‹ Histoire de la pharmacie et de la matière médicale depuis les temps les plus reculésChapitre 9 sur 16 · III. CELTES · texte numérisé non relu

III. CELTES

On ne possède que des documents fort obscurs sur la civilisation et les connaissances des premiers Celtes, qui comprenaient les Gaulois, les Belges, et plus tard les habitants de la Grande-Bretagne. Les druides étaient à la fois parmi eux les magistrats, les prêtres et les médecins. Les bardes s’adonnaient 'a la poésie et à l’histoire. Les femmes qui portaient le nom d ’alraunes étaient des devineresses, des sorcières qui pansaient les guerriers blessés, assistaient les femmes en couches, expliquaient les songes et recueillaient des plantes auxquelles elles attribuaient des vertus magiques.

Le gui était chez les Celtes la plante sacréeO). Les druides et les vaccées, prêtres du second ordre, cherchaient cette plante sur les chênes et la cueillaient en grande pompe, le sixième jour de la lune, au renouvellement de chaque année. Ils étaient vêtus d’une robe blanche et armés d’une serpe d’or. Quand ils avaient récolté le gui, on sacrifiait deux taureaux blancs et l’on distribuait au peuple les rameaux de la plante. Il n’y a pas deux siècles, que les enfants de la

(1) Le gui ( V iscum album , L.) de la famille des Loranthées, croît, sur un grand nombre d’arbres de nos contrées, mais on le trouve très-rarement sur le chêne. La plante parasite qui croît sur ce dernier est le Loranlhus europœus , L.,qui ressemble au gui; mais elle est beaucoup plus petite, son écorce est grise et les articulations des rameaux sont striées transversalement, tandis que dans le gui elles le sont dans le sens longitudinal.

ville d’Angers, au premier jour de l’an, criaient encore par les rues : au gui Van neuf ! en demandant des pièces de monnaie. Comme les druides célébraient leurs cérémonies sous des chênes, ils attribuaient au gui des propriétés merveilleuses et le pouvoir de guérir toutes les maladies. C’était aux environs de Chartres et de Dreux (qui paraît devoir son nom aux Druides) que se faisaient principalement la recherche et les cérémonies du gui.

Le sélago et la verveine étaient aussi en grande vénération chez les nations druidiques. On cueillait le sélagoO) à peu près avec les mêmes cérémonies que le gui, et on en exprimait un suc renommé pour plusieurs maladies, entre autres pour les maux d’yeux(1 2 *).

On recueillait la verveine ou hiérobotane (plante sacrée) au lever de Sirius, et cette récolte était également accompagnée de cérémonies mystiques. Cette plante servait aux lustrations ; on pensait qu’elle dissipait les maléfices. La verveine des druides (Z7 erbena officinalis L .) ne paraît pas être la même que celle dont parlent Virgile et Pline. Celle-ci était odorante, mais l’on sait que plusieurs espèces du même genre sont très-aromatiques.

Ici se bornent les documents les plus certains fournis par la tradition, relativement aux connaissances que possédaient en matière médicale les habitants du monde connu, pendant cette période fabuleuse qui remonte aux premiers âges et s’arrête cinq siècles environ avant l’ère chrétienne. À partir de cette époque, qui se rapporte à à peu près aux conquêtes d’Alexandre, au premier essor de la puissance des Romains, à l’apparition d’Aristote et à la naissance d’Hip-

(1) U n’est pas sur que le sélago des druides fut le Lycopodium selago , L ., car celui-ci n’est pas une plante succulente et ne possède d’ailleurs que des propriétés âcres, drastiques et vomitives.

(2) Sel, en langue celtique, signifiait vue. Quelques auteurs prétendent que

l’on brûlait cette plante et que l’on en recevait la fumée sur les yeux.

pocrate, commença une seconde période plus glorieuse pour l’esprit humain, plus riche en données historiques positives, plus brillante pour l’art de guérir, et pendant laquelle nous aurons à signaler de remarquables découvertes dans les sciences naturelles, ainsi que d’importants progrès dans toutes les connaissances auxquelles se rapporte l’art de préparer les médicaments.

Page 1