I. - PfiEMIÉRE PÉRIODE DE LA SGHOLASTIQUE
I. L'influence du platonisme et sur tout du néoplatonisme domine à Torigine de la scholastique.
Scot Erigène, c'est-à-dire l'Irlandais (ix« siècle), appelé par Gharles-le-Chauve à l'Académie palatine, persécuté ensuite pour hérésie, passe à Oxford sur l'invitation d'Alfred-le-Grand. Son érudition était prodigieuse pour l'époque : il savait parfaitement le grec, et peut-être l'arabe. Par sa traduction de Denis l'Aréopagite, il contribua à répandre dans les écoles les idées néoplatoniciennes dont Denis l'Aréopagite n'est que l'écho (l).
1. Selon Scot Erigène, comme selon Denis et les néoplatoniciens, Dieu est Fétre dans son absolue unité, sans division et sans déterminations négatives ; le monde est l'être divisé et limité; la création est une division et une analyse de ce qu'enferme l'unité divine. De là le titre du livre écrit par Scot : De divisione naturas. Toutes les natures créées, après s'être séparées de Dieu, reviennent à lui selon la loi du retour. Comme tout procède de Dieu, tout est prédestiné à rentrer en Dieu (De divisione naturx, I, 16). 11 y a donc prédestination universelle, mais prédestination au salut. Tous les anges déchus, tous les hommes déchus, tous les êtres, reviendront à Dieu. Les châtiments de la vie future sont purement spirituels et ne consistent que dans les conséquences des actions elles-mêmes selon la loi établie par Dieu (De divina praedestinatione, 2-4). Ces idées, jointes à celles de Denis l'Aréopagite et de saint Augustin, introduisirent le platonisme dans la philosophie scholastique.
200 LE MOTBN A6B ET LA BENAI8SANCB.
Bientôt reparut le problème qui avait séparé Platon et Anstote: celui des idées. Porphyre, dans son introduction àl'Organum d'Arislote, avait posé ce problème en se demandant si les genres ont une existence séparée des choses où ils se manifestent, ou s'ils n'ont d'existence que dans les choses mêmes. Par exemple, l'Humanité a-t-elle une réalité propre indépendamment des individus humains, ou n*exisle-t-elle que dans les individus et par eux ? On sait que la première opinion fut celle de Platon, la seconde, celle d'Aristote : cette grande question de l'origine des idées, qui enveloppe l'origine des choses, devait diviser et agiter pendant de longs siècles tout le moyen âge.
La question fut d'abord résolue dans le sens platonicien : les idées universelles, ou, comme on disait alors, les universaux^ répondent à des réalités distinctes de notre pensée et de la nature, elles ont leur réalité suprême dans l'essence et dans la pensée divines. La vraie humanité, avec ses perfections essentielles, n'est pas dans les individus humains, mais en Dieu, qui produit les choses par sa pensée ; de même Dieu renferme dans son éternité tout ce que le temps développe et manifeste d'universel. Cette doctrine, qui admet la réalité étemelle des idées générales, s'appela pour cette raison le réalisme.
On la trouve remarquablement développée dans saint Anselme (1), surnommé le second Augustin, et qui emprunta à ce Père de l'Église latine un grand nombre de doctrines platoniciennes (2).
1 . XI® siècle. Né à Aoste, abbé du Bec, en Normandie, puis archevêque de Cantorbéry.
2. a Lorsque Tesprit suprême se parle lui-même, dit saint Anselme, il « parie en même temps tout ce qui a été fait. Car, avant qu'elles soient « faites, depuis qu'elles le sont, et même lorsqu'elles périssent ou s'altèrent, « toutes choses sont toujours en lui, non ce qu'elles sont en elles-mêmes, « mais ce quMl est lui-même. En elles-mêmes, en effet, elles sont une « essence sujette au changement, créée en vertu d'une raison immuable; « en lui, au contraire, elles sont Vessence première, et le principe vrai de « Texistence .» D'après saint Anselme, une qualité quelconque ne peut appartenir à un sujet que parce qu'elle est en elle-même quelque part, d'où elle découle en lui, et où il Ta puisée. Un être n'est juste que par la justice ; et le premier être, étant par lui-même tout ce qu'il est, doit être la justice elle-même, considérée d'une manière absolue. Cette induction, répétée sur chacune des qualités que nous connaissons, donne cette conclusion que Dieu est en essence ce que les autres sont en qualité.
En remontant ainsi des choses visibles à leurs Idées, et des Idées à rUuité suprême, samt Anselme reproduit la preuve dialectique de Texistence de Dieu, telle que Platon l'avait conçue. En outre, il en conclut la véritable méthode pour déterminer les attributs de Dieu : cette méthode