‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 231 sur 358 · SPINOZA. LA NATURE ET L HOMME · texte numérisé non relu

SPINOZA. LA NATURE ET L HOMME

Au reste, toute la partie fatale des sentiments est ment décrite par Spinoza. Une fois accordé que soi porte point sur nos actions libres, mais sur nos passioi plupart de ses théorèmes deviennent vrais et p^ofonds^ un exemple : — Proposition xlvii : « La joie qui provient (( que nous imaginions que Tobjet détesté est détruit ou altéré de « quelque façon, n'est jamais sans mélange de tristesse. — Dé- « monstration. Cela est évident par la proposition xxvii, par. 3 ; (( car en tant que nous imaginons qu'un objet qui nous est c( semblable est dans la tristesse, nous sommes nous-mêmes a contristés. » Ainsi se trouve expliquée cette secrète amertume qui se mêle à tous les faux plaisirs de la haine et de la vengeance.

Plus loin, dans un théorème important, Spinoza fait un aveu digne de remarque: — « Une même cause, dit-il, doit nous faire a éprouver pour un être que nous croyons libre plus d'amour ou a plus de haine que pour un être nécessité. » Spinoza ne semblet-il pas ici se réfuter lui-même implicitement, en reconnaissant que la perfection vraiment aimable doit être une bonté libre, non cette perfection fatale qu'il a préalablement attribuée à son Dieu et à son univers? Il nous commandera tout à l'heure Tamour de Dieu, et c'est dans cet amour qu'il placera la suprême béatitude ; mais, pourrait-on lui dire, si je crois Dieu libre, je l'aimerai davantage : il doit donc être libre pour être vraiment divin et aimable. — Dieu est libre en effet, répond Spinoza. — Libre en tant qu'il n'est pas nécessité par un auPre^ mais non en tant qu'il ne serait pas nécessité par lui-même ; or, admettez qu'il ne soit pas plus nécessité par lui-même que par un autre, il sera plus libre et je Taimerai davantage ; admettez aussi qu'il n'ait pas été nécessité à me donner l'existence, il sera plus libre et je l'aimerai davantage ; admettez enân qu'il n'ait pas été nécessité à ne produire que des êtres dépourvus eux-mêmes de liberté ; il sera plus libre et je l'aimerai davantage encore. Moi-même, si je fais partie des êtres libres, je serai plus aimable et plus aimant, et Dieu pourra mieux m'aimer, comme aussi il pourra mieux s'aimer en moi ; de plus, si les autres hommes ont été faits libres comme moi-même, je pourrai les aimer et être aimé d'eux davantage, aimer davantage ce Dieu d'où procède leur liberté et la mienne. Spinoza nous invite donc lui-même à considérer la vraie perfection comme libre et comme appelant la liberté d'autrui au lieu de l'exclure. Quant au Dieu-Nécessité, je ne puis vraiment Taimer et je ne puis

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