INTRODUCTION. IX
Foir que cette théorie a été mal appliquée. Malgré cela, beau- ' coup d'historiens de la philosophie s'imaginent avoir réfuté un système en réfutant ses propres inconséquences ou ses applications illégitimes. Une déclamation éloquente contre le despotisme auquel Hobbes aboutit n^est cependant point une réfutation suffisante du système utilitaire. Aussi qu'arrive-t-il? Vous croyiez avoir réfuté une doctrine en réfutant ses erreurs de déduction ;' mais d'autres partisans des mômes principes évitent ces erreurs, elle système reparaît avec eux d'autant plus fort qu'il est désormais mieux lié et mieux déduit. Par exemple, Bentham et Stuart Mill, en acceptant Yutllitarisme de Hobbes, ont abouti à des conclusions libérales, au lieu d'aboutir à des conclusions despotiques. — On ne réfute donc pas un système en réfutant des erreurs qui ne lui sont pas essentielles ; tout au contraire, on Ta fortifié en croyant l'afCaiblir et on la reconstruit sur un meilleur plan en croyant le détruire.
Au reste, il est nécessaire de rectifier et de perfectionner d'abord les systèmes en les corrigeant ainsi dans leurs conséquences par leurs propres principes. Ce n'est pas une œuvre négative et destructive que l'on fait en rectifiant, par celte méthode, les erreurs de conséquejices qu'un système peut contenir. Réfuter de cette manière, c'est compléter, c'est raisonner selon un système mieux que ses auteurs mêmes. Et ce travail préparatoire ne doit pas être négligé.
C'est seulement quand une doctrine a été ainsi reconstruite et débarrassée de ses imperfections accidentelles, qu'on peut enfin lui appliquer la critique de fond. Ici l'appréciation des conséquences, des applications fausses, des erreurs de détail, serait insufBsante : si vous ne prenez pas le système dans son principe, dans son essence, et pour ainsi dire dans sa vérité, vous ne pouvez guère le réfuter.
Mais par quelle méthode pourra-t-on réfuter le principe qui fait l'essence d'un système ? — Ce principe est toujours un fait ou une notion qui a sa valeur et sa vérité. L'absurde pur ne saurait être conçu ni exprimé, et un système qui reposerait sur un principe complètement absurde ne pourrait se développer ni vivre. L'erreur des principes consiste donc plutôt dans une vérité incomplète que dans une fausseté absolue. C'est tantôt une obsejjvation partielle donnée pour une observation totale, — comme Tégoïsme, prétendu par La Rochefoucauld, universel — ; tantôt une notion particulière et abstraite donnée comme expression de la vérité tout