‹ Histoire de la pharmacie et de la matière médicale depuis les temps les plus reculésChapitre 7 sur 16 · GRECS · texte numérisé non relu

GRECS

Un espace de onze cents ans sépare l’époque où la Grèce, envahie par des colonies venant de l’Asie-mineure, de la Phénicie ou de l’Egypte, échangea les habitudes sauvages de ses habitants, contre les mœurs policées de ses vainqueurs, et l’époque où, devenue l’un des centres les plus florissants de la civilisation, elle imposa au reste du monde ses connaissances, ses arts, son industrie et sa sagesse. Ces colonies conduites par Cécrops, Cadmus et Deucalion, après avoir chassé les Pélasges, premiers possesseurs du sol de l’Hellénie, fondèrent des villes, enseignèrent l’agriculture, les arts utiles et donnèrent quelques lois aux nouveaux habitants de ces belles contrées. Après ces héros fondateurs, parurent d’autres chefs qui, regardés comme des demi-dieux, firent éclore chez les Grecs les premiers germes des connaissances humaines et les mirent eux-mêmes en pratique avec éclat. A peu près à la même époque, les Curètes, les Cabires et les Dactyles, colonies d’hommes plus éclairés encore, venus du Caucase, de la Phrygie et de la Crète, prêtres, guerriers et magiciens, réunissant, mais cachant leurs connaissances sous les formes d’un culte religieux, instituèrent les mystères de Cybèle et de Bacchus, inventèrent la navigation, découvrirent les moyens de guérir la morsure des animaux vénéneux, les propriétés de quelques plantes, et

s’arrogèrent le privilège ou la prétention de guérir les maladies par des pratiques mystérieuses.

Orphée, Esculape, Musée, Tirésias, Mélampe et Bacis appartenaient évidemment à ces dernières sectes. Les hymnes d’Orphée, les tables orphiques, n’étaient autre chose que des chants magiques, à l’aide desquels on croyait apaiser la colère des Dieux et opérer certaines guérisons. La résurrection d’Eurydice est un témoignage delà puissance de ces conjurations lyriques, ou du moins des connaissances médicales d’Orphée. Pline d’ailleurs attribue à ce héros un ouvrage sur les plantes, et Galien un livre sur la préparation des médicaments.

Mélampe jouissait chez les Argiens de la même vénération qu’Orphée chez les Thraces. Il guérit Iphictus de son impuissance en lui faisant boire du vin ferré. On prétend qu’un épervier lui avait indiqué cette propriété du fer, en lui faisant découvrir une vieille épée cachée dans le tronc d’un arbre. 11 employa l’ellébore ( Veratrum album) pour guérir de la lèpre et de la folie les fdles du roi Prétus ; il y ajouta l’emploi des bains et des purgatifs, dont cette cure est le premier exemple dans l’antiquité.

Apollon, fils de Jupiter et de Latone, que l’on confond parfois avec le Pæon d’Homère et avec Esculape, était la principale divinité médicale chez les Grecs; non seulement parce qu’il était père d’Esculape et d’Orphée, mais aussi parce qu’il était le dieu de la musique et de l’art divinatoire, auxquels on attribuait alors la plus grande part dans la guérison des maladies.

Diane, sœur d’Apollon, que l’on confondit souvent avec Hécate et Proserpine, fut aussi révérée chez les Grecs comme une divinité présidant à la médecine. Elle avait, à ce titre, un temple 'a Amarynthe dans l’île d’Eubée. Ilithée ou Éleutho, fille de Junon, fut également adorée comme déesse protectrice de la médecine et surtout de Part

des accouchements. On la confondit, sous ce rapport, avec Diane et Lucine.

Mais le héros dont les connaissances médicales eurent le plus de célébrité dans la Grèce, fut le centaure Chiron. Il était fils de Saturne et de Philvre et habitait les montagnes de la Thessalie. Il s’était principalement appliqué 'a reconnaître les propriétés des plantes, au point qu’il fut regardé comme le véritable inventeur de la médecine. Il avait guéri de la cécité Phoenix fils d’Amyntor ; il enseigna à la plupart des héros de l’Iliade l’art de guérir les plaies. Esculape, Nestor, Méléagre, Hippolyte, Ulysse, Diomède, Castor, Pollux, Machaon, Podalyre, Enée et Achille furent au nombre de ses disciples. Il mourut d’une blessure que lui fit une des flèches d’Hercule, trempée dans le sang de l’hydre de Lerne et qu’il tenta vainement de guérir par l’application d’une plante à laquelle on donna le nom de Chironia et de CentauriumV) .

Parmi les élèves de Chiron, il en est plusieurs qui firent des plantes dont il leur avait enseigné les vertus, un emploi devenu célèbre. Ainsi Patrocle appliqua sur les blessures d’Eurypyle une racine amère et calmante qu’il avait broyée entre ses mains, et dont Achille lui avait appris l’usage(1 2). On croit que cette plante était la mille feuille , qui a retenu le nom d’ Jchille a.

Aristée, aussi élève de Chiron, passe pour avoir indiqué le premier les propriétés de plusieurs plantes précieuses. On lui attribue la découverte du Laser ou Sylphion , substance gommo-résineuse, que l’on nommait aussi gomme de Cyrène, et qui jouit jusque chez les

(1) Le Chironia est aujourd’hui un genre de la famille des gentianées. Le Chironia Centauriam de Smith, Gentiana Centaurium , L. Erythrœa Centaurium, Rich. est la petite centaurée des pharmaciens.

(2) Iliad. XI, 841.

Homains cl’une haute réputation médicaleO). II apprit aux habitants de Cos à élever les abeilles, à préparer le miel, le beurre, le fromage, et à cultiver l’olivier. Teucer, autre héros de l’Iliade, donna son nom au Teucrium , auquel, selon Pline, il reconnut la propriété de guérir les obstructions de la rate. Circé et Médée, fdles d’Hécate, furent encore élèves du même maître. Elles s’appliquèrent surtout 'a la composition des fdtres et des poisons. On sait quel usage affreux Circé fit de cette connaissance pour empoisonner son mari. Virgile et Théocrite parlent de l’habileté que Médée avait acquise dans Part de conserver aux cheveux leur teinte noire.

Asclépias ouEsculape fut le plus renommé des disciples du centaure Chiron. Fils d’Apollon et de Coronis ou bien d’Arsinoé, il avait reçu de son père les premières notions de Part de guérir. Toutefois ses connaissances se bornaient à peu près à faire cicatriser les plaies, à l’aide de quelques applications de plantes capables d’arrêter l’hémorrhagie et de calmer la douleur. Il employait les boissons, les médicaments externes, quelques remèdes fort simples tirés du règne végétal, mais surtout les prières, les invocations et les chants mystiques, auxquels on donna par la suite le nom de charmes , du mot latin carmen. Cicéron dit qu’il y eut trois Esculapes. Le troisième qui était fds d’Arsinoé et dont le tombeau se voyait en Arcadie, inventa les potions purgatives.

(1) On a cru à tort que la gomme de Cyrène était Vassa fœtida ; mais la férule qui le produit ne croît pas dans la Cyrénaïque; d’ailleurs, le Laser était d’une odeur agréable et l’assa fœtida, comme on sait, est loin de jouir d’une pareille propriété. Bien que l’on soit fondé à croire que le végétal qui produit le sylphion soit une ombellifère, il reste beaucoup de doutes sur ce sujet, malgré les recherches des commentateurs et des antiquaires. Stopel l’a attribué au Ligusticum , Linnée au Laserpitium Siler, Sprengel à la Ferula Tingitana,y W\dtn\ au Thapsia Sylphium, et M. Pachoau Laserpitium Derias.

(2) De naturâ Deorum , lib. 3.

Machaon et Podalyre, tous deux fils d’Esculape, suivirent les Grecs au siège de Troie et s’y distinguèrent par leur valeur, leur éloquence, comme par leur habileté à secourir les blessés. Ce fut Machaon qui guérit Philoctète, en lui procurant un sommeil salutaire. Podalyre sauva Syrna, fille du roi Damœtas, des suites d’une chute dangereuse, en la saignant des deux bras. C’est le premier exemple de la saignée.

Esculape eut aussi trois filles, que quelques historiens ont cru être ses sœurs : Hygée, Panacée et Églé. Hygée, adorée plus tard comme déesse de la santé, fut confondue avec Pallas. On prétend qu’elle guérit l’architecte Mnésiclès en lui faisant faire usage de la matricaire [Matricaria parthenium) . Aristophane dit que Panacée guérit Plutus de la cécité, en suivant les avis qu’elle avait reçus d’Esculape. Elle partageait avec sa sœur la vénération des médecins grecs.

Un si grand nombre de fables se rapportent à Hercule, qu’il est difficile de ne pas admettre pour ce héros, comme pour Hermès, Esculape, Orphée, Homère et même Hippocrate, qiTil s’agit d’un nom collectif sur lequel des traditions de diverses origines se sont réunies. Quoiqu’il en soit, Hercule figurait au premier rang dans la mythologie des Grecs parmi les divinités médicales. On rapporte qu’après avoir délivré Prométhée du vautour qui lui rongeait le foie, il sut encore le guérir de ses souffrances. Il ressuscita Alceste et la rendit au roi Admète, son époux. Il fit cesser une peste affreuse dans TAttique, il arrêta les progrès d’une épidémie qui ravageait l’Élide, en desséchant les marais et en détournant le cours d’un fleuve. On ajoute qu’il se guérit lui-même d’une phrénésie, au moyen de l’ellébore, et qu’il se délivra d’ulcères dont il était atteint, par l’application des feuilles de l 'Arum Colocasia. Les bains chauds et les jardins sanitaires lui étaient consacrés sous le nom d 'Héracleia. Plusieurs plantes, telles que le Teucrium chamœpitys et le Hyosciamus albus , lui étaient dédiées; enfin, le genr e Heracleum porte encore aujourd’hui son nom.

Malgré l’incertitude, malgré les fables qui enveloppent l’histoire des sciences pendant l’époque dont nous nous occupons, il est certain que, vers la fin de cette période, l’art de guérir commença à suivre une marche plus rationnelle. L’observation et l’expérience succédèrent peu à peu aux pratiques mystérieuses, aux jongleries fantastiques ; les temples dédiés aux divinités médicales se multiplièrent et devinrent comme autant d’écoles, dans lesquelles les prêtres étaient initiés à une sorte de traitement méthodique des maladies. Ces temples étaient presque toujours bâtis hors des villes, dans des lieux très-salubres, tantôt élevés sur une haute montagne, comme à Mégalopolis, ou dans un vallon entouré de collines couronnées de bois,

comme à Cos et a Epidaure, tantôt, comme à Cyllène, au bord de la mer, sur un promontoire entouré d’un paysage riant et fertile, ou bien près d’une fontaine, d’une source d’eau minérale , dont la naïade devenait l’objet des invocations et des sacrifices. Le culte que l’on rendait a la divinité du lieu avait surtout pour but d’occuper l’imagination des malades, et d’entourer de prestige la solution de la maladie, déjà préparée par le régime et les moyens hygiéniques. Les bains tenaient le premier rang parmi ces moyens préparatoires ; on pratiquait aussi des onctions aromatiques, des frictions avec le xistre, on faisait des embrocations sur la tête avec un onguent dans lequel il entrait de l’ambre jaune. Après tous ces préliminaires, et au bout de quelques jours, on présentait le malade aux portes du sanctuaire, on lui faisait subir des purifications, on brûlait des parfums, on récitait des hymnes, quelquefois on le faisait coucher dans le temple même, et on l’endormait en attendant l’apparition de la divinité.

Les médicaments indiqués en songe ou par la bouche de l’oracle, étaient toujours peu actifs ou indifférents. C’étaient des applications à l’extérieur, de légers purgatifs ou des aliments de facile digestion. Ces médicaments portaient les noms allégoriques usités en Égypte ;

nouvelle preuve de la source où les Grecs avaient puisé leurs connaissances médicales.

Lorsque les songes ou l’oracle avaient révélé un remède efficace, on en gravait la préparation sur les colonnes du temple ou sur des tables votives. C’est ainsi que la célèbre composition d’Eudemus contre la morsure des animaux, rapportée par Galien et par Pline, était inscrite sur les portes du temple de Cos. On a trouvé récemment quelques unes des tables votives sur lesquelles ces médicaments étaient décrits. On apprend ainsi qu’un soldat aveugle a recouvré la vue, après s’être frotté les yeux avec du sang de coq blanc mêlé avec du miel ; que pour un crachement de sang, l’oracle ordonna à Julien de prendre sur l’autel des graines de pomme de pin, de les mêler avec du miel, d’en manger pendant trois jours et Julien fut guéri. Le fds de Lucius était atteint d’une pleurésie, le dieu lui prescrivit en songe de prendre de la cendre sur l’autel, de la mêler avec du vin et de se l’appliquer sur le côté; le malade fut sauvé.

C’est ici le lieu peut-être, et à l’occasion des temples dédiés à Esculape, de dire un mot du serpent qui figurait en première ligne parmi les symboles dont le dieu de la médecine était entouré, et que l’on retrouve même, dans les temps modernes, sur tous les monuments qui se rapportent à l’art de guérir. Dès la plus haute antiquité, le serpent fut honoré comme l’emblème de l’intelligence, de la prudence, de la ruse. C’est une superstition qui remonte à la séduction d’Ève, au serpent d’airain fabriqué par Moïse, au serpent Python et aux fétiches des nègres de la Guinée. La rapidité avec laquelle il se meut, les figures mystiques qu’il semble former en se repliant sur lui -même, sa force, sa longévité, le danger de sa morsure, tout cela dut frapper l’imagination des premiers hommes et leur faire attribuer à ce reptile une nature particulière et supérieure. Les Phéniciens l’appelaient le bon démon; les Égyptiens représentaient

le monde par un serpent enfermé dans un œuf ; les Romains et les Grecs y voyaient aussi l’emblème de l’éternité. C’est au pouvoir qu’il semble posséder de se rajeunir en changeant de peau que le serpent doit surtout d’avoir été choisi pour le symbole de la vie et de la santé. Il désignait encore la prudence et la vigilance nécessaires au médecin. Pline dit que le serpent est l’emblème de la médecine, parce qu’il fournit 'a l’art de guérir des remèdes précieux. On sait que Nicandre a fait de l’histoire naturelle et de l’emploi médical des reptiles le sujet de l’un de ses poèmes. Cette opinion s’est propagée jusque dans les temps modernes; aussi les pharmacopées arabes et celles des derniers siècles font-elles grand éclat des propriétés de la vipère; jusqu’à Moïse Charas, qui en fit la matière de savantes recherches et de ses travaux les plus importants.

On voit que dans cette longue suite d’années que l’on a nommées les temps héroïques , pendant lesquelles la nation grecque accomplit de si grandes choses, marcha à si grands pas vers la civilisation, les sciences naturelles et surtout la matière médicale ne firent pas de notables progrès. Les Grecs ajoutèrent peu sous ce rapport aux connaissances qu’ils avaient reçues des Égyptiens. Jusqu’au temps des Asclépiades et au moment où le temple de Cos devint le siège d’une véritable école médicale, bien que d’assez nombreuses observations eussent été faites sur les maladies, que l’hygiène se fût améliorée et qu’une sorte de pratique rationnelle eût insensiblement pris la place des cérémonies mystiques, c’était encore bien rarement aux médicaments que l’on avait recours, et le génie médical avait fait fort peu de découvertes parmi les substances naturelles douées de propriétés curatives. Cependant, on avait ajouté quelques formules à celles des Égyptiens, et modifié selon certaines règles de l’art celles qu’on recevait des oracles. Les médicaments étaient divisés en trois classes : les cataplasmes d’herbes pilées x#r*7r#<rr«, les onguents et

les boissons tt/o-t* ou %o^utu. Hérophile qui vivait 570 ans avant notre ère et cent ans avant Hippocrate, est le premier médecin qui réunit ces formules, les rangea méthodiquement et en composa une pharmacopée, qui n’est pas parvenue jusqu’à nous. Épiménide qui vivait 500 ans avant J.-C. et qui éta'it philosophe, poète et médecin, laissa plusieurs formules de médicaments propresà guérir les maladies contagieuses. Comme il vécut fort longtemps, on attribua sa longévité à l’usage de pastilles dont on a conservé la recette. C’était un mélange de mauve, d’asphodèle rameuse, de scille, (Epimenidiwrn, Théoph. et Plin.) d’huile de sésame, d’amandes pilées et de miel. (Y. Cadet, J . de pharm. T. Y., 87).

Nous ne saurions terminer ce qui se rapporte à cette période, pendant laquelle Homère publia ses immortels écrits, sans parler de deux substances médicamenteuses citées par ce prince des poètes, et qui ont été l’objet de nombreuses recherches, de savants commentaires. L’une est le moly, que Mercure donna à Ulysse H) pour le prémunir contre les enchantements de Circé, l’autre 1 enépenthès (1 2), qu’Hélène versa dans le vin qu’elle offrait à Télémaque, comme un médicament propre à calmer la colère et à faire oublier tous les maux.

Deux opinions se sont élevées au sujet du moly et du népenthès . Le poète a-t-il parlé de deux médicaments réels, de deux plantes connues et usitées chez les Grecs, ou ne s’agit-il que d’une allégorie, d’une de ces fictions qui lui sont si familières, en un mot, n’a- t-il voulu que personnifier, en quelque sorte, les prudents conseils de Mercure et les paroles enchanteresses de la femme de Ménélas?

Le moly a non seulement préoccupé les érudits et les antiquaires, mais aussi les naturalistes. Homère dit que cette plante avait la racine

(1) Odyss. lib. X

(2) Odyss. lib. IV.

noire et les fleurs blanches. Théophraste prétend cjue sa racine est ronde, assez semblable à celle de l’oignon, et ses feuilles à celles de la scille. Si l’on ajoute qu’elle préserve des enchantements, ou dans un sens plus prosaïque, qu’elle dissipe l’ivresse, on pourra assez naturellement rapporter le moly au genre Allium. Aussi Liunée l’a-t-il vu dans celui qu’il a nommé Allium Moly r quoique celui-ci soit à fleurs jaunes et qu’il ne croisse pas en Grèce. D’autres le rapportèrent à Y Allium nigrum,L.(monspessulanum, Wild.),au colchique, à la pivoine, au nénuphar, à l’ellébore, le tout sans que la question ait été résolue d’une manière complètement satisfaisante.

Quant au népenthès, les anciens ni les modernes ne se sont pas mieux entendus sur la nature de ce breuvage. Pline le rapporte au suc de l’aunée ; {Inula Helenium L.) plante que l’on faisait naître des larmes d’Hélène; Galien l’attribue à la bugïosse, Plutarque à la bourrache; d’autres veulent que ce soit une préparation de safran, de chanvre, de jusquiame; de mieux inspirés, comme Borrichius et Sprengel, croient y reconnaître l’opium ; enfin, Virey a émis l’opinion que le népenthès n’était autre chose que le bengè ou bindji des Arabes, composition formée de plusieurs végétaux stupéfiants dont les Orientaux font grand usage, mais particulièrement des graines de P Hyosciamus Datora , Forskalh.

A côté d’opinions si divergentes sur la nature réelle de ces deux médicaments, se présente celle de quelques savants qui ne croient voir dans ces désignations du poète que des allégories, qu’une fiction poétique, que des expressions à l’aide desquelles il a donné un corps à sa pensée, et fixé l’image qu’il avait conçue, en mettant dans la bouche de Mercure et dans la main d’Hélène les moyens qui doivent servir à Ulysse pour résister aux artifices de Circé, et à Télémaque le moyen d’apaiser son ressentiment et sa colère. Ce qui tendrait à confirmer cette dernière façon de voir, c’est Pétymologie du mot nèpen-

thés, évidemment formé de la négation vjj et de 7rîvèoç, chagrin. Nous penchons volontiers pour cette dernière opinion, déjà émise par quelques anciens, et qui semble se rapprocher le plus de la vérité; mais nous avons dû les présenter l’une et l’autre, parce qu’il s’agissait d’un point d’érudition habilement controversé, et dans lequel les efforts des savants n’ont pas été sans résultat pour l’histoire de la matière médicale et de la pharmacie chez les peuples de l’antiquité.

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