‹ Histoire de la peste bubonique en Mésopotamie [electronic resource]Chapitre 9 sur 16 · HISTOIRE DE LA PESTE BUIIONIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PESTE BUIIONIQUE

sont d'autant plus grands qu'on avance davantage au Sud-Est de Trébizonde et d'Alep. Il avait apporté la plus grande attention à ce sujet dans les questions qu'il posa partout dans son voyage de Trébizonde h Isfahan et d'isfahan àAlep. Les réponses à ces questions étaient toujours très-calégoriques : « L'homme du peuple aussi bien « que l'homme élevé en dignité, l'ignorant aussi bien « que le mollah de la mosquée, tous étaient parfaitement « d'accord pour me dire, nous avons ici une peste tous « les dix, vingt, trente ans; chacun indiquait l'année de « la dernière peste. » Je livre ces faits à la méditation de ceux qui croient que la détermination du retour d'une épidémie, par celte seule raison qu'elle a eu lieu un certain nombre d'années avant, est ?me p7'évision funeste^ une opinion fataliste, tm raiso7inement contraire à toutes les lois de la science (1).

Tous les documents qui sont arrivés à ma connaissance confirment ainsila donnéeimporlanteque j'ai voulu mettre en relief dans ce chapitre. Les pestes du dix-huitième et du dix-neuvième sèicle, et peut-êlre aussi celles des siècles antérieurs ont été des événements rares dans la Mésopotamie ; elles ne se sont montrées qu'à des intervalles de temps fort éloignés les uns des autres, et la durée de ces immunités temporaires est le double ou le triple à Bassora et sur le littoral du golfe Persique qu'à Bagdad, à Mossoul, à Diarbékir. Pour comprendre et interpréter ce fait il faut se rappeler que les épidémies de

(1) Essai sur l'hygiène internationale, par Adrien Proust. Paris, 1873, page 108.

1773, 1801, 1831 sont loutes les trois venues du Nord. La première et la troisième dont l'intensité fat plus grande, dépassèrent Bagdad et s'étendirent à Bassora et au littoral du golfe Persique. La seconde, dont l'intensité fut moindre, ne dépassa pas la zone intermédiaire entre Bagdad et Bassora. La maladie s'est donc arrêtée à Bagdad et aux environs dans les épidémies les moins fortes. «Depuis 1831, dit Lachèze, on y formule le chiffre de « trente ans comme périodicité ; mais de plus, la tradi- «tiondit, qu'on a alternativement une peste très-forte et « une peste faible. On craint toujours pour la ville, quand « la peste règne dans les provinces situées au Nord-Ouest; « mais les fortes têtes ne prennent des précautions qu'à « l'époque des retours, c'est-à-dire après une période de « vingt-cinq à trente ans écoulés depuis la dernière » peste. Si dans l'intervalle, une peste venait quelque M part, on se rassure en disant : C'est trop près de la der- « nière, nous ne l'aurons pas cette fois(l). »

Ce qui est vrai pour Bassora et Bouchire relativement à Bagdad, est aussi vrai pour Bagdad relativement à Erzeroum, à Alep, aux rivages de la Syrie et de la mer Noire. On a vu en effet depuis 1803 la peste se montrer à plusieurs reprises et persister chaque fois pendant plusieurs années dans ces dernières régions, sans s'étendre à la capitale de la Mésopotamie. La chronologie des pestes de l'Arménie dans notre siècle peut s'établir ainsi : peste à Erzeroum en 1803, 1809, 1811; peste en 1812 à Sivas,

(1) Mémoire cité, dans le Rapport de Prus sur la peste et les quarantaines.

A 8 HISTOIRE DE LA PESTR BUBONIQUE EN MÉSOPOTAMIU.

Tokat, Amasia, Edessc, Tiflis; pcsle en 1814 à Erzeroum; peste dans l'Arménie turque en 1824, 2S, 26, 27, 28; peste à Erzeroum en 1840, 41, 42, 43. C'est là un complément de démonstration qui met tout à fait hors de doute l'idée dominante de ce travail, à savoir que la peste bubonique a trouvé à plusieurs époques dans les montagnes et dans les plateaux froids et élevés de rArménie ou de l'Anatolie, des conditions d'éclosion et de développement plus favorables et des causes d'arrêt moins fréquentes et moins fortes que dans les plaines de la Mésopotamie et sur le littoral du golfe Persique.

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