Phédon, {^. 66, c ; 99, e
Tavons vu, c'est la raison ; la pure essence des objets, ce sont les Idées. La vraie connaissance, c'est l'identité de rintelligence et de l'intelligible, c'est la pensée en soi pensant les choses en soi, et par là se pensant elle-même. Tel est l'idéal de la science ; mais nous ne pouvons le réaliser qu'imparfaitement, surtout dans cette vie mortelle. Tant que la raison de l'homme sera attachée à un corps, elle ne pourra jamais entrer en union intime avec la raison de Dieu. Aussi le vrai philosophe s'exerce-t-il à mouril*, et k mort ne lui est nullement terrible, car elle est le commencement de la véritable vie. Qu'est-ce que la vertu même, sinon une séparation anticipée de l'âme et du corps, une méditation de la mort? L'analogie nécessaire entre le sujet qui pense et l'objet pensé nous conduit à la même conséquence. L'objet de la raison est simple et indissoluble ; la raison elle-même doit être simple et indissoluble.
Les corps divisibles doivent nécessairement se dissoudre ; mais l'âme, par sa raison, n'est-elle pas plus conforme aux choses intelligibles qu'aux choses matérielles ? « Quand elle examine les « choses par elle-même, alors elle se porte à ce qui est pur, éter* « nel, immortel, immuable ; elle y reste attachée comme étant de « même nature ; ses égarements cessent, et en relation avec des « choses qui sont toujours les mêmes, elle est toujours la même et a participe en quelque sorte de la nature de son objet (1). ■
Nous sommes immortels, bien plus, nous sommes éternels dans notre idée et dans notre raison. La raison est indépendante de la durée ; aussi, possédons-nous de tout temps, avant même d'avoir rien appris, une certaine science et une droite raison. Qu'est-ce à dire, sinon que la vérité même habite en nous, la vérité immuable, l'éternelle vérité ? « Si donc la vérité est toujours dans notre âme, notre âme est immortelle (2) ».
2**. — L'âme, principe du mouvement, est immortelle dans son
activité.
Mais, objecte dans le Phédon Simmias à Socrate, l'âme n'est* elle point semblable à l'harmonie d'une lyre, qui s'évanouit quan^ la lyre est brisée? L'âme n'aurait alors que l'unité d'une collectiot^ d'un rapport, d'un nombre.