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9M CBAflTlB LIXVI.
Aa mois de novembre 1796, on apprend que la repu* blique française, victorieuse en Italie, veut exiger du pape» pour prix de la paix, la suppression de tous les brefs contre la constitution civile du clergé. Ce projet exalte tous les constitutionnels. La pensée de voir le pape obligé de se rétracter, au lieu d'avoir à se rétracter eux-mêmes, leur tourne la tête, et Grappin, en applaudissant aux exigences du Directoire, énumère au pape tous les motifs de charité et de convenance qui doivent le déterminer à s'y soumettre.
Dans un autre article contre les rétractations, dom Grappin avoue que les terroristes eux-mêmes faisaient bénir leurs mariages par des prêtres réfractaires, plutôt que de recourir au ministère méprisé des intrus.
Dans les premiers mois de 1797, Grappin traduisit et abrégea un traité de Péreira, oratorien portugais, intitulé : Traité du pouvoir des éwques. Le journal des schismatiques analyse ainsi ce livre : « On y établit que lorsqu'il y a empêchement de s'adresser au saint- siège, les évèques ont le droit de pourvoir au spirituel, soit pour les dispenses, soit pour les cas réservés au pape. Ce traité a été composé à l'occasion de redit du roi de Portugal, qui, en 1760, pour la tranquillité de ses Etats, à la suite de son assassinat, interdit à tous ses sujets, sous les peines les plus grièves, toute communication avec la cour de Rome, tant pour le spirituel que pour le temporel. Il fut obéi. Les évêques portugais rentrèrent dans leurs droits, trop longtemps méconnus, et il ne vint dans l'idée de personne que les pasteurs et les fidèles du Portugal fussent schismatiques. On croirait que la constitution civile du clergé a été calquée d'après les principes de Péreira. » La publication de dom Grappin prouva, une fois de plus, que l'hérésie constitutionnelle était d'origine toute monarchique, et que la Révolution n'avait fait que l'emprunter, pour son malheur, à Tancien absolutisme des cours.
La place d'un si vaillant champion était naturellement marquée dans le concile schisraatique de Paris; il s'y rendit en qualité de député des prêtres de la Haute-Saône, et, comme on l'a vu, il fut un des secrétaires de cette assemblée.
Vil. Le nombre des prêtres constitutionnels qui avaient repris leur ministère dans le département du Doubs s'élevait à peu près à une centaine. C'était peu pour un département qui ne comptait pas moins de trois à quatre cents églises à desservir. Il y avait des cantons où le clergé schismatique n'avait pas un seul représentant (i).
Le sort de ces prêtres n'était pas heureux. On n'avait pas eu la prévoyance d'évaluer leur pension ecclésiastique en quintaux de blé, comme le traitement des fonctionnaires, de sorte que le millier de francs en assignats qui leur était alloué, ne pouvait pas même leur assurer un demi-kilogr. de pain par jour pendant le quart de Tannée ; encore cette misérable indemnité ne leur était-elle pas payée régulièrement. Il y avait quelquefois jusqu'à deux ou trois trimestres en retard. Les anciens moines surtout, ayant dû renoncer à leur
(1) La liste complète des paroisses desservie» constiuitionncllement ne s'est pas conservée. U est seulement constaté que la déclaration exigée pour l'exercice du culte par la loi du 7 vendémiaire an iv fut faite dans l'automne de 1795 : à Remoray, par J.-L. Guyon ; à l'Abergement, par J.-B. Mermot; à Ecot, par F. -Martin Tournoux ; à Pierrefontaine, par J.-Ign. Prieur; à Villars-sous-Ëcot, par Mniilol ; à Mathay, par Rochet ; à ClMux-lez^bàtillon, par Buliet ; à Saint-Hippolyle, par Cl.-Ign. Prieur et J.-B. Faivre ; à Dumpjoux, par Ch.-Jos. Tournoux ; à Uzelle, par Vienney; à Pont-de-Roide, parBaud; à Goux-lez-Neuchatel, par Paget; à Ronchaux, par Math. Brutillot ; à By, par Berthold ; à Cuisance, par Potttilet; à Villers-le-Sec, par Dufay et par Nachin; à Âubonne, par Chevènement ; à Arc-sous-Cicon, par Ravier ; au Luhier, par Vernerey; au Cerneux-Monnot , par Jeanmonnoi ; à Vaucluse, par Guillemin ; à Cour-Saint-Maurice , par Oudot-Guerrissot ; à Baume, par J.-Melchior Lambert ; à Roulans, par Guinchard ; à Pouligney, par Branget ; à Saint- Hilaire, par Deville ; à Vuillafans, par Gabr.-ÀIexis Renaud , J.-Cl. Ligier, Ant. Cotton et Baillet ; à Ronchaux, par Grandvoinet ; à Leugney, par Prétet ; à Servtn, par Détej ; à Chaux-Neuve, par Cl.-Simon Baud ; à Mouthe, par Bumequej ; à Boujeons, par Augustin Pdne ; à la Chapelledes-Bois, par Dubiez ; & Gellin, par Favrot ; à ChAtelblanc, par P. -Alex. Blondeau ; & Villedieu, par J.-B. Mondet ; aux Pontets, par Montenoise; à Beure, par J.-Cl. Bourgeois ; à Moncley, par Devillard ; à Tournans, par Guillemin ; à Moncej, par Jacquey ; à Rigney, par Vivot et les deux Bigot ; à Marchaux, par Gavignet ; à Busy, par Et.-Jos. Vertel ; à Grandfontaine, par J.-B. Magnin.
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patrimoine en entrant en religion, se trouvaient dans une incroyable détresse. Plusieurs curés, notamment Prieur, à Saint-Hippolyte ; Bourgeois, à Beure; CI. -Alexis Roy comte, à Indevillers, et Oudot-Guerrissot, à Cour- Saint-Maurice, furent obligés de joindre à leurs fonctions celles d'instituteur primaire public. Cependant, le 4" décembre 4796, le Directoire arrêta que 100 livres en assignats ou en mandats ne seraient plus comptées que pour 2 livres 45 sous, ce qui était leur valeur effective on ce moment. Parmi les prêtres qu'on vit les plus âpres à réclamer leur pension ecclésiastique^ on remarque le nom de Proudhon aîné, de Besançon, jeune prêtre qui n'avait reçu le sacerdoce que pour l'abjurer presque aussitôt et devenir l'un des plus ardents persécuteurs de la religion. Par une étrange inconséquence de nos lois, cet apostat, déprêtrisé au bout de quelques jours et marié, a continué à jouir de sa pension ecclésiastique jusqu'au moment où nous commencions à écrire cette histoire.
Les documents qui nous restent sur la petite église schismatique de Besançon nous la montrent sous l'aspect le plus misérable. Le 9 juin 4797, une pétition fut adressée à l'administration municipale , par les plus notables paroissiens de l'église métropolitaine, pour obtenir des cbéneaux de fer-blanc qu'un orage avait enlevés du toit de cette église : l'entretien de l'édifice ayant été laissé à leur charge. Cette liste de notables ne nous présente que les noms les plus obscurs : Vieille, Voinet, Jeannin, Mouffet, Hingray, P. Buthiau, Catton, Mourey, Deville, Guenot, Amidey, Blaivois, Purlot, BuUiard, Perron et Tournier. On a encore le registre où était inscrit le produit des quêtes faites aux offices pour l'entretien du culte. Ce produit, même pour les grandes fêtes, est réduit au chifire le plus humiliant. L'administration municipale de Besançon se montra généralement bienveillante pour ces pauvres sectaires. Toutefois, sous prétexte que les cérémonies de la nuit de Noël pouvaient offrir du danger à raison des circonstances, elle les interdit le 21 décembre 1795. Le 4 mai 4797, Tuaillon, curé de Sainte-Madeleine, reçut l'invitation de ne plus annoncer ses offices par le son des cloches. Il répondit qu'il avait toutes
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les peines imaginables d'empêcher ses paroissiens de sonner, mais qu'il n'épargnerait rien pour leur faire entendre raison.
Le 24 décembre 1795, le tribunal correctionnel condamna Blafifard, papetier, à une décade d'emprisonnement, pour s'être présenté à l'église Sainte-Madeleine, le chapeau sur la tête, et pour avoir troublé le catéchisme en disant aux enfants : « Il n'y a ni Dieu ni diable. »
Les autres communes du Doubs n'offrent guère qu'un exemple de conflit entre l'administration et le clergé constitutionnel. Le 7 août 1796, Jobard, commissaire à Roulans, écrivit à Quirot : « Une infraction à la loi vient de se renouveler à Roulans, à l'occasion d'un particulier qui vient de mourir. J'ai fait défense au citoyen Guinchard, ministre du culte, de sonner ou de faire sonner les cloches pour les obsèques de ce défunt. Mes réclamations ont été inutiles. Il en est de même de son costume ecclésiastique. Je n'ai pu obtenir jusqu'à ce jour aucun changement en lui. J'ai pris le parti.de vous en faire part, pour mettre ma responsabilité à l'abri. » Neuf jours après, Quirot adressa à l'audacieux curé cette admonestation grotesque :
« C'est vous, ministre du culte, qui avez promis soumission aux lois, c'est vous qui, par votre exemple, encouragez publiquement les citoyens que vous dirigez, aies enfreindrel La constitution, vous le savez, ne favorise exclusivement et ne salarie aucun culte particulier ; elle les tolère, les protège tous. Le gouvernement ne peut et ne doit avoir aucune influence directe sur les relations de l'homme avec la Divinité. Tous doivent jouir de la plus entière liberté dans l'exercice du culte qu'ils se sont choisi. Et cela n'arriverait point si un culte s'établissait en dominateur au-dessus des autres, si ses cérémonies étaient étalées pompeusement en public , si ses ministres se distinguaient du reste des citoyens par un costume particulier. Ce n'est pas en vain que je vous aurai rappelé ces vérités que le bon sens et la raison dictent, et qui ne sont en contradiction avec aucun préjugé rehgieux. Une plus longue obstination ne pourrait plus être tolérée, et je me verrais à regret forcé de vous dénoncer aux tribunaux^ si ces abus subsistaient plus longtemps à Roulans. »
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Guinchard répondit à ces inepties solennelles : « Je n'ignore pas les lois que vous me citez, je les respecte, je m'y conforme et eu prêche l'exécution à ceux qui ont en moi quelque confiance. Mais, je m'en rapporte à vous-même, comment empêcher un peuple de suivre ses anciens usages autrement qu'en lui ôtant absolument les moyens de le faire? Celui qui me dénonce pourrait témoigner lui-même que, bien loin défaire sonneries cloches, j'ai rappelé plusieurs fois au peuple de la paroisse assemblé les lois qui lui en interdisent l'usage. Il ajouterait même que je me suis rendu im-' portun à ce même peuple en lui répétant trop souvent celte même chose ; que plusieurs même m'ont insulté et m'ont menacé de saccager la cloche ainsi que moi, si je leur en parlais davantage ; qu'on avait sonné pour leurs ancêtres et qu'on sonnerait encore pour eux, etc. Entreprendrai-je de faire un peuple de philosophes de gens qui raisonnent ainsi? J'en laisse le soin à celui qui me dénonce, n'en ayant pas moi-même le talent. Pour mon costume, je le porte chez moi, et aucune loi ne m'en empêche; vous êtes trop juste, citoyen, pour vous y opposer vous-même. » Quirot s'en tint sagement à cette bonne leçon.
On constate avec satisfaction que les conflits entre les catholiques et les constitutionnels furent très rares pendant les deux années qui s'écoulèrent après l'inauguration du régime directorial. On ne trouve que deux plaintes, formées toutes deux par des intrus à Vuillafans. La situation poUtique et religieuse de ce bourg mérite une mention particulière. Les catholiques fidèles y étaient en grande majorité; mais ils trouvaient à côté d'eux un groupe de jacobins intelhgents, actifs et audacieux, qui, de bonne heure, s'étaient constitués en club et n'avaient plus cessé de vexer la majorité par tous les procédés révolutionnaires. Cette paroisse comptait un grand nombre de familiers et d'autres prêtres sans fonctions, très paisibles, très populaires, tout disposés à prêter le serment de liberté et d'égalité; une dénonciation collective du club les envoya tous en exil. Un grand nombre de pieux laïques se virent eux-mêmes incarcérés à plusieurs reprises comme suspects. On comprend dès lors combien , après la
Terreur, cet infime et audacieux parti des persécuteurs était honni , méprisé et haï , et combien ses prétentions à jouir seul du culte public et de l'église paroissiale excitait de violentes contradictions. Le capucin J.-Cl. Ligier, ex-intrus de Cléron, personnage agressif, dont la présence était partout le signal de difficultés et de querelles, adressa, le 8 avril 1197, au commissaire Regnaud , la dénonciation suivante : a Depuis longtemps y les prêtres réfractaires se préparent à une insurrection complète dans Vuillafans et dans une grande partie du canton, qu'ils ont gangrenée; c'est demain, dimanche des Rameaux, qu'elle doit s'efiectuer dans tout son éclat. Tous, en corps de familiarité, accompagnés des prêtres du voisinage et à l'aide de l'agent de la commune , ils sont unanimement décidés à chanter les offices de paroisse et à continuer ainsi , durant la grande semaine , comme sous le règne scandaleux de la familiarité, lis se proposent de plus d'empêcher les patriotes d'exercer leur culte avec les prêtres soumis aux lois, dans l'église de Vuillafans, en choisissant précisément, pour leur brigandage, l'heure des offices de la paroisse. A coup sûr, ils renouvelleront sur moi la malheureuse catastrophe des vêpres siciliennes, avec le secours des volontaires qu'ils ont rendus traîtres à la patrie par leurs avis séducteurs J'ai déjà échappé à un assassinat au-dessus de la côte d'Echevanne. Leur mauvaise réussite ne leur fait pas perdre Tespérance de mieux réussir une autre fois. Je me crois donc obligé de vous avertir de tous ces forfaits, afin que vous puissiez les prévenir en faisant observer les lois. — P. S. Noms des citoyens qui ne veulent pas permettre aux réfractaires de fonctionner dans notre église. » Suivait une Uste de quatre-vingts noms, tant de jacobins que de jacobines, formant le troupeau du P. Ligier.
Si l'ex-capucin avait pour lui les lois, il avait contre lui l'opinion publique, plus forte que les lois ; et, en voulant refuser à la majorité catholique sa juste part dans la jouissance de l'église paroissiale, il y gagna d'en être expulsé lui-même. Son parti , qui avait donné le premier tant d'exemples du triomphe de la force sur le droit et même sur la légalité, se trouva ainsi puni par où il avait péché. Le dimanche des Ra-
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meaux, Tabbé Gordier, déporté, fit les offices publics, assisté de quatre autres prêtres réfractaires de Vuillafans et de l'abbé Amiotte, vicaire d'Etalans. Ces ecclésiastiques confessèrent pendant toute la semaine sainte. Enfin, le lundi de Pâques, Ligier ayant sans doute renouvelé ses attaques ou ses prétentions exclusives contre les catholiques, l'un de ces derniers^ P.-Jos. Gordier, Inî arracha de force les clefs de l'église et de la sacristie, et les orthodoxes restèrent seuls maîtres du temple. Ge nouveau coup jeta le P. Ligier hors des gonds; il cria à la spoliation , parce que les armoires de la sacristie contenaient des ornements rachetés par les constitutionnels, et se prétendit chassé de l'église, parce qu'il n'osait plus y retourner, de peur d'être maltraité, comme il en avait été menacé.
Le commissaire Regnaud ne manqua pas de se faire l'organe des plaintes du P. Ligier; mais elles n'eurent aucun succès auprès de l'administration cantonale. Regnaud les adressa donc à Quirot , en déclarant qu'il ne lui était plus possible de faire exécuter la loi , pas plus à Vuillafans que dans le reste du canton ; qu'en remettant la plainte du prêtre constitutionnel à la justice, Quirot pourrait indiquer comme témoins de tous les délits commis pnv les fanatiques de Vuillafans, les quatre-vingts ouailles du P. Ligier, dont la hste se trouvait jointe à la plainte ; que le juge de paix du canton étant le frère du prêtre Gordier, déporté , et le parent de P.-Jos. Gordier, autre inculpé , il était nécessaire de confier les informations à un autre magistrat, pour cause de suspicion ; que l'affaire était grave , les lois étant ouvertement violées, et des menaces d'assassinat ayant même été faites, disait- on, dans un lieu appelé le Ghamp-de-Mars. « Je suis menacé moi-même, disait tragiquement le commissaire en finissant; mais on a soin de le faire lorsqu'il n'y a personne pour en rendre témoignage. Ne soyez pas surpris d'apprendre, quelque jour, que je suis assassiné. Je périrai avec honneur; ce sera en défendant ma patrie et la loi. » Décidément, l'éducation classique avait tourné la tête à ces demi-lettrés. Us persistaient à jouer aux vieux Romains. Le SK4 avril, Quirot transmit toutes les pièces aux commissaires près les tribunaux,
en recommandant qu'on poursuivît vivement les coupables. Bucaille répondit, le même jour, qu'il venait d'adresser au directeur du jury d'accusation un réquisitoire tendant à faire nommer le juge de paix d* Amancey pour informer, à l'extraordinaire, contre les prévenus. Ce choix n'était pas heureux pour le P. Ligier, car M. Tournier, juge de paix du canton d'Amancey, était encore plus dévoué que celui de Vuillafans au parti catholique. Aussi l'ex-capucin ne tarda-t-il pas à recommencer ses doléances contre l'enquête. Il écrivit, le 28 mai , à Regnaud : « C'est pour vous faire part des dépositions qui ont été faites , puisqu'elles ont été toutes présidées par Lemaillot , Estignard , les deux Cordier, frères du déporté, les parents de Cordier, l'arracheur de clefs, Trouillet, de Chasnans, le prêtre manqué de Lavans, ainsi que plusieurs autres de même trempe. Nicolas Robin a été insulté à outrance, de l'aveu même du commissaire, et le prévenu, qui était aux écoutes à la porte. Ta saisi en sortant. Le prêtre Cordier continue à ramasser les jeunes filles pour les confesser dans sa chambre. Trois fameux aristocrates ont été entendus pour faire une contre-enquête. Cl.-Jos. Ligier, l'un d'eux, m'a attaqué sur le pont du Grand-Bief, le 22 floréal, et je n'ai échappé à sa poursuite qu'à l'aide du teinturier et de ses quatre ouvriers. » Le P. Ligier recommençait ensuite, depuis l'origine, Ténumération de ses griefs contre les catholiques de Vuillafans. Dès le ii janvier 1797, Florentin Girard avait fermé la porte de l'église, et elle n'avait été rouverte que quatre jours après, grâce à la présence du citoyen Masson, membre et délégué du département; mais elle avait été fermée de nouveau le 27 février, et le plaignant n'avait pu obtenir sa réouverture qu'avec l'appui des patriotes, qui l'avaient prié de leur faire la cérémonie des Cendres. « Enfin, disait le P. Ligier, le lundi de Pâques , ils m'ont chassé de l'église. J'attends avec patience, des autorités constituées, de me faire rentrer dans mes droits, afin que je puisse, sans trouble ni effusion de sang, exercer mon culte selon les vœux des vrais patriotes, qui vous demandent la même grâce que moi. D Regnaud, réduit lui-même à l'impuissance, après avoir épuisé successivement les ressources administratives
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et judiciaires, ne put qu'engager le P. Ligier à attendre des temps meilleurs.
Le 15 août i 797, vers onze heures du soir, F.-Marie Baiilet, prêtre constitutionnel, domicilié à Châteauvieux, revenant de remplir son ministère à Vuillafans, et passant dans un chemin fort encaissé , fut assailli d'une grêle de pierres. Le compagnon qu'il avait étant retourné à Vuillafans pour chercher dn secours , Baiilet fut abordé sur la route par deux hommes dont la figure était voilée et qui tombèrent sur lui à coups de bâtons. Frappé à la tête, il tomba évanoui. Quand il reprit ses sens, il déclara que dans l'un des agresseurs il avait cru reconnaître, à sa corpulence, J.-B. Cordierainé, tanneur à Vuillafans, mais que l'autre lui était resté inconnu. Comme le bruit s'était répandu que Cordier, P. -Et. Viénot fils , artilleur, et P. -Cl. Bataillard, avaient formé le projet d'assassiner Baiilet, on les soupçonna d'être les auteurs de cet attentat, et ils furent incarcérés tous les trois. Mais il fut bientôt reconnu qu'il était impossible d'impliquer, à quelque titre que ce fût, Viénot et Bataillard dans cette afiaire; ils furent donc mis hors de cause par le jury d'accusation. Toutefois, M. Viénot demeura en prison jusqu'au 22 janvier i798. Quirot ne le laissa mettre en liberté qu'après s'être convaincu, parle témoignage même de l'administration militaire, que le jeuue artilleur se trouvait légalement dans ses foyers. Les charges qui pesaient sur M. Cordier n'étaient guère plus graves; lui et son domestique avaient^un jour, traité Baiilet de hup eii'enragé. M. Cordier n^en fut pas moins traduit par le jury d'accusation devant le tribunal criminel ; mais le iA janvier, le jury de jugement déclara que si des violences et mauvais traitements avaient eu lieu contre le prêtre Baiilet, il n'était nullement établi que M. Cordier en eût été l'auteur ou même le complice ; en conséquence, l'accusé fut mis en liberté.
Un autre conflit faillit s'élever à Verne entre les deux partis. Le 9 mai 1797, Damotte, curé constitutionnel de cette paroisse, écrivit au commissaire du canton : « Au moment d'une paix avec l'extérieur, je vois sous mes yeux venir régner le trouble dans cette paroisse, où quatre-vingts indivi-
dus sur cinq cents passés, voudraient chercher à semer la division sous prétexte de religion. Un prêtre insermenté et même déporté est venu slmmiscer dans l'église paroissiale de Verne. Si déjà je n'avais prévenu le trouble, il serait arrivé un bruit même sanglant. Dimanche dernier, la même chose est arrivée, et j'ai cru prévenir la discorde en fermant les portes de l'église, où des hommes étaient survenus avec des armes tranchantes. Ainsi , citoyen , je crois devoir vous avertir qu'une Vendée commence à s'ouvrir dans le cheflieu de votre canton, si on n'y rappelle le bon ordre. » Le paisible Munier, commissaire du Directoire, ne sachant quel parti prendre, se borna à transmettre cette lettre à Quirot. Ce dernier n'eut pas de peine à faire la part des exagérations habituelles aux intrus, et recommanda seulement à Munier la stricte exécution de la loi sur la police des cultes. Quinze jours après, Munier répondit à Quirot : « Les troubles qui ont paru vouloir s'élever à Verne, au sujet du culte, se sont étouffés presque dès leur naissance. L'un et l'autre parti ont préféré la paix à un curé de leur gré ; en conséquence, l'église est déserte et le calme est rétabli. » Un pareil moyen de trancher la difficulté pouvait faire les délices de Quirot et autres philosophes de la même école ; mais évidemment il ne satisfaisait aucune des deux parties de la population, également attachées .aux cérémonies chrétiennes , et une transaction de ce genre ne pouvait être durable .
I. La constitution de Tan m s'était tenue dans une sage réserve à l'égard du culte mythologique et théâtral que les conventionnels persistaient à implanter en France en dépit de tous les dégoûts manifestés par la nation. « Il sera établi, disait-elle modestement, des fêtes nationales pour entretenir la fraternité entre les citoyens et les attacher à la constitution, à la patrie et aux lois, n Ce programme discret rappelait si peu les orgies du culte de la Raison, de Marat et de la décade, qu'il passa inaperçu et n'empêcha nullement les chrétiens même les plus fervents de voter pour la constitution. Mais le 24 octobre 1795, la Convention, avant de se séparer, décida, sur le rapport de l'ex-oratorien Daunou, que dans chaque canton, il serait célébré, chaque année, sept fêtes nationales , savoir : celle de la fondation de la République, le 1" vendémiaire ; celle de la Jeunesse, le 10 germinal ; des Epoux, le 10 floréal ; de la Reconnaissance, le 10 prairial; de l'Agriculture, le 10 messidor; delà Liberté, les 9 et 40 thermidor; et des Vieillards, le 10 fructidor. La célébration de ces fêtes devait consister en chants patriotiques, discours sur la morale du citoyen, banquets fraternels, jeux publics et distributions de récompenses. Une loi du 13 janvier suivant ajouta à ces fêtes celle de Vanniversaire de la jwte punition du dernier roi des Français.
Les premiers soins réclamés par la mise en œuvre du nouveau système politique paralysèrent, pendant quelques mois, la passion mythologique des philosophes gouvernementaux; mais à l'approche du printemps, leur imagination
se réveilla, et le 9 mars i796, le Directoire publia cet arrêté : « Dans toutes les communes, une fête de la Jeunesse ser^ célébrée le 10 germinal. Les administrations municipales sont invitées à y faire entrer autant que possible : 1* l'exécution de la loi sur l'inscription civique ; 2^ l'armement des jeunes gens parvenus à l'âge de seize ans ; S** les récompenses à accorder aux élèves qui se seront distingués dans les écoles nationales. Ces cérémonies se feront, autant que possible, devant un autel de la Patrie^ élevé près de la maison commune. Elles seront accompagnées, comme la loi le prescrit, de chants patriotiques, de discours sur la morale du citoyen, de jeux et d'exercices publics. Les vieillards des deux sexes y auront une place d^honneur , ainsi que les défenseurs de la patrie blessés. Les citoyens sont invités à porter à ces fêtes, dépourvues de pompe et de luxe, l'esprit de patriotisme et de fraternité qui anime les vrais républicains. »
Le i 6 avril, nouvel arrêté. « Dans toutes les municipalités, une fête des Epoux sera célébrée le 40 floréal. Les personnes mariées qui, par quelque action louable, auront mérité de servir d'exemple, et celles qui, chargées de famille, auront adopté des orphelins, seront proclamées pubhquement le jour de la fête, et il leur sera distribué, au nom de la patrie, des couronnes civi(]ues. Les jeunes époux qui se seront unis pendant le mois précédent feront partie du cortège. Les épouses y paraîtront vêtues en blanc , parées de fleurs et de rubans tricolores. On prononcera, auprès de l'autel de la Patrie, un discours analogue à la circonstance et Ton y exécutera des hymnes et des chants civiques. Le vieillard qui aura près de lui la famille la plus nombreuse aura la première place, et c'est lui qui sera chargé de distribuer les couronnes. »
7 mai, loi portant qu'il sera célébré, le 10 prairial, une fête de la Victoire. Le surlendemain , arrêté des directeurs prescrivant de célébrer cette fête concurremment avec celle de la Reconnaissance, fixée au même jour par les lois organiques. Cette cérémonie se fera^ autant qu'il sera possible, auprès d'une statue de la Liberté décorée d'une manière analogue à la circonstance, ou d'un autel de la Patrie, sur le-
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quel seront posés des trophées ou des branches de laurier ornées de rubans tricolores. Des décharges d'artillerie, des chants civiques, des discours oratoires et des jeux , doivent embellir cette solennité. Des palmes seront données à tous les militaires blessés en combattant.
8 juin, arrêté du Directoire quidétermine lamanière decélébrer la fête de l'Agriculture. « Les fonctionnaires et tous les citoyens et citoyennes, convoqués au son du tambour et des fanfares, se rangeront en ordre sur la place publique. A quelques pas devant l'autel de la Patrie, on placera une charrue ornée de feuillage et de fleurs, et attelée de bœufs ou de chevaux. Dans les communes où l'on pourra se procurer un char, il suivra la charrue et sera surmonté d'une statue de la Liberté tenant d'une main une corne d'abondance, et montrant de l'autre les ustensiles du labourage entassés sur le devant du char. Le charrue sera précédée d'un groupe de vingt-quatre laboureurs choisis parmi les plus recommandables. Ils seront précédés de leurs femmes et de leurs enfants. Tous tiendront d'une main un des ustensiles de labourage, et de l'autre un bouquet d'épis et de fleurs. Les chapeaux seront ornés de feuillage et de rubans tricolores. L'administration municipale désignera celui des laboureurs qui aura mérité d'être proposé pour modèle ; son nom sera proclamé à haute voix, et pendant toute la cérémonie il sera placé à côté du président. Le président prononcera un discours analogue à l'objet de la fête. Au son d'une musique instrumentale entremêlée d'hymnes, le cortège s'avancera dans la campagne et se rangera en ordre dans le champ dont la municipalité pourra disposer. Les laboureurs se mêleront parmi les citoyens armés ; et, à un signal donné, ils feront l'échange momentané des ustensiles de labourage contre les fusils. Au son des fanfares et des hymnes, le président enfoncera dans la terre le soc de la charrue et commencera un sillon. Les laboureurs rendront les fusils ornés d'épis et de fleurs , et reprendront les ustensiles , au haut desquels flotteront des rubans tricolores. Le cortège reviendra sur la place publique ; le président et le laboureur honoré du prix déposeront sur l'autel de la Patrie les ustensiles et les cou-
vriront d'épis, de fleurs et de diverses productions de la terre. Cette cérémonie se fera également au son des fanfares et des chants. La fête sera terminée par des danses. »
Le 5 juillet, arrêté du Directoire déterminant la manière dont seront célébrées les fêtes de la Liberté, fixées au 9 et au iO thermidor, et destinées à consacrer à la fois les époques mémorables du U juillet 4789, du 10 août i792 et du 9 thermidor an ii. — a Première jùuTrnée, Les administrateurs et tous les corps constitués, escortés par la garde nationale, partiront de la maison commune. Ils seront précédés de six groupes : le premier, composé de pères de famille; le deuxième, de mères de famille; le troisième, de jeunes gens de dix-huit ans au moins; le quatrième , de jeunes filles à peu près du même âge; le cinquième, d'enfants mâles, et le sixième, d'enfants de l'autre sexe. Les hommes et les femmes tiendront à la main une branche de chêne. Les chapeaux seront ornés de rubans tricolores. — Le cortège se rangera sur la place publique, autour de l'autel de la Patrie. Il y aura, sur l'autel, des sabres, des haches et des massues, et un faisceau de plusieurs drapeaux aux trois couleurs. A l'extrémité opposée de la place, on verra un trône et les emblèmes de la royauté, un sceptre, une couronne, un écusson armorié et un cahier, sur lequel seront écrits ces mots en titre : Constitution DE 4791. — Après un discours du président, analogue à l'objet de la fête, il sera chanté un hymne renfermant une invocation à la Liberté. — Les six groupes recevront des mains du président de l'administration les armes déposées sur l'autel, se porteront rapidement, au son d'une musique guerrière, à l'autre extrémité de la place, et le trône s'écroulera sous leurs coups redoublés, pour rappeler que l'abolition de la royauté est due au courage du peuple entier. Cette cérémonie se fera au son des fanfares, au bruit d'une décharge de mousqueterie et aux cris répétés de Haine à la tyrannie f Vive la liberté/ — Les six groupes reviendront déposer leurs armes sur l'autel de la Patrie. Le président remettra à chacun d'eux un drapeau, en prendra un lui-même, et, accompagné des corps constitués, il ira le planter sur les débris du trône ; les six groupes imiteront son exemple. — Le cortège
6Ô8 CHAPITRE LXXYII.
se remettra en marche pour retourner à la maison commune, et les danses commenceront sur la place publique.
» Seconde journée. Le lendemain, le cortège, partant de la maison commune, se rangera également autour de Tautel de la Patrie. On posera sur Tautel des guirlandes de feuillage, de fleurs et un flambeau allumé. A l'extrémité opposée de la place , on verra un nouveau trône formé des débris du premier, recouvert d'un manteau aux trois couleurs et surmonté des emblèmes de la tyrannie triumvirale, un masque, un bandeau, des poignards et des torches, et un cahier sur lequel seront écrits ces mois en litre : Constitution de 1793. — Le président prononcera un discours qui sera suivi d'un hymne renfermant une invocation à la Liberté. Le président prendra le flambeau allumé sur l'autel de la Patrie. Accompagné des présidents des différents corps constitués et suivi des six groupes, il se portera, au son d'une musique guerrière, à l'autre extrémité de la place, dépouillera le trône du manteau tricolore dont il sera recouvert et mettra le feu au trône, pour rappeler que l'abolition de la tyrannie triumvirale est due particulièrement au courage des dépositaires de l'autorité. Cette cérémonie se fera au bruit d'une décharge d'artillerie, au son des fanfares et aux cris répétés de Haine à la tyrannie ! Vive la liberté l Vive la république ! — Le président reviendra près de l'autel, y placera avec solennité le livre de la constitution républicaine et en lira le dernier article à haute voix. Les six groupes et le peuple entier répondront à cette lecture par ce cri : Vive la constitution! Vive la républiqueJ — Pendant cette dernière cérémonie, deux membres de chaque autorité constituée, escortés d'un détachement de la garde nationale, iront chercher la statue de la Liberté et la reconduiront à l'extrémité de la place , sur les débris des trônes détruits. Le président prendra sur l'autel les guirlandes^ il en gardera une et distribuera les autres aux six groupes. Le cortège s'avancera vers l'autre extrémité de la place , et le président et les six groupes suspendront leurs guirlandes à la statue de la Liberté. — Le cortège reviendra à la maison commune , et des danses s'étabUront autour de l'autel de la Patrie et de la statue de la Liberté. »
Mais le corps législatif n'entendit pas qu'on transférât, qu'on amalgamât et qu'on abrégeât avec ce sans-façon trois fêtes aussi respectables. Le 28 juillet, une nouvelle loi ordonna que la fête du 1 4 juillet l prise de la Bastille), serait célébrée chaque année le 26 messidor, et celle du iO aoât le 23 thermidor. Le Directoire s'empressa d'exalter une si belle pensée, a Tous les peuples libres, dit-il, ont fêté avec ivresse les époques mémorables de leur histoire et surtout les jours de leur afifranchissement. Chez les Romains, une des principales fêtes était celle de l'expulsion des Tarquins. Le iO août , dernier jour du despotisme royal en France, ne doit pas être moins cher aux Français. Comme on n'a fait qu'une simple commémoration de ce grand jour dans les dernières fêtes de la Liberté, et que cette glorieuse époque doit être célébrée au jour même où elle se trouve placée dans l'annuaire républicain, la fête du 40 août sera célébrée dans toutes les communes. Dès le matin, tous les fonctionnaires publics se réuniront et se rendront sur la place publique, précédés d'un détachement de la garde nationale. Le président rappellera au peuple assemblé l'histoire abrégée du 10 août. Il suspendra ensuite à l'arbre de la liberté l'inscription suivante : Aw 10 aoûtl Honneur aux braves qui renversèrent le trône! Les Français ne reconnaissent plus d'autres maîtres que les lois! Cette cérémonie se fera au bruit d'une musique guerrière. Les instituteurs de la jeunesse se rendront avec leurs élèves sur la place publique; ils s^engageront à haute voix, en présence des corps constitués, à n'inspirer à leurs élèves que des sentiments républicains, du respect pour les vertus, les talents et le courage, et de la reconnaissance pour les fondateurs de la république. Des chants civiques suivront cet engagement solennel. On se rendra ensuite de chacune des communes au chef- lieu du canton, on y exécutera des jeux, des courses à pied et à cheval. Les juges des jeux seront choisis parmi les instituteurs de la jeunesse. Ces juges seront placés sur une estrade et tiendront à la main des palmes et des couronnes de laurier qu'ils donneront aux vainqueurs. Des danses dans le même lieu termineront la fête. ))