‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 203 sur 358 · Rep. aux ;'» obj. du P. Mersenne · texte numérisé non relu

Rep. aux ;'» obj. du P. Mersenne

4. « Par le mot dé pensée, j'entends toutes ces choses que nous trouvons en nous avec la conscience qu'elles y sont, et autant que la conscience de ces choses est en nous. » (Principes, 1, 9.) t Ainsi toutes les opérations de la volonté, de l'entendement, de l'imagination et des sens, sont des pensées. > (Rép. aux 2^ obj., 1, 431.)

DE l'aME. son existence, SES FACULTÉS ET SA NATURE. 251

et il ne peut connaître les autres choses que par lui-même, relativement à lui-même, en lui- même (I).

II. Théorie de Venienâement et des idées. — Maintenant, quelles sont les facultés que l'âme voit en soi par la conscience ? — Il y en a deux principales : l'intelligence passive, et la volonté active (2).

L'intelligence, en apercevant les objets, est modifiée de diverses manières ; ce sont ces modifications ciiusées par les objets que Descartes appelle idées. Or, les idées sont de trois sortes. Les premières sont des combinaisons faites par la volonté, comme celle de centaure ou d'hippogriffe: ce sont les idées factices^ qui en supposent d'autres pour leur servir d*éléments. La seconde espèce d'idées comprend celles qui semblent nous arriver du dehors par l'intermédiaire des sens : Descartes les appelle idées adventices. Ces idées ont leur occasion extérieure dans des mouvements transmis au cerveau parles objets matériels; mais elles ne ressemblent pas plus à ces mouvements qui les produisent que la sensation d'une piqûre ne ressemble à une épingle, ou celle de chatouillement à une plume qui vous chatouille. Ce que nous éprouvons en sentant le son n'est point semblable à ce qui se passe dans lé corps sonore ; car, dans ce corps, il n'y a que des mouvements ; de même la sensation de la lumière ne ressemble pas aux mouvements de l'éther qui la produisent. Il n'y a de véritablement réel au dehors de nous que l'étendue et le mouvement ; les autres qualités prétendues de la matière, son, couleur, odeur, saveur, existant plutôt en nous que dans les choses : ce

1. « Il n'y a rien, qui nous fasse connaître quoi que ce soit, qui ne nous fasse connaître encore plus certainement notre pensée. Par exemple si je me persuade qu'il y a une terre à cause que je la touche et que je la vois, à plus forte raison je dois être persuadé que ma pensée est ou existe ; car il se peut faire que je pense toucher la terre, sans qu'il y ait peut-être aucune terre au monde; mais il n'est pas possible que moi, r/ost-à-dire mon àme, ne soit rien pendant qu'elle a cette pensée. » {Principes, f, 11.) Ainsi dune l'esprit se voit lui-même comme une réalité première que toutes les autres réalités supposent, et il se voit par une expérience intime ou intuition qui précède tout raisunnemcnt et toute déduction.

2. « Toutes les façons de penser [c'est-à-dire d'avoir conscience] que nous remarquons en nous, peuvent être rapportées à deux générales, dont l'une consiste à ape^'ceuoir par l'entendement, et l'autre à se déterminer par la volonté Aussi sentir, imaginer, et même concevoir des choses purement intelligibles, ne sont que des façons différentes d'apercevoir; mais désirer, avoir de l'aversion, afûrmer, nier, douter, sont des façons différentes de vouloir. » {Principes, I, di.)

sont des idées ou modifications de la conscience, plutôt que des fiai objets réels.

S'il en est ainsi, peut-on dire que les idées adventices, qd h. semblent venir du dehors, en viennent réellement î — Non. Ln wf idées ne se promènent pas des objets à nous, comme Timaginèrenl 1 Iç Démocrite et Épicure. Les idées naissent en nous à l'occasioa des \n mouvements extérieurs. « Les organes des sens ne nous apportent rien qui soit tel que l'idée formée à leur occasion (1). » Il faut donc admettre que l'esprit renferme en puissance toutes ces modifications qui se développent en lui à l'occasion des objets extérieurs. Des idées adventices nous remontons ainsi aux idées véritables, qui naissent en nous et sont appelées pour cela innées ou naturelles. « Ce ne sont pas des idées représentées dans quelque partie de notre esprit, comme un grand nombre de vers dans un manuscrit de Virgile, mais elles y sont en puissance comme les figures dans la cire (2). »

Cette théorie encore trop vague souleva, ainsi que les autres doctrines cartésiennes, les objections de Hobbes, de Gassendi, d'Arnauld et d'une foule d'autres philosophes. « Je ne me persuade pas, leur répond Descartes, que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre de sa mère sur les choses métaphysiques... Il a les idées de Dieu, de lui-même, et de toutes ces vérités qui de soi sont connues, comme les personnes adultes les ont lorsqu'elles n'y pensent point (3). » En d'autres termes, notre entendement a une certaine constitution naturelle et innée, qui le rend propre à prendre telles formes ou telles directions et à en avoir une conscience qu'on appelle l'idée.

III. Théorie de la volonté. — Les idées ou modifications cons-

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