‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 214 sur 358 · Lettre à Elisabeth. Ed. Gamier, III · texte numérisé non relu

Lettre à Elisabeth. Ed. Gamier, III

volonté absolument libre de Dieu nous est impénétrable. « Nous « ne devons pas tant présumer de nous-mêmes que de croire « que Dieu nous ait voulu faire part de ses conseils (1). » A l'époque de Descaries, on avait abusé de la considération des causes finales dans la science de la nature. En premier lieu, on avait fait de l'homme la fin de la création, comme de la terre le centre du monde ; en second lieu, on se dispensait de chercher les lois et conditions mécaniques des choses en invoquant des fins particulières que Dieu se serait proposées. Descartes rejette avec raison ce double vice de méthode. D'abord, « il n'est pas « vraisemblable que Dieu n'ait eu d'autre fin que nous-mêmes en H créant le monde. Bn effet, que de choses sont maintenant dans « le monde, ou y ont été autrefois et ont cessé d'être, sans qu'au» « cun homme les ait jamais vues ou connues, et sans qu'elles « aient jamais été d'aucun usage pour l'humanité ! On ne peut « donc appuyer des raisonnements de physique sur cette opi- « nion (2). » « C'est une chose puérile et absurde d'assurer en « métaphysique que Dieu, à la façon d'un homme superbe, « n'aurait point eu d'autre fin en bâtissant le monde que celle « d'être loué par les hommes ; et qu'il n'aurait créé le soleil, « qui est plusieurs fois plus grand que- la terre, à autre dessein a que d'éclairer l'homme, qui n'en occupe qu'une petite par- « tie (3).))

Quant aux fins secondaires et particulières prêtées h Dieu par certains physiciens, Descartes les rejette même de la physiologie, « De cet usage admirable de chaque partie dans les plantes et dans les animaux il est juste d'admirer la main de Dieu qui les a faites, et de connaître et glorifier l'ouvrier par l'inspection de l'ouvrage ; mais ïion pas de deviner pour quelle fin il a créé chaque chose... En physique, où toutes choses doivent être appuyées de solides raisons, cela serait inepte (4). » Le mécanisme des choses révèle donc une cause efficiente et intelligente, mais non pas une cause finale particulière que Dieu aurait eue en vue.

Dans cette réaction contre l'abus des causes finales^ Descartes dépasse lui-même la mesure, comme Leibniz le lui reprochera. Tout au moins aurait-il dû insister davantage sur l'usage légitime

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