi à Vercel. Le
27 nivôse, Emonin a mangé avec ledit Bouvet, déporté. Dandré et Maillot assistaient aux ofGces célébrés par ces prêtres et ils y présidaient, notamment le 5 nivôse (fêtes de Noël). — 3* Cl. -F. Labourey, du Valdahon, président du canton, Cl.-F. Ferniot, agent, et P.-Cl. Pequignot, adjoint, du Valdahon , ont non-seulement favorisé l'exercice public du culte dans celte commune par des prêtres émigrés et rentrés, jusqu'au 15 pluviôse dernier; mais Pequignot a donné asile à Epenoy, ex-vicaire émigré, à l'ancien curé du Valdahon, aussi émigré, et à plusieurs autres prêtres rebelles. — En conséquence, Emonin est révoqué et tous les autres sus-nommés sont suspendus de leurs fonctions. Ils seront en outre dénoncés à l'accusateur public près le tribunal criminel. » Cet arrêté fut confirmé, le 27 mars, par le Directoire, qui recommanda d'une nianière pressante à son commissaire près le tribunal criminel du Doubs d'obtenir la prompte incarcération de MM. Emonin, Colisson, Dandré et Pequignot, et la saisie de tous leurs papiers.
Le jour même où le Directoire signait cet arrêté, les membres restants de l'administration cantonale de Vercel prenaient cette délibération courageuse : « Lecture prise de l'arrêté du déparlement, l'administration, douloureusement affectée de se voir privée du concours qu'elle trouvait, pour le succès de ses travaux, dans les lumières et surtout dans le zèle et le civisme bien prononcés de ses membres suspendus et du commissaire provisoire , persuadée que ce coup porté à l'administration ne peut être qu'une surprise faite à l'administration centrale du département par la malveillance et la calomnie, puisque l'application constante du commissaire provisoire à faire exécuter les lois et l'exactitude de tous à s'y conformer, ont toujours été la règle de leur administration et le désespoir des désorganisaleurs, dont l'élément est l'anarchie et le brigandage; persuadée enfin qu'elle doit ce témoignage à l'administration centrale, ainsi qu'aux membres suspendus, elle arrête néanmoins, pour déférer à l'autorité supérieure, qu'il sera procédé, séance te- Bante, au remplacement des membres suspendus. » En effet, la majorité des membres de l'administration ayant été con-
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servée, c'était à elle, et no u à l'autorité centrale, que la constitution avait dévolu le droit de se compléter. Cette délibération fut signée par MM. Nic.-Jos. Barbier, J.-B. Masson, J.-Cl. Amiot, Jos. Lambert, Hurabert Verdot, J.-F. Girard, Et.-F. Arnoux, Nie. Retournard, J.-L. Donzel, Cl.-Ign. Nicolas, P.-F. Nicolas, F.-X. Pelilcuenot, Jac.-Jos. Balandret, P.-Ant. Blanchard, J. Blondeau, Alex.-J. Petit, P.-F. Coste, F.-X. Jeanneret et Michel Redouley. On n'a pas besoin de dire que leurs choix se portèrent sur des catholiques noa moins dévoués que ceux qui venaient d'être destitués, et que la justice élective respecta complètement la tranquillité de ces derniers.
Magnin-Tochot, qui régnait en dictateur dans celte partie des montagnes, écrivit, le i2 avril, à Quirot, qu'il y avait lieu de retirer les troupes cantonnées à Guyans et à Vennes, attendu qu'elles y étaient inutiles, si les agents exécutaient leur promesse de donner la chasse aux prêtres déportés, tandis qu'elles seraient très utiles dans les cantons de Nods et de Vercel, et pourraient être employées notamment à cerner et fouiller le village de Lougechaux, où il était assuré qu'il y avait deux ou trois prêtres rebelles. Ensuite de cet avis, le département décida, le il avril, que ces troupes se porteraient en partie à Nods et en partie à Vercel ; qu'elles feraient , dans toutes les communes placées sur leur route, la perquisition des prêtres déportés et des émigrés, et que le commissaire du canton d'Orcharaps était autorisé à fouiller Longechaux, quoique cette commune appartint à un autre canton.
Le 4 septembre, le département décida que Cl.-Et. Daudey, du Valdahon, et sa sœur, seraient dénoncés à l'accusateur public comme receleurs de prêtres, parce que la gendarmerie, en faisant la recherche de T.ibbé Epenoy dans leur domicile, y avait trouvé des effets et des papiers appartenant à cet ecclésiastique.
La paroisse de Chevigney avait été entraînée dans le schisme par son vieux curé octogénaire. Dans le courant d'octobre, elle exposa au département que, par ordre du district d'Ornans et en vertu de l'arrêté de Besson et Pelle-
fiPRBUTBS DBS PRÊTHBS ET DBS FIDftLBS. 54S
tier^ les linges et orDements de toutes les églises du canton de Yercel avaient été réunis et mis en dépôt dans la sacristie de l'église du chef-lieu, où ils se trouvaient encore, à l'exception des fers et des cuivres, envoyés dans les magasins de la nation. Ayant appris qu'un arrêté du représentant Saladin avait ordonné, l'année précédente, la distribution de ces ornements entre les communes dépouillées, les pétitionnaires sollicitaient la restitution des leurs. Le département, sur le rapport de Ravier, décida, le 27 octobre, a que non-seulement les objets réclamés, ipais tous ceux qui étaient déposés dans la même sacristie, étaient inutiles au service public et ne pourraient être vendus même à bas prix ; qu'en conséquence^ la municipalité de Yercel était autorisée à remettre tous ces objets aux agents des différentes communes d'où ils provenaient. )) Cette première restitution encouragea les communes à en solliciter une seconde. Le 9 décembre, sur une pétition des habitants d'Epenoy, réclamant leurs livres d'église, qui avaient été transférés dans les autres dépôts de la nation, le département déclara a que les livres demandés ne pouvaient procurera la république aucun profit que la valeur du papier au poids; qu'il paraissait d'ailleurs plus naturel de les restituer à ceux auxquels ils avaient été enlevés ; qu'en conséquence, on remettrait aux réclamants un missel, un graduel et un antiphonaire. » Dans toutes ces restitutions, la probité révolutionnaire avouait naïvement que c'était surtout le peu de valeur des objets volés qui la déterminait à s'en dessaisir.
Le jacobin Brachotte, nommé commissaire du Directoire à Vercel, répondit, le 5 novembre, à la circulaire de Quirot contre les prêtres réfractaires : « Ces prêtres ont pris depuis longtemps un tel ascendant sur l'esprit public dans ce canton, qu'il est très difficile de le détruire. La majeure partie des habitants se font un devoir de les cacher, et on ne peut pénétrer le secret de leurs retraites. Il n'y aurait qu'une administration composée d'agents amis des lois et une colonne mobile formée de véritables patriotes qui pourraient les éloigner. »
Le 28 octobre, Renaud, commandant de la garde nationale de Yercel, C.-F. Billerey, Maniglier, sous-lieutenants, et trois