‹ Histoire de la peste noire (1346-1350)Chapitre 6 sur 25 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

peste noire passe de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse dans les îles Baléares. — Majorque est dépeuplée.

— Les couvents sont déserts. — La peste s’abat sur l’Espagne. — Almeira, Valence. — Retraite du roi. — Mort de dona Léonor, reine d’Aragon. — Barcelone et Sarragosse anéanties. — Mort d’Alphonse XI, roi de Castille.

— Ses funérailles. — Siège de Gibraltar. — La peste noire abandonne l’Italie et l’Espagne. — Elle dirige son vol vers l’Allemagne et la France. — Son double itinéraire. — Courant de l'Allemagne. — Son entrée en Illyrie. — Affreux ravages à Trévise, à Udine et à Trieste.

— Histoire lamentable de ses désastres, par Farlati. —

La ville de Spalatro. — Mort de son archevêque. — Les bêtes fauves et les oiseaux de proie. — La ville de Raguse. — Zara. — Épizooties meurtrières. — Tremblement de terre dans la Carinthie. — Le vin se trouble. — Renversement de la ville de Villach. — Chute de montagnes. — Marche rapide de la peste noire en Bavière.

— Envahissement de la Suisse. — 14 mille morts à Bàle.

— 3 mille à Lucerne. — Étranges conseils des magistrats de Berne. — Irruption de la peste noire en Hongrie, en Bohême et en Autriche. — La ville de Vienne perd * 40 mille habitants. — 0 mille corps dans la même fosse/ — Inscription du cimetière d’Erfurt. — La ville de Lubeck. — Weimar. — Mort de la reine de Hongrie

et des personnages de sa cour. — Illustres victimes de la Hongrie et de la Bohème.

De la Sicile , de la Sardaigne et de la Corse, la peste noire se dirigea sur les îles Baléares, en formant en quelque sorte trois rayons qui se réunirent pour accabler Majorque. L’historien Çurita ‘ dit que cette île fut dépeuplée en moins d’un mois, et qu’il mourut plus de 15 mille personnes : « En menos de un mes , la isla de Mallorca y aver muerto mas de quinze mil hombres ; » d’un autre côté, Diago affirme que le nombre des morts s’éleva à 30 mille. Les mémoires des archives de l’université rapportent que, dans ce royaume, sur 100 habi- %

tants il en mourut 80 : « Las Mcmorias de los archivas de la univcrsitad refieren que en cl reyno, de cien personas morian los ochenta. »

La ville fut tellement frappée, qu'il n'y avait plus de moines dans les couvents, et que les dominicains se virent forcés de recevoir des enfants. On conjecture de là, et non sans fondement, que le saint enfant, novice dominicain, qui vécut à une époque difficile à préciser, dut mourir peu de temps après l’année 1348; car il est certain que ce ne fut qu’à l’occasion de la peste, et à celte époque, que le couvent de Saint-Dominique donnal’habit à des enfants.

Bientôt la peste fit son entrée en Espagne; ce fut

1 Parte de los anales de la covonade Aragon, Geronymo Çurista, Chronista de dicho Reyno, t. ii, p. 222.

à Almeira que la maladie se déclara en premier lieu; elle se répandit ensuite dans tous les royaumes et dans toutes les villes de l’Espagne : « y despues a todos los reynos y ciudades de Espana '.» Au mois demai 1348 elle pénétra dans Valence, et à la mi-juin il y mourait journellement 300 personnes. Le roi, à la vue du péril extrême qui le menaçait, se détermina à se retirer dans une province que le fléau avait respectée; il manda donc auprès de lui ses conseillers, et leur manifesta sa volonté de sortir du royaume. Ceux-ci agréèrent le projet du roi, prirent avec lui quelques mesures qui leur parurent convenir à la situation présente du royaume, et le roi partit aussitôt à la plus grande hâte et presque sans suite. Puis le conseil de la couronne proclama un décret qui défendait aux cavaliers de se rapprocher de la frontière des Maures, et qui interdisait tout rapport entre les gens de guerre avec la Castille \

Le roi fut épargné; mais la nouvelle reine d’Aragon, dona Léonor, mourut, sans laisser d’enfants, à Exerica, où elle fut inhumée sans pompe et sans appareil : « sin pompa ni aparato real '. »

A Barcelone, des quartiers entiers restèrent privés d’habitants V On calcula qu’à Sarragosse, où le roi don Pedro IV tenait les cortès, il périt 300 personnes

1 Historia de Espàna, por Mariana, u° vol., liv. xvn, p. 34.

* Annales d'Aragon, p. 222.

3 Mariana, p. 3o.

4 Villalba, p. 12.

par jour dans le courant du mois de septembre. La ■vue de tant de malheurs avait tellement endurci le cœurde ceux qui restaient, qu’ils ne pleuraient plus la perte de leurs proches, et qu’ils abandonnaient leurs cadavres dans les rues. Tel est le spectacle navrant dont on fut témoin dans toutes les villes et dans tous les villages de l’Espagne.

Celte année fut la dernière de la vie d'Alphonse XI, roi de Castille \

Malgré la fureur de l’épidémie, ce monarque continuait le siège de Gibraltar , et tenait cette ville si bien investie par mer avec sa Hotte, et par terre avec son armée, que la garnison, qui n’avait aucune espérance d’être secourue, voyant qu’on commençait à manquer de vivres, et que les murailles étaient sur le point de s’écrouler, pensait déjà à rendre la place.

Tout à coup la peste redoubla d’intensité. A la vue d’une calamité si menaçante, l’infant don Ferdinand, le marquis de Tortose, don Jean Nunès de Lara, don Ferdinand Emmanuel, les grands maîtres des ordres militaires, et les autres seigneurs, supplièrent le roi à différentes reprises de lever le siège, pour ne pas exposer sa personne : mais comme ce prince savait en quel état était la place, et qu’il se flattait de la réduire bientôt, il ne voulut pas rendre inutiles les frais qu’il avait faits pour cette conquête,

1 Ortiz de Zuniga, Annales de Séville, liv. v, p. 203. — Don Juan Alvarcs de Colmena, Annales d'Espagne et de Portugal, t. i.

et ne cessa de répondre à leurs instances qu’il serait honteux pour lui de ne pas recouvrer une ville qui avait été perdue sous son règne.

Dieu en disposa autrement, et ce fut peut-être en punition de ce que, sous des prétextes apparents, ce prince avait rompu la trêve avec les infidèles, et afin d’apprendre aux monarques qu’ils doivent observer religieusement les conventions qu'ils font avec quelque personne que ce soit, tant par la loi de l’équité et de la droiture, qu’en vertu de la religion, surtout quand il y a eu intervention du serment.

Quoi qu’il en soit, le roi don Alphonse fut attaqué de la peste, qui se déclara par une tumeur inguinale, et, après avoir reçu les sacrements en prince chrétien, et fait son testament, il mourut le 26 mars, jour du vendredi-saint, vivement regretté, à cause de ses nombreuses et brillantes qualités, par tous les seigneurs et soldats qui étaient au siège.

Profondément versé dans l'art militaire, il n’était pas moins magnanime, généreux, clément, libéral, attaché à ses sujets et chéri de son peuple.

Comme homme, il eut la faiblesse de s’amouracher de dona Éléonore de Guzman ; mais depuis quelque temps il avait cessé d’entretenir avec elle un commerce criminel, et ne la considérait plus que comme la mère de ses enfants.

Tous ses sujets le pleurèrent.

Don Ferdinand, infant d’Aragon, don Jean ISunès de Lara et Ferdinand-Emmanuel, se disposèrent à

transporter son corps à Séville, laissant le siège dans le même état que si le roi 11e fût pas mort.

Le jour de cette translation, les mahométans de Gibraltar eurent l’attention de ne pas faire le moindre mouvement par respect pour la mémoire d’un si grand prince, sans avoir égard au trouble et à la diminution considérable des troupes des assiégeants. Lorsque les seigneurs approchèrent de Séville, le clergé et la ville allèrent très-loin pour recevoir le corps du roi, qui fut porté à l’église cathédrale et déposé dans la chapelle royale. Ce monarque avait demandé par son testament à être inhumé à Cordoue, près de don Ferdinand, son père '.

La peste noire n’avait pas cessé ses ravages en Italie et en Espagne, que déjà elle se dirigeait sur l’Allemagne et la France.

En prenant cette direction elle se partagea en deux courants, dont l’un traversa les nombreuses provinces de l’Allemagne, s’introduisit en Pologne et aboutit à la Russie 5 tandis que l’autre, après avoir traversé les Alpes, descendit en France, sillonna la Belgique , la Hollande , franchit le détroit pour se rendre en Angleterre , remonta dans la Suède , le Danemark, la Norwège, et alla se perdre dans l’Islande et le Groenland.

En se scindant ainsi, et avant de disparaître dans

Ferreras, trad. par d’Hermillv, p. 50.

les glaces polaires, la peste décrivit une immense ellipse , dont elle parcourut les deux côtés à peu près dans le même laps de temps.

Je vais la suivre dans ce double itinéraire.

Après avoir tourné la mer Adriatique, visité Trévise, Udine et Trieste, qu’elle plongea dans la désolation, elle se précipita sur l’Illyrie.

Yoici comment Farlati décrit les ravages de ce fléau dans cette malheureuse contrée :

« O douleur! quel langage humain pourrait peindre et retracer les jours effroyables de calamité et de détresse qui, avant et après les désastres de cette maladie, pesèrent sur le genre humain? Heu ! proh dolorl quianimi, vel quas linguœ hominum exprimere el explicare possent tam horribiles et infelicissimos c lies calamitatis, qui, ante et post adventum cladis epiclemiæ, humano generi breviter evenerunt ?

« Alors, l’air était vicié, obscur, couvert de brouillards, et plusieurs parties du monde étaient infectées d’une maladie contagieuse.

« Au milieu du jour, le soleil s’était entièrement obscurci, et les étoiles apparaissaient au ciel comme pendant la nuit; la lune elle-même ne reflétait plus la lumière , elle s’était éclipsée pour les habitants de la terre. Alors une comète, avec sa longue chevelure, apparut brillante du côté de l’Occident, et les autres étoiles semblaient tomber d’elles-mèmes sur la terre. Stella cometa cum magnâ caudâ in cœlo , in partibus occidentalibus, micando apparuit,

et cœterœ stellce de cœlo videbantur de statu proprio cadere ad terrain .

« La voûte céleste paraissait entr’ouverte, et de cette ouverture sortait uu feu dont la flamme, comme une torche ardente au milieu de la nuit, apparut avec un effroyable éclat à l’univers tout entier.

« Beaucoup d’édifices furent renversés par les tremblements convulsifs de la terre; les vents contraires soufflaient avec violence, et remplissaient l’air de leur choc et de leurs tourbillons impétueux; la mer, toujours orageuse et menaçante, retentissait sans cesse du bruit des vagues. Enfin, tous les éléments attristés semblaient donner des signes de deuil : et omnia elementa dolorosa et tristia signa dabant.

« Des loups dévorants rôdaient par bandes autour de l’enceinte des villes, en poussant des hurlements affreux. Altères de sang humain, ils ne se contentaient pas de dresser aux hommes des embûches secrètes, ils se précipitaient encore en plein jour dans les maisons des villages, et arrachaient les enfants du sein de leurs mères. Non-seulement les faibles enfants, mais les hommes armés, assaillis par ces animaux attroupés, étaient déchirés et mis en pièces; les cadavres même étaient déterrés et dévorés par eux .

« Assis sur les toits des maisons, les hiboux faisaient entendre, la nuit, leurs voix tristes et plain-

tives : Seclentes super domos, flebiles el mœstissimas cantilenas de nocte cantabant. Ils remplissaient les habitations, et faisaient leurs nids dans les édifices où l’on n’entendait que leurs cris perçants. Le jour, on voyait planer au-dessus des villes des troupes innombrables de corbeaux qui remplissaient l’air de leurs croassements ; des milliers de milans et de vautours s’élevaient également dans les airs qu’ils fatiguaient de leurs cris, et grand nombre d’autres oiseaux et animaux sauvages, sortis des forêts, s’approchaient des villes, comme autant de signes précurseurs des maux à venir.

« . . . . Cette peste cruelle s’attaqua d'abord aux animaux; les chevaux, les bœufs et les chèvres se couvraient totalement de lèpre , leur dos se dépouillait; puis, affaiblis et languissants, ils tombaient de consomption et mouraient au bout de quelques jours.

« Bientôt le fléau changea de victimes. D’abord, les hommes sentaient leurs forces s’affaiblir ; le corps se couvrait de glandes, de taches noires et d’ulcères; la fièvre s’allumait, on rendait du sang. Alors, plus d’espoir de salut. Le malade, le cœur contrit, faisait au prêtre le pieux aveu de ses fautes, et recommandait son àme à Dieu ; puis, formulant ses dernières volontés, il expirait le deuxième ou le troisième jour. Saisis d’épouvante à la vue de cet effroyable fléau et du nombre de ses victimes, ceux qui étaient épargnés perdaient en quelque sorte l'usage des sens et

de la raison, et, craignant pour eux-mêmes un sort semblable, ils croyaient toucher à la fin du monde.

« O malheur 1 ô spectacle désolant ! on voyait les lemmes éplorées, les cheveux en désordre, le sein et le visage meurtris! Proh fatal quant triste erat spectaculum tniserabilium mulierum crines et pectora genasque laniantiuml

« Qui pourrait dire tous les gémissements et les soupirs qui s’élevèrent alors vers le ciel ? Les hommes couraient çà et là, cherchant leurs amis, pleurant leurs proches que leur avait ravis le trépas ; iis s’en allaient couverts d’habits de deuil, le visage incliné vers la terre et le chagrin dans le cœur.

« Infortunés! ils ne savaient quel parti prendre. Devaient-ils ensevelir les morts ou fuir seuls au loin pour échapper aux mortelles atteintes de la contagion / lous, allant dans les temples, élevaient vers le ciel des mains suppliantes, et imploraient la miséricorde de Dieu ; quelques-uns fuyaient au loin, et, errant de pays en pays, abandonnaient les corps de leurs proches étendus sans sépulture dans les maisons et dans les temples : il ne se trouvait personne pour les ensevelir, car, dans beaucoup d’habitations, il n était pas resté un seul être vivant.

« Le fatal fléau immolait sans distinction les hommes et les femmes, les enfants et les vieillards; il n’épargnait aucun âge*. »

Michaelis Farlato, Illyricum sacrum, t. m.

Hæc jam dira lues serpere dicitur.

Pridem Pannonios, Illyrios quoque .... graviter stravit, et impio Cursu nos quoque nunc petit '.

Cette touchante élégie est digne de celle du poète Pétrarque. .

Le 25 décembre 1348, la peste, côtoyant le rivage oriental de la mer Adriatique, atteignait la ville de Spalatro, dont elle tuait le vénérable archevêque. L’atmosphère, tumultueusement agitée, était surchargée de vapeurs méphitiques; les bêtes fauves et les oiseaux de proie venaient s’abattre sur les habitations et se repaître de cadavres. La ville de Raguse fut envahie dans le courant du même mois, et perdit 160 patriciens, 300 individus du second rang et 7 mille personnes de la basse classe : « Cento e settanta patrizi, trecento cittadini del seconda ordine , è circà sette mille individui délia plebe 2. »

Pestilentia multos nobiles prœcipueque plebem fœda tube delevit \

La peste remonta ensuite à Zara, en Dalmatie, où elle avait été précédée d’une épizootie qui enleva presque tous les animaux : « Una epizoozia ferocissinia regnava conlemporaneamente in quella citta e suo territorio , la quale distrusse la maggior parte degli animali 4. »

1 Severus Sanctus.

* Sérafin Razzy, t. in, p. 130.

3 Orosius.

4 Johannes Lucius, De flagello pestis in homines et pecudes, lib. u. — Siméon Glinbavaz, cap. n, p. 157.

b4 HISTOIRE

Au mois de janvier 1349, le jour anniversaire delà Conversion de saint Paul, un tremblement de terre, accompagné de tonnerres souterrains, émut toute la Carinthie ; des tours chancelèrent, des murailles se fendirent et le vin se troubla: « Multas turres dejecit, mœnia scidit , vinaque in doliis turbulenta fecit1 La ville deVillach fut renversée, et beaucoup d’habitants périrent écrasés sous les ruines de leurs maisons. On rapporte encore que des montagnes voisines de cette ville furent emportées loin de leurs bases.

La peste noire sortit de la Carinthie après y avoir fait un séjour de deux mois, et se partagea en deux branches : la première, après s’être subdivisée en Bavière et dans le Wurtemberg, s’étendit en Suisse, où elle longea les rives du Rhin. Ce fléau commit d’horribles dégâts dans cette contrée; Zurich, Bâle et Lucerne reçurent les coups les plus meurtriers ; cette dernière ville perdit trois mille habitants, et celle de Bâle, quatorze mille.

A Berne , l’apparition de la peste fut envisagée d’une manière singulière : les magistrats de cette cité, persuadés que le chagrin et la terreur contribuaient plus que toute autre cause à propager la maladie, envoyèrent des jeunes gens avec des musiciens attaquer et détruire quelques châteaux habités par les ennemis du canton dans la riche et pittoresque vallée de Simmenthal. Celte expédition fut

1 Vitodurani, Chronicon ad Fredericum II, imperatorem.— Chronique d André de Ralisbonue. — Chronique de Corner de Lubeck.

CS

moins une guerre qu’une fête. On conserve encore dans le pays diverses chansons joyeuses composées à cette époque , et dans lesquelles les confréries des pénitents, leurs processions et leurs prophéties sinistres sont livrées à la dérision *.

La deuxième s’allongea vers l’Autriche, et s’étendit jusqu’à Vienne, qu’elle atteignit en quelques jours. C’est par cette voie que l’épidémie se dissémina dans le vaste empire d’Allemagne, et répandit son poison sur la Bohême et la Hongrie 1 2 3.

A Memmingen , le nombre des morts s’éleva à 2,070 *; à Muhldorf, en Bavière, il mourut 1,400 habitants d’un rang élevé 4, sans compter les nombreuses victimes de la classe inférieure ; à Lubeck , il y eut 9,000 morts ; 1 ,500 habitants succombèrent dans la seule nuit de la fête de saint Laurent ; 1 ,800 périrent dans un seul jour à Vienne , où 40 mille personnes furent enlevées en peu de mois. L’inhumationfut interdite dans les églises et dans les cimetières de cette ville ; alors on coucha les morts par milliers dans de grandes fosses creusées en dehors des murs. Un historien anonyme affirme que chaque fosse contenait 6,000 corps; la paroisse de Saint- Étienne perdit 54 ecclésiastiques, et l’épidémie dura depuis Pâques jusqu’à la Saint-Michel. On vit s’étein-

1 Mémorial de Chronologie, t. n, p. 849.

* Martin Minorita, les Fleurs des Temps.

3 Schnurrer, loc. cit., p. 7.

* Chron. Salisbury.

dre des familles de 70 personnes, et plus d’un héritage passa à des parents du cinquième degré

A Erfurt, l’entrée du cimetière portait une inscription annonçant que 12,000 corps y avaient été déposés.

Mille trecentis decies quinis simul annis, IJicjacent hommes millia bis sex.

Partout, les cérémonies funèbres, dernière consolation des survivants, étaient devenues impossible. Enfin, Spangenberg rapporte qu’en Allemagne il y eut 1,244,434 victimes, et que 124,434 moines franciscains furent emportés par la maladie. La ville de Lubeck, que j’ai citée plus haut, fut transportée d’un tel délire lorsque la peste y éclata, que les habitants s’entre-tuaient comme des frénétiques 2.

A Weimar, 0,000 habitants succombèrent 5.

La peste enleva également la reine de Hongrie , fille de Charles, roi de Bohême ; sa sœur, femme d’un duc de Bourgogne; le fils aîné du duc de Brabant, gendre de ce dernier; la lîlle du roi de Navarre, la plus belle personne de son temps; la hile de Léopold, duc d’Austrie, et son mari, Conrad de Magdebourg \

1 Anon. Leobiensis, lib. vi.

2 Hecker, p. 26.

3 Forstemann , Versuch einer geschichte der christlichen geislergesellschaften, etc., \ol. ni, 1817.

* Contin. de Nangis, -vol. ni, p. 1 07 et suiy.

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