INTRODUCTION. XI
de rapprochement. D'autres intermédiaires, comme le désir de la liberté, pourront les rapprocher encore plus. On intercalera ainsi le plus grand nombre possible de ces moyens-termes, afin de réduire progressivement l'écart des doctrines.
Par cette méthode, on arrive à combiner entre eux les systèmes et à les superposer comme les parties diverses d'un même édifice. On s'efforce de mettre chaque doctrine à sa vraie place ; on n'a, à chaque degré, que des choses qui puissent être admises en commun et qui soient vraies relativement à ce point de vue.
lien résulte une gradation des doctrines selon leur valeur et leur degré de vérité : reproduction par l'esprit du progrès même des choses. Pour établir cette gradation,on cherchera quelle est la direction intime d'un système, par exemple du matérialisme, et le point le plus élevé auquel il tend. On se demandera ensuite si ce point vers lequel s'élève l'ensemble de la doctrine ne se trouve pas précisément contenu dans un autre système, par exemple dans l'idéalisme ; d'où on aurait le droit de conclure que le second système est le complément auquel le premier aspire. Ainsi nous verrons le matérialisme, par un mouvement irrésistible, réduire la physique à la mécanique, la mécanique aux mathématiques, les mathématiques à la logique ; mais les lois de la logique, k leur tour supposent les lois des idées, et nous nous trouverons ainsi amenés, par le développement même du matérialisme, à un système qui lui est supérieur puisqu'il lui est nécessaire pour son propre achèvement : je veux dire l'idéalisme. L'idéalisme, à son tour, manifeste une direction qui lui est propre ; il est emporté par un mouvement naturel vers une certaine conception finale de l'univers : des idées purement abstraites, en effet, ne sauraient produire le monde : il faut des idées actives, des idées vivantes dans une intelligence, qui elle-même ne saurait se concevoir sans une volonté. L'explication abstraite des choses par les rapports des idées tend donc à une explication vivante des choses par l'action de l'esprit, et l'idéalisme semble chercher lui-même son complément dans un vrai spiritualisme.
C'est ainsi qu'on peut arriver à découvrir l'ascension graduelle des systèmes et à monter toujours plus haut. En outre, l'histoire confirme par les faits l'analyse rationnelle des doctrines : l'histoire, par exemple, nous montre le matérialisme se transformant toujours à la fin en idéalisme, et l'idéalisme se transformant en spiritualisme. Voilà encore un élément nouveau d'appréciation.
Outre cette classification des doctrines selon leur degré d'éléva-