Ethique, I, XXiil, Scolie
SPINOZA. LA NATURE ET l'HOMME. 293
Une fois la liberté supprimée, il ne reste plus dans l'homme que « l'automate spirituel (1). » Nul n'a mieux analysé que Spinoza la partie de notre être réellement automatique et soumise à la nécessité, c'est-à-dire l'association fatale des pensées et surtout le mécanisme des passions. On ne peut voir sans admiration Spinoza réduire en théorèmes les ressorts simples des passions et la complexité de leurs effets. « Pour les es- « prits superficiels, c'est une chose très-surprenante que j'en- « treprenne de traiter des vices et des folies des hommes à la « manière des géomètres. Mais qu'y faire ? cette liiéthode est t( la mienne... Les lois et les règles de la nature, suivant les- K quelles toutes choses naissent et se transforment, sont partout [( et toujours les mêmes, et, en conséquence, on doit expliquer [( toutes choses, quelles qu'elles soient, par une seule et même K méthode, je veux dire par les règles universelles de la nature... :c Je vois donc traiter de la nature des passions, de leur force, de « la puissance dont Tâme dispose à leur égard, suivant la même « méthode que j'ai précédemment appliquée à la connaissance de (( Dieu et de l'âme, et j'analyserai les actions et les appétits des « hommes, comme s'il était question de lignes, de plans et de « solides (2). » Certes, le logicien qui a déduit les passions de leurs causes primitives par cette rigoureuse méthode pouvait dédaigner à bon droit la psychologie empirique des Anglais, qu'il appelle une historiole de Vâme : hxc historiola animœ (3).
« Toute chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être » ; tel est le principe fondamental qui joue le même rôle dans la théorie des passions que le principe de la permanence des forces dans la physique. « Cet effort, par lequel toute chose « tend à persévérer dans son être n'enveloppe aucun temps fini, « mais un temps indéfini. » m L'âme, soit en tant qu'elle a des a idées claires et distinctes, soit en tant qu'elle en a de confuses, « s'efforce de persévérer indéfiniment dans son être, et a cons- « cience de cet efi'ort'... Cet effort, quand il se rapporte exclusi- « vement à l'âme, s'appelle volonté ; mais quand il se rapporte à « l'âme et au corps tout ensemble, il se nomme appétit... Le c( désir, c'est l'appétit ayant conscience de lui-même. Il résulte de « tout cela que ce qui fonde l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir, a ce n'est pas qu'on ait jugé qu'une chose est bonne ; mais, au con-