‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 13 sur 358 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

tion, que leur direction logique et historique nous révèle, on peu'i les considérer encore, non plus dans leur hauteur, mais, pour* ainsi d'ire, dans leur largeur. Il y a, en effet, des systèmes plu» étroits et plus particuliers, qui ne comprennent dans leurs explications qu'un petit nombre de choses ; d'autres embrassent un domaine plus étendu et plus voisin de Tuniversel. Or le degré de largeur est ici un degré de vérité. En effet, l'idéal de la philosophie serait une doctrine assez large, assez universelle en extension et en compréhension, pour réconcilier dans son sein tous les systèmes. Que cet idéal puisse être complètement embrassé par Tesprit humain, cela est sans doute .impossible ; mais enfin, nous le concevons et le cherchons ; et si nous ne pouvons entièrement l'atteindre, du moins est-il possible d'en approcher sans cesse. C'est donc d'après cet idéal de la philosophie, non d'après un système particulier et préconçu, qu'on doit juger les systèmes des philosophes. Dès lors, plus ces systèmes seront larges, déterminés et positifs, moins ils seront éloignés de la vérité universelle et infinie. En présence de chaque système, nous devons dire : — Ce n'est pas là toute la vérité, ce n'est pas là tout le bien, et cependant il y a là une partie de cette lumière et de cette chaleur que cherphe notre âme. — Au lieu de prononcer d'une manière absolue que telle doctrine est vraie, telle autre fausse, il vaut mieux dire : Ceci est plus vrai, étant moins exclusif et moins négatif; ceci est plus faux, étant moins large et moins positif. On connaît le mot profond de Leibnitz : — Les systèmes sont généralement vivais par ce qu'ils affirment et faux dans ce qu'ils nient. — La métaphysique universelle, que poursuit noblement notre pensée, ne peut donc être aucun des systèmes bornés ; elle est plutôt l'ensemble des systèmes; disons mieux, elle n'est ni aucun ni tous. Si nous ue sommes pas pénétrés de ce principe, nous nous enfermerons dans un système particulier, exclusif et intolérant, et notre système passera comme les autres ont passé.

Si nous croyons au contraire, avec Platon et Leibnitz, d'une part que la vérité est implicitement dans notre âme, mais d'autre part qu'elle dépasse toujours infiniment notre science actuelle, nous éviterons à la fois l'indifférence du scepticisme et l'inlolérance du dogmatisme. Nous aurons ces grandes vertus du philosophe : l'amour de la vérité absolue, la croyance à sa réalité, et l'espérance de s'en rapprocher sans cesse.

A ces trois vertus en quelque sorte religieuses l'historien de la philosophie doit joindre, dans l'appréciation des systèmes, les

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