‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 193 sur 358 · PHILOSOPHIE ITALIENNE. — CAMPANELLA · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE ITALIENNE. — CAMPANELLA

Toutes ces idées, encore vagues chez Bruno et produites par inspiration plutôt que par méthode, contiennent en germe les systèmes opposés de Spinoza et de Leibnitz, ainsi que les principales doctrines de la métaphysique allemande. Mais Bruno diffère de Spinoza en ce qu'il admet que Dieu est une cause finale, agissant en vue d'un but, tandis qu'il n'y a point de but pour Spinoza. Bruno difîère aussi de Leibnitz, en ce qu'il semble confondre la substance du monde avec Dieu même. C'est un mélange de panthéisme et de spiritualisme qui tantôt parait absorber l'individu dans l'être universel, tantôt répand l'universel dans les individus.

II. Campanella. — Dominicain et novateur comme Bruno, Campanella ne rompit point comme lui avec le christianisme ; malgré les persécutions qu'il subit, il demeure fidèle à l'Église et rêve même la théocratie universelle (I). Sa philosophie offre un mélange confus des tendances du moyen âge et des tendances modernes.

La métaphysique de Campanella est fondée sur cette idée que les attributs essentiels de Dieu doivent se retrouver dans toutes ses œuvres. Dieu est l'absolu pouvoir, l'absolu savoir et l'absolu vouloir : les êtres créés sont à leur tour pouvoir, perception et amour, à des degrés divers, selon qu'ils sont plus ou moins éloignés du premier principe. Le sentiment, l'intelligence et la volonté existent donc dans tous les êtres, sans en excepter la matière inorganique. La nature morte elle-même n'est pas morte: tous les

1. Voici comment Campanella fait lui-même le récit de ses souffrances dans sa préface de V Athéisme vaincu, « J'ai été renfermé dans cinquante prisons et soumis sept fois à la torture la plus dure. La dernière fois, la torture a duré quarante heures. Garrotté avec des cordes très-serrées et qui me déchiraient les os, suspendu, les mains derrière le dos, au-dessus d'une poiqte de bois aigu qui m'a dévoré la seizième partie de ma chair et tiré dix livres de sang, guéri par miracle après six mois de maladie, j'ai été plongé dans une fosse. Quinze fois, j'ai été mis en jugement. La première fois, quand ou m'a demandé : ^ Comment donc sait-il ce qu'il n'a jamais appris? A t-il donc un démon à ses ordres? » J'ai répondu : Pour apprendre ce que je sais, j'ai usé plus d'huile que vous n'avez bu de vin... On m'a accusé d'être hérétique, moi qui ai écrit un livre contre les hérétiques de notre temps. Enfin, on m'a accusé de rébellion et d'hérésie pour avoir dit qu'il y a des taches dans le soleil, la lune et les étoiles, contre Aristote qui fait Je monde éternel et incorruptible... C'est pour cela qu'ils m'ont jeté, comme Jérémie, dans le lac inférieur où il n'y a ni air ni lumière. » — Né en 15b8, Campanella avait étudié à Cosenza, ville natale du savant Telesio, qui avait commencé à réformer la philosophie de la nature. 11 mourut à Paris en 1639.

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êtres vivent, pensent et aiment Dieu. — C'était revenir à la conception de Platon qui plaçait en toutes choses de Tâme, de la pensée et du désir.

Dans sa Cité du Soleil Gampanella renouvelle^ en les exagérant, les utopies de la République platonicienne ; communauté des biens et des femmes, réglementation de toutes choses par Tautorité et théocratie universelle. En somme, Gampanella, eut plus d'ardeur que de méthode et plus de pressentiments que d'idées scientifiques. Quoique contemporain de Bacon et de Descartes, il est encore tout rempli de l'esprit du moyen âge.

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