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i8 CHAPITRE LUII.
un auxiliaire très actif dans Jouflroy, ex-secrétaire généra! du district de Pontarlier, qu'une erreur du département avait placé à Montbenoit en qualité de commissaire provisoire, et qui s'y était mis immédiatement sur le pied de l'intimité avec les agitateurs les plus redoutés du canton. Jouffroy écrivit même au département que laisser entrer en fonction Fauconnet, le véritable élu, ce serait opérer une désunion continuelle, tandis qu'il serait facile de tout concilier en donnant la présidence à Baverel. Le département, adoptant un parti plus sage, engagea l'administration cantonale de Montbenoit à surseoir à la réception de tout président jusqu'à la décision du corps législatif, chargé de décider en dernier ressort sur la validité des élections, et à choisir, pour chaque séance, un président parmi ses membres. Mais sur les onze agents communaux qui formaient le conseil du canton, Jouffroy était parvenu à en gagner six, et il leur fit décider, le 43 décembre^ qu'ils ne reconnaîtraient jamais d'autre président provisoire que Baverel.
Le 27 décembre, le département, en rendant compte au ministre de l'intérieur de cette double élection de Montbendlt, ajouta ces observations judicieuses : « Il nous parait qu'il y a lieu de confirmer l'élection faite par la majorité des citoyens, parce qu'il est de principe, en cette matière, que la majorité doit faire la loi. Il est évident qu'il y a eu des menaces et même des voies de fait de la part du petit nombre, et qu'on ne ferait que l'enhardir et exciter des troubles en le favorisant. Nous ne pouvons disconvenir que la majorité des habitants de cette contrée et même de tout le département ne soit très attachée à la religion de ses pères; mais nous ne pensons pas qu'ils soient pour cela royalistes et encore moins initiés dans les mystères de la conspiration de Bâle. Le défaut de bonnes instructions les a peut-être remplis de préjugés; mais ils sont en général honnêtes et probes, amis de l'ordre, ennemis de la féodalité et de la servitude. »
Le corps législatif avait su rester équitable, en dépit de ses vieux instincts conventionnels, en annulant, le 16 février i796, les opérations de la fausse assemblée électorale présidée à Besançon par Perriguey ; il se montra moins juste en-
établisseveut du directoire. 19
vers les boonètes gens du canton de Montbenoit, et, mettant sur le même pied les vraies élections et leur parodie, il annula tout, le 6 juin, et décida que le Directoire lui-même nommerait le juge de paix, les assesseurs et le président du canton. Vi. Le parti que prit le corps législatif à l'égard des élections du canton d'Orchamps fut encore plus révoltant. Ces élections offrent un tableau si frappant, si complet, si instructif du vrai scrutin révolutionnaire, qu'elles nous paraissent mériter d'être reproduites dans toute leur curieuse physionomie. L'esprit profondément religieux du canton d'Orchamps était bien connu. La plupart des habitants y avaient souffert pour la foi, et ils étaient bien décidés à se rendre au scrutin^ pour se débarrasser enfin, au moyen de la grande majorité dont ils disposaient, des tyrans du canton. Ceux-ci, voyant que leurs prétendus appels à la conciliation n'avaient séduit personne, usèrent d'un odieux stratagème pour fausser les élections à leur profit. L'ouverture de l'assemblée primaire devait avoir lieu à huit heures du matin, i l'église d'Orchamps. Tls envahirent l'église avec leurs affidés une heure auparavant, en ayant soin de tenir à la porte un certain nombre d'hommes armés, chargés d'empêcher les catholiques de pénétrer. Gomme tout était parfaitement décidé d'avance, lorsque la masse des électeurs se présenta, i l'heure réglementaire, elle trouva le bureau déjà élu et ainsi composé : président, P.-F.-X. Vuillier; secrétaire, Just Magnin-Tochot ; scrutateurs, Ferréol-X. Goguillot, autre prêtre apostat, Félix-Ambroise Bourdenet et J.-F. Guinnard, c'està-dire tout ce que le canton comptait de terroristes les plus redoutables. L'élection du juge de paix était même déjà fort avancée. La salle resta impénétrable pour tous les catholiques et les modérés, et l'élection s'acheva, comme elle avait commencé, avec le concours seul des jacobins. Ils étaient au nombre de 85 quand ils commencèrent leurs frauduleuses manoeuvres; et telle était l'entente préétablie entre eux, que Bourdenet fût élu juge de paix par 84 voix. 11 ne survint que neuf frires et amis jusqu'à la fin de l'opération, et le misérable Magnin-Tochot se trouva élu président du canton par 86 voix sur 94 votants.
Dans le procès-verbal de cette assemblée, rédigé comme si tout s'y était passé avec une régularitéparfaite, à peine peut-on noter en passant cette petite mention incidente : « Le bureau ayant remarqué que quelques séditieux venaient semer le trouble dans l'assemblée, qu'ils s'y présentaient sans cocarde, et commençaient à exciter le désordre et à troubler la liberté des citoyens, l'assemblée a été consultée pour savoir s'il ne serait pas utile d'établir une garde, ce qui a été adopté à l'unanimité. »
Ainsi, non-seulement les bonnëtes directeurs de cette assemblée avaient eux-mêmes respecté la liberté des suffrages, mais encore ils avaient établi une garde spécialement pour la faire respecter; aussi étaient-ils bien criminels, ceux qui avaient osé troubler un ordre si admirable ; c'était ce qu'il importait aux auteurs de cette comédie de persuader, car après avoir empêché la majorité d'exercer ses droits, ils ne pouvaient s'en excuser qu'en la faisant passer pour un ramassis de perturbateurs.
Ce second acte ne fut pas moins bien joué que le premier. Quatorze gardes nationaux patriotes , ayant à leur tête le capitaine Lambert , dressèrent le procès-verbal suivant : (( L'assemblée primaire ayant délibéré d'établir à la porte du lieu de sa séance une garde pour réprimer les séditieux qui menaçaient l'assemblée, les nommés Jos. Patton, maréchal à Grandfontaine, J.-Cl. Bideaud, F. -Jos. Thiébaud le jeune, F.-Jos. Paget, F.-X. Paget, J.-B. Vaufrey, Gl.-Jos. Petitpierre, d'Orchamps, et Cl.-Ign. Petitcuenot, de Guyans, tous connus par leur résistance opiniâtre aux lois, sont venus, à la tête d'un attroupement considérable, insulter à la garde en cherchant à lui enlever ses fusils et en disant que demain tous les patriotes seraient désarmés. Munis de bâtons et de cailloux, ils ont &appé sur les citoyens composant cette garde, et sans le secours des citoyens P. Morel et Alexis Grand, d'Orchamps (soldats hors de leur régiment), elle aurait été massacrée. Jac.-F. Yuillemin, de Grandfontaine, a eu un coup de pierre qui l'a blessé à la figure; Alexis Grand, un coup de pierre au dos et un coup de bâton sur la tête ; et Eloi Oudot, de Fuans, un coup de pierre à la figure. La nom-
mée Jeanne-Claude BoistoD est venue à rattroupement séditieux, armée d'un trident, ainsi que son frère Jean-Baptiste, armé d'une trique, et elle disait : « Courons égorger P. Mo- » rel, nous aurons bientôt fait. » Celui-ci a été frappé par les deux frères Paget.
A l'appui de cette plainte, qu'ils transmirent au département, les triumvirs du canton, Vuillier, Magnin-Tochot et Boordenet, ajoutèrent avec une indignation bien justifiée : a Vous verrez de quelle manière se comportent des individus qui depuis trop longtemps semblent être encouragés au crime, et qui déjà sont surchargés dans les informations prises par le juge de paix (Bourdenet); car ce sont les mêmes qui se trouvent toujours à la tête des attroupements *séditieux.»
Ainsi, d'un côté» une légion de patriotes pleins de loyauté^ de calme et d'intrépidité, sacrifiant même leur vie pour faire respecter la liberté des suffrages, et de l'autre, une poignée de séditieux venus méchamment pour troubler les élections: voilà évidemment ce qui résultait de toutes les pièces envoyées d'Orchamps, pour quiconque n'en connaissait pas les auteurs. Malheureusement pour eux, ils n'étaient que trop connus de Tadministration départementale, et d'ailleurs, la plainte suivante, portant les signatures de 178 électeurs, était arrivée au département en même temps que leur roman électoral.
0 Les citoyens paisibles du canton d'Orchamps exposent qu'ensuite de la convocation de la municipalité d'Orchamps, qui fixait l'assemblée primaire à huit heures du matin, ils s'y sont rendus à l'heure indiquée» et que les soi-disant patriotes a?aient déjà formé leur bureau et procédaient à l'élection du juge de paix. Les premiers d'entre nous qui ont voulu entrer i l'assemblée, même avant l'heure indiquée» ont été repoussés par la force des armes; plusieurs ont été blessés, entre autres le citoyen F.-Jos. Thiébaud, qui a eu plusieurs coups de sabre sur un bras, et le pouce de la main gauche radicalement coupé. Alexis Vaufrey, âgé de soixante-dix ans, a été inhumainement repoussé et blessé. Le surplus des plaignants ont été surpris, en arrivant à l'assemblée, de voir que l'élec-
Dans le procès-verbal de cette assemblée, rédigé comme si tout s'y était passé avec une régularité parfaite, à peine peut-on noter en passant cette petite mention incidente : « Le bureau ayant remarqué que quelques séditieux venaient semer le trouble dans l'assemblée, qu'ils s'y présentaient sans cocarde, et conunençaient à exciter le désordre et à troubler la liberté des citoyens, l'assemblée a été consultée pour savoir s'il ne serait pas utile d'établir une garde, ce qui a été adopté à l'unanimité. »
Ainsi, non-seulement les honnêtes directeurs de cette assemblée avaient eux-mêmes respecté la liberté des suffrages, mais encore ils avaient établi une garde spécialement pour la faire respecter; aussi étaient-ils bien criminels, ceux qui avaient osé troubler un ordre si admirable ; c'était ce qu'il importait aux auteurs de cette comédie de persuader, car après avoir empêché la majorité d'exercer ses droits, ils ne pouvaient s'en excuser qu'en la faisant passer pour un ramassis de perturbateurs.
Ce second acte ne fut pas moins bien joué que le premier. Quatorze gardes nationaux patriotes , ayant à leur tête le capitaine Lambert , dressèrent le procès-verbal suivant : <( L'assemblée primaire ayant délibéré d'établir à la porte du lieu de sa séance une garde pour réprimer les séditieux qui menaçaient l'assemblée^ les nommés Jos. Patton, marédial à Grandfontaine, J.-Cl. Bideaud, F.-Jos. Thiébaud le jeune, F.-Jos. Paget, F.-X. Paget, J.-B. Vaufrey, Cl.-Jos. Petitpierre, d'Orchamps, et Cl.-Ign. Petitcuenot, de Guyans, tous connus par leur résistance opiniâtre aux lois, sont venus, à la tête d'un attroupement considérable, insulter à la garde en cherchant à lui enlever ses fusils et en disant que demain tous les patriotes seraient désarmés. Munis de bâtons et de cailloux, ils ont &appé sur les citoyens composant cette garde, et sans le secours des citoyens P. Morel et Alexis Grand, d'Orchamps (soldats hors de leur régiment), elle aurait été massacrée. Jac.-F. Yuillemin, de Grandfontaine^ a eu un coup de pierre qui l'a blessé à la figure; Alexis Grand, un coup de pierre au dos et un coup de bâton sur la tête ; et Eloi Oudot, de Fuans, un coup de pierre à la figure. La nom-
ÉTABLISSBHBNT DO DIBECTOIRB. 21
mée Jeanne-Claude Boiston est venue à l'attroupement séditieux, armée d'un trident, ainsi que son frère Jean-Baptiste, armé d'une trique, et elle disait : « Courons égorger P. Mo- » rel, nous aurons bientôt fait. » Celui-ci a été frappé par les deux frères Paget.
A l'appui de cette plainte, qu'ils transmirent au département, les triumvirs du canton, Vuillier, Magnin-Tochot et Bourdenet, ajoutèrent avec une indignation bien justifiée : « Vous verrez de quelle manière se comportent des individus qui depuis trop longtemps semblent être encouragés au crime, et qui déjà sont surchargés dans les informations prises par le juge de paix (Bourdenet); car ce sont les mêmes qni se trouvent toujours à la tête des attroupements *séditieux.»
Ainsi, d'un côté> une légion de patriotes pleins de loyauté^ de calme et d'intrépidité, sacrifiant même leur vie pour faire respecter la liberté des suffrages, et de l'autre, une poignée de séditieux venus méchamment pour troubler les élections: voOà évidemment ce qui résultait de toutes les pièces envoyées d'Orchamps, pour quiconque n'en connaissait pas les auteurs. Malheureusement pour eux, ils n'étaient que trop connus de l'administration départementale, et d'ailleurs, la plainte suivante, portant les signatures de 178 électeurs, était arrivée au département en même temps que leur roman électoral.
« Les citoyens paisibles du canton d'Orchamps exposent qu'ensuite de la convocation de la municipalité d'Orchamps, qui fixait l'assemblée primaire à huit heures du matin, ils s'y sont rendus à l'heure indiquée, et que les soi-disant patriotes avaient déjà formé leur bureau et procédaient à l'élection du juge de paix. Les premiers d'entre nous qui ont voulu entrer à l'assemblée, même avant l'heure indiquée, ont été repoussés par la force des armes; plusieurs ont été blessés, entre antres le citoyen P.-Jos. Thiébaud, qui a eu plusieurs coups de sabre sur un bras, et le pouce de la main gauche radicalement coupé. Alexis Vaufrey, âgé de soixante-dix ans, a été inhumainement repoussé et blessé. Le surplus des plaignants ont été surpris, en arrivant à l'assemblée, de voir que l'élec-
tion était à peu près finie, qu'elle se faisait par faction, à coups de sabre et par un nombre de votants inférieur à cent, tandis que dans le canton il y a au moins neuf cents citoyens habiles à voter. Un grand nombre de ces derniers, apprenant en chemin ces vexations et le sang répandu, sachant d'ailleurs que dans les précédentes assemblées de ce canton il y a eu déjà des violences, des coups donnés et des citoyens paisibles opprimés, ont craint pour leur vie et se sont retirés. Les soussignés se croient obligés de protester contre cette élection, et ils recourent à votre autorité pour qu'il vous plaise de nommer un commissaire qui prendrait connaissance des faits ci-dessus, sur les lieux, et enfin d'ordonner une nouvelle convocation des citoyens pour recommencer l'élection, o
Les plaignants étaient trop nombreux et leurs demandes trop modestes pour qu'on n'y fit pas droit. Le département déclara donc, le 5 novembre, « que les rapports sur ce qui s'était passé à Orchamps étant contradictoires, il convenait de s'assurer de la vérité; de constater principalement si l'assemblée avait été formée avant l'heure prescrite, et si les citoyens ayant droit d'y prendre part n'en avaient pas été empêchés par des voies de fait ; qu'en conséquence, le citoyen P.-Michel-Dorothée Clerc, homme de loi, se rendrait sans délai, en qualité de commissaire, dans le canton d'Orchamps, pour prendre toutes les informations qu'il croirait convenables. »>
On connaît déjà M. Clerc. C'était la gravité, la justice en personne, et Ton peut prévoir que rien ne fut négligé par lui pour que la vérité parût dans tout son éclat. Il se rendit dans toutes les communes, en commençant par le chef-lieu, et entendit tous les partis. Vuillier protesta «que l'assemblée qu'il avait présidée avait été Tune des plus régulières et des plus légales depuis la Révolution; qu'elle s'était formée à l'heure prescrite et qu'elle avait terminé toutes ses opérations à midi ; que personne n'en avait été exclu, pas même les particuliers rentrés en vertu de la loi du 22 nivôse, quoiqu'ils n'eussent pas le domicile d'une année ; que quelques séditieux s'étant introduits dans la salle et y ayant excité du trouble en paraissant sans cocarde, l'assemblée avait délibéré d'étabUr une garde à la porte du heu des séances, pré-
caution d'autant plus urgente qu'on était instruit dans rassemblée que les séditieux complotaient contre la souveraineté du peuple; qu'en effet, quelques moments après, une horde était venue fondre sur la garde pour la désarmer ; que celled, maltraitée, avait été obligée de repousser la force par la force, et que très heureusement elle n'avait pas fait de ses annes l'usage qu'elle était autorisée à en faire; que l'assemblée et tous les républicains devaient les plus grands éloges à la conduite ferme des citoyens Grand et Morel, sans le secours desquels la garde aurait succombé au nombre des factieux armés de perches, de pieux et de cailloux. »
Ce commentaire concordait parfaitement avec le roman primitif, mais il laissait cependant un doute dans l'esprit. Comment les catholiques et les modérés, possédant une immense majorité dans le canton, avaient-ils pu être tentés de comploter contre la souveraineté du peuple, qui était la leur, et d'user de violence pour obtenir un triomphe que leur nombre leur assurait sans combat?
J.-Cl. Bideaud, d'Orchamps, affirma que la réunion avait commencé à sept heures ; qu'il avait vu donner les premiers coups par le volontaire Morel^ àF.-X. Paget; qu'il s'en était suivi une émeute et des blessures faites à des citoyens qui étaient sans armes et s'étaient présentés très tranquillement.
Ant.-F. Dumont, officier municipal, déclara qu'il était sept heures lorsqu'on s'était réuni à l'église ; qu'à sept heures et demie la nomination du bureau était déjà fort avancée; que lés particuliers qui étaient au dehors de l'église, et dont plusieurs avaient été blessés, étaient sans armes et n'avaient fait aucune résistance à ceux du dedans.
Jeanne- Agnès Guyot-Jeannin avait vu frapper le citoyen Vaufrey par les gardes qui se tenaient à l'entrée du cimetière.
Bourdenet, élu juge de paix, déclara imperturbablement que l'on avait commencé à se réunir dans l'église, à huit heures et demie du matin, suivant l'horloge du clocher; que toutes les nominations avaient été légalement faites et que la rixe ne s'était élevée qu'à dix heures du matin.
Le jeune prêtre Magnin-Tochot, se qualifiant d'ex -élève de
Si CHAPITRE LXXII.
l'école normale, élu président, déclara qii'après la formatîoa du bureau, une dizaine d'Iiommi^^ a'étaieat présentés sans cocarde, ce qui les avait fait exclure et avait donné lieu à l'établisse me ut d'une garde arméi! [mur les faire sortir et éviter l'effet de leurs menaces, dirij^ijis contre les citoyens qui avaient accepté la constitution; i]iii; Patton, de GrandfODtaine, était veau insulter le buriMii, ce qui avait obligé les bons citoyens à le chasser, lui et les litoyens à la tÈte desquels il était. La déclaration de Maj^uiii-Tocbot, comme celle de Vuillier, avait sou point faible. De i]i)el droit avait-on expulsé de l'assemblée les citoyens qui n'avaient point de cocarde, lorsque rien dans la loi électorale ne leur faisait une obligation d'en èlre pourvus?
J.-fi. Boit^ton déclara qu'il était sept heures lorsque plusieurs citoyens d'Orchamps s'étaient réunis à l'église ; qu'ayant entendu crier : Alarme I il était accouru avec un pieu et avait été mis en joue par Renaud, de Fuans ; qu'en ce moment il pouvait Être huit heures.
J.-Jos, Revillot déposa qu'il était sept heures et demie, suivant le méridien solaire, lorsipi'on avait commencé à former le bureau, et que vers 1<?s huit heures il avait été témoin des voies de fait entre les citoyeusqui voulaient entrer et ceux qui tes en empêchaient.
Ch.-Et. Vuillemin déclara qu'on s'était réuni entre sept heures et sept heures et demie, et qu'à huit heures le juge de paix était déjà nommé.
Plusieurs autres témoins, entendus ensuite , affirmèrent
qoe l'assemblée avait commencé entre sept heures et sept
beures et demie.
D'Orcbamps M. Clerc se rendit à Grandfoutaine, et il y in-
. l£rjv^f>9 plusietmdloyens, entre autres Jac.-F. Vuillemin,
" '1 partie de la force année postée à l'entrée de
; l'assemblée avait commencé avant
i rendit ensuite à Fuans, puis à
HifTe, maire de cette dernière com-
:, déclara que Patton ayant voulu
! parce qu'il n'avait point voté
' ^'autres, parce qu'ils n'avaient
ÉTÀBLISSSMBICT DD DIBBCTOIRB. 25
point de cocarde; ce qui avait obligé le président à appeler la garde nationale.
P.-F. Poyard déclara qu'il était entré à l'église à sept heures et demie et qu'on y formait déjà le bureau ; qu'il avait vu donner le coup de sabre qui avait coupé le pouce du citoyen Thiébaud, celui-ci tenant alors une percbe qu'il ne voulait pas lâcher; qu'il avait vu aussi frapper le citoyen Gassard à coups de plat de sabre par le volontaire qui avait coupé le pouce de Thiébaud. — Il parait que les volontaires catholiques n'étaient pas seuls à rentrer dans leurs foyers, et que les volontaires jacobins n'avaient pas besoin des exhortations des prêtres pour prendre le même chemin.
M. Clerc s'étant rendu à Fiangebouche, l'apostat Ferréol- X. Goguillot, membre du bureau, prétendit qu'il ignorait à peu près tout, mais qu'il avait entendu dire par plusieurs femmes du village qu'on avait sonné à sept heures et demie. a.-Jos.Vivot, procureur patriote de cettecommune, interpellé par M. Clerc, à plusieurs reprises^ de dire la vérité sous la foi du serment, avoua a qu'en sa qualité de procureur, il avait été sollicité, de la part de certaines personnes d'Orchamps, de faire partir pour cette commune quelques individus plus matin que huit heures, afin de devancer l'heure désignée pour l'assemblée, et de prévenir, suivant ces personnes, les désordres dont les bons citoyens étaient menacés. » L'honnête patriote livra ainsi, par trop de délicatesse^ le secret du roman.
D'après tous les témoignages recueillis à Flangebouche et à Avoudrey, il était notoire que l'assemblée avait commencé avant huit heures, et que les opérations électorales qui, d'ordinaire, exigeaient un jour entier ou même deux jours, étaient entièrement terminées à dix heures du matin, c'està-dire à l'heure où les électeurs des villages voisins avaient lieu de croire que les opérations préliminaires , telles que l'élection du président de l'assemblée, du secrétaire et des scrutateurs, n'étaient pas même achevées.
Quinze citoyens du Luisans, petite commune qui avait le malheur d'être la patrie et l'asile momentané de Magnin- Toehot) écrivirent à M. Clerc : « On ne nous a donné cou-
26 CHAPITRE LUII.
naissance de l'assemblée que le matin même du jour où elle devait avoir lieu. Néanmoins, arrivés avant huit heures, nous avons été empêchés d'entrer par des hommes armés. Les élections étaient commencées depuis sept heures et de* mie, et on y avait laissé voter des citoyens qui n'en avaient pas le droit, notamment Gl.-Ant. Miliesse, qui est pourvu d'un curateur, et qui a été le premier à voter et à nous empêcher d'entrer. On a procédé tout aussi illégalement pour nommer l'agent et l'adjoint du Luisans, et les habitants n'ont pas osé y paraître. L'adjoint élu a été condamné, le 27 thermidor dernier, par le tribunal d'Ornans, à la privation du droit d'éligibilité et de suffrage pendant deux ans. » Le 29 novembre, le département transmit au ministre de rintérieur toutes les pièces relatives à l'élection d'Orchamps, en les accompagnant des observations suivantes : « On voit dans le procès-verbal de notre commissaire, qu'à l'exception des citoyens qui faisaient partie de l'assemblée, tous les autres assurent qu'à sept heures ou sept heures et demie, elle était déjà en activité, et que lorsqu'ils sont venus, vers les huit heures, une force armée les a écartés. L'on recueille encore dans ce procès-verbal, que plusieurs gardes nationaux ont avoué être venus en armes depuis les communes voisines ; ce qui ne laisse aucun doute que la garde placée à la porte du lieu des séances n'ait été commandée la veille, et qu'elle n'a nullement été le résultat d'un trouble apporté le lendemain à la liberté des opinions.... Il existe dans le canton d'Orchamps, surtout dans la commune de ce nom, beaucoup d'hommes teints encore du sang de ceux qu'ils ont envoyés à l'échafaud de Robespierre ou à celui du tribunal sanguinaire de Besançon, de ces anarchistes dangereux qui, sous le masque du patriotisme, sont les désorganisateurs de tout ordre public et servent efficacement les ennemis de la patrie en portant au découragement et au désespoir tous leurs concitoyens. Ces hommes avaient échoué lors de l'assemblée pour le choix des électeurs. Ils ont cherché à s'en venger en se rendant maîtres de l'assemblée où devaient s'élire le juge de paix et le président de l'administration du canton. Ils ont commandé à cet effet une garde armée, qu'ils
ont placée à la porte; ils ont anticipé d'une heure sur le temps fixé pour la réunion des citoyens, et ils ont écarté à force ouverte ceux qui n'étaient pas de leur bord ; en sorte que rassemblée n'a été composée que de cinq ou six meneurs et de leurs créatures, et que le résultat a donné pour président un ex-prètre, le plus immoral et le plus emporté du département. Il est d'autant plus intéressant de prononcer sur cette affaire, que l'administration municipale ne s'or- ^nise point, parce que les agents des communes refusent d'assister aux séances sous la présidence d'un homme aussi peu digne de leur confiance. Nous ne voyons d'autre parti pour rétablir l'ordre et la tranquillité, que d'ordonner une nouvelle assemblée sous la surveillance du commissaire du pouvoir exécutif. »
Les habitants du canton d'Orchamps, si bien défendus par l'administration départementale, ne s'abandonnèrent pas eux-mêmes. Ils adressèrent directement au corps législatif une nouvelle pétition contenant trois cent trente-sept signatures. Ils ajoutèrent aux premiers renseignements: que les procureurs jacobins, encore placés au moment des élections à la tête des communes, avaient tous été chaînés par les meneurs de faire rencontrer à l'assemblée, avant l'heure, tous les individus qui convenaient au succès de leur intrigue.
Dans cette circonstance, il ne pouvait évidemment y avoir aucun doute, pour tout homme de bonne foi^ sur le côté où se trouvaient la vérité et la justice. C'eût été déjà un outrage de mettre en balance les flibustiers d'Orchamps et leurs victimes. Le corps législatif fit cependant davantage. Le 26 mars i796, il déclara parfaitement valables les élections du juge de paix, des assesseurs, du greffier et du président nommés par Yuillier et consorts. Ainsi^ la liberté, l'égalité, la souveraineté du peuple, n'étaient qu'une amère dérision; les vieilles franchises municipales étaient elles-mêmes foulées aux pieds, et la population était réduite à regretter la liberté de l'ancien régime.
Yll. Les jacobins du canton de Pont-de-Roide n'avaient pas dressé leurs batteries avec tout Tart des Yuillier, des
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Bourdenet et des Magnin-Tocbot. Ils s'étaient contentés de venir en bon nombre au scrutin. Mais leurs antagonistes en avaient fait autant de leur côté, et l'assemblée ne compta pas moins de 422 votants. La formation du bureau eut lieu sans aucune difiBculté, les modérés en ayant laissé la présidence au patriote Marcou et aux citoyens du même bord; mais lorsqu'on passa à l'élection du juge de paix, les modérés firent sentir qu'ils étaient en majorité et réélurent M. P.-Cl. Bavoux par 215 voix. Ce résultat irrita fort les jacobins; cependant comme le scrutin était parfaitement régulier^ ils n'osèrent pas l'attaquer ; mais ils n'eurent plus qu'une seule pensée, celle d'interrompre à tout prix des opérations qui allaient évidemment tourner contre leurs espérances. Comme on procédait à l'élection du président du canton, l'un des scrutateurs ayant manqué à l'une des formalités requises pour le recensement des votes, ce fut le prétexte qui fit éclater l'orage; ce scrutateur fut pris au collet et traîné hors de la salle, et les perturbateurs expulsèrent, du même coup, tous les modérés ; de sorte que, de 422 membres, l'assemblée tomba à i60. Les jacobins, se voyant alors les maîtres absolus du scrutin, décidèrent que l'élection du juge de paix, quoique consommée et inattaquable, serait recommencée. F.-X. Clément, l'un des meneurs les plus ardents, fut élu juge de paix par 146 voix, et Félix Monnot^ président du canton par <32. Pour justifier ces divers incidents et la diminution si extraordinaire du nombre des votants, les rédacteurs du procès-verbal se bornèrent à y glisser l'explication suivante : a Sur les observations de plusieurs membres de l'assemblée, il a été délibéré que mention serait faite que la source principale des divisions devait être attribuée à ce qu'il existait dans l'assemblée deux partis bien prononcés, l'un regardé comme royaliste et vendéen, qui avait porté Texcès, quelques jours auparavant, jusqu'à faire une explosion contre-révolutionnaire en fusillant le détachement qui conduisait quatre prêtres réfractaires à Blamont. Quelques chefs de ce parti n'ont pas eu honte de venir voter. L'autre parti est celui qui a constamment montré son attachement à la Révolution. Il a donc droit de demander
fiTABL188BHENT DU DIRECTOIRE. 29
au corps législatif la yalidité de ses opérations; autrement il faudrait renoncer à la cause du patriotisme. »
L'élection était irrégulière; les auteurs en convenaient par leur silence sur ce point délicat, mais ils étaient patriotes et leurs adversaires vendéens; d'après toute la jurisprudence révolutionnaire en matière d'élections, cette considération devait trancher la difficulté. Le titre de vendéen et de royaliste était assez singulièrement attribué à Bavoux, qui n'avait pas cessé de faire partie de l'administration républicaine et même de prendre part, quoique avec moins de violence que d'autres, à toutes les mesures contre les catholiques.
Les habitants de Dambelin, Mambouhans, Yaivre^ Remondans et plusieurs citoyens de septautres communes ducanton, tous au nombre d'environ deux cents signataires, adressèrent au département une plainte contre la prétendue élection de Pont-de-Roide. « L'infraction reprochée à l'un des scrutateurs, disaient-ils, n'était qu'un prétexte. Ce scrutateur fut pris au collet, au bureau même, par un volontaire de Vermondans. Ce fut le signal des vociférations e4 des menaces, que dirigeaient cinq ou six volontaires bien portants, abuaivement présents à Pont-de-Roide, et qui obligèrent les citoyens tranquilles à se retirer. Ces derniers furent même obligés de prendre des chemins détournés pour s'en retourner chez eux; et malgré cette précaution, plusieurs furent poursuivis et obligés de courir pour éviter les coups. La faction de Pont-deRoide était dirigée par le curéBaud^ Bouchot et les commis de la forge de Bourguignon. Nous demandons que la nomination du citoyen Bavoux soit confirmée et qu'une nouvelle élection ait heu pour le choix d'un président. »
Le département, fidèle aux règles de la justice et de l'impartialité, ne se prononça pas, comme aurait fait une autorité jacobine, sans entendre les deux partis. Il envoya sur les Ueux un homme grave, prudent et judicieux, M. Jac.- Jos. Vuillier^ notaire à Clerval, qui, après avoir tout vu de près, formula ainsi son opinion : « La division et les troubles qui ont eu lieu sont, une suite de ceux qui existèrent déjà dans l'assemblée pour la nomination des électeurs. U y eut scission alors, et le trouble a recommencé parce que le parti
20 CflAPITRB LXXII.
Dans le. procès-verbal de cette assemblée, rédigé comme si tout s'yétaitpasséavecune régularité parfaite, à peine peut-on noter en passant cette petite mention incidente : « Le bureau ayant remarqué que quelques séditieux venaient semer le trouble dans l'assemblée, qu'ils s'y présentaient sans cocarde, et commençaient à exciter le désordre et à troubler la liberté des citoyens, l'assemblée a été consultée pour savoir s'il ne serait pas utile d'établir une garde, ce qui a été adopté à l'unanimité. »
Ainsi, non-seulement les honnêtes directeurs de cette assemblée avaient eux-mêmes respecté la liberté des suffrages, mais encore ils avaient établi une garde spécialement pour la faire respecter; aussi étaient-ils bien criminels, ceux qui avaient osé troubler un ordre si admirable ; c'était ce qu'il importait aux auteurs de cette comédie de persuader, car après avoir empêché la majorité d'exercer ses droits, ils ne pouvaient s'en excuser qu'en la faisant passer pour un ramassis de perturbateurs.
Ce second acte ne fut pas moins bien joué que le premier. Quatorze gardes nationaux patriotes , ayant à leur tête le capitaine Lambert , dressèrent le procès-verbal suivant : « L'assemblée primaire ayant délibéré d'établir à la porte du lieu de sa séance une garde pour réprimer les séditieux qui menaçaient l'assemblée^ les nommés Jos. Patton, maréchal à Grandfontaine, J.-Gl. Bideaud, F. -Jos. Thiébaud le jeune, F. -Jos. Paget, F.-X. Paget, J.-B. Vaufrey, Cl.-Jos. Petitpierre, d'Orchamps, et Gl.-Ign. Petitcuenot, de Guyans, tous connus par leur résistance opiniâtre aux lois, sont venus, à la tête d'un attroupement considérable, insulter à la garde en cherchant à lui enlever ses fusils et en disant que demain tous les patriotes seraient désarmés. Munis de bâtons et de cailloux, ils ont frappé sur les citoyens composant cette garde, et sans le secours des citoyens P. Morel et Alexis Grand, d'Orchamps (soldats hors de leur régiment), elle aurait été massacrée. Jac.-F. Yuillemin, de Grandfontaine, a eu un coup de pierre qui l'a blessé â la figure; Alexis Grand, un coup de pierre au dos et un coup de bâton sur la tête ; et Eloi Oudot, de Fuans, un coup de pierre à la figure. La nom-
fiTABLISSBMBNT DO DIRECTOIRE. 21
mée Jeanne-Claude Boiston est venue à l'attroupement séditieux, armée d'un trident, ainsi que son frère Jean-Baptiste, armé d'une trique, et elle disait : a Courons égorger P. Mo- » rel, nous aurons bientôt fait. » Celui-ci a été frappé par les deux frères Paget.
A l'appui de cette plainte, qu'ils transmirent au département, les triumvirs du canton, Vuillier, Magnin-Tochot et Bourdenet, ajoutèrent avec une indignation bien justifiée : « Vous verrez de quelle manière se comportent des individus qui depuis trop longtemps semblent être encouragés au crime, et qui déjà sont surchargés dans les informations prises par le juge de paix (Bourdenet); car ce sont les mêmes qui se trouvent toujours à la tète des attroupements 'séditieux.»
Ainsi, d'un côté, une légion de patriotes pleins de loyauté^ de calme et d'intrépidité, sacrifiant même leur vie pour faire respecter la liberté des suffrages, et de l'autre, une poignée de séditieux venus méchamment pour troubler les élections: voilà évidemment ce qui résultait de toutes les pièces envoyées d'Orchamps, pour quiconque n'en connaissait pas les auteurs. Malheureusement pour eux, ils n'étaient que trop connus de l'administration départementale, et d'ailleurs, la plainte suivante, portant les signatures de 178 électeurs^ était arrivée au département en même temps que leur roman électoral.
0 Les citoyens paisibles du canton d'Orchamps exposent qu'ensuite de la convocation de la municipalité d'Orchamps, qui fixait l'assemblée primaire à huit heures du matin Jls s'y sont rendus à l'heure indiquée, et que les soi-disant patriotes avaient déjà formé leur bureau et procédaient à l'élection du jnge de paix. Les premiers d'entre nous qui ont voulu entrer i l'assemblée, même avant l'heure indiquée, ont été repoussés par la force des armes; plusieurs ont été blessés, entre autres le citoyen F.-Jos. Thiébaud, qui a eu plusieurs coups de sabre sur un bras, et le pouce de la main gauche radicalement coupé. Alexis Vaufrey, âgé de soixante-dix ans, a été inhumainement repoussé et blessé. Le surplus des plaignants ont été surpris, en arrivant à l'assemblée, de voir que l'élec-
20 CRAPITRB LXXII.
Dans le procès-verbal de cette assemblée, rédigé comme si tout s'y était passé avec une régularité parfaite, à peine peut-on noter en passant cette petite mention incidente : a Le bureau ayant remarqué que quelques séditieux venaient semer le trouble dans l'assemblée, qu'ils s'y présentaient sans cocarde, et commençaient à exciter le désordre et à troubler la liberté des citoyens, l'assemblée a été consultée pour savoir s'il ne serait pas utile d'établir une garde, ce qui a été adopté à l'unanimité. »
Ainsi, non-seulement les honnêtes directeurs de cette assemblée avaient eux-mêmes respecté la liberté des suffrages, mais encore ils avaient établi une garde spécialement pour la faire respecter; aussi étaient-ils bien criminels, ceux qui avaient osé troubler un ordre si admirable ; c'était ce qu'il importait aux auteurs de cette comédie de persuader, car après avoir empêché la majorité d'exercer ses droits, ils ne pouvaient s'en excuser qu'en la faisant passer pour un ramassis de perturbateurs.
Ce second acte ne fut pas moins bien joué que le premier. Quatorze gardes nationaux patriotes , ayant à leur tête le capitaine Lambert , dressèrent le procès-verbal suivant : « L'assemblée primaire ayant délibéré d'établir à la porte du lieu de sa séance une garde pour réprimer les séditieux qui menaçaient l'assemblée, les nommés Jos. Patton, maréchal à Grandfontaine, J.-Cl. Bideaud, F.-Jos. Thiél3aud le jeune, F.-Jos. Paget, F.-X. Paget, J.-B. Vaufrey, Gl.-Jos. Petitpierre, d'Orchamps, et Cl.-Ign. Petitcuenot, de Guyans, tous connus par leur résistance opiniâtre aux lois, sont venus, à la tête d'un attroupement considérable, insulter à la garde en cherchant à lui enlever ses fusils et en disant que demain tous les patriotes seraient désarmés. Munis de bâtons et de cailloux, ils ont frappé sur les citoyens composant cette garde, et sans le secours des citoyens P. Morel et Alexis Grand, d'Orchamps (soldats hors de leur régiment), elle aurait été massacrée. Jac.-F. Vuillemin, de Grandfontaine, a eu un coup de pierre qui l'a blessé à la figure; Alexis Grand, un coup de pierre au dos et un coup de bâton sur la tête ; et Eloi Oudot, de Fuans, un coup de pierre à la figure. La nom-
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mée Jeanne-Claude Boiston est venue à Tattroupement sédi- . tieux, armée d'un trident, ainsi que son frère Jean-Baptiste, armé d'une trique, et elle disait : « Courons égorger P. Mo- » rel, nous aurons bientôt fait. » Celui-ci a été frappé par les deux frères Paget.
A l'appui de cette plainte, qu'ils transmirent au département, les triumvirs du canton, Vuillier, Magnin-Tochot et Bourdenet, ajoutèrent avec une indignation bien justifiée : « Vous verrez de quelle manière se comportent des individus qui depuis trop longtemps semblent être encouragés au crime, et qui déjà sont surchargés dans les infonnations prises par le juge de paix (Bourdenet); car ce sont les mêmes qui se trouvent toujours à la tête des attroupements 'séditieux.»
Ainsi, d'un côté> une légion de patriotes pleins de loyauté, de calme et d'intrépidité, sacrifiant même leur vie pour faire respecter la liberté des suffrages, et de l'autre, une poignée de séditieux venus méchamment pour troubler les élections: voilà évidemment ce qui résultait de toutes les pièces envoyées d'Orchamps, pour quiconque n'en connaissait pas les auteurs. Malheureusement pour eux, ils n'étaient que trop connus de l'administration départementale, et d'ailleurs, la plainte suivante, portant les signatures de 178 électeurs, était arrivée au département en même temps que leur roman électoral.
n Les citoyens paisibles du canton d'Orchamps exposent qu'ensnite de la convocation de la municipalité d'Orchamps, qui fixait l'assemblée primaire à huit heures du matin, ils s'y sont rendus à l'heure indiquée, et que les soi-disant patriotes avaient déjà formé leur bureau et procédaient à l'élection du JQge de paix. Les premiers d'entre nous qui ont voulu entrer à l'assemblée, même avant l'heure indiquée, ont été repoussés par la force des armes; plusieurs ont été blessés, entre autres le citoyen P.-Jos. Thiébaud, qui a eu plusieurs coups de sabre sur un bras, et le pouce de la main gauche radicalement coupé. Alexis Vaufrey, âgé de soixante-dix ans, a été inhumainement repoussé et blessé. Le surplus des plaignants ont été surpris, en arrivant à l'assemblée, de voir que l'élec-
34 CHAPITBE LXXIl.
qu'ils font pour continuer d'être utiles à la société, pour obtenir une justice exemplaire sur les vexations gratuites qu'ils n'ont cessé d'éprouver jusqu'à ce jour où ils étaient encore en fonction, lorsqu'on les a enterrés tout vivants, et par là même pour démontrer la cabale de la nouvelle élection, qui doit être déclarée nulle et illégale, comme ayant essayé d'en exclure les soussignés en les considérant comme morts. »
Ce qui était bien réellement mort, c'était le règne de ce pauvre état-major jacobin, qui n'avait même plus un seul soldat à sa suite, et qui avouait lui-même que tous les babitants, sans exception, avaient passé à l'ennemi. Ce qui était encore vrai, c'est que la population, débarrassée d'eux, avait consacré le premier usage de sa liberté reconquise, à soleaniser avec pompe la Commémoraison des morts, qui tombait à cette époque ; et par une innocente raillerie, on avait dit à la municipalité évincée que c'était ses funérailles qu'on célébrait.
Le 17 novembre, le président du canton de Pierrefontaine manda que presque tous les agents nommés avaient refusé d'accepter. Bidal, notaire à Pierrefontaine, patriote évincé, écrivait, le 30 décembre, à Quirot, avec l'indépendance grammaticale qui convenait si bien à un pareil ami des lumières : (( Les administrations des cantons de nos environs, surtout de celui de Pierrefontaine, sont compose d'individu qui réunissent avec lignorance laristocratie la plus formel. Les électeurs de notre canton, les administrateurs ont tous été et sont encore les agents des prêtres réfractaires qui inonde nos environ. Leurs élection sont été fait par lintrigue de ses prêtres, tous ont refusé l'acceptation de la constitution. Le président ne s'est point genné de dire qu'il ne l'acceptait pas. Il y a plus de quatre mois que ce président retire cbez lui un prêtre réfractaire. Il est beaufrère de deux émigrés, l'un prêtre et l'autre volontaire. Ne serait-il pas possible de faire destituer tous ces gens-là? Il n'y en a paa un qui n'ait retiré des prêtres, aussi bien que le juge de paix Richard, qui les reçoit et les a toujours reçus chez lui. Je ne désirerais pas que ce juge de paix fût remplacé, pour mon intérêt particulier, à cause qu'il est notaire et moi aussi. Il
me nuirait dans mon état ; mais le bien public, le soutien delà constitution l'equesigerait.» Ce savant patriote^ qui avait été déjà juge de paix par la grâce des clubs, aurait volontiers accepté de le redevenir par la grâce du Directoire.
Le 12 janvier 1796, le canton rural de Pontarlier manda a que les agents et adjoints donnaient chaque jour leurs démissions, et qu'on ne pouvait trouver à les remplacer. »
Le 30 décembre précédent, le commissaire du canton de Saint-Hippolyte écrivait à Quirot : a Les démissions accumulées données par les agents municipaux entravent singulièrement la marche de l'administration. Les collaborateurs manquent ; ceux que l'on nomme pour remplacer les démissionnaires donnent leur démission. Le registre ne contient que des démissions et des remplacements. Les citoyens de Saint-Hippolyte refusent tous, de manière qu'il n'y a ni agent ni adjoint. »
Le 13 décembre, le commissaire du canton de Verne écrivait, de son côté : « Si les démissions continuent, ainsi que les refus de ceux qu'on nomme en remplacement, on aura bientôt épuisé tous les citoyens éligibles. )>
L'administration départementale, ne sachant plus comment arrêter cette épidémie de démissions, écrivit, le 2 janvier, au ministre de l'intérieur pour lui représenter son embarras. Au bout d'un mois, le ministre se borna à répondre qu'il était très peiné lui-même de l'éloignement témoigné par les citoyens pour les fonctions qui leur étaient confiées et de la désorganisation qui en résultait. Quant aux remèdes, il n'en indiquait point.
Le gouvernement, irrité contre les élections, dont la plupart se traduisaient pour lui en témoignages de Tanimadversion publique, trouva que le parti le plus simple était de les restreindre, au mépris de la constitution. Une loi du 13 décembre chargea le Directoire de nommer provisoirement, jusqu'aux élections de Tan v^ tous les juges des tribunaux et les juges de paix, à la place de ceux qui seraient démissionnaires ou exclus pour une cause quelconque. Le 24 janvier, le corps législatif, « considérant que les royalistes^ vaincus le 13 vendémiaire, nourrissaient encore le coupable espoir
de renverser la liberté, » décréta encore que le Directoire nommerait provisoirement les municipalités de Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Le suffrage universel était définitivement tombé à l'état de suspect dans les villes aussi bien que dans les campagnes.
IX. Pour aider à Torganisation des nouvelles administrations cantonales, si difficiles à mettre sur pied, le département crut devoir placer auprès de chacune de ces administrations un commissaire provisoire, en attendant que le Directoire pût procéder à la nomination des siens. Les choix du département furent en général prudents, judicieux et marqués au coin de la modération. Néanmoins, pour ne pas paraître exclusif, il prit quelques-uns de ces fonctionnaires parmi les révolutionnaires ardents, tels que Jouffroy, Gallet, Boulet, etc., et Tinfluence de ces derniers ne fut pas toujours heureuse ni pacifique. Le 14 novembre, le département envoya au Directoire le tableau des commissaires provisoires qu'il avait nommés, en l'invitant à les confirmer dans leurs fonctions.
Mais les vues du nouveau gouvernement étaient trop différentes de celles des administrateurs du Doubs, pour que cette proposition fût agréée. Le Directoire tint beaucoup plus de compte des recommandations secrètes des députés jacobins et de leurs correspondants, et un fort petit nombre des candidats du département trouva grâce devant lui. Mais en revanche, les hommes qui avaient marqué de la manière la plus déplorable dans les excès de la Terreur, figurèrent en grand nombre parmi ces commissaires, qui allaient devenir un nouvel objet d'effroi pour les populations religieuses et paisibles. Dattandier aîné fut nommé à rAbergement, le sanguinaire Grosricbard de Noircombe à Baume, Bourgeon à Besançon, l'apostat Goguillot à Glerval, Gallet à Levier, Perriguey à l'Isle-sur-le-Doubs , Tavernier à Montbenoît, Boiston à Morteau, Jouffroy à Mouthe, Vuillier à Orchamps, Jeanmaire à Pierrefontaine, Parrod à Pontarlier, Renaud à Quingey, Parguey, ex-juge du tribunal révolutionnaire, à Saint-Hippolyte, Mougey à Sancey, Guedot fils à Vaucluse. Dans tous ces cantons, les catholiques allaient se retrouver
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SOUS la main de fer de leurs plus implacables ennemis. Les autres représentants du Directoire, quoique moins fougueux ou moins notables, avaient tous trempé dans les persécutions antérieures et ne laissaient guère plus d'espoir à la po* palation.
Comme il n'était pas facile de trouver dans le département cinquante jacobins assez instruits, assez habiles et assez forts pour maîtriser des autorités électives généralement hostiles, et qui fussent en même temps assez amoureux de la Révolution pour aller s'enterrer dans des villages et y lutter péniblement contre la population , moyennant le maigre salaire de trois cents livres, le Directoire se vit réduit à l'impuissance de remplir tous ces nouveaux postes. La liste qu*il expédia, le 12 décembre^ ne contenait que trente-huit nominations, et cette liste incomplète se réduisit encore. Plusieurs des élus, tels que le sculpteur Boiston, nommé à Morteau, Grillet nommé à Roche, se trouvèrent exclus comme parents ou alliés d'émigrés; d'autres, comme l'ex-procureur général Billot, nommé à Pouilley -les- Vignes, et Math. Lambert, nommé à Vuillafans, n'acceptèrent pas. Pour l'un ou l'autre de ces motifs, les nominations des commissaires de Cuse, Eternoz, Frasne, Jougne et Mouthe se trouvèrent également sans effet.
X. Les administrations cantonales, ainsi constituées à demi, se mirent en marche avec beaucoup de peine et au milieu de tiraillements dont les administrations antérieures n'avaient jamais souffert à un tel point. Celle de Besançon, disloquée par l'exclusion de Briot et la promotion de ses antres membres les plus importants, Nodier, Quirot et Bourgeon, à d'autres emplois, se trouva en outre, dès le premier jour, en lutte avec l'abbé Bouvenot, que le département lui avait donné pour commissaire provisoire, et en guerre ou-verte avec le département lui-même. Mais, malgré tous ces embarras, contre lesquels l'appui de ses anciens membres ne loi fit pas défaut, elle manifesta son esprit démagogique avec éclat. Le jour même de son installation, elle fit un arrêté pour inviter les terroristes désarmés à venir reprendre leurs armes. Ne pouvant ressusciter la Vedette, eWe décida, le
38 CHAPITRE LXXIT.
5 janvier, qu'un cabinet de lecture gratuit serait ouvert à l'hôtel de ville, et qu'il serait chauffé et pourvu, aux frais de la commune, des journaux civiques les plus instructifs. Elle renouvela entièrement les administrateurs des hospices et autres établissements de charité, et les remplaça parles sansculottes les plus déculottés, les Pion, les Dorraoy, les Rambour. Le département ayant cassé ces nominations, la municipalité lui répondit qu'elle allait obéir, sauf appel, et qu'elle lui laissait la responsabilité de la désorganisation administrative de ces établissements. Le lendemain, elle dénonça l'arrêté du département au ministre de l'intérieur.
Le 16 janvier, elle fit fermer le théâtre et interdit tout spectacle, « à raison du peu de civisme de la société dramatique et de ses acteurs amateurs.» «Ce théâtre, écrivait-elle le lendemain au ministre de la police, s'obstine à ne présenter sur la scène que des comtes, des marquis, et des pièces dont les allusions flattent le criminel espoir des contrerévolutionnaires. On n'y voit plus des pièces patriotiques, telles que Guillaume Tell, Brutus, etc. On peut dire que ce spectacle est une piscine empoisonnée, propre à corrompre l'opinion publique. » On voyait bien que Briot n'était plus à la tète des comédiens. Du reste, il paraît que dans la plupart des villes l'opinion publique se servait aussi du théâtre pour manifester ses sentiments, peu favorables au nouvel ordre de choses. Le M janvier, le Directoire prit l'arrêté suivant : «Tous les directeurs et propriétaires de théâtres sont tenus, sous leur responsabilité individuelle, de faire jouer chaque jour, par leur orchestre, les airs chéris des républicains, tels que la Marseillaise, le Ça ira. Veillons au salut de V empire et le Chant du départ. Il est expressément défendu de chanter, laisser ou faire chanter l'air homicide dit : Le Réveil du peuple. )) Ce chant était contemporain de la réaction thermidorienne. La liberté, comme on le voit, continuait à vivre d'exigences et de prohibitions.
Ce fut en vertu de ce principe que Bourgeon porta plainte, le 24 janvier, devant l'administration de Besançon, contre les particuliers qui négligeaient de porter la cocarde nationale. Il rappela que la loi du 5 juillet 4792 en avait fait
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une obligation expresse à tous les Français, et il demanda que cette négligence fût réprimée. La municipalité le chargea lai-raème de prendre toutes les mesures convenables pour assurer l'exécution de la loi. II est bon de rappeler que cette loi était toute de circonstance, comme l'indiquait son titre même : Mesures à prendre quand la patrie est en danger; or, cette circonstaifte avait cessé depuis longtemps ; d'ailleurs, aucune sanction pénale n'avait été édictée contre les délinquants.
Aux yeux du gouvernement révolutionnaire, la liberté consistait surtout dans le renversement de l'autorité royale et l'inauguration de son propre règne. S'il se montrait souvent beaucoup plus oppressif et tyrannique que les rois, il dédommageait la liberté en ne lui ménageant pas les fêles destinées à célébrer la chute de la royauté. Les exconventionnels tenant à ce que la nation tout entière continuât à partager la honte du meurtre de Louis XVI, qui leur était plus lourde qu'ils ne le laissaient paraître, le corps législatif décréta, le 13 janvier, a que l'anniversaire de lajWe punition du dernier roi des Français serait célébré dans tontes les communes. » L'administration jacobine de Besançon accueillit cette nouvelle avec une vive satisfaction et se hâta de dresser le programme de la fête, car le temps pressait. On décida qu'il y aurait procession civique; que l'indispensable groupe des jeunes filles vêtues de blanc, malgré la saison, et ornées de rubans tricolores, serait placé devant le groupe miUtaire, avec lequel il formerait un gracieux contraste, et que la musique jouerait les airs Ça ira^ etc. Cette honteuse cérémonie s'accomplit le 21 janvier 1796. L'honnête président du département, M. Kilg, fut contraint d'y occuper la première place et même d'y prononcer un discours. Bourgeon prit ensuite la parole, et en profita pour associer dans les mêmes insultes la royauté et la réaction thermidorienne, qui n'était guère moins odieuse à son parti. « Il rappela aux citoyens, dit le secrétaire municipal, les malheurs qui ont pesé sur leur tête pendant ce régime faible et sans énergie, où des individus, parlant sans cesse de justice et d'humanité, cherchaient à étouffer
40 CHAPITRE LIXII.
le patriotisme, en levant, d'un bout de la France à l'autre^ le fer et les poignards sur les hommes énergiques de la Révolution. »
II est resté peu de traces de la célébration de cette triste fête dans les autres chefs-lieux d'administration. Le commissaire de Vaucluse manda qu'un grand nombre de fonctionnaires publics n'y avaient pas paru, etîl en fut sans doute de même dans beaucoup d'autres cantons. A Roche, on remarque avec regret parmi les assistants les curés constitutionnels Gavinet , de Marchaux , et Vivot, d'Amagney. A Bonnay, on chanta le Ça ira; ce fut le plus bel élément de la fête.
La nouvelle administration bisontine avait supplanté sa devancière en l'accusant calomnieusement d'avoir affamé la ville ; les difficultés qu'elle éprouva elle-même à trouver des subsistances montrèrent bientôt avec évidence que la disette n'avait rien eu de factice. Il fallut même recourir au ministre de la guerre pour obtenir de puiser dans les magasins de l'armée la farine nécessaire à la nourriture des prisonniers.
En dehors de la persécution, qui sévit avec une nouvelle fureur contre les prêtres et leurs complices , il ne paraît pas que les commissaires du Directoire près des cantons aient inauguré leur autorité naissante par des tracasseries contre d'autres citoyens. En tout cas, on n'en trouve point d'autres traces que le petit dialogue suivant, établi, le 17 janvier, entre Jobard, commissaire àRoulans,et Quirot, commissaire central : « Quelles mesures faut-il prendre contre les veuves Doyen-Trévillers, Guyot-Malseigne et la citoyenne Mauclerc, mère, sœur et fille d'émigrés, retirées à Deluz, qui corrompent l'esprit public? — Leur signifier de se retirer dans les communes qu'elles habitaient en 1799, à défaut de quoi je provoquerai contre elles l'application de la loi du 3 brumaire dernier^ dont l'article 12 prononce la peine de deux années de fers. »