‹ Histoire de la pharmacie et de la matière médicale depuis les temps les plus reculésChapitre 8 sur 16 · II. ROMAINS · texte numérisé non relu

II. ROMAINS

Pendant les six premiers siècles de la fondation de Rome, on ne trouve chez les Romains presque aucune trace de leurs connaissances dans l’art de guérir. Les Étrusques, qui semblent avoir été dans le principe une colonie grecque, furent les premiers habitants de l’Italie qui pratiquèrent les sciences divines et l’art de traiter les maladies à l’aide des chants magiques. Les divinités médicales des Romains étaient les mêmes que celles des Grecs. Ils adoraient Apollon et Esculape, Lucine, qu’ils confondaient avec Diane et Junon, et Pallas ou Minerve. Hercule, Sylvain, Mercure étaient regardés comme les protecteurs de l’art de guérir. L’Isis égyptienne, ainsi que Sérapis, avaient des autels à Rome. La déesse Febris avait un temple sur le mont Palatin ; à Crémone un autre temple était consacré à la déesse Mephilis. Dans les cas de peste et d’épidémie grave, on envoyait des ambassadeurs consulter l’oracle à Épidaure, on ordonnait dans Rome des cérémonies appelées Lectisternes . enfin, le dictateur enfonçait solennellement un clou dans la muraille droite du temple de Jupiter Capitolin, avec la confiance que cette mesure mettrait fin à la contagion.

Ce fut seulement à l’époque où Marceilus, Scipion et Paul-Emile

transportèrent à Rome les habitudes et les connaissances des peuples qu’ils avaient vaincus, que les Romains commencèrent à prendre quelque goût pour les sciences et les arts. A mesure que leurs relations avec les Grecs se multiplièrent, le luxe se développa et quelques médecins grecs vinrent s’établir à Rome. Ces prétendus médecins étaient pour la plupart des aventuriers ou des esclaves affranchis, qui savaient tout au plus pratiquer la saignée, arracher les dents et panser les plaies. Quelques uns établirent des bains, d’autres ouvrirent des boutiques que l’on nommait medicinas, dans lesquelles ils vendaient des médicaments et exerçaient quelque autre partie de leur art. Pline parle d’un certain Archagatus, du Péloponèse, venu a Rome 219 ans avant la naissance de Jésus-Christ, auquel le sénat accorda le droit de bourgeoisie, et qui éleva une officine dans l’un des faubourgs de Rome. C’est sans doute un des plus anciens pharmaciens dont l’histoire ait conservé le souvenir.

De même que les Grecs avaient puisé chez les Égyptiens leurs connaissances en matière médicale, les Romains empruntèrent aux Grecs leur méthode de traitement des maladies et jusqu’aux expressions techniques qui se rapportent aux médicaments. Peu à peu ils commencèrent 'a étudier l’art de guérir et à le pratiquer. Caton le censeur, dans sa haine contre les Grecs, exerçait lui-même la médecine, mais d’après des principes entièrement opposés aux leurs. Il possédait un ancien livre de formules, auquel il se conformait scrupuleusement, mais ce qu’il rapporte lui-même de sa méthode montre que ses connaissances ne s’élevaient pas très-haut(Q. A l’exemple de Chrysippe et de Pythagore, il professait pour le chou ( Brassica oleracea , L.) une véritable vénération, et il assurait que lui et toute sa famille avaient

(1) Cato , De re rusticâ.

été préservés de la peste par les vertus prodigieuses de ce végétal. Il est à remarquer que les propriétés médicales du chou ont été également célébrées par Pline, Aristote, Hippocrate même, et que cette plante a joui dans toute l’antiquité d’une haute réputation curative, dont il faut convenir qu’elle est bien déchue de nos jours.

Page 1