‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 233 sur 358 · IV, Préambule · texte numérisé non relu

IV, Préambule

MOBALB DE SPINOZA. 297

« de penser j ou des notions que nous formons par la comparaison « des choses (1). »

S'il n'y a en soi ni bien ni mal, il y a pourtant des choses qu'on peut appeler bonnes pour nous ou utiles, mauvaises pour nous ou nuisibles. L'utile est ce qui sert à nous apporter de la joie ; le nuisible est ce qui nous apporte de la tristesse (2).

Gomme le bien absolu, le devoir absolu et le droit absolu n'ont aucun sens pour Spinoza. Au point de vue de la nature, et indépendamment de la société civile, il y a à la fois droit, devoir et nécessité'pour tout homme de se procurerce qui lui semble utile par tous les moyens possibles, force, ruse, prières, et de tenir pour ennemi quiconque veut l'empêcher de satisfaire ses désirs (3). La mesure du droit de chacun, c'est sa puissance. Là où il étend sa force, il étend son droit. Le meilleur droit est donc celui du plus fort : vertu et puissance sont une seule et même chose. « L'ignorant et l'insensé n'est pas plus obligé de vivre selon les « lois du bon sens qu'un chat ne peut l'être de vivre sous les lois « de la nature du lion. »

Est-ce à dire que nous ne puissions par la raison établir aucune distinction entre les actes ? — Loin de là ; nous pouvons distinguer des actes plus utiles et d'autres plus nuisibles : cela suffît, selon Spinoza, à la science des mœurs. L'homme ignorant et insensé, que ses passions dominent, est misérable ; l'homme qui domine ses passions est heureux : une nécessité éternelle lie la misère à l'esclavage de la raison et la béatitude à son développement libre ; que les hommes soient convaincus de cette vérité, ^t ils seront eux-mêmes nécessités à vivre selon la raison : voilà toute la morale. Rien ne sert d'accuser la volonté des hommes ou de s'indigner contre eux. Les hommes sont excusables, puisqu'ils sont forcés de faire ce qu'ils font; mais, tout excusables qu'ils soient, ils n'en sont pas moins privés de la béatitude quand ils s'écartent des lois de la raison, et cela est logique. « Un cheval est excusable d'être un cheval, et non un homme ; mais cela n'empêche pas qu'il ne doive être un cheval, et non un homme. Celui à qui la morsure d'un chien donne la rage est assurément excua^able, et cependant on a le droit de l'étouffer. De même ThQmme qui ne peut gouverner ses passions ni les contenir par la crainte des lois, quoique excusable à cause de l'infirmité de sa nature, ne peut cependant

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