DEUXIÈME PÉRIODE DE LA SCHOLASTIQUE. — SAINT THOMAS
a l'Église, désespérant de sa conversion et veillant sur le salut des « autres, le sépare de l'Église par sa sentence d'excommunication, « et le livre au jugement séculier pour être séparé de ce monde « par la mort. Car, ainsi que le dit saint Jérôme, les chairs putrides « doivent être coupées, et la brebis galeuse séparée du troupeau, « de peur que la maison tout entière, tout le corps, tout le trou- « peau, ne soit atteint de la contagion , gâté, pourri et perdu. Arius « ne fut qu'une étincelle à Alexandrie. Mais pour n'avoir pas été « étouffée d'un seul coup, cette étincelle a enflammé l'univers (1). » Telle était la doctrine officielle de la théologie, et c'est à tort qu'on a parfois rejeté sur le bras séculier la responsabilité des persécutions religieuses.
La politique de saint Thomas, étant empruntée à Aristote, est assez libérale dans ses principes. L'attribut essentiel de la souveraineté est la puissance de faire des lois, et cette puissance appartient à la multitude tout entière, ou à celui qui représente la multitude {vel totius muUitudiniSy vel alicujus gerentis vicem) (2). Aussi, dans un bon gouvernement, il faut que tous aient quelque part au gouvernement {ut omnes aliquam partent habeant in principatu) (3). Quand le pouvoir est injuste, les sujets ont le droit de le rejeter^ sHls en ont la faculté, « Le gouvernement « tyrannique n'est pas juste, puisqu'il n'est pas ordonné pour le a bien commun, mais pour le bien de celui qui gouverne ; et par « conséquent le rei>versement de cette sorte de gouvernement (( n'a pas l'essence de la sédition... C'est plutôt le tyran qui est « séditieux (4). » Mais en définitive c'est à l'Église qu'il appartient de dispenser les sujets de l'obéissance envers les princes qui, ayant reçu la foi, y deviennent infidèles. On objecte l'exemple de Julien l'Apostat, auquel l'Église n'a pas ôté son pouvoir; saint Thomas répond : Dans ce temps-là l'Église n'était pas assez puissante pour contraindre les princes de la terre, et voilà pourquoi elle a toléré que les sujets continuassent d'obéir à Julien l'Apostat (5).
En somme, l'autorité universelle, représentée par le catholicisme, a un rôle prédominant dans la philosophie de saint Thomas: son système est une savante organisation qui exprime, dans la