‹ Histoire de la peste bubonique en Mésopotamie [electronic resource]Chapitre 3 sur 16 · GRANDE PESTE DE · texte numérisé non relu

GRANDE PESTE DE

Depuis le commencement du dix-huitième siècle jusqu'aujourd'hui, l'histoire n'a enregistré en Mésopotamie que trois épidémies de peste généralisée, et elles paraissent toutes être venues des pays voisins.

Après une longue période de répit que nous préciserons tout à l'heure, il y eut dans l'année 1773 une peste très-forte en Mésopotamie. L'académicien Sestini, qui visita ce pays en 1781-82, affirme qu'à Bagdad « depuis la « peste de 1773, il n'y a pas plus de vingt-cinq mille « habitants. Elle en détruisit les deux tiers et plusieurs « quartiers étaient encore déserts, » — « A Bassora la « population n'était que de deux à trois mille âmes (1). »

Dans un intéressant mémoire sur la Topographie médicale de r Arabie turque, W. H. Colvill dit qu'à la fin

(1) Voyage à Jio.tiiora, traduit de l'italien en français. Paris, an VI.

de janvier 1773 on apprit à Bassora que la peste existait à Bagdad. Le 6 février, il mourut de quatre à cinq cents personnes. Le 20, il y eut mille huit cents décès par jour. Le 26 mars, la peste avait presque entièrement disparu.

L'évêque de Babylone, le consul de France, et trois prêtres moururent du fléau. — Le 2 avril la maladie parut à Bassora (cent cinquante décès par jour). Le 13,

11 y eut mille décès. Le fléau atteignit Dorak, Benderreich et Bouchire sur la côte orientale du golfe Persique. Du côté opposé, il alla jusqu'à Katif et Bahreïn (I).

On évalua à deux millions le nombre des morts, dont deux cent mille aux environs de Bassora. Dans cette ville, le chiffre des décès s'éleva, pendant plus d'un mois, de trois à sept mille par jour. Le 25 mai la maladie cessa.

Le docteur Cohill, médecin delà résidence anglaise a Bagdad, auquel j'emprunte ces données, les a recueillies sur des documents officiels. Sestini avait aussi noté exactement l'intensité du fléau qui avait ravagé toute la Mésopotamie huit années avant son arrivée ; mais quand il ajoute que « cette maladie dévasta presque toute l'Asie, » je crois qu'il est dans l'erreur. Elle s'étendit de Bassora à Bouchire, mais il n'est pas probable que cette affection se soit propagée de là dans r intérieur de la Perse. En eifet. W. Elon dit que la peste de 1773 enleva les neuf dixièmes des habitants de Bassora et que plus à l'Est on ne l'a pas connue (2). Hunter, en parlant du même fléau,

(1) Transactions of the médical et physical society of Bombay, ISîl.

(2) A survey of the lurkish empire, 1799, p. 278.

assure que vers l'Occident il ne dépassa pas le désert arabique, et que vers r Orient il ne se propagea pas sur le territoire persan. Le môme écrivain remarque que cette peste vint à Bagdad et à Bassora par la voie de l'Asie Mineure et de Diarbékir en suivant le cours du Tigre et de VEu'phrate (1). — L'astronome Beauchamp, qui était à Bagdad vers 1787 et qui écrivait sans doute d'après les témoignages relatifs à la peste de 1773, dans une lettre à Volney, fait la remarque que la peste ne passe jamais dam la Perse (2).

Cette épidémie de 1773 s'étendit à Suléimaniè sur la frontière turco-persane. Dans la liste qu'il a donnée des princes kurdes de la famille Bebbeh, J. C. Richa noté en effet une petite peste dans cette ville en 1773-74 (3). Vers cette époque on ne trouve signalée aucune peste en Perse, à part celle que la tradition m'a indiquée à Kermanchab, tout à fait à l'ouest du royaume. Si la peste de 1773 a touché la Perse, ce ne peut donc être que vers l'ouest et le nord du pays. Ces points auraient été les seuls affectés en même temps que le littoral du golfe Persique (4).

Dans l'épidémie dont je viens de relater les détails, je relèverai les faits suivants : 1° début de la maladie en hiver à Bagdad, et accroissement de son extension et

(1) Cité par Hirscli dans sa Pathologie historique et géographique, article Pbsle.

(2) Cité par Volney dans son Voijage en Egypte.

(3) Hésidence in Khoordislaun.

CO Voir mon Mémoire sur l'histoire de la peste en Perse, dans la Gazette médicale d'Orient, août 1873.

de son intensité au printemps suivant ; 2° cessation de l'épidémie en été. — Progression du nord au sud, de Ja source des grand fleuves vers leur embouchure; 3" propagation au littoral du golfe Persique et à la frontière Nord-Ouest de la Perse. — Ces traits caractéristiques, nous allons les voir, se reproduire presque tous dans les épidémies suivantes, et quand il en manquera quelques-uns il sera peut-être possible de fournir l'explication de cette anomalie.

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