Sén., Le provid
dence, parce qu'au fond il est la Raison intérieure à l'univers. Les Stoïciens ne voulurent admettre que cette divinité immanente au I monde : ils divinisèrent l'effort.
II. Dans le grand monde est un monde plus petit, Thumanité, et dans l'humanité se retrouvent les deux éléments universels, matière et force, passion et action. Or, la raison ou volonté, luttant et se tendant contre la passion, c'est la vertu. La vertu contient le secret du monde.
La morale de Platon et celle d'Aristote avaient deux défauts communs et inséparables Tan de l'autre : en premier lieu, subordonnant rindividu à l'État, ces philosophes méconnaissaient la liberté intérieure de la personne humaine ; en second lieu, n'établissant les liens d'amitié et de philanthropie qu'entre les citoyens de l'État, ils ne donnaient à ces liens qu'une extension limitée et ne généralisaient point assez le titre d'homme. D'une part donc une idée insuffisante de l'individualité morale ; d'autre part, et pour la même raison, une idée insuffisante de l'universalité morale. Le progrès qui restait à accomplir, c'était de rétablir l'homme
I à la place du citoyen, et par cela même Yhumanité à la place de
^ la cité. Ce fut l'œuvre du stoïcisme.
Les Stoïciens cherchent d'abord dans l'individu même un principe de liberté intérieure qui puisse le soustraire aux coups
' de la fortune et des hommes. Ce principe, selon eux, c'est la volonté luttant et peinant, c'est l'effort, c'est le pouvoir sur soimême, qui est indépendant de tout pouvoir extérieur. Il y a des choses qui dépendent de nous et il y en a qui ne dépendent pas de nous : voilà la distinction profonde sur laquelle repose toute la
j philosophie d'Épictète, en qui s'achève le stoïcisme. « Les choses qui dépendent de nous, dit-il, sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions, en un mot toutes nos actions. Celles qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités, en un mot toutes les choses qui ne sont point du nombre de nos actions. Les choses qui dépendent de nous sont libres par nature : rien ne peut ni les arrêter ni leur faire obstacle ; quant à celles qui ne dépendent pas de nous, elles sont faibles, esclaves, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients, et entièrement étrangères à l'homme. Souviens-toi donc que, si tu prends pour libres les choses qui de leur nature sont esclaves, et pour tiennes en propre celles qui dépendent d'autrui, tu trouveras partout des obstacles ; tu
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seras affligé, troublé, et tu te plaindras des dieux et des hommes ; au lieu que, si tu prends pour tien ce qui t'appartient en propre et pour étranger ce qui est à autrui, jamais personne ne te forcera de faire ce que tu ne veux point, ni t'empêchera de faire ce que tu veux : tu ne te plaindras de personne, tu n'accuseras personne.... La maladie, par exemple, est un empêchement du corps, et nullement de la volonté, à moins qu'elle-même ne le veuille. Je suis boiteux, voilà un empêchement pour mon pied ; mais pour ma volonté, point. Pour tous les accidents qui t'arrêteront, dis-toi la même chose ; et tu trouveras qu'ils sont toujours un empêchement pour quelque autre chose, non pour toi (1). » Voilà donc la volonté posée par Épictète en face de tout le reste, dans son inflexible liberté : l'individu reprend conscience de soi.
Delà, par une conséquence capitale, dérive une idée entièrement neuve du bien, et qui, malgré les critiques auxquelles elle a donné lieu, marque un progrès considérable dans la vérité morale et métaphysique.
Avant le stoïcisme, on avait toujours plus ou moins placé le bien dans les objets de Tintelligence, dans Tintelligible suprême ou dans le suprême désirable ; les Stoïciens, revenant au sujet moral, à la personnalité maîtresse d'elle-même, placent le bien dans la volonté et seulement dans la volonté. « Notre bien et notre mal, dit expressément Épictète, ne sont que dans notre volonté. » Or, c'est là un principe essentiel de toute philosophie vraiment morale. Prodiguer le nom de bien à tout ce qui n'est pas la volonté bonne, la volonté morale, la moralité, c'est confondre le bien proprement dit, soit avec l'agréable ou l'utile, soit avec le vrai, çoit avec le beau. Il n'y a de vraiment bon que la volonté bonne, il n'y a de bien que le bien libre. Sur ce point, les Stoïciens ont raison, et leur apparent paradoxe est une sublime vérité.
Il n'y a donc pas d'autre vrai bien que la vertu, d'autre vrai mal que le vice. « La matière du bien et du mal, dit Epictète, c'est la volonté propre par laquelle chacun se dirige (2). » — « Où donc est le bien ? dans le choix volontaire. Où est le mal? dans le choix volontaire. Où est ce qui n'est ni bien ni mal? dans ce qui n'est point objet de choix. »
Le tort des Stoïciens, ce n'est pas d'avoir ainsi placé le bien dans la liberté et la moralité, mais d'avoir représenté d'une manière