‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 232 sur 358 · MORALE DR SPINOZA · texte numérisé non relu

MORALE DR SPINOZA

aimer en lui les autres êtres : Spinoza a beau l'appeler parfait et infini, je ne vois en lui qu'une puissance brutale, qui peut m'écraser, mais que je limite et que je nie en lui résistant.

IV. La morale de Spinoza est celle du déterminisme absolu, qui, excluant toute liberté, exclut à vrai dire toute moralité. Personne peut-être n'a rejeté avec plus de rigueur que Spinoza, sans reculer devant aucune conséquence, tout ce qui peut ressembler à un bien vraiment libre, à un réel mérite, à une réelle responsabilité. On pourrait considérer la morale et la politique de Spinoza comme une réponse à cette question : — Qua seraient l'homme et la société si, par hypothèse, on en éliminait toute notion de moralité personnelle, tout emprunt au domaine de la volonté libre ?

Spinoza rejette d'abord absolument la considération des causes finales dont on fait ordinairement le principe de la science des mœurs. La nature, dit-il, n'a pas de but et n'agit pas pour une fin; elle est ce qu'elle ne peut pas ne pas être, et voilà tout. « Cet être « éternel et infini que nous nommons Dieu ou Nature »> [Spinoza eût mieux fait de ne l'appeler que Nature] « agit comme il existe, « avec une égale nécessité... Or, comme il n'existe pas à cause « d'une certaine fin, ce n'est pas non plus pour une fin qu'il agit. « Il est lui-même le principe de l'action comme il est celui de « l'existence, et n'a rien à voir avec aucune fin. Cette espèce de (( cause qu'on appelle finale n'est rien autre chose que l'appétit « humain, en tant qu'on le considère comme le principe ou la « cause principale d'une certaine chose (1). » Par exemple le désir d'une maison est la cause finale de la maison. Quand nous supposons que la Nature agit aussi pour un but, nous prenons notredésir pour mesure des choses. Nous disons alors, par exemple, que la Nature a manqué sa fin en produisant un enfant aveugle, comme si la Nature agissait en vue d'une fin et conformément à notre désir I Nous ajoutons que l'ouvrage où la fin est manquée est imparfait \ mais l'idée de perfection ou d'imperfection ne représente que la relation des choses à notre désir. Tout étant au fond nécessaire, il n'y a rien à dire sur la perfection ou l'imperfection des choses, sinon dans leur rapport avec nous. Enfin « le bien et le mal », selon Spinoza, « ne marquent non plus rien de positif dans les « choses considérées en elles-mêmes^ et ne sont que des façons

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