X INTRODUCTION
entière, — par exemple, la notion de l'étendue, ou la notion de la pensée. Dès lors, comment réfuter un principe de ce genre ? — En montrant que la vérité qu'il affirme n'est pas toute la vérité. Or, pour montrer qu'une vérité n'est pas tout, il faut faire voir qu'elle ne subsiste qu'à la condition d'être complétée par d'autres vérités, et que, sans ce complément, elle demeure impuissante à expliquer les choses.
Nous arrivons par là à cette proposition en apparence étrange : — On ne peut réfuter sérieusement, utilement et définitivement les systèmes que par leurs vérités. — Mais entendons-nous : le mot de réfuter n'a plus ici d'autre sens que celui de compléter. On réfute une vérité usurpatrice en prouvant qu'elle n'est pas la vérité tout entière et que son légitime domaine n'est pas tout ce que la pensée conçoit ou tout ce que la réalité fournit. Par exemple, rétendue et des changements de relation dans l'étendue ne suffisent pas à reproduire tout ce que la conscience trouve en ellemême : de l^ l'insuffisance de l'atomisme mathématique.
En conséquence, pour réfuter, il ne faut pù,s détruire, mais construire, et absorber tout ce que les autres ont dit de vrai dans une vérité jplus large et plus compréhensive. De même, dans l'histoire, une race n'en conquiert une autre qu'en l'absorbant et en Tubissant à elle ; mais le vrai triomphe, en philosophie, n'est pas une victoire destructive ; c'est une victoire de conciliation.
Pour cette conciliation, il est nécessaire d'abord de chercher tout ce qui peut être admis en commun par les systèmes contraires : il faut accepter des autres et faire accepter de soi le plus possible. ^
Puis, au point où cesse l'accord, il faut voir si, en poussant plus loin les divers systèmes, chacun dans son sens légitime, on ne les verrait pas prendre une direction convergente et se rapprocher de plus en plus ; si, par exemple, la morale fataliste et la morale fondée sur la liberté ne tendraient pas à se rapprocher quand on pousse très-loin et très-logiquement leurs conséquences.
Pour augmenter encore ce rapprochement, on cherchera des moyens-termes entre les idées opposées. Par exemple, n'y a-t-il pas un moyen-terme que peuvent et doivent accepter en commun ceux qui nient comme ceux qui affirment notre libre-arbitre ? C'est Vidée de^ notre liberté, qui, lorsque nous nous appuyons sur elle, finit par nous conférer à l'égard de nos passions un pouvoir analogue à la liberté même. Cette idée, commune aux partisans de la fatalité et du libre-arbitre, offre un premier moyen