CHINOIS
Si l’on s’en rapporte à la chronique des Chinois, qui font remonter leur histoire à une antiquité incroyable, les premières observations sur les propriétés des plantes seraient dues à l’empereur Chin- Nong. Ce prince, contemporain de Ménès, premier roi d’Égypte,
(1) On trouve dans le Journal de pharmacie , tome XIV, p. 457 et 507, deux articles de Virey, sur la matière médicale des Hindoux modernes, d’après le savant ouvrage du Dr Whitelaw Ainslie.
ami et successeur de Fou-hi, fondateur de l’empire de la Chine, s’appliqua à rechercher dans les végétaux des aliments et des remèdes. Tl enseigna par son exemple la pratique de l’agriculture. Il répandit l’usage du blé, du riz, du mil, des pois et du ma'is. On lui doit les premiers médicaments empruntés aux végétaux. Il étudia la nature des simples, il en exprima les sucs, en compara les saveurs, employa l’eau et le feu pour extraire leurs principes et, a l’aide de nombreuses expériences, il parvint à déterminer plusieurs de leurs propriétés médicales. Enfin, il les décrivit, en forma une sorte d’histoire naturelle, et composa un herbier célèbre qui, dit-on, subsiste encore et que l’on regarde comme le plus ancien monument de l’étude du règne végétal. On ajoute que Hoang-Ti, qui succéda à Chin- Nong, rédigea le code d’après lequel les médecins chinois se dirigent encore aujourd’hui, dans le traitement des maladies; ce qui prouve que si cette antique nation fit les premiers pas dans la carrière de la médecine, le génie ou le courage lui ont manqué pour la poursuivre dignement.
Il est certain, en effet, que les recherches des voyageurs et des missionnaires, dans cette vaste contrée, n’ont jamais fourni aux sciences médicales de bien utiles documents. Les Japonais possèdent quelques ouvrages de botanique et d’histoire naturelle, mais la plupart sont évidemment modernes, et les meilleurs sont ceux quh’ls doivent aux Européens, en sorte que leurs connaissances sur cette matière ne remontent pas à une antiquité bien reculée.
L’idée chimérique d’une panacée universelle paraît avoir existé de tout temps chez les Chinois. Cette panacée est la racine de Genseng a laquelle ils attribuaient des propriétés merveilleuses. Le nom de Gen-seng signifie la première des plantes, lh merveille de l’univers. Il fallait pour cueillir cette précieuse racine, qui croît en Tartarie et en Corée, parcourir des contrées inabordables, descendre
dans d’affreux précipices et s’exposer à mille dangers. Les livres chinois la vantent comme un cordial tsouverain, un remède héroïque contre les vomissements, les hémorrhagies, les maladies inflammatoires et les épuisements de toute nature. Cette opinion a traversé les siècles chez les peuples de l’Asie orientale, et n’a perdu de son crédit qu’à l’époque encore toute récente où les naturalistes ont fait connaître que le Gen-seng pouvait être attribué, soit à une plante de la famille des araliacées, le Panax quinque folium, L. qui croît en abondance au Canada, soit à une ombellifère, le Sium Ninzi, L. très-rapprochée du Sium Sisarum , L. de notre Europe, et dont les propriétés connues sont loin de justifier la réputation dont cette plante jouit chez les Chinois et les Japonais.
La Chine n’a jamais eu, et n’a point encore de nos jours, d’écoles médicales. Chacun y exerce la médecine et prépare des médicaments à sa guise. On vend dans tousies marchés, sous le nom de cordiaux, un grand nombre de drogues que les malades emploient comme ils le jugent convenable. Les plus recherchés de ces médicaments sont: le fiel d’éléphant, l’ivoire, le musc, la cire blanche végétale, la rhubarbe, le thé, le santal qui croît à Bornéo et à Timor, et la squine dont ils se servent dans presque toutes leurs maladies, ils regardent le foie d’une brebis noire comme un spécifique dans les ophthaîmies qui sont très-communes parmi eux. On sait qu’ils appliquent fréquemment le moxa (0, et qu’ils pratiquent avec quelque succès l’a-
(1) Le moxa chez les Chinois se prépare avec les feuilles de plusieurs espèces d’armoise ( Artemisia vulgaris , L. chinensis , L. lati folia, Led. et japonica , Thumb. On les fait sécher, on les broie dans les mains pour en détacher les parties friables, puis on les bat avec un pilon de bois. Il en résulte une espèce de feutrage dont on forme des cylindres ou des cônes auxquels on met le feu par le sommet, en les appliquant par la base sur la partie malade.
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cupunclure. Quant 'a l’opium ils n’en usent pas comme d’un remède calmant, mais ils le fument avec une sorte de passion, et il produit sur eux les effets d’une ivresse stupéfiante dont l’habitude les conduit inévitablement à une mort prématurée (I).
Les arts chimiques ont été exercés longtemps avant l’ère chrétienne chez les Chinois, que quelques historiens regardent comme une colonie égyptienne. Depuis un temps immémorial, ils ont connu le nitre, le borax, l’alun, les sels de cuivre et de mercure. Ils ont toujours joui d’une haute réputation pour la teinture du lin et de la soie, la fabrication de la poterie, la préparation des métaux et de leurs alliages. Ils travaillent avec un très-grand succès la corne, l’ivoire, l’écaille ; enfin ils paraissent connaître depuis une haute antiquité le soufre, la poudre à canon et l’art de la pyrotechnie.
(1) Voir un article que nous avons publié sur ce sujet : Journ. de Pharmacie, T. XXVII, p, 246.
Voir également, au sujet de la pharmacie chinoise, les observations du Dr Wilson dont un extrait est inséré dans le Journ. de Pharmacie et de Chimie T. X, p. 110.