VIII
i^6 CHAPITRE LXXT.
autres patriotes écrivirent à Quirot a que ce jour-là, ainsi qud le 45 octobre, il s'était fait, dans la ci-devant église de la confrérie de la Croix, des assemblées très considérables dont on ignorait le sujet. On avait lieu de supposer qu'il s'agissait de l'exercice d'un culte, mais il avait été impossible de découvrir s'il était présidé par un prêtre déporté, parce que les avenues étaient bien gardées. Enfin on y avait vu porter une écritoireet du papier.» Les dénonciateurs représentaient a que ce culte devait s'exercer dans le même temple que le culte catholique (constitutionnel), dans la ci- devant église paroissiale, et qu'il paraissait ridicule de permettre ces sortes de distinctions, qui tendaient au mépris d'une classe d'hommes. » Quirot s'empressa d'inviter Brachotte à s'informer exactement si toutes les formalités légales avaient été observées, dans les rassemblements dénoncés , et à lui faire connaître la conduite des autorités locales dans cette circonstance.
Le ^ octobre, eut lieu une arrestation dont les gendarmes du Yaldahon dressèrent le procès-verbal suivant : u Etant à Longechaux, au nombre de trois, pour y arrêter un réquisitionnaire, et nous trouvant chez le citoyen Nicolas, agent municipal, pour y prendre des renseiguements, nous avons aperçu dans la maison un individu qui nous a paru un prêtre. Et effectivement, nous avons reconnu que c'était le même prêtre rebelle à la loi que deux d'entre nous avaient arrêté, le 7 vendémiaire un mois auparavant), et qui avait été arraché, un instant après, par la multitude insurgée. Cet individu est porté sur la cinquième liste des émigrés, sous le nom de Nicolas, ex-curé à Saint-Claude. Ce prêtre s'est enfui de la maison ; et ce n'est qu'après beaucoup de courses que nous sommes venus à bout de l'arrêter. Déjà nous voyions plusieurs attroupements se former, composés principalement de femmes, à la tête desquelles nous avons remarqué la sœur de ce prêtre, qui demeurait avec lui à Saint- Claude. Enfin nous sommes parvenus à le sortir du territoire de Longechaux et nous avons amené cet émigré dans la commune d'Avoudrey, comme dans un endroit de sécurité. En efiet, nous avons trouvé de la ressource dans l'agent municipal, qui a engagé tous ses concitoyens à la tranquillité.
Nous avons trouvé aussi du renfort de la part d'un gendarme de Morteau revenant de porter des dépêches au Valdahon, et de P.-B. Normand , officier surnuméraire à Avoudrey, qui nous ont accompagnés àOrchamps, où nous avions pensé qu'il fallait nous retirer, crainte que ce prêtre, fanatisant depuis trop longtemps le peuple, ne nous fût enlevé, comme il l'avait déjà été Nous sommes arrivés à Orchamps à une heure après midi, et aussitôt le commissaire du Directoire (Magnin-Tochot) a donné les ordres pour réunir un nombre suffisant de membres de la colonne mobile du canton, pour dissiper tout attroupement séditieux. Ce prêtre Nicolas est le frère de l'agent municipal de Longechaux. »
Le surlendemain , le département suspendit de ses fonctions l'agent de Longechaux, comme receleur de son frère, et le dénonça aux tribunaux. M. l'abbé Cl -F. Nicolas, malgré son inscription sur la liste des émigrés , était simplement déporté. Le département ne tarda pas à s'en convaincre. Cet ecclésiastique fut donc transféré aux Capucins, et même, sur l'attestation du médecin Morel, constatant qu'il avait un mal assez grave à la jambe, il fut rois en simple surveillance à Besançon, par arrêté du 26 mars 1797.
Le 29 mars 4797, se termina devant le tribunal criminel du Doubs un long et singulier procès. La famille Colisson, d'Epenoy, comptait trois frères prêtres, M. Laurent, curé de Saint-Ânatoile de Salins , M. Etienne, curé de Montjustin dans la Haute- Saône, et M. Guillaume, religieux cordelier. Le premier prêta le serment constitutionnel^ le second le refusa et fut déporté ; le troisième, après un séjour de quelques années au couvent des cordeliers de Salins, avait professé la rhétorique dans le collège tenu par cet ordre à Montélimart^ et depuis 4787 il était aumônier dans la marine. Lorsque la Révolution éclata^ il se trouvait en mer, sur la frégate la Capricieuse ^ et ce ne fut que le 34 décembre 4793 qu'il débarqua en France. Il revint à Besançon et même jusqu'à Epenoy ; mais, y trouvant sa vie trop exposée, il alla se cacher dans une commune rurale de la Côte-d'Or nommée Franxault, du côté de Saint- Jean-de-Losne, et pendant un an il n'y exerça aucune autre fonction que celle de secrétaire
548 CHIPITRB LUT.
de la mairie. La liberté des cultes ayant été rétablie , il reprit le ministère sacré et fit sa première soumission aux lois le 30 mai 1795. Soit par générosité, soit par prudence, il avait, en rentrant en France, fait don de sa pension de religieux à la nation, par acte enregistré à Epenoy, ce qui l'avait dispensé de tout serment. Le P. Golissoa ne demeura pas longtemps à Franxault; car, le 6 janvier 1796, nous le trouvons établi à Flottes^ dans le département de Saône-et-Loire, et déclarant de nouveau , en qualité de ministre du culte, qu*il reconnaît Vuniversalité du peuple français pour le souve^ rain et qu'il promet obéissance aux lois de la république. Un mois après, il recommençait la même cérémonie dans le même département, à Marigny, canton de Saint-Vincent, où il avait transplanté sa tente et son autel. A peine y étaitil installé depuis un mois, que le commissaire cantonal du Directoire, trop digne représentant du gouvernement jacobin qui l'avait nommé, lança un mandat d'amener contre le religieux. Le 6 février, un arrêté du département de Saône-et- Loire traduisit le P. Golisson par-devant le directeur du jury d'accusation de Charolles, comme prévenu de n'avoir pas prêté le serment constitutionnel de 1790 et 1791. Le jury d'accusation admit la prévention ; et, le 17 avril , il renvoya le P. Golisson devant le tribunal criminel du département, siégeant à Ghalon-sur Saône. Mais ce tribunal, alors composé de magistrats équitables, déclara sagement, le 26 juillet, « que Golisson n'avait quitté la mer que le 31 décembre 1 793 ; que n'y ayant pas de municipalités sur les vaisseaux de la république, on ne pouvait pas exiger d'un ecclésiastique qu'il justifiât, dans les formes ordinaires, qu'il s'était conformé à ce qui était prescrit par les lois de 1790; qu'à son retour sur le territoire de la république, le nouvel ordre de choses établi rendait inutiles, ou tout au moins indifférents, les serments exigés par des lois qui ne recevaient plus d'exécution ; que toutes les fois qu'il avait voulu faire les fonctions de ministre du culte catholique, il avait fait les déclarations exigées ; qu'enfin le seul reproche fondé qu'on pût lui faire, était de n'avoir pas transmis ces dernières déclarations au greffe de la police correctionnelle; mais que cette infraction à la loi,
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qui avait pu être involontaire, ne pouvait faire la base d'une condamnation , surtout lorsque l'accusé avait déjà souffert une détention préventive de près de cinq mois ; qu'en conséquQ^ce, Colisson était acquitté et serait mis en liberté surle-champ. »
L'avocat Dubois, qui avait défendu le religieux devant le tribunal, craignant que la malveillance des schismatiques ou des impies ne suscitât de nouveaux ennuis à son client, lui écrivit, le 14 septembre : « Si vous êtes troublé dans le libre exercice de votre culte , vous ferez bien de vous pourvoir conformément à la loi. Alors vous devez porter votre plainte directement à l'accusateur public ; c'est le moyen le plus simple. Au surplus^ je vous engage à épuiser tous les moyens de douceur et de persuasion. Tâchez de ramener le calme par la modération. »
Le P. Colisson préféra prendre un parti plus radical ; il repUa encore une fois sa tente et vint la fixer à AUériot, dans le canton de Saint-Martin-en-Bresse, où les habitants avaient mis à sa disposition leur presbytère et leurs cotisations personnelles. Mais là, il ne fut ni plus heureux ni plus tranquille. L'administration orthodoxe du diocèse de Chalon s'était réorganisée depuis la fin de la Terreur; elle trouva que le P. Colisson n'avait pas pris des mesures suffisantes pour assurer la légitimité de son ministère, et, un jour, le religieux reçut ce billet^ sans date ni signature, mais dont l'origine ne pouvait présenter le moindre doute à ses yeux : « Pour le prêtre qui est à AUériot. — Monsieur, le conseil a considéré que vous n'aviez jamais eu aucun pouvoir à Chalon.... Vous devez être instruit et sentir les maux que vous avez faits, et que vous êtes tombé dans l'irrégularité. Je vous exhorte à les réparer. Je suis très sincèrement votre serviteur, T. » Cette lettre détermina peut-être le P. Colisson à quitter ce pays. Il était en route, lorsqu'il fut arrêté, le 27 octobre, par la gendarmerie de Tramayes, comme vagabond et voyageant sans passe-port. Conduit le lendemain devant l'agent de cette commune, il ne put présenter que ses certificats de soumission aux lois et une expédition de l'arrêt du tribunal de Chalon qui venait de l'acquitter. Ces pièces ayant été jugées
insuffisantes, le P. Colisson fut conduit à MAcon par les gendarmes et écroué dans la maison d'arrêt. Interrogé, le 34 octobre^ par le juge de paix, iT répondit qu'il avait quitté sa résidence le mardi précédent, pour aller voir un de ses apciens confrères à Charlieu^ dans le département de la Loire; qu'il n'avait point pris de passe-port, parce qu'il pensait que le jugement du tribunal de Ghalon pouvait y suppléer; qu'il avait fait cadeau de ses revenus à la nation, et qu'il se contentait, pour vivre, des bienfaits qu'il recevait en exerçant le ministère du culte catholique. A l'issue de cet interrogatoire, le juge de paix décida que le P. Colisson resterait en détention jusqu'à ce que la municipalité d'AUériot l'eût réclamé, et qu'il serait écrit à cette municipalité à son sujet.
Mais il se trouvait auprès de ce juge modéré et équitable, un des tenants du terrorisme, J.-B. Bonnetain, directeur du jury d'accusation, qui flaira dans cette affaire un procès beaucoup plus grave. En compulsant la liste générale des émigrés, dressée pour la France entière, il y trouva, sous trois désignations variées, le nom de M. Colisson, curé de Montjustin, qui n'était pas même émigré ; et il décida que le prisonnier de Mâcon « ne justifiant pas suffisamment qu'il n'était pas l'un des trois individus du même nom que le sien portés sur la liste générale des émigrés, » il serait traduit de nouveau, comme prévenu d'émigration, devant le tribunal criminel de Chalon-sur-Saône. Le P. Colisson avait en vain fourni à cet odieux magistrat tous les renseignements et toutes les pièces propres à établir qu'il n'était pas le prêtre inscrit sur la Uste fatale; en vain il avait fait le tableau détaillé de sa famille et celui de sa vie, tel qu'il est rapporté plus haut ; revendiqué la connaissance particulière de l'agent municipal d'AUériot et du juge de paix du canton; protesté que le religieux qu'il allait voir n'était jamais sorti de France et avait prêté tous les serments, rien ne put ébranler l'inquisiteur répilblicain.
Le tribunal de Chalon, plus juste appréciateur delà vérité, déclara, le 17 janvier 1797, « qu'il n'y avait, quant à présent, aucune preuve que le prévenu eût émigré et qu'il paraissait même que ce n'était pas lui qui était porté sur la liste ;
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que d'ailleurs, en vertu de la loi, il devait être renvoyé devant le tribunal du lieu de son origine; et qu'en conséquence, il serait conduit sous bonne et sûre garde à Besançon, pour y être écroué dans la maison de justice. »
Le P. Colisson fut interrogé, le !•' février, par l'accusateur public Guillemet, et le ^ mars, il comparut devant le tribunal criminel du Doubs, alors présidé par M. Spicrenaël. n 11 s'agit, dit l'accusateur, de vérifier si c'est lui qui est compris dans les 1*', 3* et 4* suppléments à la liste générale des émigrés. Pour parvenir à cette vérification, j'ai fait citer des témoins des communes de Montjustin et Epenoy , à l'effet de reconnaître si la personne du prévenu est la même que celle dont l'émigration est ainsi constatée, sur le premier supplément : Colisson, ex-cuPé, département du Doubs^ district d'Omans^ municipalité (T Epenoy ; sur le troisième : Colissony ex-curé à Montjustin^ département du Doubs, district cTOr" nans^ déporté; et sur le quatrième ; Colisson, ex-curé. Dépar* tentent de la Haute-Saône , district de Vesoul, domicilié à Montjustin. s>
L'accusé, interrogé ensuite, recommença l'histoire de sa vie, en ajoutant qu'il était, en ce moment, âgé de quarantesept ans. Les témoins assignés par l'accusateur public furent ensuite entendus. M. F.-Ign. Bouveresse, agent d'Epenoy, déclara qu'il connaissait le prévenu, mais que ce n'était pas lui qui était porté sur la liste des émigrés. MM. Jos. Cossandey, agent de Monjustin, et Cl.-Ant. Curot, adjoint, déclarèrent également qu'ils ne reconnaissaient nullement l'accusé pour être l'ex-curé de leur paroisse. Alors le tribunal proclama qu'il résultait des déclarations des témoins , nonseulement que l'identité du prévenu n'était pas reconnue, mais qu'il ne s'élevait contre lui aucun soupçon d'émigration ; et que, comme l'émigration ne se présumait pas, le prévenu serait mis sur-le-cbamp en liberté. Le P. Colisson avait passé près d'un an en état de détention préventive.
LVl. Dans le canton de Verne, la présence d'un prêtre insermenté, M. Châtelain, à Montmartin, donna de l'inquiétude à Quirot ; et, le 9 mars i796, il demanda au commissaire du canton des renseignements sur cet ecclésiastique. Cressiat
552 CHAPITRK LXXT.
répondit que le prêtre Châtelain ne célébrait pas la messe ; qu'il se bornait à donner des leçons de grammaire française et latine, et que s'il n'avait pas prêté serment à la constitation civile du clergé, c'était parce qu'à l'époque de ce serment^ il n'était pas fonctionnaire public.
Le 12 mars, Quirot écrivit encore à Gressiat : a On m'assure que dans votre canion il se trouve des prêtres qui, après avoir prêté les serments prescrits par les lois de la république, les ont rétractés. Ces individus sont compris dans les dispositions de la loi du 3 brumaire comme passibles de la déportation. Veuillez prendre les informations les plus exactes sur les prêtres qui seraient dans ce cas et les faire conduire, sous bonne et sûre garde, dans la maison d'arrêt de Besançon. » Gressiat répondit qu'il était de notoriété publique que Bernard, ex-curé d'Huanne, et Chapuis, desser* vaut à Voillans, avaient rétracté leurs serments ; qu'en conséquence, il avait donné ordre au commandant de la gendarmerie de Baume de faire toutes les recherches nécessaires pour leur arrestation; mais qu'il ne pouvait pas encore rendre compte du résultat.
Le frère d'un de ces ecclésiastiques, dom Nie. Bernard, exchartreux, demeurant à Huanne,fut arrêté et incarcéré à Baume comme ayant exercé les fonctions de prêtre sans avoir rempli les formalités légales. Le prisonnier ayant réclamé contre son arrestation, les administrateurs du département déclarèrent, le 5 septembre, « que la soumission faite par ce prêtre, le 26 thermidor an in, en conformité de la loi du 11 prairial précédent, ne pouvait le dispenser de la renouveler suivant la nouvelle formule prescrite par la loi du 7 vendémiaire an iy; qu'il ne leur appartenait pas de se faire juges des motifs qui pouvaient rendre son omission excusable, et que sa pétition serait transmise à l'accusateur public. »
Deux autres ecclésiastiques furent encore arrêtés dans ce canton au mois de juillet ; mais le résultat de cette arrestation ne fut pas le même pour les deux proscrits. La gendarmerie de Baume, s'étant transportée à Voillans, y saisit le P. J.-Gl. Gassard, capucin, dit le P. Salomon, originaire de Landresse, en même temps qu'un autre ecclésiastique dont
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le nom ne s'est pas conservé. Ce dernier fut enlevé de force aux gendarmes pendant le trajet, par un rassemblement de catholiques armés. Le P. Gassard, resté entre les mains des soldats, fut conduit dans les prisons de Besançon. Il déclara à Taccnsateur public, qu'ayant droit à une pension et n'ayant prêté aucun serment, il se trouvait peut-être sous le coup de la loi, mais qu'il n'avait jamais reçu l'ordre de se déporter. Il fut retenu prisonnier comme étant sujet à la déportation. 11 était âgé de trente-trois ans.
LYK. Le canton de Vuillafans était l'un des plus favorables au clergé déporté. Il y avait entente parfaite a cet égard entre M. Cordier, commissaire provisoire du gouvernement, et les membres de l'administration élus par leurs concitoyens. Aussi ces derniers ne tardèrent pas à être dénoncés par les patriotes. Le 16 février 1796, a les bons citoyens de Lavans, » au nombre de quatorze, la moitié portant le nom de Bonnefoy, firent au département la plainte suivante : a On a nommé dans notre commune, pour agent municipal, P.-F. Bonnefoy, abbé-prêtre fanatique, qui a fanatisé plusieurs personnes dans sa commune et dans les communes voisines. 11 est neveu de prêtre émigré ; de plus , il a été condamné à la détention dans la maisoa nationale à Moutbier, par le comité central (révolutionnaire). Il a toujours accompagné, nourri et logé des émigrés, prêtres déportés et autres qui sont hors la loi. De plus, le 13 août dernier, il fut chef d'un attroupement d'hommes, de femmes et de filles, pour maltraiter le citoyen Proudhon, prêtre constitutionnel, qui avait été invité par les bons citoyens de la paroisse de Saint-Hippolyte à venir célébrer les offices divins, le jour du patron, le même rassemblement ayant fait, une heure après, célébrer une messe par l'abbé Cordier, déporté. J.-Cl. Gannard, adjoint, cousin d'émigré^ a concouru avec l'agent à tous les faits ci-dessus, qui ont plongé dans le fanatisme passé les deux tiers de notre commune. Nous demandons qu'on donne d'autres chefs. »
Les patriotes des autres communes auraient pu élever des plaintes analogues. Pour les prévenir , l'administration cantonale prit, le 20 mars, un arrêté menaçant contre les prê*
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très déportés et les ofBces qu'ils faisaient publiquement, au son des cloches. Elle requit tous ses membres d'empêcher ces rassemblements et de faire saisir tous les prêtres réfractaires, en se faisant assister au besoin par la gendarmerie et la force armée. Cet arrêté, signé par MM. Vieille, président, Bonnefoy, Grandjacquet, J.-G. Pillot, F.-X. Boigey, Gourtailloo, Maire et Gainon, portait dans ces signatures mêmes sa contrelettre. On affecta même un grand luxe de visites domiciliaires. Toutes les maisons de Ghantrans sans exception furent aussitôt fouillées par l'agent et l'adjoint, assistés de sept gardes nationaux. Il en fut de même à Voires. À Vuillafans on se borna aux maisons suspectes, mais la visite en fut faite par le commissaire lui-même, assisté de l'agent et de vingt-quatre gardes nationaux. ALavans, la même cérémonie eut lieu, sous la direction de l'agent et de l'adjoint dénoncés peu de jours auparavant, et assistés de huit gardes natio* naux. A Moutbier, l'agent et l'adjoint, comme ceux de Yuillafans, ne prirent pas moins de vingt-<iuatre gardes nationaux, commandés par M. Augustin Lambert, pour les escorter, et ils s*y prirent dès les six heures du matin, pour mieut assurer la réussite de leurs perquisitions. A Guyans-Durnes toutes les maisons sans exception furent visitées. Ces opérations eurent lieu avec le même empressement et le même appareil à Dûmes, à Reugney et à Longeville. On n'a pas besoin d'ajouter que partout les perquisitions demeurèrent complètement infructueuses. Ce résultat devait être prévu par les deux partis. Les plans de Tadministration faillirent pourtant éprouver un échec partiel. Les visites domiciliaires avaient été faites à Reugney, le 24 mars, et M. Gradjacquet, agent municipal, ayant déjà dressé le procès-verbal de son expédition inoffensive , se croyait quitte de tout souci , lorsque, le soir, à neuf heures, quatre jeunes gens, J.-B. Vallet, J.-Ant. Yallet, Cl.-Jos. Maire et Léger Maire, domestique, lui apportant le concours le plus malencontreux, accoururent le prévenir qu'ils venaient d'entendre, chez la veuve de Cl.-F. Clerc, le prêtre déporté Guill.-Jos. Clerc. Non contents de cette communication officieuse, ils requirent en même temps M. Grandjacquet de mettre la garde nationale
SOUS les armes pour saisir le proscrit. L'agent, obtempérant à cette sommation, requit huit gardes nationaux et fit entourer la maison de la veuve Clerc jusqu'au lendemain matin. A six heures, lorsque le lever du soleil permit d'entrer dans la maison , l'agent , l'adjoint et l'officier de garde y pénétrèrent, et fouillèrent toute la maison, mais sans pouvoir ou vouloir découvrir le prêtre qui y était caché.
Malheureusement cette honnête comédie ne pouvait pas durer longtemps au milieu de tant d'argus patriotes du canton et des cantons voisins. Le 25 mars, le département décida (( que, la commune de Mouthier étant surtout le siège principal des menées séditieuses des prêtres rentrés, qui s'y trouvaient réunis au nombre de quinze à dix-huit et y pervertissaient l'esprit public, il serait envoyé dans cette commune une force de cent cinquante hommes, pour y arrêter les prêtres et les particuliers qui leur auraient donné asile ; que le général commandant la division serait requis de fournir cette troupe pour le lendemain matin à huit heures ; et qu'elle serait placée sous les ordres d'Arbey, capitaine de gendarmerie, autorisé à requérir en outre les troupes cantonnées en ce moment à Ouhans et à Arc-sous-Gicon. » Le général Glémencet exigea qu'on lui remit une copie de l'arrêté du département avant d'accorder les soldats demandés, et déclara qu'en tout cas, ils devaient être sous les ordres, non du citoyen Arbey, mais de leur chef régulier, à qui le général se réservait de donner les instructions nécessaires.
Arbey et son lieutenant L. Viotte, restés commandants, sinon de la force armée, au moins de l'expédition, en ont laissé le récit suivant :
« Nous sommes partis de Besançon accompagnés du maréchal-des-logis Colson, de deux brigadiers et de neuf gendarmes des brigades de Besançon et d'Egalité, avec cent cinquante hommes d'infanterie légère de la garnison, pour nous rendre à Nods et de là à Mouthier. Etant arrivés à Nods à deux heures après midi, nous y avons été joints par le lieutenant de gendarmerie et cinq gendarmes d'Ornans ; et là, ayant communiqué avec le citoyen Regnaud, commissaire près l'administration de ce canton, pour lequel le citoyen
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Quirot nous avait remis une lettre relative à Topératioa sur Mouthier, nous avons reconnu que la présence du citoyen Regnaud nous serait nécessaire pour les dispositions locales des arrestations à faire à Mouthier. (Regnaud, né et élevé à Lods , connaissait parfaitement une commune contiguë et même réunie pour le culte à sa commune natale.) En conséquence, nous l'avons requis de s'y rendre avec nous, ce à quoi il a obtempéré.
» A minuit du même jour, ayant réuni les divisions du détachement de cent cinquante hommes, qui avaient logé tant à Nods qu'à Etalans et à Fallerans, nous sommes partis tous ensemble, et nous sommes arrivés à deux heures du matin près de Mouthier, que nous avons fait entourer par un nombre suffisant de chasseurs à pied, et même par la garde nationale de Lods, qui était venue pour seconder notre opération, en ayant été prévenue par le lieutenant de gendarmerie d'Ornans. Ensuite nous avons fait entourer les maisons des nommés Truche frères, Gourmand, Lambert, Savonnet frères, Vieille, Morel, Vermondans, Outhenin, cidevant avocat, Outhenin père, F. Renaud, Nicolet, Parguey dit Truche et Mercier. Au point du jour, nous sommes entrés avec le reste de la troupe dans le village. Ayant appelé auprès de nous le citoyen Gainon, agent municipal de la commune, nous avons requis de lui, au nom de la loi, sa déclaration. »
L'agent rédigea et signa sur-le-champ la déclaration suivante : « P. -Laurent Gainon, agent de la commune de Mouthier, requis d'avoir à déclarer s'il y a dans la commune, des gens suspects, prêtres déportés ou émigrés, ou volontaires, déclare que depuis le 3 germinal courant (on était alors au 7), il n'a pas eu connaissance qu'il y en ait eu, et qu'il a donné réquisition de les arrêter, dans le temps qu'ils étaient au nombre de huit dans cette commune. Il déclare qu'ils n'ont pas dit la messedans l'église depuis le 3, et que ces huit prêtres étaient les deux frères Guignet, Gourmand, Bévalet, Lambert, Outhenin, Jacquemet, Henriet, Savonnet, Lyme et Châtelain. »
« En même temps, continue Arbey, nous avons requis cet
ÉPBEUYBS DES PRfiTRSS ET DES FIDÈLES. S(57
agent de nous accompagner dans les recherches des prêtres qui pourraient être, contre la loi, dans la commune. Ensuite nous avons commencé, en sa présence, ces recherches dans les maisons susdites, qui, presque toutes, se communiquent d'un bout d'une rue à l'autre par les greniers et les caves. De nos recherches les plus exactes et les plus scrupuleuses, il est resté que nous avons trouvé , dans un placard où il fallait monter par une échelle, et dans la maison de J.-B.-Jos. Lambert, prêtre, et de son frère, ledit Lambert, prêtre, qui, sur notre interrogatoire, est convenu être prêtre déporté rentré ; en conséquence, nous lui avons, au nom de la loi, déclaré son arrestation. Dans la maison de Mercier, et dans une cachette pratiquée dans un tas de foin au grenier, nous avons aussi trouvé Antoine Gannard, qui, sur notre interrogatoire, est convenu aussi être prêtre déporté rentré. Nous lui avons aussi déclaré, au nom de la loi, son arrestation. Dans la même maison s'est aussi rencontré Gl.- Augustin Mercier, neveu de ce prêtre, qui cherchait à se cacher dans le grenier. Nous l'avons arrêté, au nom de la loi, tant comme déserteur du 1" bataillon du Doubs et de l'artillerie départementale , n'ayant qu'un billet de sortie de l'hôpital de Pontarlier à la date du 25 nivôse dernier , que comme complice du séjour de son oncle dans cette maison. — Chez Oulhenin, homme de loi, nous avons trouvé différents papiers appartenant au prêtre Outhenin et que nous avons saisis. Dans la suite, nous avons trouvé et saisi chez le prêtre Lambert un missel , deux chasubles , trois étoles, deux soutanes, trois bourses carrées avec un étui, un calice et une patène en étain, un couvre-calice, deux burettes, une pyxide, une autre petite boite en forme d'olive en étain, six rabats, deux petits collets, les Evangiles, une lettre de prêtrise et un manipule. — - ChezTruche dit Parguey, trois soutanes^ et chez Gannard une. Ensuite, dans l'après-midi du même jour, pour la sûreté de nos prisonniers, nous nous sommes rendus à Lods, où nous avons couché, et nous y avons reçu des mains de la garde nationale du lieu, la personne de Jac- Ant. Bonnefoy, d'Ornans, qu'elle a arrêté dans le poste qu'elle occupait près de Mouthier pour seconder nos recher-
2(58 CHAPITRE LXXY.
ches. Il est prévenu d'émigration, et nous avons contre lui un mandat d'arrêt du 16 niv6se dernier. Le lendemain, 8, nous nous sommes rendus avec nos prisonniers à Ornans, et le 9 à Besançon, où nous les avons écroués en la maison d'arrêt. Le surlendemain, le département déclara «que Lambert et Gannard, étant, de leur aveu même, des prêtres déportés rentrés, avaient encouru les peines portées par les lois des 29 et 30 vendémiaire an ii et seraient traduits au tribunal criminel ; que Mercier et Nie. Lambert, chez qui ces prêtres avaient été trouvés, devaient être regardés comme des ennemis de la république, en donnant asile à des prêtres rebelles aux lois ; que les papiers et soutanes trouvés chez Outhenin, homme de loi, chez Truche et chezGourmand, annonçaient qu'ils favorisaient également les prêtres rebelles, en leur donnant asile et en partageant leurs opinions contre-révolutionnaires; que Gainon, agent de Mouthier, n'ayant fait de réquisition pour l'exécution de la loi du 3 brumaire que le 2 germinal, avait, par sa tolérance, favorisé le rassemblement de prêtres qui avait eu lieu dans sa commune ; qu'en conséquence, il était suspendu de ses fonctions et dénoncé à l'accusateur public, ainsi que tous les autres sus* nommés. » Le Directoire confirma cet arrêté, le 25. mai, par la destitution définitive de M. Gainon et l'ordre de continuer les poursuites contre lui.
Le 3 avril, l'accusateur public procéda à l'interrogatoire des deux prêtres. M. Lambert répondit qu'il était âgé d'environ quarante-neuf ans, n'ayant plus depuis longtemps de domicile fixe ; qu'il avait prtté le serment constitutionnel, mais avec restriction ; qu'il était vicaire à Levier au commencement de la Révolution ; qu'on l'avait bien regardé comme fonctionnaire public en cette quaUté, pour le rendre sujet à la déportation, mais que quand il demandait qu'on lui fixât un traitement^ on savait bien lui répondre qu'il n'était pas fonctionnaire public ; que lors de la levée du sixième, de laquelle étaient exempts les fonctionnaires publics, on l'avait encore considéré comme sujet à la levée, et que même il avait eu le sort ; que, malgré ces raisons, qui devaient le faire regarder comme non sujet à la déportation, il avait
ftPRBUTES DES PBÊTRBS BT DES FIDÈLES. 5S9
reçu du procureur-syndic du district Tordre de se déporter et un passe-port de déportation, le 17 septembre 1792; qu'il était sorti de France et y était rentré sur la fin de juillet 1795; que depuis lors il n'avait point eu de domicile permanent, et qu'il ne pouvait désigner ceux qui lai avaient donné l'hospitalité. L'accusateur lui ayant demandé s'il avait exercé les fonctions du culte depuis son retour, il répondit que le désir de venir consoler ses parents et d'être plus à leur portée, l'avait ramené en France ; qu'il s'y était fait un devoir d'employer toutes ses forces et ses moyens à raffermissement de la religion catholique, et qu'il n'avait pas fait de déclaration de soumission aux lois, n'ayant pas été requis de le faire. 11 déclara enfin que la maison où on l'avait trouvé n'était pas celle de son frère, mais de sa cousine Jeanne Lambert, fille plus qu'octogénaire, qui ignorait complètement que son cousin y fût caché. 11 s'y était retiré pendant la nuit, aux approches de la force armée; car, dans la journée précédente, il était hors du village.
Le second prisonnier, interrogé le lendemain, répondit qu'il s'appelait Ant. Gannard, natif de Suchaux, commune deLods,etâgé de cinquante^deux ans, n'ayant depuis quinze mois aucun domicile fixe ; qu'à l'époque du serment, il était curé à Marnay et avait prêté le serment, mais avec les res« trictions que lui dictait sa conscience ; qu'il avait été déporté en septembre 1792 et était rentré en France, dans le cours de décembre 1794; qu'il était depuis ce temps-là sans demeure permanente, se rendant dans les communes oi\ il était appelé et y exerçant les fonctions de son ministère ; que chacun à Mouthier ignorait qu'il s'y fût retiré, et que s'étant sauvé à l'approche de la force armée, il s'était caché dans le grenier à foin du citoyen Mercier, sans que celui-ci le sût, ce qui était très facile.
A la suite de cet interrogatoire, l'accusateur public renvoya les deux prêtres devant le tribunal criminel ; mais ils ne furent point jugés. Le citoyen Piquet, commissaire du Directoire près le département de la Haute-Saône, ayant appris l'arrestation de M. Gannard, s'empressa d'écrire à Quirot, le 9 avril : « Je crois devoir vous faire passer trois lettres qu'il
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a écrites, les 17 février et 8 mars derniers, aux prêtres Babel, Bourges et Tnidet; elles annoncent ses relations avec le prêtre Vuillemot et le P. François. Vous ferez de ces lettres l'usage convenable. » Quirot remercia son collègue avec effusion, en ajoutant : a S'il vous parvenait des renseignements sur la conduite et la rentrée de ces traîtres qui cherchent à déchirer le sein de la patrie, je vous serais obligé de me les faire parvenir. J'aurai soin de vous informer des découvertes qui pourront intéresser la sûreté et la tranquillité du département qui est confié à votre surveillance. » Ces lettres, adressées à trois prêtres constitutionnels en résidence à Marnay, étaient pleines d'affection^ de mansuétude et de désirs de rapprochement. L'auteur n'y parlait ni en royaliste ni en contre-révolutionnaire, et s'il écrivait à l'un de ses exconfrères : « Je suis bien mortifié de voir le parti que vous avez embrassé, relativement à la révolution de France, » il s'empressait d'ajouter a pour ce qui concerne la religion. <> Tant ces proscrits persistaient à se montrer indulgents pour un ordre de choses politique dont ils avaient tant à souffrir! M. Gannard constatait aussi avec quel élan général les populations égarées revenaient à la foi orthodoxe, et dans quel délaissement étaient tombés les prêtres constitutionnels. Quirot transmit ces trois lettres à l'accusateur pubUc, en ajoutant : « Elles pourront vous être utiles pour la procédure ; elles prouvent au moins l'ardent prosélytisme et les efforts puissants des réfractaires pour ramener dans le giron de l'Eglise romaine les prêtres soumis à la loi et au gouver* nement républicain. »
Quelques jours après l'expédition de Mouthier, Regnaud, commissaire à Nods, en rendant compte à Quirot, disait : (( Nous n'avons pas été aussi heureux en captures que je l'aurais pensé. Cependant les officiers et les soldats ont tous montré un zèle, une activité et une prudence dignes du plus grand éloge. Tâchez de les conserver pour de pareilles expéditions, car ils savent fort bien leur métier. Je ne vous parlerai pas delà garde nationale de Lods, le citoyen Arbey vous a sûrement fait part de leur conduite dans cette expédition. Il n'y a pas eu la moindre apparence de rébelUon. Tous les
ÉPBBUYBS DBS PBÉTBBS BT DBS FIDÈLBS. 561
habitants de Mouthier étaient assez tristes, mais fof t tranquilles. I)
Cette commune respira pendant quelque temps, et son repos ne fut troublé que par une lettre de Quirot, ordonnant, le 10 juin, au nouvel agent de Mouthier, d'interdire tout exercice du culte à un vieillard, le P. Savonnet, capucin, qui était dénoncé comme remplissant des fonctions ecclésiastiques sans avoir fait acte de soumission aux lois. Le citoyen Parrot répondit que les dénonciateurs auraient dû s'adresser à lui, au moins pour le mettre à môme de constater un fait dont il n'avait pas la moindre connaissance.
Le 28 décembre, l'administration patriote d'Ornans manda au département a qu'un prêtre émigré avait célébré publiquement la messe de minuit dans l'église de Vuillafans ; qu'il était gardé par deux volontaires de la première réquisition ou fuyards des armées ; qu'elle avait appris cette violation de la loi, de la bouche même du commissaire provisoire de Vuillafans , qui avait voulu lui faire envisager cet acte contre-révolutionnaire comme une heureuse disposition des esprits; que si de pareils forfaits restaient impunis, c'en serait fait de la république ; et enQn, qu'on venait d'apprendre que le commissaire lui-même avait fait boire les militaires qui étaient de faction pendant la cérémonie. » Cette dénonciation était à peu près inutile ; car le 8 janvier suivant, l'administration du canton de Vuillafans écrivit ellemême au département avec une religieuse audace : <( Des prêtres insermentés et déportés officient dans la plupart des communes du canton. L'on ne pourrait en excepter que Lods et Montgesoye. Partout la grande majorité et la presque universalité du peuple le veut ainsi. L'administration n'a point de moyens répressifs suffisants. Elle a pensé qu'il valait mieux tolérer cet abus que de compromettre la force et l'autorité publique. Mais nous nous faisons un devoir de vous en donner avis. Nous devons ajouter qu'il n'y a pas eu d'actes de violence à cette occasion et que la tranquillité règne dans le canton. — Vieille, président, Cordier, commissaire provisoire, Boigey, Jacquin, Parrot, Gannard, Magneney, Madoz, Courbet, Grandjacquet, Truche, Maire, Jacolet, Pinot. »