‹ Histoire de la pharmacie à Lille de 1301 à l'an XIChapitre 182 sur 196 · Olielte, tête de pavot · texte numérisé non relu

Olielte, tête de pavot

serions dans ce cas là si la demande de Messieurs les médecins leur étoit accordée, ou d'en paier l'amende. Mais dii'ont sans doute Messieurs les médecins nous faisons nos ordonnances gratis pour les pauvres. Nous en convenons, mais si ces Messieurs étoient obligez d'en faire pour ces bagatelles au lieu d'un médecin par paroisse six ne suffîroient pas.

Nous entendons par l'état mitoien, ceux qui ne sont point sur la liste des pauvrisseurs ny à la Bourse commune des pauvres, la plus grande part ouvriers de nos manufactures, lesquels se voiroient bientost réduits à la mendicité et hors d'état d'eslever leur famille, si pour avoir ces bagatelles ils étoient obligez de payer six patars au médecin . Ne seroit-ce pas une espèce de tirannie de les y forcer ? Quant aux riches et à ceux qui sont en état de paier les médecins, comment ferions-nous pour leur refuser ce qu'ils viennent nous demander ?

Il est peu de famille qui n'ait ses remèdes particuliers ; l'une a une recette pour la colique, l'autre pour la jaunisse, celle-cy pour la fièvre, celle-là pour les vertiges, tous remèdes dont ils ont éprouvez la bonté et l'efficacité depuis cinquante ans ou plus. N'y auroit-il pas de l'injustice à nous obliger de les refuser ?

Y auroit-il plus de justice à nous défendre de leur donner une médecine qu'ils viendront nous demander avec une copie d'ordonnance de nos anciens médecins, tels que Messieurs Doucet, Desplanque, Barlet, Six, Rennart, Boidin, Delahaye, Robilliard, les Hennions et plusieurs autres qui tous de leurs temps ont acquis l'estime et la bienveillance du public et à bien juste titre, les ordonnances desquels nous exécutons très souvent et presque tous les jours dans nos boutiques.

Nous souhaiterions bien que ces Messieurs voulussent nous donner des règles de conduite qui s'accordassent avec l'humanité et la charité qu'un chacun doit avoir pour ses concitoiens, pour quand on vient nous faire lever la nuit, ce qui arrive très souvent, pour nous demander des remèdes pour gens qui ont la colique ou une indigestion, pour un autre qui aura une atteinte d'apoplexie ou pour femmes en couche ou qui sont prestes à s'accoucher , lesquelles personnes viennent sans oi'donnance de médecin, ces Messieurs ne voulant pas se découcher, surtout pour gens de l'état mitoien, ce qui arrive assez souvent ; les refuserons-nous et les laisserons-nous mourir faute de leur donner quelque remède, leur disant d'attendre jusqu'au lendemain après le médecin. A Dieu ne plaise mais au

contraire nous croions estre obligez en conscience de les secourir si nous pouvons.

Quel sujet de plainte Messieurs les médecins ont-ils contre nous? N'exécutons-nous pas toujours leurs ordonnances à la lettre ? Est-il quelqu'un de nous qui ne s'y soit conformé, s'il n'étoit luy-même médecin ? Nous respectons infiniment ces Messieurs et nous connoissons trop bien l'excellence, les prérog-atives et privilèges de leur art pour ne point leur rendre toute la justice qui leur est deue.

De quoy se plaig-nent-ils donc ? De ce qu'ils ne font pas autant de visites qu'ils voudroient. Est-ce notre faute ? Qu'ils s'en prennent à eux-mêmes. Pourquoy ont-ils reçus dans leurs corps des médecins non lettrez, qui étant obligez de faire leurs ordonnances en langue vulgaire ou qui ne voulant pas se donner la peine d'écrire, ce qui arrive encor à plusieurs de ces Messieurs, disent aux gens : prenez pour deux liards de chiendent, autant de réglisse et pour un sou de sel de nitre pour en faire une tisanne. Ils ont apris au public à se traiter luy-même et à ne plus se servir d'eux qu'à l'extrémité.

Messieurs les Rewart, Mayeur et Eschevins remarqueront s'il leur plait que Messieurs nos anciens médecins, tels que Messieurs Prévost, Duhem, Saladin, Savarin, Six et plusieurs autres ne sont point entrevenus et ne sont point du tout de concert avec nos nouveaux médecins dans la requeste présentée à Messieurs du Magistrat ; ainsy que la débibération du prétendu collège des médecins est informe et

incompétente.

Pieri'e Pr. De Brigode. — Corneille Duhamel. — L. J. Carette. — Nicolas Debrigode. — J.-B. Mallebrancq, doien. — H. Farvacques, grefier '.

Archives communales de Lille. Cartonl271. - Pièce manuscrite.

Conclusions du procureur-syndic de la ville sur la dem.ande du

collège des médecins contre les chirurgiens et les apothicaires.

1«' octobre 1754.

Vu le projet de règlement demandé par les médecins du collège de cette ville le 12 novembre 1763, — le mémoire imprimé produit

1. La réponse est de la main de Pierre Fr. De Brigode, premiersignataire.

pour réponse par les maîtres chirurgiens contenant une demande renversable, — la requête des médecins à laquelle est joint un précis des anciens édits, arrêts et réglemens concernans les professions respectives, — autre requête des chirurgiens — et enfin le mémoire des médecins, j'ai cru, Messieurs, devoir vous communiquer mes observations sur le contenu en iceux.

Les inconvéniens et les abus qu'a occasionné la témérité qu'ont souvent les chirurgiens d'entreprendre toutes sortes de maladies i

.' a déterminé ledit collège des médecins à vous

supplier de porter un règlement nouveau

L'article 2, concernant les apotiquaires contient à la vérité une disposition qui n'a point encore eu lieu en cette ville, mais qu'il est nécessaire de faire exécuter surtout par rapport à la datte et signature des ordonnances.

Le défaut de cette précaution peut causer de grands inconvéniens, parce que certaines personnes trop crédules et prévenues en faveur d'un ancien médecin et quelquefois d'un charlatan, peuvent faire usage dans toutes les occasions du même remède, lequel quoyque bon en soy, ne convient point à tous maux ou à toutes maladies.

La différence des maladies, le changement d'âge, de tempéramment et autres circonstances obligent souvent les médecins de ne plus donner à un malade les remèdes dont il a vu souvent de bons succès ; leur prudence et leur expérience suggèrent des remèdes plus propres et plus convenables, et c'est à eux seuls qu'on doit s'en rapporter, comme l'on fait à un avocat que l'on consulte sur l'espèce d'un procès.

De même que ce dernier croit quelquefois ne devoir pas faire usage des principes qui luy ont px^ocuré le gain d'un procès, soit parce que la jurisprudence est changée ou autrement, un médecin aussi peut avoir des raisons pour ne plus donner à son malade le remède qui luy a autrefois donné la guérison.

Il en est des maladies comme des procès, la moindre circonstance détermine un médecin à changer la nature de son remède, comme un avocat à employer d'autres principes.

Or je ne connois point de moyen plus propre à s'assurer de la convenance actuelle d'un remède vis-à-vis de chaque malade, que d'ordonner aux médecins de datter et signer leurs ordonnances, et de faire deffenses aux apotiquaires de délivrer aucuns remèdes destinez

Page 1