‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 131 sur 358 · Ibid., 1287, a · texte numérisé non relu

Ibid., 1287, a

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maîtres et d'esclaves, c La pauvreté empêche de savoir comtnan- « der, et elle n'apprend à obéir qu'en esclate ; l'extrême opulence « empêche l'homme de se soumettre à une fetUtorité quelcoûque « et ne lui enseigne qu'à commander avec tout le despotisine a d'un maître. On ne voit alors dans TÉtat que maîtres et esclaves, a et pas un homme libre. lois jalousie envieuse; là» Vanité mépri- « santé, si loin Tune et l'autre de cette bienveillance réciproque et tt de cette fraternité sociale qui est là suite de la bienveillance. » La classe moyenne tient le juste milieu et rétablit Téquilibre : les riches veulent-ils opprimer, elle se range du côté des pauvres ; les pauvres veulent-ils à leur tour être oppresseurs, elle les tient en échec. C'est l'absence de la projpriété moyenne qui a céiusé lès révolutions de la Grèce.

Aristote se montre ici observateur profond : mai!s il n*a ^s vu, oomme on le lui a justement reproché {\)y que tes classes moyennes sont filles du travail. Il a pourtant le mérite d'avoir compris que l'extension progressive et Tégaiité progressive de la propriété sont une condition nécessaire de liberté et d'égalité pour tous* Une société partagée entre des capitalistes oppresseurs et des travailleurs opprimés est vouée aux révolutions.

Le grand moyen de maintenir les États, selon Aristote coiutne selon Platon, c'est l'éducation publique» l'éducation par l'État. C'est par les mœurs que les gouvernements se maintiennent, et c'est l'éducation qui fait les mœui-s. Aristote, au lieu d^ten Conclure que l'État a le droit d'exiger de tous ses citoyens une certaine éducation civique et qu'il a le devoir de mettre g'ratuitement cette éducation à la portée de tous, en conclut faussement que l'éducation doit être tout entière «ntre les mains de l'État : « Gè $ui est commua, dit-îl, doit s'apprendre en commun, d Ici encore, Amtote n'a pas su faire la part des dnoits réciproques entre rindividu et l'État. L'Etat a le droit d'exiger une cei^taine moyenn'e d'instruction obligatoire ; mais il n'a pas le droit de contraindi^ les enfants ti Suivre les écoles publiques plutôt que les écoles privées. La famille est libre de choisir les instituteurs, à cette serrle conditioln que les enfants reçoivent effectivement le minimum d'institiction 'exigible. Nous avons vu qu'une bonne -édtication est te priïicipal ttïoyen de durée pour un gouvernement; cherchons maintenant avec Aristote les principales causes des révohitions.

1. Voir M. Janet, Histoire de la Philosophie morale^ l, 23'J^.

MORALE Bi? PÙLtrî(filB I>'ilfc^ISTOTE. Ul

Ici Arfétôte égale et stï'passe !à belle fliéarîe^ âe Plàioû juf Ifeà *vo!atîôWs deâ États. 11 y â dârf» les coû8titatiatl#, ÈéWn 1 uî, une ^i^ légitlttïe à faire à régâlité, et une paii légitime fi rirïé'^alité : ;6ti!é révdlÈltion est eàuséé patr une dislrijution iriexâde dé ceS ieux éléments essentiels.- IXtiné paii,- l'égalKê pofiiiqtië ë^paHiéûi i tous les citoyens; d'autre part, il y a entre les citoyens d«es inéfâdiléfâ dé ifiérite et d'intelligence, qui entraîihfenl l'iïiég&lï\*É dans iâ coUsîdéralioti, les honneots et lés richesses. 8î (m rétid inégal * qui doit être égalj ou èi On î-énd égal ce qui doit dêrfreureimégàii ofl tend les révolutions inévitables*. Toute révoItttiOn eèt toê têeïàtnation plus où inoins^ oppoHuué, pittà ou liîoins Jlïste, jôîl dé régàlité légitime? cotttrè l' iitégalité îllégitiriié, sôît de* llnéjâlité légitime ctotre l'égâJité illégitimé. Lé trai prinfcip»e dès gtoVértiéméîïts est régalitéf ; lés îoriùèi de gOiïvérnéméhl en sdiît des inter|>rétationè dive*sé^ et f)lus ou moins heiftéusfis ; lès fétôltitiôûà en feorifr deâ teVendîcatidns diverses et plus ou înoinâ béuféùééé.

Ilsflgrê là profondeur de sofïi Siialysé, Aristôtô Wé pénèti^ô pâS encore ftsséz avant. L'égftlité légitime, pourfait-on dire, esl celle des libertés qui constitue le droit ou la justice sociale; une révolution est une revendication du droit contre l'injui^tice, de la liberté contre les formes diverses de la servitude. Les inégalités, dans l'État, ne doivent porter que sur les intelligences, leM mérites, les fortunes, et encore de telle sorte qu'elles n'entraînent pas Tinégalité dans les contrats eux-mêmes et dans Texeixice des droits civiques. En un mot, tant que chacun ne verra, pas son droit respecté et égal au droit d'autrui, Télément révolutionnaire subsistera dans TÉtat : il n'y a de paix et de durée que dans la justice. Le vrai remède des révolutions, c'est donc la détermination exacte et le respect universel des droits de chacuîi.

Aristote entrevoit cet idéal sans le décrire assez clairement ;- il s'en tient à des remèdes très-importants sans doute, et néanmoins secondaires. Le remède principal, selon lui, c'est le respect de la légalité, tandis qu'il eût fallu placer auparavant le respect de la justice. Il faut prévenir, dit-il d'ailleurs avec raison, les plus petites atteintes portées aux lois : car « l'illégalité s'introduit souvent sans qu'on s'en aperçoive, comme les petites dépenses souvent répétées dérangent à la iîn les fortunes. » Pour prévenir les illégalités, il faut restreindre le pouvoir des magistrats lu gouvernants, et surtout il faut le limiter par le temps. Les magistratures, outre qu'elles doivent être toutes temporaires,

142 PUILOSOPUIE GRECQUE.

doivent être responsables : il faut que les lois soient maîtresses et que les magistrats ne puissent disposer des revenus publics sans en rendre compte. Enfin, il faut modérer le pouvoir autant qu'il est possible : « L'autorité, quelle qu'elle soit, est d'autant plus durabLî qu'elle s'étend à moins de dioses. v

Telliî est la politique d'Âristote, où on ne saurait méconnaître un des plus* grands efforts du génie antique. Âristote y est en progrès sur Platon, parce qu'il ac^îorde une part bien plus large à llridividualité. Néanmoins, dans sa politique comme dans sa morale, il s'en tient encore trop au point de vue intellectuel : il identifie la Ici avec la raison, au lieu de l'identifier avec la volonté libre ; il ne parvient pas à atteindre le vrai principe du devoir et du droit. Dans la métaphysique, son Dieu est la pensée contemplative, la pensée de la pensée ; en morale et en politique, il s'arrête aussi au domaine de Tintelligence : il ne comprend pas encore que l'homme porte en soi, avec la volonté libre, ce qui lui donne une valeur infinie et absolue, ce qui fait de lui pour tout autre homme une fin sacrée, jamais un moyen et un instrument.

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