ISRAÉLITES
On ne trouve que de faibles indices des progrès qu’ont pu faire la matière médicale et la pharmacie chez les Hébreux , depuis les voyages d’Àbraham en Égypte, jusqu’à la captivité de Babylone. Pendant les quatre siècles que les descendants de Jacob vécurent sous la domination des Pharaons, quelle que fût la différence entre la religion des Israélites et des Égyptiens, il dut y avoir on échange
(1) Remarquons en passant que les caractères chimiques, encore employés à la fin du dernier siècle, tiraient évidemment leur origine des hiéroglyphes égyptiens.
naturel entre les coutumes des deux peuples. Il est certain que les premières connaissances des Israélites furent empruntées aux Égyptiens. Moïse qui avait été élevé par les prêtres d’Égypte, leur dut en grande partie les connaissances supérieures qui le distinguèrent et dans lesquelles il surpassa si hautement ses maîtres. On sait qu’il opéra par des moyens chimiques la dissolution du veau d’or, image du dieu Apis, fabriqué par Aaron, et que le peuple adorait. Il donna une saveur douce et agréable a une eau dont la source était amère; enfin, il exécuta dans le désert un grand nombre de merveilles que l’on attribua 'a la magie, mais qui prouvent du moins qu’il possédait des connaissances variées, bien qu’on ne puisse le regarder comme un savant, car les sciences proprement dites n’existaient pas encore. (O
(1) On a beaucoup disserté sur la manne dont les Israélites se nourrirent dans le désert pendant quarante ans, et que Moïse leur avait indiquée. On l’attribue généralement à l’alhagi (Hedysarum alhagi), genre de la famille des légumineuses, sous-arbrisseau épineux qui croit en Egypte, en Syrie, et qui y forme d’épais buissons. Dans les grandes chaleurs, les feuilles et les branches de cet arbrisseau se couvrent d’une substance sucrée, appelée Térenjabin , laquelle se montre sous la forme de gouttelettes de miel, qui se durcissent et ont la grosseur d’une graine de coriandre. Cette manne est un peu laxative, mais elle ne paraît pas produire cet effet sur les naturels du pays. Comme on la récolte aussi sur le Liban et le mont Sinaï, plusieurs savants n’ont pas hésité d’y reconnaître la manne des Hébreux.
D’autres auteurs ont attribué la manne du désert à un tamarix ( Tamarix mannifera , L.) qui croît aussi sur le mont Sinaï et dont on retire un miel liquide, fort usité en Syrie et en Égypte.
On a cru la retrouver aussi dans le Lichen esculentus , qui fait partie de la section des urceolariœ et du genre Parmelia. Ce lichen à l’aspect d’une grosse amande, très-rugueuse. Il ne s’attache aux rochers que par un point, en sorte qu’une fois détaché, il peut devenir le jouet des vents et s’accumuler en masses considérables. Observé d’abord par Pallas dans le désert de la Tartarie, Parrot dit qu’en Perse on le rencontra en masses telles que l’on crut qu’il était tombé du ciel . On le trouve également en Arabie, à l’entrée du petit désert. Les Arabes ainsi que les Tartares s’en servent comme aliment.
Quelles que soient les opinions des savants à ce sujet, la raison ne répugne
Quant 'a la médecine, Moïse était également plus éclairé qu’aucun de ses contemporains* 11 donna aux Hébreux d’excellents préceptes d’hygiène, il indiqua les véritables caractères de la lèpre et les meilleurs moyens de la guérir; il assigna des privilèges aux lévites qui exerçaient la médecine et c’est à lui que l’on doit les premiers renseignements sur ceux qui se dévouaient à ces fonctions. «Joseph, dit-il, (1) ordonna à ses médecins d’oindre son père, et les médecins oignirent Israël. » On se servait pour ces onctions d’huiles parfumées; on brûlait dans les temples des résines odoriférantes et des bois aromatiques. Parmi les substances recherchées comme aromates, les livres saints mentionnent le cèdre, le santal, le térébinthe, l’aloes, *a cannelle, l’encens, le galbanum, le baume de Giléad, l’acorus, le ladanum et le myrthe. L’olivier, le sycomore, le grenadier, le safran, le nard, le cassia lignéa et le dudaïm (2), étaient également en grande estime chez les Hébreux. On connaissait le beurre, le savon, les huiles extraites de plusieurs végétaux ; enfin, on avait observé le phénomène de la fermentation, car non seulement on connaissait le vin et la bière, mais Moïse parle encore de la conversion du vin en vinaigre, et indique les circonstances de cette transformation.
Après Moïse, les lévites continuèrent d’exercer la médecine ; les connaissances médicales étaient héréditaires parmi eux, et seuls ils avaient le droit de les mettre en pratique.
A l’époque de Salomon, l’histoire naturelle avait déjà fait d’assez grands progrès. Ce souverain se flattait de connaître toutes les plantes, depuis le cèdre qui couronne la cime du Liban jusqu’à la mousse
nullement d’ailleurs à admettre la production miraculeuse de la manne dans le désert, telle que la rapportent les livres saints.
(1) 1. Mos. Lib. 2.
(2) Cette plante citée plusieurs fois dans la bible, a fort exercé la critique des commentateurs et des savants. Les uns y ont vu la mandragore, d’autres
qui tapisse les rochers (I). Il assure qu’il n’ignorait rien de ce qui regarde la nature des animaux, leurs instincts, la force des vents, la variété des plantes et les vertus de leurs racines (2). Il fît une loi à l’homme d’honorer les médecins; enfin, la tradition lui attribue un livre qui enseignait à traiter les maladies par des moyens naturels. Ce livre fut, dit-on, détruit par Ézéchias, parce qu’il pouvait nuire aux intérêts des Lévites, attendu que ceux-ci employaient surtout des moyens surnaturels et guérissaient le plus souvent à l’aide de sacrifices expiatoires.
Après Salomon, les prophètes enlevèrent aux lévites l’exercice de la médecine. L’historien Josephe assure que le prophète Éléazar guérit un possédé, en introduisant dans le nez du malade une racine indiquée par Salomon. Le prophète Jésajah guérit le roi Hiskiah d’une tumeur, par l’application d’un cataplasme de figues. Au temps de Nabuchodonosor et après la captivité de Babylone, la civilisation et les connaissances de la nation juive se confondirent avec celles des autres peuples au milieu desquels les Juifs se trouvèrent transportés. Ce furent eux, par exemple, qui portèrent en Asie les connaissances et les arts des Egyptiens. Au temps des patriarches, on connaissait la fermentation, la dorure sur verre, la dépuration
la truffe, la figue, le citron, le fruit du cocotier, le melon jaune de Perse, ( Cucumis Dudaïm ; L.), d'autres, enfin, le lys, la violette ou le fruit du Zyziphus lotus , L. M. Virey, croit avec plus de vraisemblance, qu’il s’agit d’une orchidée, à cause de la propriété excitante qui leur est généralement attribuée et de l’odeur suave de quelques espèces de cette famille; en un mot, il croit y reconnaître l’une des bulbes qui fournissent le salep ( Bull . de pharmacie , V. 193). Toutefois, il paraît plus naturel de rapporter ce végétal au bananier ( Musa pciradisiaca , L.), dont le nom en hébreu est dudaïm. et dont les fruits comme les fleurs réunissent les doubles propriétés qui sont attribuées à cette belle plante par les livres saints.
(1) 1. Reg. IV. 29, 33.
(2) Liv. de la sagesse, ch. VIII, v. 20.
de l’argent et plusieurs autres opérations métallurgiques, le savon, le beurre, la poterie et sa couverte, ainsi que plusieurs arts chimiques applicables aux besoins de la vie.
Le verre fut connu des Phéniciens longtemps avant Moïse, et ils en firent l’objet d’un commerce considérable. Ils se rendirent célèbres par l’art de teindre la pourpre. Leurs vaisseaux transportèrent l’or, l’argent, l’étain et l’ambre dans les pays les plus éloignés.