Ménon, 86, b. Cf. saint Augustin, Solihq,, II
THÉODICÉB DE PLATON. 109
D'abord rharmonie de Ja lyre n'existe qu'après la lyre, tandis que l'âme préexiste à sa forme corporelle (1).
L'harmonie téside dans les éléments qui la produisent ; elle ne diffère pas des choses dont elle est le rapport, et n'a aucune essence propre ; tandis que l'âme sait et sent qu'elle a' une existence à soi (2).
L'harmonie ne fait qu'obéir aux éléments qui l'engendrent ; elle est un résultat passif. L'âme commande au corps qui la sert ; et niême, par sa volonté, elle entre en guerre avec lui. Étrange harmonie, que celle qui lutte contre les éléments dont elle est le rapport, et agit comme ferait un être réel ! Non, l'âme n'est point un résultat, une collection, un nombre abstrait ; elle est une cause active et motrice, elle est un nombre vivant qui se meut lui-même et qui meut le corps pour lui imprimer sa forme. L'âme n'est pas l'harmonie de la lyre ; elle est l'invisible musicien qui la fait résonner, et qui peut même la briser s'il lui plaît (3).
La présence perpétuelle de l'âme se montre par la perpétuité même de son effet : le mouvement. C'est l'âme qui donne aux choses leur existence par le mouvement qu'elle leur imprime ; « L'être qui transmet le mouvement et le reçoit, au moment où « il cesse d'être mû, cesse de vivre ; mais l'être qui se -meut « lui-même, ne pouvant se faire défaut à lui-même, ne cesse de « se mouvoir, et il est pour les autres êtres qui tirent le mouve- « ment du dehors la source et le principe du mouvement (4). » Le mouvement éternel suppose donc une âme éternelle dans laquelle les nôtres étaient déjà contenues et dont elles se sont détachées pour entrer dans les corps ; et nos âmes participent à l'éternité de l'âme universelle.
Ainsi, comme principe de la pensée et comme principe du mouvement, l'âme est également immortelle.
i\ — Lame, principe de la vertUj est immortelle dans sa
sensibilité.
L'âme n'est pas seulement en rapport avec la vérité et avec le mouvement ; elle est aussi en rapport avec le bien. Elle doit être punie ou récompensée selon sa valeur, et la justice humaine est
l. Phédon, 86, a.