VIII INTRODUCTION
la méthode d'appréciation. Un système bien compris est déjà à. moitié apprécié, et semble prendre de lui-même la place qui luL appartient dans l'ensemble des doctrines philosophiques.
On a prétendu qull n'y avait pas d'absurdité que les philosophes n'eussent dite ; ou pourrait prétendre mieux encore qu'il n'est pas d'absurdité qu'on ne leur ait prêtée. Les erreurs qu'on croit voir chez eux sont souvent des aspects nouveaux des choses, et d'incomplètes vérités qui n'en ont pas moins leur place dans la vérité parfaite.
L'appréciation des systèmes contient deux parties principales : correction des erreurs et conciliation des vérités.
Les erreurs, à leur tour, peuvent être de deux sortes. Tantôt ce sont des erreurs de conséquences et d'applications ; tantôt ce sont des erreurs de principes. Par exemple, de ce que l'intérêt de la société est d'être liée par un lien aussi fort que possible, nous I verrons Hobbes conclure que Tin térét^Be la société est le despo- Itisme absolu. Or, même en admettant le principe de Hobbes, — celui de l'intérêt, — - cette conséquendb est fausse ; car le despotisme n'est pas la plus grande force qui puisse maintenir le lien social, . et la liberté est ici plus puissante que la force matérielle. — Voilà donc une erreur de déduction, de conséquence, d'application. Pour corriger les erreurs de ce genre, est-il besoin de sortir du système même qu'on examine, et de les réfuter au nom d'un autre système? Nullement; mieux vaut corriger d'abord les fausses déductions d'une doctrine avec les principes mêmes de cette doctrine; ici, par exemple, il faudra raisonner dans l'hypothèse de Hobbes mieux que Hobbes ne l'a fait, et lui dire : — En supposant avec vous qu'il n'y ait d'autre règle sociale que le plus grand intérêt de la société, ce principe n'a pas même la conséquence que vous prétendez ; vous ne pouvez donc refuser de corriger sur ce point votre système, car une telle correction, après tout, le complète et le perfectionne.
Cette correction des conséquences est une rectification analogue à celle qu'emploierait un mathématicien, pour corriger des erreurs de calcul, par exemple des fautes d'addition ou de multiplication.
Mais, remarquonsJe, les erreurs d'application ne prouvent rien, à elles seules^ contre les principes eux-mêmes, et ne réfutent pas la théorie dans son essence ; de même, corriger les erreurs d'une addition ou d'une multiplication, ce n'est pas réfuter la théorie de l'addition ou de la multiplication : c'est simplement faire