INTRODUCTION. XIII
deux grandes vertus morales : justice et fraternité. A tout système qui se déclare seul-en possession de la vérité absolue et qui, par ses prétentions exclusives, veut usurper injustement un domaine infini, l'historien opposera les conclusions des autres doctrines : il doit nier ce qui est négatif dans ce système, pour rétablir ainsi, i par une double négation, la vérité positive. Mais cette critique I des erreurs, qui est la tâche la plus ingrate et la moins utile [ de l'historien, doit être réduite au strict nécessaire. L'historien j ne doit exclure que ce qui est exclusif, il ne doit s'opposer qu'aux I oppositions, il ne doit faire la guerre qu'à la guerre même. N'avons-nous pas vu que sa tâche véritable et son œuvre positive, c'est de pacifier et de concilier ? Si l'on descend assez profondémMit dans toute doctrine sincère, on finira par en trouver l'unité avec la pensée commune. Les oppositions poussées à leurs limites se changent presque toujours en harmonies. Aucune pensée n'est méprisable, et les choses les plus humbles, selon Platon, reflètent l'idéal ; il faut donc embrasser le plus possible : qui n'embrasse pas assez, mal étreint.
C'est pour cela qu'il faut d'abord savoir comprendre, et l'intelligence la plus pénétrante est aussi la plus ouverte à autrui ou la plus pénétrable. L'intelligence du philosophe ne saurait trop s'élargir : dilatamini et vos.
Enfin, pour savoir comprendre et apprécier, il faut savoir aimer. L'universelle sympathie du philosophe ne doit pas être celle de TindifTérence sceptique : l'historien ne doit pas ressembler à ces hommes du monde qui sont aimables pour tous parce qu'au fond ils n'aiment personne, et dont l'apparente sympathie recouvre une réelle impénétrabilité de l'âme. La véritable fraternité philosophique a son principe dans l'ardeur même de la foi à la raison. Le précepte le plus sublime et le plus doux de la morale doit s'appliquer aux philosophes et leur fournir la meilleure règle de critique : « Aimez-vous les uns les autres. » Ne savons-nous pas que les lois du monde moral sont aussi les vraies lois de la logique et de la nature ?
Telle est la méthode de conciliation d'après laquelle on doit jiïger la diversité des systèmes, pour les ramener chacun à son principe, et tous au principe des principes.
Considérés de ce point de vue, les systèmes entre lesquels se partagent encore les esprits nous apparaîtront comme formant autant de cercles concentriques, qui vont s'élargissant toujours sans