‹ Histoire de la peste noire (1346-1350)Chapitre 7 sur 25 · HISTOIRE DE LA SECTE DES FLAGELLANTS. — ÉPISODE DU MASSACRE DES JUIFS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA SECTE DES FLAGELLANTS. — ÉPISODE DU MASSACRE DES JUIFS

Les papes d’Avignon. — Les Allemands privés des sacrements. — L’empereur Louis de Bavière. — Sentence pontificale et interdit. — Le dominicain Tauler, l’augustin Thomas et le chartreux Ludolph, chefs des mystiques. — Mortifications sanglantes et courses frénétiques. — Cantiques étranges et inconnus. — Les flagellants ne passent pas Reims. — Le sombre enthousiasme de l’Allemagne comparé à la description par Boccace des mœurs italiennes. — Hymne des flagellants. — Cérémonies curieuses. — La croix rouge. — Lettre de Jésus-Christ. — Mesures sévères de l’empereur Charles IV. — Bulle du pape Clément VI, du mois d’octobre 1349. — Décret de la Sorbonne. — Les flagellants sont repoussés d’Avignon. — Philippe VI leur interdit le territoire français. — Manfred, roi de Sicile, les menace de la peine de mort. — Exécution d’un de leurs maîtres. — Les flagellants sont repoussés de l’Allemagne. — La peste noire disséminée par leurs pèlerinages. — Effets moraux.

Les juifs accusés d’empoisonner les fontaines et les puits. — Première persécution à Chillon en 1348. — Surveillance aux portes des villes. — Haine implacable. — Serment

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de détruire les juifs par le fer et le feu. — Les juifs enfermés à Bàle et brûlés. — Les memes cruautés se répètent à Fribourg. — Tortures atroces en Suisse. — Décret sanguinaire. — A Spire, les juifs se jettent spontanément dans les flammes. — Ils sont enfermés dans des tonneaux et précipités dans le Rhin. — 2 mille juifs sont brûlés vifs à Strasbourg, et 12 mille à Mayence. — A Eslingen, ils mettent le feu dans leur synagogue et meurent sous ses décombres. — Les femmes juives jettent leurs enfants dans le feu pour les soustraire au baptême. — Mise à mort des protecteurs des Juifs. — Le pape Clément YI place les juifs sous son patronage. — Deux bulles les déclarent innocents. — Protection du palatin Ruprecht, de l’empereur Charles IV, du duc Albert d’Autriche et de Boleslas V, duc de Pologne. — Le roi Casimir le Grand offre un asile aux juifs.

Un des plus déplorables effets produits par cette terrible épidémie fut de réveiller le fanatisme avec son aveuglement et sa férocité ordinaires. Au lieu de rechercher et d’employer quelque méthode efficace de traitement, on ne s’occupait que de fléchir le courroux céleste. Les cérémonies imaginées à cet effet variaient suivant les pays.

C’est en Allemagne que se déclara le plus sombre accès de mysticisme. La plus grande partie de ce pauvre peuple était depuis longtemps privée des sacrements de l’Eglise. Les papes d'Avignon, pour faire plaisir au roi de France, avaient, froidement et de gaieté de cœur, plongé l’Allemagne dans le désespoir. Tous les pays qui reconnaissaient Louis de Bavière étaient frappés de 1 interdit; plusieurs villes, particu-

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lièremeut Strasbourg, restaient tidèles à leur empereur, même après sa mort, et souffraient toujours des effets de la sentence pontificale. Point de messe, point de viatique. Trois hommes seulement, trois mystiques, ne tinrent aucun compte de l’interdit, et persistèrent à assister les mourants : le dominicain Tailler, l’augustin Thomas, de Strasbourg, et le chartreux Ludolph. C’était la grande époque des mystiques. Ludolph écrivait sa Vie du Christ; Tauler, son Imitation de la pauvre vie de Jésus ; Suso, son livre des Neuf Rockers. Le grand Tauler lui-même allait consulter, dans la forêt de Soigne, près Louvain, le vieux Ruysbrock, le docteur extatique.

Mais l’extase, chez le peuple, se transformait en fureur. Dans l’abandon au milieu duquel le laissait l’Église, dans son mépris des prêtres, il se passa des sacrements qu’il remplaça par de sanglantes mortifications et des courses frénétiques. Des populations

entières partirent, allèrent sans but déterminé, comme poussées par le vent de la colère divine. Ces fanatiques portaient des croix rouges; demi-nus sur les places, ils se frappaient avec des fouets armés de pointes de fer, chantant des cantiques qu’on n’avait jamais entendus; ils ne restaient dans chaque ville qu’un jour et une nuit, et se flagellaient deux fois le jour; après cette expiation volontaire, qui durait trente-trois jours et demi , ils se croyaient purs comme au jour du baptême.

Les flagellants allèrent d’abord de l’Allemagne aux

Pays-Bas; puis cette fièvre s’introduisit en France par la Flandre et la Picardie. Elle ne passa pas Reims. En l’année 1349, aux fêtes de Noël, cette secte ne comptait pas moins de huit cent mille partisans. Il n’y eut pas de flagellants en Italie.

Le sombre enthousiasme de l'Allemagne et de la France du nord , cette guerre déclarée à la chair, forme un contraste des plus étonnants avec la peinture que Boccace nous a laissée des mœurs italiennes à cette époque '.

L’apparition de cette secte , qui avait déjà eu lieu au XIe siècle, l’étrange et sombre mélodie de ses chants, produisaient un effet si puissant que l’édifice de l’Église s’en trouva menacé. Bientôt les flagellants eurent acquis plus de crédit que le clergé , dont ils secouaient le joug au point de se donner mutuellement l’absolution. Us prirent partout possession des églises, et leurs chants inconnus, passant de bouche en bouche, agitaient fortement l’esprit des populations. Ces hymnes respirent , sans contredit , un grand enthousiasme et des sentiments religieux d’une piété originale; ces qualités se retrouvent surtout dans le psaume principal des frères de la Croix , chanté dans tous les dialectes divers de l’Allemagne, et probablement composé à une date plus ancienne. On trouve des fragments plus ou moins étendus de cet hymne dans les chroniques de l’époque ; mais le

1 Michelet, Histoire de France, vol. ih, p. 345.

seul manuscrit complet qu’on en possède repose dans la riche bibliothèque du président de Meusebach. Masmann l’a fait imprimer, avec une traduction , sous ce titre : Éclaircissements touchant la prière de Wessobrunner du VIIIe siècle, ainsi que deux hymnes inédits du XIVe siècle.

La chronique de Limbourg avance que ce cantique ne fut composé qu’à l’époque qui nous occupe, quoique, à l’occasion d’une procession de flagellants, en 1260, une partie, sinon la totalité, en eût déjà été chantée *.

Cette pièce étant un document curieux du siècle dont nous parlons ; je vais la faire connaître telle qu’elle se trouve dans l’ouvrage de Hecker, auquel je l’emprunte :

1 lncerti auctoris Chronicon rerum per Austriam vicinasque regiones gestarum, inde ab anno 1025, usque ad annum 1282. Munich, 1827, 8, p. 9.

|DAS alte GEISSLERLIED

Nach Masmann’s ciusgabe von hcr rn prof essor Lachmann, mit der handschrift v'erglichen .

Svc siner sele ville pleghen De sal gelden imde vveder genen :

So wert siner sele raed,

Des hclp uns lcue lierre Goed!

Nu tredet here, we botsen wille!

Vie vvi io de hetsen belle :

Lucifer is en bose geselle,

Sven ber hauet,

Mit peke lie en lauct.

Datz vie vvi ef wirhauen sin.

Des help uns Maria, koninghin,

Das vv<r dines kindes hulde vvin !

Jésus Crist de wart gevanghen,

An en cruce wart lie gehanghen :

Dat cruce wart des blod rod,

Wer klaglien sin marter unde sin dod.

Sunder war mide vvilt tu mi lonen?

Dre negele unde en dornet crone,

Das cruce vrone, en sper, en stich,

Sunder! datz leyd icli dor dich ;

Was wltu nu liden dor mich ?

So rope wir lierre mit luden done,

Unsen denst den nem to lone,

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