‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inéditsChapitre 43 sur 54 · VIII. i · texte numérisé non relu

VIII. i

722 CBAPITRB LXXYIII.

Le 12 juin, le commissaire Richard transmit à Quirot un procès-verbal de l'agent de Ferrières, constatant que, le 8, une partie des habitants avaient fracturé la|porte de l'église et y avaient introduit M. Chagrot, curé déporté deTrévillers, pour célébrer la messe. Le juge de paix fut chargé des poursuites.

Dans les derniers jours du même mois, les volontaires ayant, sans ordres réguliers, violé le domicile d'un citoyen paisible, aux Plains, y découvrirent M. J.-Ign. Parrenin^ vicaire en chef déporté de cette commune, et le conduisirent à Maiche, en commettant beaucoup de violences. L'adjoint de Maiche déclara cette arrestation illégale et renvoya le prisonnier à l'agent des Plains, sous la garde de trois habitants de cette dernière commune, MM. J. -Félix, Marcellin et F.-Jos. Gourvoisier. Mais les trois gardes oublièrent en route l'objet de leur mission ; car lorsque le gendarme Nicolet^ de la brigade de Damprichard, se présenta, le 23 juin, i l'agent et à l'adjoint des Plains, pour s'informer de ce qu'ils avaient fait du prêtre qui leur avait été renvoyé, les deux municipaux assurèrent qu'on ne leur avait amené aucun prêtre et qu'ils ignoraient même que quelqu'un eût été chargé de leur en amener un. En compensation, le procès-verbal de l'arrestation illégale et des violences commisesparles volontaires fut adressé an juge de paix, avec invitation de poursuivre les coupables.

La commune de Damprichard eut aussi à soufiVir de l'indiscipline des volontaires cantonnés dans cette contrée, et le i5 août, les deux magistrats municipaux dressèrent le procès*verbal suivant, qui accusait en même temps de voies de fait, attentats à la liberté du culte, à la sûreté des personnes et des propriétés, les deux principaux agitateurs de cette commune :

« Environ les neuf heures et demie de ce jour, plusieurs habitants, avec d'autres des communes voisines, qui ont pour ministre du culte F.-Jos. Faivre (constitutionnel), sortant Ae l'exercice de leur culte, ont formé différentes groupes et ont eu des pourparlers qui ont duré plus d^une demi-heure et nous ont fait soupçonner qu'ils avaient des projets sinis-

▲DMINISTBATION RÉPARATBICE ÉLUE PAR LE PEUPLE. 723

très. Dans ce moment, J.-B.-Alex. Farine, lieutenant de la garde nationale, et F. Graizely, sergent, ont demandé à nous parler, et étant entrés chez le citoyen Rondot, agent, avec une fierté portée jusqu'à Tiusolence, ils nous ont de suite demandé à voir la soumission de l'abbé Oudrion, prêtre qu'on disait vouloir fonctionner. Nous leur avons répondu qu'elle était consignée au registre, qu'ils ne l'ignoraient pas, qu'ils étaient présents lorsqu'il la fit, et qu'ils pouvaient encore la voir. Farine dit que ce prêtre ne célébrerait pas, qu'il Ten empêcherait et qu'il voulait assembler la garde nationale. En vain nous lui avons représenté que, d'après les lois, la surveillance des cultes était dévolue aux autorités constituées, et nous lui avons lu l'article ^1 de l'acte constitutionnel, avec défense d'assembler la garde nationale. Etant sortis, nous avons aperçu que les groupes augmentaient, et qu'il s'y trouvait des soldats , que la présence de Farine et de Graizely animait les esprits et que les tètes se montaient. Nous nous sommes avancés an milieu de ces groupes, revêtus de nosécharpes, et leur avons ordonné, au nom de la loi, de se séparer. Farine a répondu que c'était nous-mêmes qui devions nous retirer. A ce moment, le lieutenant qui commande le détachement de volontaires a fait battre le rappel, et les soldats se sont assemblés sous les armes. Les groupes se sont ensuite un peu dissous et le calme paraissait rétabli. Il faut observer que Farine, Graizely, F.-Jos. Richard, Cl,- F. Bouverot, tous de Damprichard, Jos. Jeanuoutot, de Gharquemont, Justin MuUer et sa sœur Ludivine, des Essarts-Cuenot, avant que les soldats soient sous les armes, les incitaient à empêcher l'abbé Oudrion de célébrer la messe, en disant qu'ils voulaient leur aider. L'abbé Oudrion étant entré à l'église, aussitôt des cris efiï'ayants : // faut le tuer I se sont fait entendre de difi^érents points. Le commandant des volontaires a inutilement donné à ses soldats tous les ordres pour les contenir et les empêcher de se livrer à des voies de fait ; il a apporté dans cette occasion tous les moyens que la prudence peut suggérer, jusqu'à exposer sa vie, voulant résister à la débandade où il voyait que ses soldats allaient se livrer. Le tambour ayant dit qu'ils devaient tous aller à i'é-

724 CHAPITRR LXXYIII.

glise et tailler le prêtre en pièces, et ayant abandonné son poste, tous les soldats, à l'envi l'un de l'autre, malgré les ordres du commandant et des sergents, et malgré les nôtres, que nous leur avons réitérés en ce moment, ont quitté les rangs, et sont accourus à la porte de l'église, s'y sont introduits en armes et en ont chassé tous ceux qui y étaient, les maltraitant à coups de pied et de crosses de fusils, et cherchant Oudrion pour le tuer. Au moment oà ces volontaires se sont rendus à l'église. Farine et Graizely ont crié : Aux armeSy gardes nationaux! soutenons les volontaires, appuyons leurs droits/ et Farine a fait battre la caisse contre nos ordres, et s'est porté, le sabre nu à la main, au-dessus de l'escalier du cimetière. » Il y fut rejoint par vingt-cinq ou trente patriotes armés. L'agent municipal les ayant encore sommés de se séparer^ Farine s'y refusa tranchément, en disant qu'il voulait exercer sa compagnie, a Après midi, continuent les deux municipaux, on a vu les perturbateurs conduire dans les auberges les soldats et les y enivrer, pour les engager à de nouvelles atrocités, et ils y ont réussi. Depuis les cinq heures jusqu'à la nuit, différents citoyens et citoyennes ont été attaqués, maltraités et assassinés sur les places et les chemins publics de ce village ; rien n'a été respecté. Ces soldats s'en prenaient aux maisons qu'on leur avait indiquées; ils les assiégeaient à coups de pierres, avec menace de les détruire et de les brûler. Sur les huit heures et demie, les deux fils Rondot étant allés pour fermer l'église, furent assaillis à coups de pierres et ne durent leur vie qu'à la fuite et à l'asile que le citoyen J.-F. Jeanbrun leur donna. Aussi au même instant ces furieux se portèrent contre sa maison et lancèrent des pierres au travers des fenêtres. Parmi ces soldats insubordonnés, celui qui s'est livré aux plus grands excès était le nommé Artaux. On a remarqué aussi que Faivre, ministre du culte, a eu grand soin de se promener dans les rues, d'applaudir et de flatter ces soldats dans leur mauvaise conduite. De pareils déUts méritent des peines sévères; elles sont prononcées par les lois; les coupables doivent être poursuivis. — J.-J. Rondot, agent, A. Monnet, adjoint. »

ADMINISTRATION RfiPABATRICB fiLCB PAR LE PEUPLE. 725

Le lendemaiD, les deux municipaux, en adressant ce procès-verbal à Quiroi, ajoutaient : ((Malgré tout cela, la grande majorité est attachée à la république et ne soupire que pour Texécution des lois. Si on l'opprime, elle n'opposée, pour toute arme, que la patience. Voilà Tesprit de ces hommes que l'on calomnie et que l'on voudrait faire passer pour contre-révolutionnaires. Ce n'est pas être jacobins, nous l'avouons, mais c'est être républicains. Nous comptons sur votre zèle pour faire poursuivre les coupables et faire retirer les soldats. »

Le prêtre constitutionnel F.-Jos. Faivre tint à prouver qu'on ne l'avait nullement calomnié, et le 22 août, il adressa cette dénonciation en règle au commissaire du canton : (( L'agent Rondot se permet, de laisser fonctionner des prêtres dissidents, tant dans l'église de Damprichard que dans les maisons particulières et même dans la sienne , contre le prescrit des lois. Oudrion et Seignelonge , beau-frère de Rondot, ont fonctionné ainsi plusieurs fois sans avoir fait leurs soumissions ni les avoir affichées. £n conséquence, je requiers le commissaire du pouvoir exécutif de les y obliger et de leur faire appliquer les peines portées par les lois. »

Quirot répondit aux municipaux de Damprichard. (( Vous avez fait votre devoir en interposant tous vos efforts pour rétablir la tranquillité et en dénonçant les troubles du 28 thermidor aux tribunaux. Mais Oudrion est un prêtre déporté, à qui les lois inter(}isent tout ministère du culte, et, en l'autorisant à l'exercer, vous avez été vous-mêmes la cause du désordre, et si vous persistiez dans cette con(}uite illé* gale, je n'hésiterais point à vous dénoncer au gouvernement. Au surplus, je suis informé que le général s'est rendu dans votre arrondissement, et qu'il a pris des mesures suffisantes pour rétablir l'ordre et la discipline parmi les militaires. » La meilleure mesure prise par le général LabaroUière fut de retirer les troupes.

Dans le cantondeMathay, les choses n'allaient nullement au gré des agents du Directoire. Lei*' mai. Parent, commissaire près le tribunal de Saint-Hippolyt^, écrivait à Nodier : (( En réponse à votre lettre du 20 ventôse, par laquelle vous me demandez des renseignements sur la conduite du juge

726 CHAPITBC LXXTIII.

de paix du canton de Mathay, et quelles diligences il a faites pour découvrir les auteurs du vol commis à l'église d'Ecot, dans la nuit du 22 au 23 vendémiaire; quels sont les principes de moralité de ce juge, aQn qu'on sache quel degré de confiance il mérite. Il parait que les amis des prêtres déportés trouvent protection auprès de lui et qu'il est redouté et dangereux pour le parti contraire; qu'il use de toute sorte de vexations à l'égard des prêtres assermentés , particulièrement à l'égard du curé Rocbet, de Maihay, qu'il poursuit depuis longtemps. »

Le J5 mai, Granjon , agent de Malhay, faisant fonction de commissaire, manda à Quirot que les prêtres déportés faisaient journellement des progrès dans le canton, prêchant, confessant, le jour, la nuit, et tenant les propos les plus scandaleux contre les lois; que, le 18 avril, l'administration cantonale avait déjà rendu compte au département des rassemblements qu'ils formaient à la chapelle de Saint-Symphorien, et que néanmoins, ces assemblées continuaient avec plus d'audace; enfin, que, si on ne mettait ordre aux progrès des prêtres , bientôt c'en serait fait des amis du gouvernement et des lois.

XV. Dans le canton de Moutbenoît, M. Domier, prêtre déporté, arrêté le 8 mai à Largillat, par la gendarmerie, lui fut enlevé de force par un attroupement de deux cents personnes. Violand, commissaire près le tribunal de Pontarlier, chargé de provoquer les poursuites, répondit, le 23 mai, à Quirot, que le juge de paix avait fait des informations inutiles, parce que toutes les communes étaient fanatisées et qu'on n'en pouvait rien tirer.

Courpasson, commissaire du Directoire à Morteau , continuait à faire bonne garde. Le 18 avril, il écrivit à Quirot : « Depuis quelque temps un bruit sourd commençait à se répandre que les partisans des prêtres insermentés de ce canton se proposaient de tenter une seconde fois la réinstallation du prêtre Thomas, ex-curé, à l'église de Morteau. Il était assez répandu que ce projet aurait lieu avant-hier , jour appelé Pâques, et qu'on ne craignait pas qu'il fAt envoyé de la 'oupe, comme la première fois, attendu que le général de la

6* division n'était pas à même d'en fournir. Le citoyen Visteaux, lieutenant de gendarmerie au Lac-ou-VilIers, me demanda mon avis sur J l'opportunité d'envoyer un certain nombre de gendarmes à Morteau, et avant-hier, à huit heures du matin, seize ou dix-huit gendarmes s'y sont trouvés réunis. Us assistèrent en armes à la messe du citoyen Martin, prêtre soumis, et voyant que Tordre régnait, ils retournèrent à leur poste. » Courpasson demanda à Quirot si l'on n'avait porté aucune plainte contrejui et contre l'officier de gendarmerie, à l'occasion^de ce déploiement de forces arbitraire. Quirot lui répondit de la manière la plus rassurante.

Le 7 juin, nouveau message de Courpasson : a On peut s'attendre, écrit-il, à voir prochainement les prêtres déportés paraître publiquement. Depuis longtemps ils sont l'objet de rassemblements nocturnes, même au chef-lieu. On m'a assuré qu'il y en avait eu un dans la maison d'un des frères Dumont, pendant la nuit du i«^ au 16 prairial courant (fête de la PentecÀte), et unautre,en plein jour, pendant la matinée du 16, dans la maison de J.-B. Cnpillard, ex-président du canton. Dans bien des cas on a arrêté de ces prêtres ; qu'est-il arrivé? rien. La tactique des autorités et du gouvernement ne me parait pas trop d'accord avec le vœu et le prescrit des lois. » Courpasson se plaignit aussi que le curé Thomas, déjà relevé de l'émigration, travaillait à se faire relever de la déportation. Le respectable proscrit obtint en effet, sinon d'être réhabiUté entièrement, au moins de pouvoir opter pour la réclusion ou l'internement, droit que sa mauvaise santé constatée lui donnait dès le commencement de la déportation, mais dont il n'avait pu jouir , à raison des violences comniises contre tous les prêtres de Morteau, entre autres MM. billot, Roussel et Racine, pendant le court délai d'option.

Rendue ses paroissiens, M Thomas put enfin reprendre l'exercice légal de son minisière; néanmoins il s'abstint d'officier à l'église, pour éviter tonte occasion de conflit. Mais sa modération ne put apaiser la poignée de jacobins qui avaient si longtemps tyrannisé cette ville. Le 25 août, l'administration cantonale manda au département que, la veille, M. Thomas avait célébré la messe dans une maison parti-

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culière ; il y avait lu une lettre pastorale, en ajoutant quelques mots sur la sanctification du dimanche, et la majorité des habitants y avaient assisté. Pendant ce temps-là, les jacobins avaient animé les soldats de la garnison, et étaient allés avec eux arrêter M. Thomas au milieu même de l'assemblée. Le chef du détachement, le lieutenant de gendarmerie et l'adjoint municipal, avaient couru apaiser le brait, et les chasseurs s*oî.»ient retirés au premier ordre. — Pour assurer la tranquillité , l'administration avait pris aussitôt un arrêté portant que le prêtre Thomas continuerait provisoirement les exercices du culte dans la maison Bucaille ; qu'on sonnerait la cloche à neuf heures le dimanche pour annoncer sa messe, ainsi que celle du prêtre Martin, qui continuerait à la dire à l'église, et que deux agents municipaux assisteraient à Tune et à l'autre cérémonies. L'administration soumettait cet arrêté au département et ajoutait que les citoyens demandaient le départ des troupes.

L'administration du canton de Mouthe, composée de schismatiques aussi ingénus qu'entêtés, continua à se montrer pleine d'animosité pour tout ce qui était orthodoxe. M. Nie. Laresche, de Yezenay, clerc tonsuré, condamné à la déportation ensuite d'une dénonciation odieuse, et resté en France, n'avait échappé au supplice qu'en se cachant, comme soldat, dans les armées de la république. Le canton de Mouthe y appelé à donner son avis sur la demande en réhabilitation formée par cet ecclésiastique, répondit aigrement, le i 7 juillet, « que Laresche, parti au mois de septembre 1793, comme volontaire forcé, lors de la première réquisition, au Sarrageois, avait déserté son bataillon en présence de l'ennemi et n'avait reparu dans le canton que depuis la rentrée générale des prêtres; qu'il avait fonctionné à Saint-Antoine et à Métabief comme prêtre, en disant la messe et en prêchant , et qu'il n'était prêtre que de fabrique étrangère. »

Le département n'en raya pas moins M. Laresche de la liste des émigrés et de celle des déportés. Mais les sectaires de Mouthe ne se tinrent pas pour battus. Le jeune ecclésiastique s'étant rendu dans ce canton avec M. l'abbé " -Alexis Pourchet, pour y visiter des parents, les deux prê-

▲DMITtlSTRATION RÉPARATRICB ÉLUE PAR LE PEUPLE. 729

très furent arrêtés par ordre du commissaire de Mouthe et écroués dans la maison d'arrêt de Pontarlier. Us s'adressèrent aux administrateurs très modérés de cette ville , pour obtenir leur liberté ; faisant observer que M. Laresche avait été arrêté illégalement et au mépris de son passe-port en bonne forme ; que M. Pourchet se croyait parfaitement en sûreté, d'après le projet de loi de rappel des déportés et l'avis communiqué à la force armée de ne point les inquiéter; que, d'un autre côté, ils étaient tous deux en proie à des maladies constatées; et que M. Laresche crachait le sang abondamment. Ils demandaient à être transférés à l'hôpital jusqu'à la décision du département. L'administration de Pontarlier répondit qu'elle regrettait de ne pouvoir libérer les deux prisonniers, leur arrestation ayant eu lieu hors de sa juridiction , mais qu'elle allait presser l'envoi des pièces au département. Celui-ci décida, le 21 août, que M. Pourchet serait interné aux Etraches, son hameau natal, sous la surveillance des autorités locales, et que M. Laresche serait mis en liberté pleine et entière.

Quirot n'entendit pas que M. Laresche en fût quitte à si bon marché. Il écrivit au commissaire de Mouthe que ce jeune prêtre rejoindrait l'armée , si c'était faussement qu'il se prétendait attaqué de pulmonie, et que le commissaire du Directoire à Pontarlier était chargé de faire visiter Laresche par un médecin, dans la maison d'arrêt. — Quirot ayant ensuite informé le commissaire de Mouthe que M. Laresche avait obtenu une exemption de service en bonne forme, l'implacable Jouffroy répondit, le 4" septembre, par l'envoi d'un contre-certificat destiné à constater que M. Laresche avait déserté en 1794, et qu'il n'était nullement malade.

Dans le canton de Nods, les prêtres triomphaient complètement, même à Etalans. Le 2 mai, les gendarmes du Valdahon mandèrent que, le dimanche précédent, J.-B. Perrot, agent municipal, et André Amiot, son adjoint, avaient introduit dans l'église le prêtre réfractaire Amiotte , ci-devant vicaire du lieu, qui avait chanté la messe, les vêpres, et tenu des propos contre-révolutionnaires ; que les mêmes fonctionnaires avaient souffert que l'ancien curé, Ci. Marquis, officiât

730 CHAPITRB LXXVIII.

aussi publiquement et qu'il trouvât un asile chez Damien Drouhard. « Ces deux prêtres, ajoutaieut-ils , causaient du trouble dans la commune et conseillaient même aux jeunes gens de la réquisition de passer à l'étranger, ce que plusieurs d'entre eux avaient déjà effectué. »

XYl. Laude , commissaire du Directoire à Onans , écrivit, le 18 mai, à Quirot : « Le canton avait été tranquille jusqu'ici; depuis quelques jours, il n'en est pas de même. Galliotte, ci-devant curé à Montenois, y est rentré; il dit la messe publiquement chez J. -Cl. Gourant. Dans un sermon, il a dit que la paix n'était pas faite, et qu'elle ne le sera que lorsque les bons prêtres seront réhabilités dans leurs cures. Ces êtres perfides et malveillants sont tolérés dans beaucoup de cantons. » Quirot répondit qu'il fallait tenir compte du mouvement irrésistible de l'opinion publique, et qu'il serait peut-être imprudent d'arrêter les prêtres avec éclat.

Cependant, le 13 juin, la gendarmerie d'Arcey arrêta deux prêtres déportés de la Haute-Saône, MM. Viron et Renard, qui rentraient en France accompagnés de M"" Jeanne- Claude Viron et Georgine Noblot , et elle les conduisit devant le commissaire d'Onans, qui procéda à leur interrogatoire. Laude déclara ces quatre personnes suspectes d'émigration, et les fit conduire par la gendarmerie dans la maison d'arrêt de Besançon. Le 16 juin, le département décida que les quatre prisonniers seraient transférés , sous la garde de la gendarmerie, dans la maison de justice de Yesoul.

Le même jour, le commissaire d'Onans expédiait à Besançon un nouveau prisonnier, M. J.-B. Duboz, prêtre de Paris, déporté. Le département décida, le 19 juin, que M. Duboz serait tenu de se rendre, dans le délai de quinze jours, à Paris, et de se présenter à l'administration centrale du département de la Seine, à qui ses pièces seraient envoyées. M. Duboz reçut' un ordre de route, avec injonction de s'y conformer.

Dans le canton d'Orchamps, les terroristes avaient espéré,

en se séparant de la généralité des électeurs dans l'assem-

J)|^ primaire, imposer une seconde fois au canton les hommes

ir choix. Mais le corps législatif approuva les opérations

ADMIlflSTRATION RfiPARATRICK ÉLUE PAR LB PBUPLB. 73i

de l'assemblée régulière présidée par H. Barrand, et annula les autres.

Magnin-Tocbot, commissaire du Directoire, empêché par la nouvelle administration de faire tout le mal qu'il rêvait, travailla, en son particulier, à faire tomber sous la loi d'émigration huit particuliers de ce canton : MM. Ghaney, Courtot et Barrand, de Longemaison, comme prévenus d'émigration ; MM. Faivre-Picon, Boillon, Guyot-Jeannin et Isabey, comme émigrés rentrés, et enfin M. J.-P. Binétruy. Mais le département décida , le 29 mai , que les trois premiers ne seraient pas réputés émigrés, et qu'il n'y avait pas lieu à dénonciation contre les autres.

Comme on pouvait le prévoir, le premier soin des prêtres fidèles d'Ornans rendus à la liberté fut de' reprendre leur pieux ministère. Le 22 mai, le savant et respectable curé, M. Jac.-Jos. Trouillet, revint de Lons-le-Saunier avec un passe-port en règle, et, s'étant présenté à la municipalité, il déclara, conformément à la loi du 7 vendémiaire an iv, qu'il reconnaissait que l'universalité des citoyens français était le souverain, et qu'il promettait soumission et obéissance aux lois de la république. Il avait sans doute accompagné cette déclaration de quelques commentaires restrictifs, dont le procès-verbal ne conserve aucune trace , car le patriote Colard, agent municipal d'Ornans, protesta; mais l'administration passa outre, et le dépailement, appelé à juger en dernier ressort, reconnut la déclaration comme parfaitement régulière. A la séance du 22 mai, Colard se plaignit également qu'à Ornans et dans d'autres communes du canton, des prêtres disaient la mesçe le jour et la nuit, au milieu de réunions nombreuses, sans avoir rempli les formalités légales. Il requit les agents et adjoints des communes rurales de fournir la liste des prêtres de leurs communes qui avaient satisfait à la loi , et de dénoncer les autres.

Cet homme, ne pouvant souffrir de voir le vénérable curé d'Ornans reprendre ses bienfaisantes fonctions , écrivit en même temps à Quirot et à Nodier, le 5 juin : a Depuis quelque temps, des prêtres insermentés, qui n'ont fait aucune soumission, s'avisent journellement de célébrer la messe ; il

73S CMàFnwm lixtiii.

me paraît urgent de sévir contre ces prêtres. D y eo a on, entre autres, qui a fait ses soumissions ; elles ne me paraissent pas conformes i la loi ; cependant , comme le dé* parlement les a approoTées, il n' j a rien i dire sur cet obj^; mais il n'a pas indiqué l'endroit ou il célébrait son culte, et lorsqu'il dit la messe, aussi dans une maison particulière, il s'y fait des rassemblements considérables. Dites-moi le paÂti que j'ai i prendre. » il était très facile au curé de se mettre encore en règle à cet égard, et, le li juin, M. Q.-F. Golard- Luc vint déclarer i l'administration que les catholiques avaient choisi sa maison pour y célébrer leur culte.

XVli. Le Directoire était resté longtemps sans commissaire dans le canton de Passavant ; il finit par en trouver un à son gré, le fougueux Gompagny fils, qui entra en fonctions vers la fin d'avril. Les catholiques le retrouvèrent, comme ailleurs, leur ennemi acharné. Le 15 août, il écrivit à Quirot : « Jusqu'ici, la paroisse de Servin, qui a pour curé le nommé Détey (ancien curé assermenté), avait été tranquille. Mais le prêtre déporté Muselier, d'Omans, qui est parvenu à se faire rayer et qui s'est retiré i Yaudrivillers, met le trouble dans cette paroisse, où les républicains sont en grand nombre. U a présenté une pétition , au nom des catholiques de la paroisse, pour demander le partage des ornements d'église entre eux et ceux qui suivent le prêtre constitutionnel , et la désignation d'une heure spéciale pour célébrer, soutenant qu'ils sont d'une autre religion que les autres. Cette pétition est faite en nom collectif des catholiques; elle n'est pas individuelle, elle est donc contraire à la loi. On demande dans cette pétition un acte en opposition aux lois, on demande une heure pour assister aux offices d'un prêtre qui n'aurait point fait de déclaration. Cette pétition n'a sans doute d'autre but que de mettre aux prises les patriotes avec les fanatiques, d'occasionner des rixes dangereuses, et de mettre le trouble et la division dans trois communes, dont deux sont très considérables etont été jusqu'ici tranquilles. Lesagentsde Servin et de Lanans ont donné leurs observations, et Muselier luimême, au nom de l'agent de Vaudrivillers , y a répondu. Enfin l'administration a donné son avis. On a saisi le moment

ADMINISTRATION RÉPARATRICE ÉLUR PAR LE PRUPLB. 733

OÙ j'étais absent, ainsi que plusieurs agents attachés au maintien des lois. » Quirot répondit qu'il ferait rejeter la pétition comme ayant été faite en nom collectif ^ contrairement à l'article 364 de la constitution. Cet article avait eu pour but de prévenir le retour des pétitions menaçantes par lesquelles les clubs se réunissaient souvent pour imposer leur volonté aux assemblées législatives. On voit, par la lettre de Compagny, que si les habitants de Servin et de Lanans différaient d'opinions politiques avec leurs compatriotes des communes voisines, c'était uniquement parce que leur vieux curé avait accepté la constitution civile du clergé. C'était cette malheureuse fantaisie janséniste qui avait seule transformé les uns en pei^écuteurs et les autres en victimes, et, sans elle, le canton de Passavant n'aurait connu que de vrais patriotes et de vrais catholiques parfaitement d'accord.

Le 24 août, Compagny écrivit encore à Quirot : « Des prêtres déportés sont rentrés et disent les offices sans avoir fait aucune soumission. Je n'ai aucun moyen pour empêcher cette contravention. Une défense a été illusoire, une réquisition à la garde nationale serait sans effet. Ces prêtres sont Jeannin, curé de Passavant, homme tranquille, ne prêchant pas contre le gouvernement et se renfermant dans les bornes de son ministère, et Colard, curé de Saint-Juan, ex-missionnaire, qui, à beaucoup près> n'est pas aussi réservé. Dimanche dernier, il prêcha contre le prétendu schisme et occasionna du trouble dans son auditoire. La persuasion est inutile, la force pourrait être dangereuse. »

Dans le canton de Pierrefontaine^les choses allaient de mal en pis, d'après Jeanmaire, commissaire du Directoire. «L'administration est au complet, écrivait-il, le 49 avril, à Quirot. Le choix de ses membres me parait au gré des fanatics ; aussi n'est-il que l'effet de leur cabale et de l'intrigue des prêtres déportés. Depuis quelques jours, ceux-ci me paraissent s'insinuer avec plus de liberté que ci-devant, dans les communes du canton. On tente de les introduire à Pierrefontaine ; il y a grande apparence que sous peu cela sera, ne voyant point de moyen de les empêcher. » Les premières poursuites de cet ardent chasseur de prêtres tombèrent sur un ecclésias-

734 CHAPITU LXITIII.

tique de son nom et peut être de sa famille. Le 18 juin, Baillaud, brigadier de gendarmerie, dressa ce procès-verbal : a informés par le citoyen Jeanmaire qu'il se tenait un rassemblement illicite dans un moulin de Pierrefontaine dit Sous le- Val, au domicile d'Augustin-Gélestin Jannerod, et qu'un prêtre déporté y célébrait la messe, nous nous y sommes transportés , et nous étant donné entrée (on ne voit pas trop en vertu de quel droit), nous avons reconnu que tant au poêle qu'à la cuisine, il y avait environ trente à quarante personnes, tant hommes que femmes, assistant à la messe. Nous avons reconnu dans le prêtre officiant le nommé Cl.-Ign. Jeanmaire, prêtre déporté, natif de Pierrefontaine. Nous ayant aperçus, il s'est évadé par une porte de derrière. » M. Jannerod répondit aux questions du brigadier : M Je n'ai fait aucune déclaration pour exercer le culte dans ma maison ; quant au nom du prêtre, vous le connaissez aussi bien que moi. » Le 24 juin, nouveau procès-verbal du même brigadier, constatant que, la veille, un rassemblement encore plus nombreux que le premier a eu lieu au moulin, et que le prêtre Jeanmaire y a célébré la messe, sans tenir aucun compte de ses représentations ni des lois. — Le 16 juillet, c'est le commissaire qui prend luimême la parole, car la situation est devenue plus grave et l'invasion complète, a Le Si messidor courant , écrit-il à Quirot, au mépris des lois et des défenses faites de ma part, Péseux, prêtre non conformiste, a célébré la messe et chanté les vêpres dans l'édifice destiné au culte. Les cérémonies ont été annoncées au son de la cloche, et grand nombre de personnes y ont assisté avec applaudissements. La veille, j'avais requis Tagent et l'adjoint de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher les infractions aux lois ; mais, loin de satisfaire à mon réquisitoire, ils l'ont souverainement méprisé et ont assisté eux-mêmes à ces cérémonies. Les prêtres réfractaires qui sont dans ce canton sont ce Péseux, à Pierrefontaine; J.-B. Drezet et Sarrazin, à Laviron; Gaudy, à Landresse ; Devillers, ci-devant curé, et Yerdenet, au Mont-de-Villers. »

Le 23 août, Jeanmaire se plaignit de n'avoir encore reçu

aucune réponse. <( Cependant, ajoutait-il, les rassemblements illicites ont lieu plus que jamais, et ils peuvent occasionner des troubles, surtout à Pierrefontaine, car il y a des prêtres non conformisteset des conformistes qui y exercent journellement leur culte. » Quirol répondit que si le prêtre Péseux ou tout autre avait bravé la loi sur la police des cultes, il fallait châtier sévèrement ces perturbateurs.

L'administration départementale terroriste, en dépit de son culte pour les décades, s'était vue obligée de fixer au dimanche les réunions des administrateurs cantonaux, pour mieux assurer la présence des magistrats campagnards à ces réunions ; car le calendrier décadaire était resté complètement étranger aux usages de la vie domestique. Par respect pour le dimanche, la nouvelle municipalité de Pierrefontaine avait demandé à se réunir le samedi, mais ses vœux n'avaient point été exaucés. Sans tenir compte de l'arrêté départemental du iO septembre i796, elle changea elle-même le jour de ses séances. Le 19 juillet, Quirot s'en plaignit amèrement au département, en disant que les travaux de la campagne empêchaient la plupart des agents municipaux d'assister aux délibérations, en sorte que les séances devenaient inutiles. Le département déclara que l'administration de Pierrefontaine serait tenue de se conformer au règlement étabh.

XVIII. La ville de Pontarlier venait de se donner une administration toute catholique et peut-être même royaliste, qui avait à lutter à la fois contre le commissaire et contre les soldats du Directoire. Parrod, toujours fidèle aux procédés du gouvernement despotique et toujours prêt à voir des conspirations partout, manda, le 22 avril, à Quirot qu'il venait d'arrêter une lettre à l'adresse de M. Berbey, ancien directeur économe du séminaire de Besançon, et en ce moment procureur du collège de Fribourg, et que cette lettre prouvait qu'il était l'agent des émigrés et de l'armée du prince de Condé. Il s'ensuivit une correspondance diplomatique qui se termina le 21 mai par une lettre de l'ambassadeur de France en Suisse annonçant que l'ordre avait été notifiée M. Berbey, par les magistrats de Fribourg, de sortir du pays dans le délai de quinze jours.

736 CBAPITaE LXXVIIl.

Le Directoire, comme nous l'avons dit, cherchant à se créer un appui dans les armées contre la répulsion populaire, abandonnait les soldats à tous les excès de rindiscipline. Le 27 avril, M. Maire, agent de Pontarlier, écrivit au département que les officiers du dépôt de chasseurs forçaient Torchestre à jouer Tair Ça ira; que les soldats volaient très fréquemment, le jour, la nuit, dans les boutiques et dans les magasins de vins, pour des sommes considérables. II demandait instamment leur renvoi. N'ayant rien obtenu, il récrivit, le 17 mai : « 11 n'y a qu'une voix ici parmi les vrais citoyens contre les vexations, atrocités et scandales auxquels se livrent ça et là les chasseurs. Un nommé Vuillemin, fermier à la Grange-des-Ënvers, est venu faire sa déclaration, constatant des attentats à ses jours, des impudicités horribles en présence de jeunes filles et d'enfants. Il dit formellement qu'il est décidé à résilier son bail, si les chasseurs restent dans son domicile. Un autre fermier, nommé Pourchet, se plaint d'excès du même genre. La commune des Hôpitaux se plaint également de ces chasseurs, et les communes voisines souffrent aussi cruellement de la démoralisation à laquelle ils livrent la jeunesse. L'opinion sur leur compte est la plus mauvaise et leur renvoi urgent. Les chefs comme les suppôts de ce détachement ne fréquentent que des ennemis de l'union et de la concorde. »

Le département se fit, auprès du général Labarollière^ commandant de la division, l'organe de ces plaintes trop fondées. Le général répondit, le 24 mai : « J'avais déjà été instruit que quelques chasseurs du 20* régiment s'étaient permis des libertés avec leurs hôtesses, et j'avais sur-le-champ donné ordre qu'ils soient changés et punis. Mais quant au changement de la garnison demandé par le département, il ne m'est pas possible actuellement de l'opérer. »

Le 9 mai, l'administration des cantons réunis de Pontarlier manda au département qu'à Chaffois et aux Verrières, il n'y avait ni agents ni adjoints, et que les lois n'y recevaient aucune exécution ; que des gendarmes y ayant arrêté un prêtre, il leur avait été enlevé par des femmes.

Le mèmejour, quatre jeunes gens de Pontarlier, prévenus

d'avoir, le 2 avril, dans un rassemblement, crié : Vive le roi I Vivent les chouans f furent acquittés par le tribunal criminel.

Le 6 juin, le département ordonna Télargissement de M. J.-Simon Coste, de Besançon, curé deQuingey, détenu en ce moment dans la maison d'arrêt de Pontarlier. 11 avait trouvé l'hospitalité au collège de Fribourg jusqu'au moment où la diète helvétique, cédant aux instances menaçantes du gouvernement français, prononça l'expulsion de tous les réfugiés de cette nation âgés de moins de soixante- trois ans. M. Goste, malade et ne sachant de quel côté tourner ses pas, rentra en France le 30 mai ^ fut pris à la frontière et incarcéré. Le département, en prononçant son élargissement, décida qu'il viendrait Ubrement et sur parole se placer en surveillance à Besançon.

Le i4 juin, les administrateurs de Pontarlier mandèrent que les gendarmes avaient arrêté le prêtre déporté Cl.-F. Maire, ex-vicaire au Sarrageois, et l'avaient écroué dans les prisons de la ville ; mais que, sur un certificat du médecin constatant sa maladie, l'administration l'avait fait sortir par humanité et consigné chez sa caution. Le département était invité à envoyer ce malheureux aux Grangettes, où il trouverait les secours réclamés par son état.

Le 44 juillet, la même administration adressa au département le procès-verbal d'arrestation du P. Augustin-Félix Boucher, d'Amiens, capucin, arrêté près du Lao-ou-Villers par la gendarmerie au moment où il rentrait en France, et amené dans la prison de Pontarlier. Ce religieux était déjà âgé de cinquante-sept ans et malade. Parrod lui-même consentit à ce qu'on le tirât de prison pour le mettre à l'hôpital. L'administration cantonale.fit davantage ; elle confia le prisonnier aux soins généreux de M. X. Colin, négociant, qui s'était ofiert pour répondre de sa personne. Le département décida qu'une feuille de route serait délivrée au religieux pour se rendre dans son pays natal.

Le 29 août, les administrateurs de Pontarlier délivrèrent eux-mêmes des feuilles de route semblables à deux prêtres déportés, MM. Mercier, du Jura, et Chartier, de la Vienne, qui rentraient en France.

viii. 47

738 CHAPITRE LXXYIII.

Le seul incident à signaler dans le canton de Pouilleyles-Vignes fut Tarrestatioa de M. J. Colard, curé déporté de Chambornay-lez-Pin, saisi par la gendarmerie en vertu d'un mandat lancé par le juge de paix, pour contravention à la police des cultes. Le 17 juin, Clerget, directeur du jury d'accusation à Besançon, invita le département à statuer sur ce prêtre. Le département décida qu'il serait transféré dans la maison des Capucins. Quelques jours après, il le mit en liberté avec les autres reclus.

XIX. Le 22 juin, le commissaire du Directoire à Roulans se plaignit que le prêtre Nie. Bergier, récemment mis en liberté et renvoyé en surveillance à Deluz, avait recommencé à y faire les offices, sans aucune déclaration de soumission aux lois ; qu'il était même venu à Roulans administrer la femme Roussel, malade, et qu'on l'avait vu se promener au ci-devant cbâteau, avec le citoyen JoufTroy, président du canton. Quirot répondit qu'il fallait prévenir l'agent municipal de Deluz qu'il serait responsable de tous ces désordres , s'il ne les réprimait pas.

A Rurey les choses n'allaient décidément pas au gré du citoyen Audy, de Montrond , commissaire du Directoire. Ce patriote, désespéré, écrivait, le 4 mai, à Quirot : « Le ci-devant curé Sirebon, de Rurey, émigré , vient de rentrer, et il a fait sa visite à tous ses paroissiens. Je ne puis vous dire où il se retire, si ce n'est chez un nommé Oudet, ci-devant apothicaire à Besançon, présentement domicilié à Rurey. Gauthier, ci-devant vicaire, et d'autres prêtres officient publiquement à Rurey et à Epeugney. »

Quelque temps après, Audy écrivit que les prêtres déportés officiaient de même dans toutes les communes du canton, excepté à Montrond, et que, puisque le gouvernement ne voulait plus exécuter les lois à leur égard , il ne lui restait plus qu'à les nommer ses commissaires auprès des administrations cantonales, qu'ils dirigeaient déjà complètement.

Le commissaire du Russey n'avait guère plus de sujets de satisfaction. Le 20 avril, il écrivit à Quirot : o Jusqu'à présent les prêtres réfractaires se cachaient pour officier pendant la nuit, dans les maisons isolées ; mais leur apparente

timidité a changé dimanche dernier et le lendemain. Ces jours-là, ils se sont permis d'exercer leur culte à neuf heures du matin, et trois notamment dans les églises du Bélieu, de laChenalotte et des Fontenelles. Les moyens quej'ai sont insuffisants. Il me parait que les agents qui livrent les clefs des églises doivent être punis comme prévaricateurs. » Quirot répondit qu'en s'emparant ainsi des églises, à Taide de leurs trop nombreux partisans, ces prêtres prétendaient forcer le législateur à traiter avec eux de puissance à puissance, que les circonstances étaient graves, et qu'il fallait, pour ne pas révolter les habitants des campagnes, se borner à poursuivre en police correctionnelle les contraventions à la loi sur la police des cultes.

Le 27 juin, le département mit fin à une longue injustice qui était restée très sensible aux catholiques du Bélieu. Dès le 31 janvier 1796, quinze habitants de cette conamune (i) avaient représenté aux administrateurs du canton qu'au mois d'août 1793, ils avaient été désarmés , sous prétexte qu'ils étaient des gens suspects. « Actuellement, ajoutaient- ■ ils, que le règne de la justice a succédé à celui de la terreur, nous avons lieu d'espérer la restitution de nos armes, dont nous ne ferons jamais usage que sous le commandement des autorités constituées et pour le maintien des lois de la république. Nous n'avons jamais montré que de l'empressement à exécuter les lois. Ces armes consistaient en dix-sept fusils, un pistolet, un sabre et une épée. Le désarmement a été opéré par un détachement de gardes nationaux commandés par Et.-Jos. Berceot, de Bonnétage. C'est à lui de rendre compte des armes saisies » L'administration du Russey répondit que Berceot, invité à s'expliquer , avait tergiversé , de manière à faire présumer que son opération avait été illégale; que, d'un autre côté, l'agent du Bélieu attestant le civisme des pétitionnaires, il y avait lieu de faire droit à

(1) MM. Cl.-Et. Fraichot, Gl.-F. Receveur, P.-Jos. Cuenot atné, Gl.- Ign. Cuenot, Ant.-P. Cuenot, P.-Jos. Gaume, F.-X. Boillon, F.-X. Boichard, Basile Vermot, Jac.-Ign. Guenot, Gl.-Ign. Gucnot-Prince, J.-B. Bourquin, Gl.-F. Reuille, Gl.-Ign. Lambert, Gl.-F.-X. Gaume.

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leur demande. Néanmoins, ce fut seulement au bout de dixsept mois que cette décision fut ratifiée par le département.

Celui-ci répara trois autres injustices criantes. Le 1" septembre, il restitua à la commune de la Grand'Combe-des- Bois les ornements d'église qu'elle avait envoyés à Saint-flippolyte par ordre du district et qui n'avaient pas été vendus; à la commune de Russey, soixante-quatre kilogrammes d'objets en cuivre enlevés de son église par Gênez, commissaire du district, et restés également en dépôt. Le lendemain , quarante-neuf kilog. d'objets en cuivre furent aussi rendus à l'église du Bizot, dépouillée à la même époque.

XX. A Saint-Vit , l'intrus continuait à se plaindre que l'agent municipal entravait le libre exercice de son culte. Quirot s'étant fait Torgane de ces plaintes, le commissaire du canton répondit, le 26 juin , « que la paix était rétablie, et que les clefs de l'église avaient été mises à la disposition de cet ecclésiastique.» Six jours après, l'administration cantonale, présidée par M. Vernier, régla, sur la proposition du commissaire Billon, que l'église serait ouverte tous les dimanches aux deux confessions religieuses qui se partageaient la population ; que l'une ferait ses exercices de piété de huit à dix heures du matin, et l'autre, de dix heures à midi; que si l'une des deux réunions troublait l'autre, les perturbateurs seraient poursuivis conformément aux lois; que toutes les clefs resteraient entre les mains de l'agent municipal, et qu'en conséquence, le citoyen Grégoire rendrait celles de la sacristie qui lui avaient été confiées, et celle du clocher, dont il s'était emparé.

La Convention, en jetant toute la jeunesse française dans les armées, avait pu triompher de l'Europe entière ; mais cet état de choses, en se prolongeant^ menaçait de mettre la France à la merci d'une soldatesque dont les vertus n'avaient rien de pacifique. Indépendamment de la licence des militaires en garnison , la population avait beaucoup à souffrir, en ce moment, des excès commis par une multitude de déserteurs dont le plus grand nombre étaient loin d'être ramenés, comme on le disait, dans leursfoyerspar des scrupules de conscience. Réunis en bandes, dans les districts de Baume et

ADMINISTBATION RÉPARATBICB ÉLUE PAR LE PEUPLE. 7ii

de Saint-Hippoly te, ils se livraient au brigandage à main armée au préjudice de tous les partis. Quelques-uns cependant avaient puisé dans les armées républicaines des habitudes d'anarchie et de désordre, sans y puiser l'amour de la république , et ils se donnaient pour mission spéciale de faire trembler à leur tour les terroristes qui avaient si longtemps opprimé la population. Tels auraient été^ d'après le témoignage peut-être un peu exagéré de Gouvemet , le jeune dragon P.-Jos. Pailley, de Belvoir, et son associé, le hussard Laurent, de Versailles. Dans un acte d'accusation dressé le 4 avril, Tex-émeutier de Besançon , métamorphosé en juge d'instruction , disait : « Pailley porte l'alarme dans le cœur des bons citoyens des environs. Le 27 frimaire, étant à Valonne, accompagné d'autres individus, il a crié à haute voix que s'il y avait encore des patriotes dans le village, il fallait les terrasser sur-le-champ, et il a formé le projet de maltraiter Jac. Billey. Le 11 pluviôse, il s'est transporté avec un hussard au domicile de l'agent à Yalonne, où Jac. Billey assistait à une assemblée de commune, et il a dit à ce dernier de sortir. Sur son refus, il répliqua : Je te connais à présent; je te f.,trai cent coups de bâton ; tu n'es qu^un brigand patriote. Le même jour, Pailley et le hussard se transportèrent à Vernois, dans l'auberge de Clément Rousselot, et Pailley dit à l'hôtesse : Je suis le dragon Pailley, de Belvoir, C'est moi qui désarme les patriotes ; cest moi qui ai cassé les fusils de deux individus de Sancey qui venaient à la messe de Vemois. Tous ceux qui ont acheté des biens nationaux seront guillotinés. Puis ils crièrent ensemble : // faut un roi. Vive le roi Louis XVIII f Vivent les Bourbons f Vive Condéf A bas la république I Nous sommes venus dans le seul dessein de couper les têtes du prêtre constitutionnel Toumoux, de l'agent et des patriotes de Vernais. Tôt ou tard ils y passeront. Après cela, comme le prêtre Tournoux demeure dans la maison de l'aubergiste Rousselot, ils ont enfoncé la porte de son appartement en disant qu'ils voulaient le trouver et le pendre. Ne trouvant personne dans la première chambre, ils ont encore enfoncé la porte d'une deuxième chambre, où ils ont trouvé Marie-Cath. Dusaucy, gouvernante de Tournoux. Us lui ont demandé où était ce

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dernier, en disant qu'il fallait qu'il se présentât, attendu que leur dessein était de l'assassiner, et que s'ils ne le trouvaient pas cette fois-ci, ils reviendraient; mais qu'il y passerait tôt ou tard. Le hussard ayant saisi avec violence ladite Dusaucy, menaçait de lui couper la tête si elle ne demandait pardon. Pailley dit au hussard : Tue-la^ ne la manque pas , en attendant que nous trouvions le prêtre Tournoux pour lui en faire autant. Cette fille s'étant échappée des mains du hussard, celui-ci la poursuivit encore, le sabre à la main. Pailley et son compagnon, continuant leurs excès, ont cassé verres, bouteilles, assiettes, et les ont jetés par les fenêtres , qu'ils ont aussi cassées. Après ce désordre, ils ont cherché à fomenter une émeute dans le village, en parcourant les rues, le hussard armé d'un sabre , et Pailley d'un gros bâton , en criant qu'ils voulaient mettre à mort tous les patriotes et l'agent de la commune. Ayant rencontré ce dernier, ils le saisirent par le collet de son habit, et lorsqu'ils l'eurent lâché, Pailley lui lança une pierre, qui ne l'atteignit pas. Le 23 pluviôse, Pailley, ayant appris qu'il avait été dénoncé, revint à Vernois, armé de son fusil, aperçut Cl. -F. Cuenin, cultivateur, et se mit à sa poursuite. Celui-ci ayant fui dans un bois voisin, Pailley prit son habit, resté dans un champ avec une hache, coupa l'habit en morceaux et emporta la hache, en disant à des gens qui cultivaient près de là, que s'il avait rencontré Cuenin, ill'aurait arrangé comme il avait fait de son habit. Le môme Pailley a commis des mauvais traitements envers J.-Cl. Raby et F. Thouret, de Sancey, avec leurs fusils qu'il leur avait arrachés et qu'il a cassés contre une colonne de la halle de Belvoir. Il a grièvement blessé François, de Valonne, le 5 vendémiaire dernier. Au lieu d'obéir à la justice, Pailley a écrit, le 19 pluviôse, à l'officier judiciaire chargé des poursuites : Les gens de Vernois sont de faux témoins. Ils ne sont pas faits pour soutenir la république, puisque deux hommes font courir tout le village. Je pars pour Pai'is et je déclare une guerre éternelle aux brigands jacobins, terroristes et montagnards. On ne peut pas saisir mon bien: je n'ai pas deux sous vaillant; la république m* a tout volé. .» Le 13 février, six jours après cette lettre, un mandat

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d'arrêt fut lancé contre Pailley ; mais les gendarmes se livrèrent inutilement à sa recherche, lis furent plus heureux dans la capture du hussard Laurent ; mais ce dernier s'échappa aussi de leurs mains à Dambelin. Les deux aventuriers furent donc jugés par contumace, le 16 août, au tribunal criminel. Le jury de jugement déclara qu'il n'était pas constant qu'ils se fussent rendus coupables de provocation au rétablissement de la royauté ni à des actes de violence contre les personnes. En conséquence, ils furent déclarés acquittés. Mais le tribunal décida que les pièces seraient transmises au tribunal de police correctionnelle, à raison des délits signalés dans l'acte d'accusation, et qui pouvaient être de sa compétence. En effet, bien que ces deux perturbateurs ne fussent pas aussi sanguinaires qu'ils affectaient de le dire, puisque, ayant eu plusieurs fois leurs ennemis entre les mains, ils s'étaient bornés à les effrayer, néanmoins, des magistrats honorables devaient, comme tous les honnêtes gens, repousser avec horreur le concours de pareils auxihaires et désirer que leurs excès ne restassent pas impunis.

Le 18 août, Mougey, commissaire à Sancey, écrivit à Quirot : « Les prêtres exercent le culte publiquement dans presque toutes les communes. Au Grand-Crosey même, il se retire, depuis quelque temps, de ces rebelles qui chantent des grand'messes au domicile delà boiteuse Bourqueney, en même temps que le curé constitutionnel célèbre dans l'édifice public. Leur vue, ce me semble, est de vexer celui-ci et ceux qui l'assistent. Cette conduite , de la part des déportés et des imbéciles qui les suivent , chagrine les amis des lois. Elle entraînera nécessairement des troubles. (Décidément, les constitutionnels regardaient toute concurrence comme un outrage.) L'administration du canton ne s'occupe, pour ainsi dire, qu'à donner des avis favorables aux pétitions que ne cessent de lui adresser ces prêtres, pour être relevés de la déportation. Le motif des arrêtés qui les relèvent est qu'ils n'étaient pas fonctionnaires publics ; comme si les vicaires, tels que Galliet et Péseux, ne passaient pas, avant la Révo» lution, pour fonctionnaires publics 1 »

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