CHAPITRE DEUXIÈME
Philosophie fkunçalse. — Descartes.
l. — LE DOUTE, U CERTITUDE ET LA lÉTHODE.
I. Doute MÉTHODipuE, point de départ de la méthode cartésienne. Raisons de douter : variété des opinions humaines, erreur des sens et du raisonnement, possibilité d'illusions naturelles à l'esprit humain. — Comment le doute porte son remède en lui-même : il est une suspension volontaire du jugement; il y a donc une chose qui dépend de nous, c'est de suspendre notre jugement sur les choses obscures. Si nous voulons ne pas affirmer ce qui est incertain (et il dépend de nous de le vouloir) nous sommes infaillibles. — Toutefois, cette abstention volontaire qui constitue le doute méthodique est provisoire. Nous pouvons ensuite agir et affirmer. En effet, notre doute même renferme une première affirmation : il y a une chose dont je ne doute pas, c'est que je doute ; cette action par laquelle je m'abstiens de juger, je la connais avec certitude parce que c'est moi qui la produis. — Comme douter, c'est penser, je suis certain que je pense; — comme penser, c'est exister, je suis certain que j'existe: — a Je pense, donc je suis". » — Point d'intervalle ici entre moi pensant et moi pensé. Le Cogito, ergo sum, est donc la première des certitudes et le type ou modèle de toutes les autres. — II. RÈGLE FONDA- MENTALE DE L'ÉVIDENCE ET THEORIE DE LA CERTITUDE. Première règle pour découvrir la vérité: n'aifirmer que ce qui est évident, c'est-à-dire ce qui offre une clarté et une intelligibilité analogues à celles du Cogito. Pour cela il ne faut pas affirmer plus qu'on n'aperçoit. Selon Descartes, c'est la volonté qui affirme, c'est Tintelligence qui aperçoit. La volonté, étant libre et même infinie, peut dépasser dans ses affirmations les limites de Tintelligence, qui est finie et soumise à des lois nécessaires : telle est l'origine de l'erreur. — Le moyen d'éviter l'erreur, c'est de traduire avec fidélité dans ses affirmations ce qu'on aperçoit : l'erreur est une sorte de mensonge qu'on se fait à soi-même, et la certitude est une sorte de véracité intérieure. — La règle de l'évidence n'est en définitive qu'une règle morale de liberté et de sincérité dans la recherche du vrai. Rejet de toute autorité extérieure. — III. Règles SECONDAIRES DE LA MÉTHODE CARTÉSIENNE. Ces règles concernent l'analyse, la synthèse et les dénombrements. — « Diviser le sujet en autant de parties qu'il est possible. » — « Conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître. » — « Faire des dénombrements si entiers qu'on soit assuré de ne rien omettre. » — Lien de ces règles entre elles. Caractère mathématique de la méthode cartésienne; application qu'il en fait aux mathématiques. Juste importance qu'il accorde aux hypothèses et aux constructions à priori.