Ibid
4. Thomassin cite ce passage avec une admiration sans réserve. « QtÂO f^on video quid pidchriuSy quid magnificentius dici possit ad summi boni hudem, » [Dogm. theol, l, 167, 168.)
170 PRILOSOPRIB GRBCQUS.
« Tant qu'elle contemple Tlntelligence, elle jouit assurément « d*un noble et magnifique spectacle, mais elle ne possède pas « encore pleinement ce qu'elle cherche. Tel est un visage qui ne « peut attirer les regards malgré sa beauté, parce qu'il y manque « le charme de la grâce. Le beau est en efiet plutôt ce quelque c chose qui resplendit dans la proportion que. la proportion (( même, et c'est là proprement ce qui se fait aimer. Pourquoi la € beauté brille-t-elle de tout son éclat sur la face d'un vivant, et « n'en voit-on après la mort que le vestige, alors même que les « chairs et les traits ne sont pas encore altérés ? Pourquoi, entre « plusieurs statues, les plus vivantes paraissent-elles plus belles c que d'autres mieux proportionnées? Pourquoi un animal vivant a est-il plus beau qu'un animal en peinture, ce dernier eût-il « d'ailleurs une forme plus parfaite? C'est que la forme vivante « nous paraît plus désirable, c'est qu'elle a une âme, c'est qu'elle « est plus conforme au Bien ; c'est enfln que Tâme est colorée « par la lumière du Bien, qu'éclairée par lui elle en est comme « plus éveillée et plus légère, et qu'à son tour elle allège, elle « éveille et fait participer du Bien, autant qu'il en est capable, le c corps dans lequel elle réside (1). »
Rien d'incomplet ne peut nous suffire : unis en partie au Bien, nous voulons le tout. Aussi, au-dessus des joies tranquilles de l'art que procure la contemplation du beau, il y a cette inquiétude de l'âme, ce sentiment de l'infini et du sublime, qui nous arrache à nous-mêmes, au monde extérieur, et jusqu'au monde intelligible. Notre vraie patrie est l'Unité suprême ou la plénitude du Bien. « Fuyons, fuyons dans cette chère patrie I — Mais comment (( fuir ? comment échapper ? — se demande Ulysse dans cette ad- « mirable allégorie qui nous le représente échappant à tout prix « à l'empire magique de Circé ou de Calypso, sans que le plaisir « des yeux ni le spectacle des beautés corporelles puisse le rete- (( nir sur ces bords enchantés. Notre patrie, notre père à nous « sont aux lieux que nous avons quittés. Comment y revenir ? « Nos pieds sont impuissants pour nous y conduire ; ils ^e sau- « raient que nous transporter d'un coin de la terre à l'autre. Pour « revoir cette chère patrie, il n'est besoin que d'ouvrir les yeux « de l'âme en fermant les yeux du corps (2). »