Lettre
4. a Oo ne laisse pas de mériter, bien que, voyant très-clairement ce qu'il faut faire, on le fasse infailliblement et sans aucune indifférence... Car l'homme pouvant n'avoir pas toujours une parfaite attentiou aux choses qu'il doit faire, c'est une bonne action que de l'avoir, et de faire, par son moyen, que notre volonté suive si fort la lumière de notre entendement, qu'elle ne soit point du tout indifFérente. » Diminuer l'indifférence, ce n'est pas diminuer la liberté ; « d'où il suit, ce me semble, que cette liberté ne consiste point dans rindifférence. » (Ibid.) Quoique la liberté la plus parfaite soit unie à la plus parfaite lumière de l'entendement, comme en Dieu et chez les saints, il ne laut cependant pas plus confondre la liberté avec la détermination de la science qu'avec l'indifférence de l'ignorance. Car la détermination des jugements qui constitue la science suppose elle-même une action antérieure de la volonté, puisque juger, c'est vouloir. La volonté est donc supérieure tout à la fois à l'indétermination de l'indifférence et à la détermination de la nécessité intellectuelle.
pouvoir de faillir, — mais dans l'imperfection de notre liberté, qui est mêlée d'indifférence. Et cette indifférence, à son tour, provient de l'imperfection de l'entendement. La faute, sans être une pure ignorance, comme le croyait Socrate, a donc, selon Descartes, l'ignorance pour condition (1).
Donc, en définitive, l'ignorance et l'indifférence, condition du péché, ne sont pas pour cela les conditions de la liberté; celle-ci consiste non dans cette chose négative qu'on nomme l'indifiFérence, « mais dans une puissance réelle et positive de se déterminer. » Cette puissance, nous la connaissons par la conscience immédiate que nous avons d'elle-même en l'exerçant. « Elle se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons (2). » Mais, pour être ainsi immédiatement connue, elle n'en est pas moins incompréhensible, parce qu'elle est infinie et que le fini seul est un objet de compréhension.
Dans cette puissance iuûnie de vouloir réside notre vraie grandeur ; notre souverain bien n'est autre que la rectitude de notre volonté, ou la bonne volonté (3). Descartes interprète ainsi en son sens profond la grande distinction stoïcienne entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, entre les biens de la volonté, qui sont seuls des biens, et les avantages extérieurs, qui n'ont pas un caractère de vraie moralité. En même temps Descartes se montre le prédécesseur de Kant,qui fondera toute la morale sur l'idée de la bonne volonté.
Puisque « c'est principalement la volonté qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de Dieu, » et puisque c'est le bien de la volonté qui est mon vrai bien, mon être vé-
1. « Je ne crois point que, pour mal faire, il soit besoin de voir clairement que ce que nous faisons est mauvais; il suffit de le voir confusément, ou seulement de se souvenir qu'autrefois on a juge que cela Tétait, sans le voir en aucune façon, c'est à dire sans faire attention aux raisons qui le prouvent; car, si nous le voyions clairement il nous serait impossible de pécher pendant le temps que nous le verrions de cette sorte, c'est pourquoi on dit que : omnis peccans est ignorans. »