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Lettres, II

294 SPINOZA. LA NATURB ET L'hOHMB.

« traire, on juge qu'une chose est bonne par cela môme qa*on y « tend par l'eftort, le vouloir, l'appétit, le désir (1). » Ce qui augmente la puissance de penser et d'agir, augmente la perfection de l'âme, ce La joie est la passion par laquelle Tàme passe à une (( perfection plus grande. La tristesse est une passion par laquelle (( rame passe à une moindre perfection. » « Après ces trois pasce sions, la joie, la tristesse et le désir, je ne reconnais aucune « autre passion primitive ; et je me réserve de prouver par la a suite que toutes les passions naissent de ces passions élémen- <( taires. »

De ces trois passions dérivent d'abord l'amour et la haine. (( L'amour n'est autre chose que la joie accompagnée de l'idée (( d'une cause extérieure ; et la haine n'est autre chose que la (( tristesse accompagnée de l'idée d'une chose extérieure. .. Celui u qui aime s'efforce nécessairement de se rendre présente et de (( conserver la chose qu'il aime ; et au contraire celui qui hait « s'efforce d'écarter et de détruire la chose qu'il hait. »

On voit que Spinoza, revenant à la pensée du naturalisme antique, confond entièrement l'amour avec le désir : il n'admet dans Tamour aucun don libre de soi-même, aucun acte de volonté, et il rejette toute déânition qui envelopperait une telle idée. «Cette (( définition : aimera c*est vouloir s'unir à l'objet aiméj exprime « une propriété de l'amour, et non son essence... Il faut obser- « ver qu'en disant que c'est une propriété de l'aimant de vouée loir s'unir à l'objet aimé, je n'entends pas par ce vouloir un (( consentement de l'âme, une détermination délibérée, une libre (( décision enfin (car tout cela est fantastique)... Je n'entends pas (( non plus le désir de s'unir à l'objet aimé quand il est absent ou « de continuer à jouir de sa présence quand il est devant nous ; « car Tamoùr peut se concevoir abstraction faite de ce désir. « J'entends par ce vouloir la paix intérieure de l'aimant en préce sence de l'objet aimé, laquelle ajoute à sa joie ou du moins lui « donne un aliment (2). » Cette fatalité de l'amour, telle que l'entend Spinoza, détruit l'amour même, ou du moins tout autre amour que l'amour de soi : en croyant aimer autrui, c'est nous que nous aimons, et notre don apparent aux autres est un don que nous nous faisons à nous-mêmes sous l'empire du besoin et du désir.

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